Orthographe et grammaire (1)

Il fut question d’orthographe, ce 8 décembre 2022, dans Les Matins de France Culture. Guillaume Erner recevait Edouard Geffray, « directeur général de l’enseignement scolaire ».  

La page Internet de l’émission apporte cette précision  : « Depuis 1987, une même dictée est proposée pour évaluer l’évolution des fautes à cette étape de l’école primaire. Et en près de 35 ans, le constat est sans appel : les élèves de CM2 faisaient 10,7 erreurs en moyenne en 1987. Ils en font 19,4 en moyenne en 2021. »

Je ne sais si dans un ou deux articles du blog – plusieurs ?  –  j’ai déjà évoqué mon expérience en la matière.  Ce n’est pas impossible. La sagesse des nations (Dans le douteBis repetita…) a cet avantage qu’on peut toujours lui faire dire ce qui arrange. Et quand bien même… (une formule intéressante, elle aussi).

Si je ne sais, sauriez-vous, vous ?

Donc.

Longtemps, j’ai enseigné la littérature dans des classes de premières et terminales de lycée,  et je ne me suis pas couché de bonne heure. Voyez du côté des paquets de copies. Du temps perdu ? Non, je m’y retrouvai.

Je constatais bien en lisant et annotant les copies à la lumière de ma lampe qu’il y avait pour beaucoup un problème avec la maîtrise de l’orthographe (du grec orthos : droit, juste / graphè : écriture) mais je l’occultais. Oui… je me contentais… c’est une manière de parler…  de souligner. Ce qui m’importait, c’était l’enseignement de la littérature, pas le reste. Comme quoi… (encore une formule très intéressante, elle aussi, n’est-ce pas ?  – méfiez-vous du n’est-ce pas ?).

Cette occultation (justifiée par le « pas le temps », en réalité un déni) en a pris un coup le jour où j’ai commencé à enseigner aux élèves malades hospitalisés dans les services de pédiatrie (à Lyon, mais le problème n’était – et n’est toujours – pas lyonnais). Là, dans la chambre d’hôpital, j’étais bien toujours le prof. de l’Education Nationale, mais l’élève que je rencontrais dans sa chambre, en pyjama et couché, plus ou moins relié à d’étranges machines, avait sur moi l’avantage, si j’ose dire, de disposer du statut de malade. Le mien était plutôt celui de l’intrus.

Quand je parvenais à établir le contact, la plupart des élèves de collège répondaient à ma question sur la nature de l’aide que je pouvais leur apporter en citant la grammaire et l’orthographe. Pour la grammaire, la formule était « Je n’y comprends rien », pour l’orthographe un « Je suis nul » souvent ponctué du grand sourire de la performance réussie.

Là, j’ai découvert la grande misère de la conception d’enseignement (ce que, pour l’école dans son ensemble, j’appelle le discours d’enseignement) de ces deux disciplines. Pour ne parler que d’elles. Tant que j’y suis (autre formule),  j’aurais bien quelques remarques sur l’exercice, artificiel, absurde, ridicule, imbécile, pervers… je m’efforce de respirer calmement… de commentaire de texte imposé aux malheureux lycéens dont certains seront pour longtemps dégoûtés de l’analyse littéraire, sinon de la lecture des classiques.

Pour m’en tenir à l’orthographe.

D’abord, il est question de « faute ». Un mot employé comme s’il allait de soi (je l’ai employé) significatif d’un enjeu, j’allais écrire pervers, mais je vois que je viens de l’utiliser à propos du commentaire de texte… Est-ce à dire qu’il existerait quelque part une intention maligne de culpabilisation ?  

Voyons… Faute est connotée de mal. La faute d’orthographe ne serait donc pas seulement un mal contingent propre à un travail scolaire donné (dictée ou autre) mais un mal absolu, en rapport avec un bien.

Je m’arrête un cours instant sur le parvis de l’Eglise à l’intérieur de laquelle résonnent, au pied du crucifix, des mea culpa et des maxima culpa qui infusent sournoisement depuis des siècles la société pour lui souffler ses définitions du bien et du mal qui arrangent certains en les confortant dans des situations bien établies.

Je passe.

Cette charge de faute contre un bien qui ne dit pas son nom, endossée par les parents en tant que respect de ce qu’il faut, explique en partie le grand sourire qui accompagna l’aveu de nullité prétendue : commettre des fautes,  et tant qu’on y est beaucoup de fautes, surtout des fautes qu’on est capable de corriger soi-même, est un signe de rébellion que nourrit la dictée, particulièrement quand elle imposée par les parents.

Cela pour les erreurs autocorrigées qui invalident le « je suis nul ».

Les autres ?

Celles qui concernent le vocabulaire sont pour l’essentiel liées à la lecture et la lecture a un rapport avec le milieu familial et social. Un rapport très complexe dans la mesure où lire peut être par exemple un moyen d’échapper à un environnement, de s’en émanciper. Ou, à l’inverse, le refus de lire.

Quant aux erreurs grammaticales qui concernent les règles d’accord, elles fourniront la matière d’un second article.  

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