Le faux Tartuffe de Ivo Van Hove

(cf. article du 27 avril)

La pièce de Molière est une comédie : le rire suscité par les mots et les situations s’oppose au caractère dramatique sinon tragique de la mise en scène d’Ivo Van Hove et de la musique d’Alexandre Desplat.

Le parti pris du metteur en scène est explicité dans un document remis aux spectateurs : la pièce raconte le passage du monde ancien de la famille (incarné par Madame Pernelle) à celui de la modernité.

Sur quoi s’appuie cette lecture ?

Rien, dans la pièce ne justifie ce point de vue que Van Hove illustre à la fin de la représentation par la mort de Mme Pernelle – pure invention, de même que son agression par Orgon –  et la famille nouvelle (les personnages ont quitté le noir et blanc tragique pour des vêtements colorés et Elmire est enceinte – la comédienne caresse ostensiblement le simulateur de grossesse glissé sous sa robe rouge pour ceux qui n’auraient pas bien compris – lourde finesse didactique qu’on retrouve dans les messages lumineux affichés sur un grand écran).

Ce besoin du metteur en scène de se mettre en avant le conduit à inventer un préambule tout aussi gratuit et de surcroît faux : on voit arriver sur scène un pauvre hère vers lequel accourt Orgon qui se tourne vers la coulisse pour appeler à deux reprises « maman ! ». On comprend qu’il s’agit de Tartuffe que Van Hove fait déshabiller entièrement puis laver dans une baignoire. Le récit de la rencontre entre les deux hommes que Molière fait raconter à Orgon n’a rien à voir avec ce qui s’apparente à un contre-sens :  Orgon n’introduit pas Tartuffe chez lui par bonté d’âme, mais parce qu’il en a besoin.

L’idée d’une attirance homosexuelle Orgon/Tartuffe n’est pas nouvelle (cf. Planchon au TNP dans les années 70) mais elle lourdement explicitée dans une gestuelle niaise qui suit la scène de dénonciation de Damis.

Quant à Elmire, Van Hove ne fait pas non plus dans la dentelle : elle a très envie de coucher avec Tartuffe comme il le montre dans la première rencontre quand elle ignore la présence cachée de Damis qui les surprend à moitié nus.

Dans la second scène de séduction Van Hove a remplacé la toux répétée indiquée par Molière par ce qui ressemble à des premiers cris d’orgasme et le jus de réglisse est toujours très finement remplacé par une évocation spermatique.

Si le texte de Molière peut permettre l’hypothèse d’un certain plaisir d’Elmire à jouer avec Tartuffe, c’est dans une finesse autre, celle de la suggestion.

A cet improbable objet créé par Ivo Van Hove, je préfère le Tartuffe de Molière.

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