L’assassinat de Rambouillet

Le titre du Monde « Au commissariat de Rambouillet, une brève « scène d’horreur » et la peur qui s’installe » et certains éléments de son compte-rendu (« Aux alentours de 14 h 20, vendredi 23 avril, Jamel G., un ressortissant tunisien de 36 ans, a poignardé à la gorge la mère de famille de 49 ans… ») indiquent une tendance du journal à flirter avec le langage de la presse dite à « sensations ». Une dérive soulignée et dénoncée par plusieurs abonnés.

Des réactions – sous pseudonymes – de cette tonalité (« Un migrant Tunisien aurait commis un attentat ? Mais c’est impossible, on nous dit depuis des décennies que l’immigration est une richesse pour la France » / « Les musulmans de France doivent nous faire la démonstration que leur religions est compatible avec nos lois » / « Qu’un petit malin balance sur le Darknet le nom des 20 000 fichés S pour radicalisation et la peur va vite changer de camp » / « Fatiguant tout ce blabla, le problème on le connaît. On fait semblant depuis 30 ans, gauche comme droite ») sont monnaie courante dans les commentaires.

Ma contribution :

Quelle différence entre la radicalisation qui « motive » ce crime et la radicalité de certains commentaires ?  On m’objectera l’absence de crime, précisément. L’article évoque des éditoriaux répétitifs*. Ici, certains assimilent l’islam et l’islamisme. J’ai même lu que leur meurtrier aurait tué pour des « idées ».

La radicalisation est antinomique de la pensée, elle en  est le degré zéro. Un slogan religieux n’est en rien l’expression d’une idée, pas plus que les slogans censés « expliquer » le crime. Dans le pays de Montaigne, de Descartes et des Lumières, il n’est évidemment nul besoin de chercher à comprendre comment un homme peut prend un couteau pour aller tuer une femme qu’il ne connaît pas en criant Allah Akbar. La réponse est simple, claire,  nette, une. Il suffit de crier en retour notre colère pour régler la question de la causalité.

Une femme a été assassinée. La radicalité ne fait qu’ajouter de la tristesse à la tristesse. De la haine aussi. Ça va mieux, n’est-ce pas ?

* « D’après l’Agence France-Presse, l’homme aurait relayé sur son compte Facebook des posts dénonçant les prises de position de l’éditorialiste du Figaro Eric Zemmour (…) »

Une réponse :

« Comment vous faites pour distinguer un musulman qui va se tenir tranquille d’un autre tout aussi tranquille mais qui dans quelques années va se radicaliser et s’efforcer de tuer le plus possible, quitte pour cela à se faire sauter avec une ceinture d’explosif ? Personnellement je serais pour le principe de précaution. »

Et ma réponse :

La chronique criminelle répond que le passage à l’acte est très rarement prévisible. D’où « péter un câble », « disjoncter ». Ici, la conjonction d’un problème personnel et celle d’une dépression planétaire dont l’islamisme est depuis 30 ans (Al Qaïda – Daesh…) le mode d’expression le plus violent. On lui a collé l’étiquette « terrorisme » pour faire croire à une explication. Quel « principe de précaution » envisageable, si ceux qui tuent au nom d’Allah ne sont qu’une partie infinitésimale des musulmans, pour autant qu’ils soient eux-mêmes croyants ? Et puis, la religion, quelle qu’elle soit, n’est pas une cause, mais l’expression d’une irrationalité. C’est là qu’il faut chercher : pourquoi l’irrationalité religieuse vieille comme l’humanité peut, à un moment donné, servir à assassiner ? Si vous préférez : qu’est-ce qui pousse un homme à prendre, la première fois, un couteau pour aller égorger quelqu’un à cause de ce qu’il a dit ou de ce qu’il représente, et en invoquant Dieu ?

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