Etat des lieux – essai sur ce que nous sommes – 9 – (La philosophie – II –Interpréter ou transformer le monde ?)

Je termine l’article précédent ainsi :

« Quelle est l’utilité de Platon, Aristote, Montaigne, Pascal, Spinoza, Descartes, Kant, Hegel, Diderot, Schopenhauer, Nietzsche … au regard d’Auschwitz ?

La tentation est grande de dire qu’ils ne servent à rien (cf. Adorno et la culture dans l’article Auschwitz)

Mais ni la question ni, bien sûr, la réponse ne sont pertinentes. »

L’argument n’est en effet pas recevable en ceci qu’il fait de la philosophie une transcendance au moyen du syllogisme. En d’autres termes : par essence, la philosophie devrait nous protéger de la barbarie, or elle ne nous en protège pas, donc elle est inutile.

Dans ce type de raisonnement, la validité de la conclusion dépend de la validité de la première proposition, appelée prémisse majeure.

1er exemple : Tous les hommes sont mortels (prémisse majeure), or je suis un homme (prémisse mineure), donc je suis mortel (conclusion).

La conclusion ne souffre aucune discussion : tous les hommes sont effectivement mortels.

2ème exemple : Tout ce qui est rare est cher, or une voiture à 1 euro est rare, donc elle est chère.

L’absurdité de la conclusion vient de la fausseté de la prémisse majeure qui fait du domaine marchand la référence exclusive, alors que la rareté n’est pas en soi liée au commerce : un trèfle à quatre feuilles, la pluie au Sahara, le désintéressement…

Attribuer à la philosophie la fonction de sauvegarde sociale, c’est donc lui attribuer une essence qui préexisterait à toute démarche philosophique particulière. Comme Dieu est censé préexister à toute existence particulière.

Pourquoi la philosophie n’est-elle pas par essence une protection contre la barbarie ?

Parce qu’elle en est le corollaire.

C’est parce qu’existe la barbarie qu’existe la philosophie.

Et c’est parce que la barbarie est l’expression d’une gestion pervertie de la mort que la philosophie a historiquement pour objet essentiel la mort *.

« C’est donc un fait (…)  que les vrais philosophe s’exercent à mourir et qu’ils sont, de tous les hommes, ceux qui ont le moins peur de la mort. » (Platon – Phédon)

« Philosopher, c’est apprendre à mourir » (Montaigne – Essais)

* Spinoza défend une thèse opposée. J’y reviendrai.

Le philosophe le plus connu pour assigner à la philosophie une autre visée est Marx.

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, ce qui importe, c’est de le transformer » (Thèse sur Feuerbach)

La première assertion réduit la philosophie passée à une seule démarche : interpréter diversement (comme les musiciens proposent des interprétations diverses d’une partition), c’est proposer des variations de lecture du même objet, en l’occurrence le monde. Vaste objet qui comprend tout.

La seconde s’appuie sur un ce qui importe dont la justification n’est pas précisée. Pourquoi cet impératif aurait-il été ignoré jusqu’au milieu du 19ème siècle ? Transformer pose la même question.

Parvenu à ce point de l’essai, il me paraît  indispensable d’accorder un article spécial à Marx, et pour une raison majeure : il est une référence philosophique planétaire unique, autant par les adhésions que par les rejets qu’il suscite.

Il s’agit de montrer en quoi la mission qu’il assigne au philosophe peut nous aider à comprendre, en explorant la faille de son analyse, quel est l’objet réel de la philosophie.

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