Les ravages du capitalisme américain

« Morts de désespoir » : les ravages du capitalisme prédateur sur la classe ouvrière américaine. Dans leur livre, Anne Case et Angus Deaton, économistes à l’université de Princeton, s’interrogent sur l’avenir de ce système économique aux Etats-Unis, et ailleurs. » (A la Une du Monde – 15.03.2021)

Extraits :

« Angus Deaton avait étudié précédemment le formidable essor de l’Europe occidentale à partir de la fin du XVIIIe siècle, liant avec brio données économiques et démographiques. Ce qu’il décrit ici avec sa coauteure et collègue, Anne Case, est un phénomène inverse, qui interroge forcément sur l’avenir d’un système économique capable d’engendrer une telle régression après deux siècles de progrès de la vie matérielle et de l’espérance de vie − car les auteurs ne cachent pas leur crainte de voir le phénomène s’étendre à d’autres populations, aux Etats-Unis et ailleurs. (…) Ils décrivent d’abord, courbes à l’appui, l’ampleur du phénomène − et elle est catastrophique. On parle ici de centaines de milliers de morts. Ils en décortiquent ensuite les causes. Elles sont les mêmes que celles qui ont plongé une bonne partie de la population afro-américaine dans la pauvreté, la maladie et la drogue trente ans auparavant : le manque d’emplois stables et bien payés. »

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Une précision : ceux qui lisent régulièrement ce blog connaissent ma philosophie, en particulier l’importance que j’accorde au savoir relativement à ce qui me semble être à l’origine du verbe croire : le déni du double discours (physique et psychique) de notre mort, spécifique de notre condition humaine.

J’ai enseigné – les lettres classiques – avec cette conviction que le savoir est notre meilleur outil et j’ai essayé d’en expliquer, entre autres, les incidences dans les littératures, française, grecque et latine.

Je poursuis la même démarche au niveau du dialogue, du moins de sa tentative, via le blog et le journal auquel je suis abonné.

Il y a donc forcément des redites. D’une part, le public n’est pas toujours le même,  d’autre part la répétition (ceux qui connaissent le grec retrouvent la balance chère à cette  langue du « men /de »),  sur des modes variés, fait partie de l’enseignement. Prof un jour, prof toujours, même avant d’en exercer la profession, mais c’est une autre question.

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Une contribution :

« Aux Etats-Unis, le revenu des plus pauvres a été redistribué aux plus riches » Erreur de jugement de complotiste : comment peut-on ainsi confondre corrélation et cause ? Ce qui se passe, c’est que la création de richesses ne vient plus du travail simple que savent effectuer les moins diplômés (plus souvent hommes que femmes), mais du travail complexe que savent effectuer les plus diplômés (de plus en plus souvent femmes qu’hommes) et les machines. Le travail simple a et aura de moins en moins de valeur dans un monde de plus en plus complexe, un point c’est tout. Les capitalistes profitent de ce phénomène, mais c’est leur faire trop d’honneur que de dire qu’ils en sont la cause. Dans une société de la connaissance, celles et ceux qui jouissent de la connaissance ont une vie plus riche que ceux et celles qui ne sont capables que d’effectuer des tâches simples, et une meilleure position sociale. Qui, à part des égalitaristes forcenés, peut prétendre qu’il doit en aller autrement ? »

Une réponse :

« Ce n’est pas une erreur de jugement de complotiste, c’est un contresens de journaliste. De même écrire que la création de richesse est maintenant faite par les plus diplômes est aussi un contresens, ils ne touchent que des miettes (les programmeurs du logiciel de la plate-forme comme les ingénieurs qui conçoivent les robots). La réalité, mesurée, c’est que la part des revenus du capital est de plus en plus importante, la part des revenus du travail de moins en moins. Et, donc, les travailleurs eux-mêmes sont moins importants… Moins considérés, jetables interchangeables et in fine moins payés. Même les classes moyennes. »

Autre contribution :

«  (…) Une question : pourquoi ne se lève nulle part un courant de pensée sur un capitalisme ‘raisonnable’, ‘contrôlé’ ? (Etant bien clair que toute tentation de socialo communisme est exclue. »

Ma réponse :

« Capitalisme raisonnable » est peut-être bien un impossible. Qu’y-a-t-il de raisonnable dans  l’accumulation, quel qu’en soit le contenu, boîte d’allumettes ou capitaux ? Autrement dit, ce qui détermine l’équation être=avoir plus est un déni, celui de notre condition de mortels conscients de l’être. L’objet est un substitut auquel on transfère l’immortalité fantasmée, soit par sa qualité propre (or, diamant) soit par son nombre (collections). La raison – on la trouve dans les livres de philosophie – critique, comme vous le faites, cette pulsion qui touche à la peur essentielle. L’apprentissage de la mort telle qu’elle est (le cadavre), dès le début de l’école en ferait un savoir et modifierait sans doute la relation à l’objet, donc le rapport production/consommation. « Croire », né sans doute de ce déni, n’est plus efficace, ni pour le paradis de l’au-delà, ni pour celui d’ici-bas. Décider de nous contenter de savoir est peut-être le seul choix qui nous reste. S’il n’est pas trop tard.

> Ma contribution (1000 signes maximum autorisés par le journal) :

Bilans après bilans depuis deux siècles, de deux choses, l’une :

– soit nous continuons à discuter sans fin des épiphénomènes, des contradictions du système, des améliorations, des bienfaits et des dysfonctionnements… Mais, toutes choses égales, quoi de nouveau depuis la fin du 18ème siècle quant à son essence ?

– soit, comme Marx, nous proposons non plus d’interpréter, mais de « transformer le monde ». Et là nous nous  heurtons à sa théorie et à l’échec de son expérimentation. Mais si on continue de parler de Marx sur l’ensemble de la planète, ne serait-ce que pour le réfuter, n’est-ce pas parce que persiste l’idée de transformation ? N’est-elle pas liée à l’insatisfaction chronique propre à l’espèce humaine ?

Les deux paradis de l’au-delà et de l’ici-bas ont disparu et nous nous cognons la tête contre des redites et leurs variantes. Peut-être est-il temps d’examiner l’équation fondatrice du capitalisme (être=avoir plus) pour voir ce qu’elle implique du rapport à l’objet ?

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