Eva Joly et le « recours »

Dans sa Lettre des Idées (25/04/2023), Le Monde publie une tribune d’Eva Joly, avocate, écologiste, ancienne députée européenne (EELV).

E. Joly propose une analyse dans laquelle elle souligne le rapport entre le pouvoir présidentiel que permet la constitution et la psychologie d’E. Macron. Elle explique, de manière convaincante, comment les (graves) erreurs commises par le président dans la politique intérieure (notamment la réforme des retraites) et dans ses relation avec V. Poutine et Xi Jinping s’expliquent par la coïncidence entre la démesure de l’ego de l’homme et celle du pouvoir présidentiel.

Elle souligne en particulier une conséquence de l’hubris (démesure, outrance) de cet homme.

« Certains pourraient voir du courage dans le fait d’imposer contre la volonté générale et sans vote majoritaire une réforme des retraites terriblement inégalitaire. Mais il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que cette obstination offre à Marine Le Pen le rôle de sa vie : celui de recours. Pour le plaisir de s’auréoler du titre de grand réformateur libéral, Emmanuel Macron prend le risque de donner le pays à l’extrême droite. »

Le problème que pose ce pronostic – largement partagé par tous les commentateurs de la vie politique – est celui de l’adéquation entre la politique et le suffrage universel, tel qu’il est défini et pratiqué.

Il y a dans ce pronostic, l’implicite : non seulement une partie importante de l’opinion politique (celle qui votera pour M.LP) est pour la collectivité ce que sont les affects pour l’individu, mais encore il n’y a rien à faire pour changer cette réalité.

Autrement dit, le « recours M. Le Pen » est le pire danger pour la démocratie mais ce réel n’aura pas d’incidence sur les réalités multiples des citoyens/électeurs.

Questions :

– pourquoi la conscience qu’a E. Joly du danger n’est pas celle du plus grand nombre ?

– pourquoi n’explique-t-elle pas quel est ce danger, ou, si l’on préfère, pourquoi considère-t-elle qu’il est suffisamment connu des lecteurs de sa tribune pour qu’il soit nécessaire de le préciser ?

– à qui donc s’adresse cette tribune ? Certainement pas à la partie de l’électorat inconsciente de ce danger qui ne la lira pas ou qui n’écoutera pas. Pas non plus à ceux qui en sont conscients et à qui elle n’apprend rien d’essentiel.

– peut-on supposer que le président et son entourage feraient partie des inconscients du danger ? Et s’ils en sont conscients, sont-ils imperméables au déni inhérent à l’hubris ?

Bref, par quelque bout que je prenne le problème, j’aboutis à celui de la politique et de son rapport avec le suffrage universel.

A quoi on objectera le « c’est comme ça », qu’’il n’est pas possible d’inverser le rapport affects/pensée et que rien ni personne ne peut faire que le vote ne soit pas l’expression d’un ressenti, d’une irrationalité, d’une perception inadéquate de ce que devrait être la politique.

Autrement dit, le nazisme, la collaboration n’étaient pas, comme Arthur Ui, « résistibles ».

S’il reste une utopie qui favorise la vie, c’est celle qui vise à promouvoir la pensée critique de notre espèce.

Ceux qui ont lu mes articles concernant la grammaire officielle savent que la société n’en est pas encore tout à fait consciente.

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