Islam et République (avec un ajout)

« Le ministre de l’intérieur était l’invité, mercredi, de l’émission « Zemmour & Naulleau » sur Paris Première. L’occasion de trouver des points d’accord avec le polémiste. » (A la Une du Monde – 25.02.2021)

La stratégie d’E. Macron est de plus en plus évidente : convaincre la partie des électeurs de droite et d’extrême-droite tentés par le vote RN qu’il peut les représenter sans le danger d’incompétence qu’a révélée Marine Le Pen en 2017 et dont il compte bien montrer en 2022 qu’il est toujours d’actualité.

Il est donc dans un jeu électoraliste qui n’est pas nouveau, mais qui, cette fois, révèle des convergences idéologiques, même si, tactiquement, elles ne s’expriment pas directement par sa bouche. Ce jeu est calé sur le pari que les voix de gauche se reporteront dans leur grande majorité sur lui au second tour.

Ce double jeu contient un discours subliminal de mépris dont personne ne sait si et quand il ne finira pas par produire l’effet inverse.

Au cours de ce débat, E. Zemmour a déclaré, dit le Monde,  que l’islam était incompatible avec la République.

Ma contribution :

« L’islam n’est pas compatible avec la République », dit le polémiste comme s’il y avait simultanéité entre le fait religieux musulman lui-même (la foi), la présence (ancienne) en France de musulmans pratiquants d’une part, et la question (récente) de la compatibilité soulevée par certains d’autre part.

Il oppose ainsi la soumission à la loi religieuse et le respect des principes républicains. Mais toute religion place sa doctrine au-dessus des lois, c’est inhérent à la transcendance, et produit des intégristes plus ou moins virulents selon les problèmes et les époques. Ce qui est déterminant, c’est le rapport état/religion : distinction (laïcité) ou confusion (théocratie). En soi, l’extrémisme musulman n’est pas plus l’islam que l’extrémisme catholique n’est le christianisme. Ni moins. Pour qu’il se réduise, il importe de comprendre les raisons de son émergence violente, il y a trente ans. Au-delà de la jouissance, la confusion polémique ne peut produire qu’une violence stérile.

> réponse du pseudo furusato : « Pas plus que le léninisme n’est inscrit dans le marxisme , pas plus que le stalinisme n’est inscrit dans le léninisme ? Et pourtant dans l’un et l’autre cas les raccordements sont tout à fait possibles . Donc un peu quand même JPP : l’Islam est apaisé lorsqu’il règne sur un paysage sans contradicteurs et sans fitna et c’est rarement le cas .Une foi quiétiste vous le savez est rareté, la foi veut toujours se faire voir, si pour la grande majorité des catholiques se faire voir est plutôt apaisé c’est que cette religion a reçu des coups sur le nez à de nombreuses reprises. Tel n’est pas le cas de celle qui aimerait brandir ses étendards pour se faire voir, le fait dès qu’elle le peut, et dont une part enrage de savoir que nous considérons ses rituels comme lubies pittoresques. Ah tiens j’enfreins en ces propos bonhommes ! »

Ma réponse :

Curieuse, cette diatribe. Elle ne s’oppose en rien à mon explication qui inscrit bien l’intégrisme/extrémisme dans le fait religieux. Elle ne l’y réduit pas dans son expression. Je demande seulement pourquoi l’incompatibilité serait un invariant (en l’occurrence musulman) et non lié à l’intégrisme/extrémisme plus ou moins émergent dans le temps. Est-ce que  c’est la question du moment de son émergence (Al Qaïda, fin des années 80) que vous ne voulez pas examiner ? L’analyse peut aider à comprendre comment l’islam est devenu le vecteur  d’un fait sur lequel on colle l’étiquette terrorisme, et  qui n’a pas à voir avec le prosélytisme. La  foi (croire) est le résultat d’un refus/déni de savoir. La religion qui en est la dimension sociale contient tous les composants (dont les mortifères d’exorcisme) de ce qui unit un groupe dans ce refus/déni, qu’il soit religieux ou politique.

Ajout > autre contribution :

> pseudo FDD : « Je connaissais pas E Zemmour (eh oui, c’est possible!). Je suis tombée sur son émission sur Cnews et j’ai été bluffée par son talent. Oh tout ce qu’il dit n’est pas vrai, et ses dadas sentent (très) mauvais. Mais il a parfois des analyses d’une justesse confondante. Et il est diablement habile. Je n’écarterais pas d’un revers de main l’hypothèse d’un 2° tour Zemmour Macron. Et dans ce cas… ? »

Ma réponse à ce qui ressemble à une plaisanterie quand même ambiguë. Dans ce genre de doute, je choisis de ne pas m’abstenir. On ne sait jamais.

La rhétorique, aussi vieille que l’humanité (cf. Platon et les sophistes), est comme le chant des sirènes. Elle s’apprend et fonctionne comme un jeu qui peut être séduisant, en effet. Si elle est bien maîtrisée, celui ou celle qui écoute oublie qu’il a affaire à un maître-joueur… ou chanteur. Retournez-vous un instant, et regardez certains des rhéteurs de la première moitié du 20ème siècle.

Redoutablement efficaces, n’est-ce pas ?

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