Introduction à la lecture de l’Ethique de Spinoza (3)

La Définition II peut paraître déroutante en ce sens que le rapport avec la I n’est pas immédiatement évident :

« On dit qu’une chose est finie en son genre quand elle peut être limitée par une autre chose de même nature. On dit qu’un corps, par exemple, est fini parce que l’on peut toujours concevoir un corps plus grand. De même, une pensée est limitée par une autre pensée. Mais un corps n’est pas limité par une pensée, ni une pensée par un corps. »

A la différence de la Définition I (intellego = j’entends), il ne dit pas « je dis qu’une chose » mais « une chose (res) est dite (dicitur) ». Cette construction à la voix passive est la manière dont le latin exprime notre « on », pronom indéfini qui n’existe pas dans cette langue, et qui vient de homo = l’être humain.

Il présente donc le contenu de cette définition non comme sa création mais comme une vérité reconnue, objective.

Une chose est l’écho du ce neutre substitué à Dieu de la Définition I avec la différence que « une chose » peut évoquer un objet concret.

Le fini (= qui a une limite – fini évoque forcément infini) renvoie à la cause de soi de la Définition I ; l’un et l’autre font partie de la même problématique.

L’exemple introduit deux éléments, le corps (= pas seulement le corps humain mais tout ce qui a la propriété de l’étendue, disons tout objet matériel) et la pensée, ainsi qu’une affirmation qui ouvre une nouvelle réflexion sur la différence de genre entre l’un et l’autre (il y reviendra dans la Définition IV).

Bref, cette définition, présentée comme une vérité objective reconnue (la notion de fini), contient donc dans la dernière phrase une affirmation qui ne l’est pas : le mais –  le at latin indique une opposition forte – pourrait bien s’opposer à une idée contraire, plus ou moins claire.  

Commentaire : l’absence de lien explicite avec la Définition I est une manière de dire : c’est un élément de la construction, gardez-le en réserve pour le moment. Un peu comme les pièces différentes d’un objet en kit sont présentées les unes à côté des autres.

A la métaphore de l’eau (cf. article précédent), j’ajouterai celle de l’espace. Nous évoluons avec cette Définition II dans les deux géométries, plane et spatiale, par le biais du fini et de l’infini : on peut toujours et encore (infini) imaginer un corps (fini) plus grand, toujours et encore (infini) une autre pensée (fini). Se laisser porter par cette réflexion/méditation oscillant entre le fini et l’infini peut procurer une sensation analogue non seulement à celle que crée le contact physique de l’eau (la fluidité, la vague) ou de l’espace (l’immensité d’un paysage, le vent…) mais aussi à celle de l’idée de l’eau et de l’espace.  

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