Nommer le crime de Conflans-Sainte-Honorine

Il s’agit d’un acte criminel dicté par le fanatisme.

« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend ses songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances ; il pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu. » (Voltaire – Dictionnaire philosophique – Article Fanatisme)

Une fois encore, les déclarations des politiques, le plus souvent réduites à l’émotionnel, sont des réactions. 

« Ils ne passeront pas ! », assure E. Macron qui se réclame ainsi, une fois encore, de la guerre. Celle, internationale, de 1914-18 (mot d’ordre pour Verdun) et celle, civile, que déclencha en 1936 le coup d’état fasciste de Franco contre la République qui lança le mot d’ordre No pasaràn !

« Ils sont déjà passés ! » lui rétorque Marion Maréchal-Le Pen.

A malin, malin et demi.

Il ne s’agit pas de Ils.

Il s’agit de ce qui produit Ils, autrement dit le fanatisme : l’obscurantisme.

La théorie de l’obscur nourrit la religion, quelle qu’elle soit, appuyée sur une intentionnalité divine par principe inconnaissable, indissolublement liée à l’a priori d’un inconnaissable humain. Comment la (misérable) créature pourrait-elle avoir accès aux intentions de son créateur ?

Le progrès de la connaissance, du savoir, fait reculer la nécessité d’une divinité qui se réduit comme une peau de chagrin. Il n’y a aucune intention, ni derrière un tsunami, ni derrière une pandémie, ni derrière l’existence humaine.

C’est pourquoi l’église qui n’existe que grâce ou à cause de cette intentionnalité utilise tous les moyens possibles pour contrarier l’accès au savoir. Au prix de toutes les adaptations.

Le savoir le plus dangereux est celui qui bouscule un des constituants les plus pernicieux de l’obscur à savoir le « naturel ».

L’homosexualité n’est pas « naturelle » puisque la procréation est une mission divine, la PMA non plus puisque le spermatozoïde doit pénétrer de lui-même dans l’ovule, etc.

C’est en invoquant ce type de « naturel » que l’église contemporaine, dont l’homosexualité et la pédérastie de ses membres désormais désacralisés sont de plus en plus difficilement occultées par la hiérarchie, a condamné l’accouchement prophylactique et la contraception.

L’obscurantisme ne se définit pas par son degré de fanatisme qui varie dans le temps et l’espace, mais par la permanence de la question eschatologique (les fins dernières) dont l’angoisse autorise toutes les dérives.

En France, il y a quelques jours, le 10 octobre, est passée la manifestation  à laquelle appelait « la manif pour tous » – dont est proche Marion Maréchal-Le Pen – pour protester contre le projet de bioéthique.

Le pouvoir politique, qui aime à rappeler que nous sommes les héritiers de l’esprit des Lumières, dispose des moyens de se faire entendre. Il lui arrive de les utiliser pour des objets qui n’apparaissent pas toujours essentiels.

Pour combattre l’obscurantisme autrement que par des postures de Matamore, que ne convoque-t-il les médias, à une heure de grande écoute,

–  d’abord pour rappeler que dans une société laïque héritée des Lumières, la croyance religieuse est affaire personnelle et que la religion, quelle qu’elle soit, n’a pas à se mêler des lois qui permettent de vivre ensemble. Que ni le pape, ni les imams, ni les rabbins ni aucune autorité religieuse n’ont à intervenir en-dehors de leur sphère.

– ensuite, se référant par exemple à Voltaire et à son Dictionnaire Philosophique, condamné par l’église et brûlé avec le corps du chevalier de La Barre (cf. article), ou encore à Diderot (lui aussi persécuté par l’église) et à l’Encyclopédie, pour annoncer que la philosophie sera désormais enseignée non plus à une infime minorité, mais dans toutes les classes de tous les établissements scolaires, et depuis la maternelle, afin que les enfants puissent dès le début de leur vie, commencer à apprendre à faire la différence entre croyance (dont l’obscurantisme est une expression) et savoir.

Mais cela suppose une conception politique fondée sur autre chose que sur le goût du pouvoir pour soi, et l’électoralisme.

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