La cérémonie des Césars

« Ce qui s’est passé aux Césars traduit une radicalité qui gagne le cinéma, la culture et l’époque » Symbole de rêve et de partage autour du cinéma, la cérémonie est devenue une tribune corporatiste, analyse dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ». (La Une du Monde – 20.03.2021)

Extrait :

« Beaucoup ont parlé de naufrage, voire de suicide collectif, après la cérémonie des Césars qui a eu lieu il y a une semaine à l’Olympia : vulgarité, nombrilisme, arrogance. Yann Barthès a résumé l’affaire dans son émission « Quotidien », sur TMC : vivement que les cinémas rouvrent pour oublier ce qu’il a vu. Soyons indulgent : la pandémie a de quoi rendre fou. Ce qui s’est passé vendredi 12 mars traduit une radicalité qui gagne le cinéma, la culture et l’époque. Une radicalité qui se vérifie dans ce basculement : de rêve et partage autour du cinéma, la cérémonie est devenue une tribune corporatiste. » (…)

 Deux contributions contradictoires :

« Je trouve cet édito et la plupart des commentaires affligeants.Les deux reproches faits aux artistes (être des enfants gâtés, participer à l’outrance de l’époque) sont eux-mêmes outrés. L’éditorial reflète le point de vue du gouvernement : les milieux culturels sont déjà gâtés et ne devraient pas demander plus. Or ce qui différencie les artistes des autres travailleurs, c’est que leur métier est leur raison de vivre, et pas seulement leur gagne-pain. Malgré sa compassion affichée et hypocrite, la ministre reste bien dans la ligne destructrice de la droite envers les milieux « gauchistes » de la culture. Voir un édito du Monde partager cette vision est étonnant. Quant à l’argument selon lequel ce serait difficile de rouvrir les lieux de culture, il fait rire : demandez à nos voisins européens comment ils ont fait.  L’outrance, quant à elle, est le résultat de cette politique d’oppression larvée et de mépris. Privez un groupe d’oxygène pendant un an, vous créerez de la violence. »

« Merci pour cet article, la France est un pays de râleurs on le sait. C’est malheureux, en cette période difficile où nous devrions être solidaires, chacun essaye de tirer la couverture à soi. Pourtant mesdames et messieurs les comédiens, c’est le virus qui décide, le gouvernement est comme vous dans la tempête. Les uns veulent faire la fête, les autres bouffer au resto et boire l’apéro au bistrot, les autres ouvrir les salles de spectacles, d’autres ne pas se faire vacciner… mais attention, s’ils tombent malades, qu’on ne peut pas les soigner ou que leurs proches meurent, ils sauront le reprocher aux politiques responsables. Mais croyez bien que toutes vos récriminations et provocations resteront vaines face à la pandémie. »

Ma contribution (contestable en ce sens qu’elle ne traite pas, à dessein, de la forme esthétique).

Depuis toujours, ce qui distingue le discours théâtral du discours « politique » n’est qu’une question de forme, esthétique, entre autres. (Œdipe-Roi, de Sophocle, Tartuffe et Dom Juan de Molière) Au-delà de l’appréciation qu’on peut ou non porter aux autocongratulations* (je n’aime pas, mais ce n’est pas un argument), la cérémonie des Césars (comme celle des Oscars) est une sorte de mise en abyme d’un spectacle de théâtre, plus ou moins réussi, comme tout spectacle. Porter la critique sur le discours politique qui le sous-tend revient à rejoindre les censeurs de Molière ou la morale puritaine des Etats-Unis qui écrit jusqu’à la virgule des discours prononcés.

* Les prix décernés dans les concours de théâtre, dans l’Athènes antique, l’étaient par le public.

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