Journal de vacance (1 et 2 août)

Hier, lundi 1er août, pluie et vent. En lisant sur le site du Monde les informations nationales (françaises) et internationales, j’ai de plus en plus l’impression de vivre dans un monde à part. Pas de canicule, de problème de sécheresse, d’incendies. Au pub où nous avons déjeuné – difficile de trouver une place de parking à cause de funérailles célébrées dans la petite église voisine où devait être réunie une bonne partie de la population locale (la garda –  police – assurait la circulation) – des hommes, buveurs de bières (Guinness, surtout) qui parlent et qui rient, un couple qui finit un breakfast prolongé. Le sentiment que c’est le « comme avant » de chez nous. Avant quoi ? Avant les facteurs de stress qui semblent absents ici. Semblent, oui, parce que simplement passer, en touriste, et pendant l’été, ne permet pas de se défaire des projections qu’on emporte avec soi. L’Irlande est verte, c’est indéniable, ce qui ne veut pas dire que la vie y soit rose tous les jours.

Aujourd’hui, mardi 2 août. Beaucoup de vent à « déborner les queues » (je préfère nettement à décorner les bœufs, de même que je préfère encore plus nettement le bourre-couillon au court-bouillon, surtout quand il s’agit du poisson, parce que, entre nous, le poisson grillé, c’est quand même autre chose…), mais pas de pluie.

Nous refaisons donc le circuit qui conduit à l’hôtel d’Ursula, vers Screeb Cross, pour ceux qui connaissent. Juste en-dessous de Maam Cross. Je dis ça encore pour ceux qui connaissent.

Il y a quatre ans, nous franchîmes la grille d’entrée de cet hôtel de luxe dont un écriteau disait que les non-résidents étaient les bienvenus pour déjeuner. Nous n’étions pas résidents, donc nous étions les bienvenus. Nous sommes des gens simples. Nous allâmes garer la voiture juste à côté de l’héliport – je rappelle que c’est un hôtel haut de gamme – et nous allâmes toquer à la porte. Une fenêtre s’ouvrit et une dame à qui nous demandâmes s’il était possible d’avaler une home made soup nous répondit que yes et que welcome. Elle nous dit que la salle à manger était occupée par un groupe d’Allemands chasseurs (je vous demande un peu !). et nous fit préparer une petite table dans un salon particulier avec piano, tableaux, vue sur le jardin et l’océan. Nous lui dîmes que nous étions français et elle nous répondit dans notre langue : elle était d’origine allemande, avait épousé un cuisinier français – tout s’expliquait ! –  et pris la succession de ses parents qui avaient acheté l’hôtel-restaurant quelques décennies auparavant. Soupe de légumes, pain, beurre, scones, confiture et crème fraîche, thé et café, le tout pour un prix qui ne vaut même pas qu’on en parle. Juste un peu plus que deux cafés sur les Champs-Elysées. Mais aussi, quelle idée d’aller boire un café sur les Champs ! Mais je m’éloigne.

Nous revînmes l’année suivante. Il n’y avait pas de chasseurs allemands et nous nous installâmes dans la salle à manger.  Même menu. Je finissais la home made soup quand j’entendis une voix féminine fredonner dans le couloir l’Internationale. Vous me connaissez, je suis prêt et ouvert à tout (enfin presque) mais là, je ne sais pas si vous saisissez le bizarre de la situation : je suis en Irlande, dans le sud du Connemara, je mage une home made soup dans un hôtel de luxe, et j’entends une femme chantonner l’Internationale ! Mais oui, la vraie celle qui dit « Debout, les damnés de la terre ! ». On vous le raconterait, vous n’y croiriez pas. Je me rendis dans le couloir. Et là, que vis-je ? Une vieille dame qui déposait des fleurs dans les vases disposés ici et là. Je m’approchai et lui demandai – en anglais, of course – si c’était bien l’Internationale qu’elle fredonnait. Elle acquiesça avec un sourire et m’expliqua qu’elle venait d’Allemagne de l’ex-est, que son mari qui aimait la pêche en mer avait acheté cet hôtel bien des années auparavant et que sa fille Ursula avait pris la succession avec son mari. Elle s’interrompait toutes les dix secondes pour répéter avec de l’effroi dans les yeux : « Plus jamais la guerre, monsieur, plus jamais ! » Puis elle repartit déposer ses fleurs en chantonnant

Ursula à qui je racontai la scène, nous confia que sa maman souffrait d’un début de maladie d’Alzheimer.

Le maître d’hôtel qui nous reçut aujourd’hui et à qui nous demandâmes s’il était possible de voir Ursula, nous annonça qu’elle était en Allemagne pour quelques jours encore. L’état de santé de sa maman était stable.

Peut-être reviendrons-nous lors d’un prochain voyage en Irlande, si le monde réel nous le permet.

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