Rapport Sauvé : église catholique et pédocriminalité

« Commission Sauvé : les violences sexuelles sous le regard des sciences sociales. Pour mener à bien sa mission, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise a mené trois enquêtes. La première s’intéresse aux victimes, la deuxième a exploré les archives de l’Eglise, tandis que la dernière s’est penchée sur le traitement par la presse de ces affaires. » (A la Une du Monde – 05.10.2021)

Sur France Culture, ce matin, Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, dont elle a été l’envoyée spéciale à Rome de 2005 à 2009, spécialiste du Vatican et autrice d’Histoire d’un silence, un témoignage portant sur les affaires de pédophilie à Lyon. Elle apporte cette précision : « Le rapport est glaçant, car d’une part, les abus sexuels sont massifs dans l’Eglise depuis 1950, et par rapport aux autres associations (Education nationale, associations sportives…), l’Eglise est plus criminogène. Seule la famille l’est plus. »

Ma contribution au Monde.

La chasteté/pureté a pour cause le mépris du corps et, dans le corps, ce qui échappe au contrôle de l’esprit/âme, la sexualité. Le mépris du corps parce qu’il est un cadavre en puissance. En contradiction, la force de la pulsion sexuelle. L’église catholique est une expression  « utile » du déni général de la mort telle qu’elle est. Derrière le discours de l’amour qui joue un rôle d’excipient, le christianisme institutionnalisé est une forme de fascination  non pour la vie mais morbide pour la mort : l’emblème n’est pas une représentation de la résurrection mais la croix, l’instrument de mort voulue par le « père ». La prêtrise peut donc être un refuge pour les hommes en mal de sexualité et pour qui l’excipient ne fonctionne pas : le prêtre est le père, le père est Dieu, donc le prêtre est intouchable, comme le père dans la famille. D’où l’inefficacité (relative) des interdits pour les uns et les autres dont la figure et la fonction renvoient  au même besoin de pouvoir rassurant.

Complément (la contribution ne peut dépasser les 1000 signes) : « Au terme de deux ans et demi d’enquête, Jean-Marc Sauvé et les 21 autres membres de la Ciase ont recensé environ 3 000 prêtres ou religieux pédocriminels depuis 1950, estimant à 216 000 le nombre de victimes mineures de prêtres, diacres et religieux. Un « phénomène massif » couvert pendant des décennies par le silence. Et si l’on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse…), le nombre grimpe à 330 000, a indiqué Jean-Marc Sauvé. La commission indépendante d’émettre 45 propositions : écoute et indemnisation des victimes, prévention, formation des prêtres et religieux, responsabilité de l’Église, transformation de la gouvernance. Le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, a exprimé « sa honte », « son effroi » et a demandé « pardon » aux victimes de pédocriminalité. » (France Culture, dans la page du journal de 13 h 00 du 05.10.2021)

L’évêque interviewé dans ce journal parle lui aussi de honte, d’humiliation et de pardon – il indique aussi de manière très claire qu’il s’agir de crimes qui ne doivent plus être traités en interne mais par la police et la justice – et, à aucun moment, il n’évoque la fonction de déni (cf. la contribution) qu’exercent l’église et la croyance religieuse, jusqu’ici en accord avec le discours dominant de la société. Il ne tente pas non plus d’établir un lien entre l’actualité de la révélation de l’ampleur des crimes et la déliquescence de la croyance à la résurrection. Ce n’est pas surprenant : cette analyse conduit à remettre en cause le récit évangélique et l’église elle-même chargée de le raconter. Thomas Cluzel qui conduit l’interview du prélat (Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon) s’en tient lui aussi à la description des effets/traitements et n’évoque même pas la dimension systémique suggérée le matin à la rédactrice de La Croix par Guillaume Erner (sur d’autres sujets et avec d’autres interlocuteurs, il sait pourtant très bien pousser l’invité dans ses derniers retranchements) ; là, il est muet sur la question pourtant majeure de la causalité, signe, sans doute, de la force d’imprégnation du discours catholique (le titre de « monseigneur » ?), plus généralement celui de la croyance, et du déni sur lequel ils se fondent.

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