La question de l’Ukraine

Il est d’autant plus tentant de faire de V. Poutine la cause du problème que la manière dont il conçoit et gère la politique relève plus de l’autoritarisme de type dictatorial que de la démocratie ; une litote que justifie l’existence de l’élection au suffrage universel. Autrement dit, il serait une expression du « mal » comme aiment à le dire ceux qui voient le monde sous l’angle moral binaire dans la version des présidents républicains des Etats-Unis pour qui le bien est à l’ouest, les forces du mal à l’est, les deux points cardinaux indiquant des références géopolitiques et culturelles.

Le président russe a expliqué longuement que l’Ukraine était une construction artificielle du système communiste mis en place par les bolcheviks… qu’il connaît bien pour avoir été officier du KGB avant d’être chargé par B. Eltsine des services de sécurité ; ce qui pourrait laisser penser que le doute cartésien n’est vraisemblablement pas sa tasse de thé. Même si l’on prend en compte ses arguments*, reste la manière dont il pose le problème et la réponse qu’il y apporte.

Quelle que soit son importance dans le cas précis, la question du besoin de zones-tampons, jusque dans ses formes pathologiques de paranoïa, pour justifier l’expansion territoriale, est à inclure dans la problématique du rejet par l’ouest de l’URSS dès 1917. A cet égard, il est intéressant de voir comment l’Angleterre et la France ont contribué par leurs réticences concertées et calculées à rapprocher Staline de Hitler en 1939 avec les conséquences territoriales que l’on sait. (cf. les carnets – très éclairants – de Yvan Maïski, ambassadeur soviétique à Londres entre 1932 et 1943 – il n’avait aucun pouvoir d’initiative, n’était pas en odeur de sainteté auprès de Staline et avait été maintenu à son poste uniquement parce qu’il en avait le profil culturel)

Ce dont il est essentiellement question est le « pouvoir », ici au degré le plus dangereux de la politique et dans le cadre de ce qui pourrait être le début d’une spirale incontrôlable. V. Poutine, plus ou moins « responsable » (= réponse adéquate), plus ou moins mégalomane, n’est pas, en soi, la cause mais l’expression d’un moment de l’histoire du rapport est-ouest, toujours et encore déterminé par la force, comme partout ailleurs (la liste est sans fin), et dont l’ouest a usé et use de manière récurrente. (cf. les bombardements de la Serbie par l’OTAN en mars 1999 – ils n’avaient aucune raison défensive – et l’invasion de l’Irak en mars 2003 par les Etats-Unis, sans aucun mandat onusien…)

Plus globalement, une crise aiguë est le signe toujours dramatique de l’absence de « la problématique humaine » dans le discours politique ordinaire qui accrédite l’opinion selon laquelle le rapport de force dans les relations – nationales et internationales – est un composant inhérent à l’homme sous prétexte qu’il est constitutif du vivant. Bref, une prétendue « loi », simpliste instrumentalisant la théorie de Darwin en la caricaturant. Nous disposons pourtant d’une spécificité qui nous différence radicalement des autres espèces, mais dont l’examen et le discours sont abandonnés à la philosophie dont l’objet est en grande partie déterminé par son évacuation de l’enseignement.

* Cette contribution dans la tribune de discussion du Monde (22.02.2022) en est un exemple : « Je suis toujours stupéfait par la haine personnelle dont est victime Vladimir Poutine. Il fait la politique de sa géographie et de son histoire. Ce n’est ni un saint, ni un monstre, c’est homme politique de la trempe des Louis XIV ou Pierre le Grand, avec ce que ça comporte de grandeur et de brutalité. On forge des États à coups d’épées pas à coups de prosternations.
Ma fiancée est issue d’Ukraine de l’est, Kharkov, et très franchement il faut être d’une inculture crasse pour ne pas reconnaître qu’à l’est du Dniepr c’est la Russie. Ce sont des populations slaves, orthodoxe, parlant le russe, autrement dit des Russes. Entre l’est du Dniepr et l’Ouest du Don, c’est l’héritage du traité de Pereïaslav de 1654 donc la Russie. Nous devrions être attristés que des peuples frères européens se déchirent sous l’œil avide de l’Amérique. À ceux qui m’insulteront de troll russe, je les invite à s’instruire sur l’histoire de l’Europe orientale, et à apprendre le russe, ou le polonais.
 »

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