L’élection américaine

Ce matin (mardi 3 octobre), parmi les titres annoncés par la journaliste présentant le journal de 7 h 00 sur France Culture, celui de l’élection américaine, ainsi formulé : l’élection qui divise l’Amérique.

La formule est significative d’un mode de pensée, souvent souligné ici, qui refuse l’analyse, dans le sens où il considère l’événement comme étant sa propre cause.

L’élection ne divise pas, elle est le signe d’une division qui lui préexiste.

La formule focalise donc l’attention sur l’événement, de la même façon que les informations, depuis le début de la campagne, ont focalisé l’attention sur les candidats, leur personne et leurs petites phrases.

Le résultat de l’élection dira quel est l’état de santé des USA.

De quel genre de division s’agit-il ?

Sur la « question noire » par exemple.

Ainsi, deux réactions diffusées dans ce journal, de deux personnes afro-américaines, l’une du Wisconsin, qui votera Biden, l’autre, de Floride, qui votera Trump, un pêcheur de gambas.

Son explication : « Du temps d’Obama, je payais le carburant de mon bateau 1$ 25, avec Trump, moins de 50 cts et j’ai pu investir dans l’immobilier. Je n’ai pas envie de le payer à nouveau 1$ 25. Et puis les démocrates n’ont jamais rien fait pour les Noirs. »

La question « noire » arrive en seconde position, question à propos de laquelle Trump a déclaré, parlant de lui à la troisième personne « Personne n’a fait plus pour les Noirs, depuis Lincoln, que Donald Trump ».

S’il peut l’affirmer, ce n’est pas seulement parce que le pouvoir politique qui lui a été confié évacue les critères objectifs d’appréciation du réel – le Président, qui prête serment sur la Bible, est le critère de la vérité – mais parce qu’il n’y a sans doute pas de rapport de résolution entre le pouvoir politique et la question du racisme.

Les huit années de mandat d’Obama, président afro-américain, n’ont rien résolu de cette question.

L’explication est contenue dans la déclaration du pêcheur de gambas : le critère majeur n’est pas pouvoir vivre de son métier de pêcheur (ce que lui permet le carburant à 1$ 25) mais faire des placements, autrement dit, avoir plus.

Les démocrates tiennent aussi ce discours (voir l’enrichissement d’Obama) mais en tentant de réguler le plus, à la marge, par un commun qui ne peut être qu’à peine murmuré par hantise du communisme.

La lutte contre le racisme ne peut aboutir que par la revendication de la fraternité que j’appelle « de solitude » (cf. essai sur ce que nous sommes) antinomique du principe de capitalisme qui nous constitue, donc de l’équation être = avoir plus.

Quelle que soit notre couleur de peau.

Si Trump a été élu et si l’hypothèse qu’il puisse l’être à nouveau n’est pas exclue, si d’autres figures politiques tenant le même type de discours l’ont été partout sur la planète, c’est parce que la crise existentielle que traverse l’humanité, à des niveaux de réalité et de conscience différents, incite de manière quasi pathologique à avoir plus.

Les outrances de Trump ne sont qu’une illustration, pathétique, de ce plus. Elles témoignent de la profondeur d’un désarroi.

Si Trump l’alimente, il ne le crée pas. L’élection apparemment vraisemblable de Biden ne le fera pas disparaître.

La division ne concerne que des modes de fonctionnement.

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