Rapport Sauvé : dialogue

« Le rapport Sauvé, un « séisme » pour les responsables catholiques. Après la publication du rapport accablant sur les violences sexuelles dans l’Eglise, les responsables de la Conférence des religieux et religieuses et la Conférence des évêques, qui tiennent leur assemblée plénière en novembre, doivent rapidement préparer les réponses à apporter. » (A la Une du Monde – 06.10.2021)

Ma contribution :

Pourquoi appelle-t-on le prêtre « père » (cf. pape), la religieuse « sœur » ? Pourquoi la pédocriminalité est-elle la plus importante dans les familles (où le crime est dans la plupart des cas commis par le père contre sa fille) et dans l’église (où le garçon est la victime principale des « pères ») ? Pourquoi le pouvoir politique laïque peut-il être encore dépendant de l’église (cf. les funérailles de J. Chirac) ? Pourquoi a-t-il accepté et accepte-t-il encore le « droit canon » ? Bref, quelle est la fonction historique de l’institution ecclésiastique dans la société ? Autrement dit, d’où vient le besoin de croire en un dieu, quel qu’il soit, et pourquoi, près de 3000 ans après les divinités obsolètes de l’Olympe, est-il encore vivace ?

Réponse de « Frawd » : « Car la plupart des gens refuse de croire que leur vie est inutile et sans intérêt dans le fonctionnement de l’univers. « Souviens-toi, homme, que tu es poussière et redeviendra poussière ». »

Ma réponse :

Voulez-vous dire que sans la croyance en un dieu la vie n’a pas d’utilité ? Comment expliquez-vous alors l’athéisme ? Est-ce que les athées ont décidé de se passer de divinité parce qu’ils veulent vivre une vie inutile et sans lien avec l’univers ? Voyez le livre de Lucrèce (1er siècle avant notre ère) De rerum natura (De la nature des choses – il explique la philosophie d’Epicure) ou encore l’œuvre (et la vie) de Diderot (18ème siècle).

Réponse de « n.b. » :  « Quand on est faible, sans défense devant les coups du sort et des hommes, le besoin de s’en remettre à une divinité toute-puissante qui puisse vous protéger ou vous sauver, moyennant le respect d’un contrat, est pressant, car on tient à sa peau et à celle de ses enfants. Vivre avec l’idée permanente de mourir ou de déchoir du jour au lendemain, c’est difficile. Les philosophes sont peu nombreux parmi nous. Ce qui tue la religion en France, c’est l’état providence. C’est lui le nouveau dieu. Que cessent toutes les prestations sociales, que l’état se délite et vous reverrez les églises pleines. »

Ma réponse à « n.b. » : Est-ce que l’état-providence est la cause ou bien ne joue-t-il pas seulement un rôle comparable au « père » ? Ce qui outre la question du besoin, pose la question du moyen d’y répondre autrement que par la croyance. La philosophie n’est enseignée qu’à une infime partie d’une classe d’âge (en réalité une initiation sommaire). Que se passerait-il si elle était enseignée dès le début de la scolarité, à la maternelle, lorsque l’enfant découvre qu’il va mourir ?

Nouvelle réponse de n.b. : « La philosophie peut-elle abolir le désir d’être protégé, de ne plus avoir peur ? Comme il y a dû y avoir une pression de sélection depuis la nuit des temps en faveur de ceux qui s’en remettaient à un chef bien doué, puis providentiel, pour leur survie et leur bien-être, la crainte-révérence des puissants (ou des potentiellement nuisibles par leur force) est solidement ancrée parmi nous. La victime qui vient remettre en cause ce système remet aussi en cause la cohésion du groupe, perçue comme une protection. Par là elle n’est pas bienvenue, quelle que soit la nature de ce qu’elle subit. C’est valable dans tous les contextes, de la personne agressée qui l’avait bien cherché, à l’inertie des assemblées face à des catastrophes annoncées … Voyez l’accueil réservé aux lanceurs d’alerte. Voyez Diderot, que toute sa philosophie n’a pas empêché de caser sa fille avec un noble. C’est sûr, l’esprit critique pâtit de cet atavisme. Je doute donc que la philosophie puisse remplacer la religion. »

Ma réponse à n.b. : Il faudrait examiner en quoi la philosophie peut être le produit d’un mode de fonctionnement qui dénie la mort telle qu’elle est (le cadavre). Ce que je suggère (son enseignement à partir du moment où émerge la peur et l’angoisse, vers trois ans) n’existe pas ; il n’est donc pas possible de savoir quel serait le rapport de cet apprentissage avec sinon l’éradication du moins la maîtrise de la peur. J’évoquais Diderot en réponse à Frawd, et votre précision implique que je dirais que la philosophie – telle qu’elle est – est une panacée. Non. Ce qui m’intéresse, c’est l’hypothèse du petit enfant à qui on enseigne, comme lui on enseigne tout le reste, ce qu’est la mort et pourquoi il va mourir un jour : le seul objet absent des programmes. Alors, ou bien croire (et tout ce qui en découle) est inhérent à l’espèce, ou bien il est possible d’appliquer le savoir à ce qui est sans doute à l’origine de croire : le double discours dénié du corps et de l’esprit sur la certitude de notre mort.

Réponse de « YCAR » : « Le pouvoir politique ne peut guère s’opposer à des règles internes à une organisation dès lors que celle-ci respecte par ailleurs l’application des règles instituées par le pouvoir politique et la prééminence de celles-ci. De nombreuses associations prévoient dans leurs statuts des règles de fonctionnement, avec éventuellement une exclusion de membres ne les respectant pas. A ma connaissance, (je ne suis pas maçon), les obédiences maçonniques prévoient des « tribunaux maçonniques » pour juger leurs membres ayant enfreint des règles d’honorabilité, sans préjudice des sanctions prévues par la justice civile ou pénale. Ce type de tribunal, avec les règles de procédure et de sanctions associées, me semble relever de la même nature qu’un tribunal ecclésiastique avec ses règles de procédure et de sanctions propres, sous l’appellation de droit canonique. »

Ma réponse à « YCAR » : Oui. Encore faut-il distinguer ce qui ressortit au fonctionnement interne d’une association et le crime qui est de l’ordre de la loi générale. Il semble bien que le droit canon ait supplanté la loi avec disons l’accord plus ou moins tacite du pouvoir qui a fermé les yeux sur les crimes (comme la hiérarchie) et leur non dénonciation. Il y a sans doute un lien avec l’importance du besoin de croire.

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