Dialogue sur le populisme

« Le populisme n’est que le symptôme de notre malaise démocratique »

Dans un entretien au « Monde », l’experte associée à la Fondation Jean-Jaurès analyse les causes et les symptômes du malaise démocratique français. (A la Une – Le Monde du 15.02.2021)

Extrait « De nombreux observateurs – notamment internationaux – sonnent l’alerte et nous feignons de ne pas entendre : la France n’est plus la démocratie exemplaire qu’elle prétend être. Pourtant, nous avons connu les « gilets jaunes ». Les études d’opinion placent Marine Le Pen aux portes du pouvoir… Que faut-il de plus pour se rendre compte que notre démocratie va mal ? Il faut ouvrir les yeux : nous sommes arrivés, je le crois, à un point de rupture. (…) Je dis simplement que le populisme n’est que le symptôme de notre malaise démocratique. Il résulte d’une recherche d’alternatives réelles, que le « système » ne semble plus être capable d’offrir. Si voter à gauche ou voter à droite aboutit au même résultat, alors il faut bien chercher ailleurs… »

Ma contribution :

Malaise de quoi ? Personne ne supporterait un éternel recommencement non choisi. La vie physique et intellectuelle témoigne de la nécessité de la dialectique. Si la contradiction est le moteur de l’existence, depuis 30 ans, il n’y a plus d’hypothèses de rechange du capitalisme. Droite et gauche ont été l’expression d’une dialectique construite sur la forte ambivalence du socialisme/communisme depuis Platon.

Aujourd’hui, nous sommes bloqués, tétanisés, devant une horizontalité infinie qui évoque celle de la mort. Si le discours politique et l’élection qui le prolonge perdent leur sens c’est qu’ils en sont le signe. Le populisme remplace le peuple.

De deux choses, l’une : soit la catastrophe capitaliste (économie, climat, pandémies) est inévitable et ce sera le sauve-qui-peut, soit il est possible de modifier l’équation du capitalisme « être = avoir plus ». Donc reconsidérer notre rapport à la mort et les stratégies exorcistes de contournement (accumulation<>production/consommation).

Une réponse : 

« Peut être faudrait considérer l’hypothèse inverse, à savoir que le capitalisme n’est pas la cause de cet recherche de « l’avoir plus » , mais sa conséquence. Autrement dit que l’hypothèse d’un « renversement » du capitalisme n’abolirait en rien cette recherche. Le capitalisme risque fort de trouver dans la crise climatique l’occasion de se renouveler- ce qu’il a toujours fait- , et de rencontrer la résistance de tous ceux qui ne voudront pas – à tort ou à raison- voir leur mode de vie changer : on en a vu les prémices dans les manifestations de Gilets jaunes et en général des populismes. »

Ma réponse :

Je veux dire que le capitalisme est l’expression (socioéconomique, depuis le 18ème siècle) de cette équation intrinsèque de l’être humain qui s’explique par le rapport inadéquat que nous (individus et sociétés) construisons avec la mort. La conscience spécifique (différente des autres espèces) que nous en avons (discours biologique + pensée obligée) nous conduit à investir dans l’objet, en tant que substitut : nous lui conférons une valeur d’immortalité (or, diamants + accumulation = collections de tous ordres). Modifier l’équation  suppose qu’on fasse de la mort un objet de savoir (donc d’enseignement) et non plus de croire (au paradis sur terre ou dans l’au-delà), ce qui, à terme, peut dissocier « être » de « avoir plus » (objet + pouvoir). Si je n’ai plus besoin d’avoir plus pour être, je peux modifier le rapport production/consommation, le rapport à l’environnement etc.  Sinon, quoi, à part colmater les brèches par des réformes analogues à l’emplâtre sur la jambe de bois ?

Une autre réponse (du même contributeur que dans les articles précédents) :

« Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement « , vous connaissez certainement. Ce qui concerne le savoir de la mort c’est comment rendre hommage au mort et oublier le moment qu’il a dû affronter seul .Devenir néant ne peut qu’être l’objet d’un recul au niveau individuel et, au niveau collectif, une civilisation qui envisage sa mort est déjà perdue. Les avertissements philosophiques quant au champ des désirs semblent bien plus prometteurs : ils n’aboliront pas bien sûr, intelligemment disposés dans des dispositifs sociaux ils limiteront mais la vraie limite pour garantir le monde c’est que nous soyons bien moins nombreux .Basique et triste je sais. »

Ma réponse :

Que se passe-t-il si vous décidez de considérer votre discours (Montaigne le contesterait) comme le produit du déni ? Vous avez raison : du point de vue du sujet sa mort est, relativement au savoir, un « rien ». De même en est-il pour sa conception, sa gestation et sa naissance qui, pourtant, sont considérées comme objets de savoir et enseignées. Pourquoi n’en est-il pas de même pour la mort « telle qu’elle est » (le cadavre) ? Si donc vous considérez votre discours comme je vous le suggère, vous niez le déni, ce qui vous conduit à rejoindre Montaigne (pour faire court) et à considérer que la civilisation se perd non pas en n’envisageant pas (que voulez-vous dire exactement par « envisager » ?) sa mort (cf. les crimes commis au nom du « croire » et la situation critique de l’humanité aujourd’hui) mais en en faisant un objet de savoir. Quant à la contradiction avec le désir (vie), que devient-elle si la vie contient la mort ?

Sa réponse :

« Comment peut-on considérer comme savoir un passage vers le rien, l’annulation du savoir en fait, une limite infranchissable et indéfinissable, une frontière au-delà de laquelle il n’y a nul territoire sauf pour les croyants .D’une certaine manière le savoir en ce domaine est purement de science : la décomposition progressive mise en marche dès l’arrêt mais la science justement ne dit rien d’autre que l’arrêt des fonctions. La gestation est bien au contraire informée par un corps qui la supporte, même si c’est une information inconsciente : ce n’est pas du tout la même chose. Et oui je suis du côté du deuxième Montaigne, pas le stoïcien, l’autre. Maintenant pour ce qui est d’une civilisation c’est différent car la vision de sa mort possible, difficile à envisager d’un point de vue émotif, est une stimulation pour sa survie : un collectif ne meurt que s’il est anéanti par une force extérieure à laquelle il consent ou par rapport à laquelle il est trop inférieur. »

Ma réponse :

Le savoir dont je parle est celui de l’enseignement de la mort, autrement dit celui relatif au discours du corps (depuis la conception) et la pensée de ce discours (depuis 3 ou  4 ans) : l’angoisse (corps) + la peur (esprit). Un « commun » essentiel, transversal, rejeté comme tel. Vous avez raison pour ce qui est de l’avant-naissance/naissance, mais ce n’est qu’un savoir incomplet du sujet (absence de conscience et de discours de la conscience). L’enseignement dès la maternelle de ce commun objectif  offre une possibilité d’évacuer le croire dévastateur qui n’existe que par la question apeurée du « sujet après-mourir ». Qu’avons-nous à perdre à enseigner « l’arrêt des fonctions », bref, à donner la réponse du seul cadavre aux enfants ? « Passage », dites-vous ? Voyez les connotations religieuses. Le Montaigne du 3ème livre n’existe que par celui des 2 premiers et il aboutit ainsi au concept de Nature qui est, à mon sens, une réponse de savoir, même si on sait qu’il ne l’a pas vécu tout à fait comme tel (il est l’homme contradictoire qu’il décrit si bien). Il y aurait à dire sur les causes extérieures de la mort (Spinoza), mais il faudrait plus de place.

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