La proposition négative d’Anne Hidalgo

Après avoir déclaré qu’elle était hostile à une primaire pour désigner un candidat commun de gauche, A. Hidalgo en propose une aujourd’hui. Le motif est évident : comme elle réalise qu’elle n’a aucune possibilité de participer au second tour, elle trouve cette porte de sortie, immédiatement refermée par ceux qu’elle invite à la franchir avec elle.

L’impasse où elle se trouve (et les autres candidats de gauche avec elle) ne s’explique pas par des problèmes de personnes, de stratégie ou de tactique, mais par l’obsolescence du discours fondé sur les critères qui ont défini l’existence de la gauche historique (cf. articles  des 13.07, 27.08 et15.10.2021).

Un signe de cette impasse vient d’en être fourni, bien malgré lui, par F. Hollande apparemment inconscient du malentendu de son élection par rejet du président sortant et par défaut de celui qui était annoncé comme grand favori : pour qu’il y ait un candidat commun de la gauche, explique-t-il, il faut un programme commun.  

Outre le fait que lui a été élu sans programme commun, il ne lui vient pas à l’idée de poser la question de ce qui permet ou ne permet pas l’élaboration d’un tel programme. Ce n’est pas une surprise : les cinq années de son mandat ont été l’expression remarquable du vide de la pensée politique d’une gauche sclérosée.

A la Une du Monde daté du 9 décembre et sur toute la largeur, ce titre  « Comment les inégalités rongent la planète ». Les chiffres, juste en dessous, sont très parlants : 10% des plus riches perçoivent 52% des revenus, détiennent 76% des richesses, émettent 48% du CO2 mondial etc.

Or, ce tableau, qui n’est pas nouveau dans ce qu’il révèle, ne suscite, à gauche, aucun discours nouveau qui permette de comprendre « comment et pourquoi ça marche comme ça ».

L’indignation ne fonctionne plus comme, en 2010, le « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel contre les inégalités, traduit en 34 langues et vendu à 4 millions d’exemplaires.

Elle est un des manteaux dont le capitalisme se protège par gros temps, à l’insu, sans doute, des bonnes intentions de ceux qui la brandissent comme un ersatz de révolte.

« Comment et pourquoi ça marche comme ça ? » – après toutes les explications plus ou moins anciennes, qui n’ont porté que sur les formes d’expression modernes du capitalisme et  non sur sa cause – tel est l’enjeu du nouveau discours de gauche qui n’émerge pas encore.

D’où, pour l’essentiel, le repli et la fuite en avant identitaires qui jouent le rôle d’exutoire du vide de la pensée en temps de crises. Ceux qui disent que Christine Taubira pourrait être le salut de la gauche en tant que figure antithétique de l’exclusion font l’erreur de croire qu’on peut faire reculer l’extrême-droite en se battant sur son terrain.

Le discours de gauche, aujourd’hui, ne peut plus viser que l’absence plus ou moins confusément perçue d’alternative au système capitaliste et l’équation qui le fonde.

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