Wokisme : le colloque de la Sorbonne

Extraits d’une tribune d’Elisabeth Roudinesco, publiée dans Le Monde du vendredi 21.01.2022.

« Les 7 et 8 janvier s’est tenu dans le plus bel amphithéâtre de la Sorbonne un colloque intitulé « Après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture ». Une bonne soixantaine d’universitaires issus de toutes les disciplines y avaient été conviés par Pierre-Henri Tavoillot, président du Collège de philosophie, avec pour partenaires le Comité Laïcité République, l’Observatoire du décolonialisme (en la personne de son rédacteur en chef, Xavier-Laurent Salvador) et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale.

Répartis en trois sections et douze tables rondes, les intervenants disposaient de huit à vingt minutes pour exprimer leur hostilité à la « pensée woke », considérée comme l’instrument d’une destruction de la civilisation occidentale. Plusieurs s’étaient récusés au dernier moment pour cause de maladie. (…) Ils ont au contraire [plutôt que d’analyser les dérives du concept « déconstruction »] choisi de participer, pendant deux jours, à une sorte de banquet totémique, au cours duquel ont été voués aux gémonies les meilleurs penseurs de la seconde moitié du XXsiècle, dont les œuvres, devenues classiques, sont traduites et étudiées dans le monde entier : Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Roland Barthes, Jean-François Lyotard. (…) A l’exception de Mathieu Bock-Côté – soutien d’Eric Zemmour –, ces intervenants ne sont pas d’extrême droite, ils n’ont pas réhabilité la France de Vichy. Mais ils se sentent les victimes d’une pensée (le wokisme) dont ils ne parviennent pas à endiguer les méfaits : « C’est fichu », disent-ils en chœur. Et c’est au nom de cette attitude réactionnaire, inspirée par une époque tourmentée, qu’ils ont réussi à former un collectif destiné à combattre le passé sans avoir à penser ni le présent, qui les révulse, ni l’avenir, qu’ils se représentent comme un cauchemar peuplé de monstres. (…) »

Je partage l’analyse d’E. Roudinesco qui me semble avoir changé de point de vue sur cette question.

Ma contribution

De quoi s’agit-il ? Non de constater seulement – ce n’est pas nouveau – que s’appeler Pierre ou Moussa, avoir un épiderme rose ou noir, être homme ou femme, hétéro ou homo  etc., ne vous met pas sur la même ligne de départ (pour une location, un prêt, un emploi, dans la rue etc.), mais d’en faire l’élément d’une dialectique, et pour Pierre et pour Moussa ; en d’autres termes, reconnaître l’identité conceptuelle de l’un et l’autre, ce qui revient à dire que la résolution de  la contradiction Pierre/Moussa  ne laissera intacts ni l’un ni l’autre. Même si le wokisme n’est pas toujours le signe de la conscience de l’enjeu (cf. ses outrances qui sont les réponses à des outrances opposées) la problématique est bien de déconstruire les modèles de références historiques positives (Pierre…) ou négatives (Moussa…). Et, sauf à désirer la catastrophe, il faut souhaiter que le colloque de la Sorbonne soit  une des dernières batailles d’arrière-garde de l’enkystement de Pierre et du rose.

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