Auschwitz au Capitole

Yasha Mounk, professeur  à l’université John Hopkins de Baltimore et auteur de Le peuple contre la démocratie (Editions de l’observatoire) était l’invité des Matins de France Culture, ce 20.01.2021, jour de l’investiture de J. Biden.

Parmi les questions que lui pose le journaliste sur le populisme et D. Trump, celle-ci : « Comment il est possible de se considérer un patriote américain avec un tee-shirt « Camp Auschwitz » ?

Parmi ceux qui ont envahi le Capitole, un homme portait un tee-shirt avec, au-dessus d’une tête de mort, la référence au camp et, au-dessous, à l’inscription figurant sur le portail d’entrée.

La formulation de la question est intéressante par la contradiction qu’elle présente comme une évidence (on ne peut pas se réclamer de l’ennemi de son pays et être patriote), en réalité déduite d’une erreur : le nazisme, dans ce qu’il recouvre, n’est pas un pays et il n’est réductible ni à un lieu ni à un temps.

Autrement dit, ce que signifie le nazisme est un invariant dont  seule est variable l’expression.  

Y. Mounk ne va pas jusque-là. Il fait remarquer que le néonazisme se manifeste dans de nombreux pays et ses explications se limitent au seul populisme.

Il y a dans l’analyse qu’il en propose une donnée rarement entendue : les élites (dont, précise-t-il, France Culture et ses auditeurs) que le populisme considère comme responsables de tous les maux, devraient procéder à une autocritique, en particulier pour ce questionnement que posent les changements culturels et démographiques : qu’est-ce que le monde et comment faut-il agir dessus ? Il y a, sur ce sujet, dit-il, un fossé entre les élites et la population, et il faudrait reconsidérer la manière dont ces changements sont analysés et expliqués.

Je ne partage pas ce point de vue qui, au bout du compte, donne raison au populisme en avalisant la thèse du clivage élites/population  et en s’approchant dangereusement de la ligne de culpabilisation, en particulier des « intellectuels ».

Je défends la thèse que le problème existentiel que connaissent depuis une trentaine d’années les sociétés et les individus – une dépression –  vient de l’obsolescence des réponses apportées jusqu’ici par le capitalisme et ses soutiens idéologiques, désormais sans solution de rechange perceptible. Il concerne aussi bien les « élites » que la « population » et mettre en cause les élites pour ce problème-là, précis, s’apparente à la désignation du bouc-émissaire.

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