La musique et la danse à l’hôpital et dans l’Ehpad

Claire Oppert est violoncelliste. Elle intervient notamment dans les hôpitaux auprès des malades, dans les Ehpad auprès des personnes âgées en difficulté. (cf. son livre  Le pansement Schubert).

Le 19/12/2020, elle était l’invitée de 28’, sur la chaîne Arte.

L’objet principal de l’entretien était donc le rapport entre la musique et le corps.

Il y eut deux illustrations majeures.

La première montra une femme âgée qui avait perdu ses fonctions cognitives. Elle était pianiste et il lui fut demandé de jouer le 2ème mouvement de la Sonate au clair de lune, de Beethoven. La femme, assise sur le tabouret, dit « je ne connais pas » avant de se tourner vers le clavier et d’interpréter le mouvement de manière brillante, sur le piano (désaccordé !) de l’Ehpad.

La seconde montra une autre femme âgée dans une situation de dégradation psychique identique, aggravée par une incapacité physique qui la contraignait au fauteuil roulant. Elle se nommait (elle est décédée depuis) Marta C. Gonzales, avait été ballerine et avait dansé, à New-York,  dans le Lac des cygnes, de Tchaïkovski.

Dès qu’elle entendit la musique du ballet, elle commença la chorégraphie de ses bras, de ses mains, de ses doigts et son visage disait qu’en cet instant, non qu’elle avait été une ballerine, mais qu’elle était ballerine.

Question d’une des animatrices à Claire Oppert : « Quand vous voyez ces images, ça prouve, ça démontre clairement que la mémoire de la pratique musicale, de la danse aussi, et de la musique, ça ne s’efface pas, ça reste jusqu’au bout ? »

La particularité de ce mode de questionnement – assez fréquent sur les antennes – est que la réponse est fournie et que cette réponse –  du point de vue de l’opinion émise  – est déjà fournie par les images. A la fois une réduction et une paraphrase.

La réponse de Claire Oppert : « Je pense que la musique et l’art en général s’adresse à une partie profonde, inaltérée ; on n’a pas besoin de comprendre la musique pour la sentir (…) la musique atteint la partie centrale, le noyau qui est souvent représenté par le plat de la main sur le cœur, parce que la musique ne passe pas par les circuits intellectuels ».

Ce que révèlent ces deux femmes, musicienne et danseuse, est en effet au-delà d’une « mémoire de la pratique », si l’on entend par « pratique », le travail, les exercices, les répétitions.

Il suffit de voir Angela Hewitt interpréter les Variations Goldberg (arte.tv – cf. article Monteverdi du 25.11) pour voir qu’il s’agit d’ un discours  produit par le corps et  qui s’adresse  au corps.  

Dans le droit fil de la pensée de Claire Oppert, nous voyons une illustration de ce que j’appellerais l’existence organique de la musique.

Autrement dit,  en tant qu’expression de ce que nous sommes – corps et esprit indissociablement imbriqués –   la musique n’a pas, essentiellement, de rapport avec une pratique : ce que nous sommes est à la fois tous les instruments (construits par l’homme) dans leur résonance et la pensée (organique et intellectuelle) de cette résonance.

Elle a ceci de particulier, qu’elle est d’essence matérielle, physique, et qu’elle révèle par son discours sensible, émotionnel,  la dimension immanente de ce que nous sommes en lui conférant une transcendance intrinsèque.

En ce sens elle participe de la philosophie.

C’est ce qui explique la quasi inexistence de son enseignement à l’école. Le piano désaccordé de l’Ehpad est l’illustration, ici choquante et obscène à bien des égards, du « ça n’est pas essentiel ».

L’émotion que créent ces deux vidéos est ambiguë : il y a, dans ce qui la suscite,  quelque chose qui touche au pathétique (des femmes en état de démence qui parviennent  quand même à produire l’image d’un « sensé ») et au « mystère/miracle » qui sous-tend plus ou moins la question de l’animatrice.

Que faudrait-il pour que ces images nous apparaissent non comme exceptionnelles mais comme « normales » ?

Que la musique cesse d’être considérée comme le problème d’une appétence mystérieuse, qu’elle soit débarrassée de la question du « don », du « chante faux ».

Autrement dit, que ce que nous sommes soit objet d’enseignement dès l’entrée à l’école maternelle et que la musique en soit le premier support matériel.

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