Etat des lieux – essai sur ce que nous sommes – 1 – (Problématique)

Quelques précisions chronologiques avant l’exposé de la problématique.

J’ai commencé cet essai en janvier 2020, dans les parenthèses de la relecture du manuscrit de Fanore dont j’avais alors en vue une publication imprimée.

Depuis quelques semaines, des cas inquiétants de pathologie pulmonaire avaient été repérés en Chine, dans la région de Wuhan.

La pandémie n’existait pas.

J’en ai repris l’écriture en avril alors qu’elle était établie et que le confinement était la règle générale dans de nombreux pays. En France, depuis le 16 mars.

Je l’ai interrompue pendant la publication de Fanore en épisodes.

Je la reprends.

                                                                 *

Je commence par Auschwitz.

C’est le point de référence à partir duquel je choisis d’organiser ce que je nomme  l’état des lieux de ce que nous sommes : nous, êtres humains,  sommes, ce qui constitue la spécificité de notre être, autrement dit la question ontologique*.

Auschwitz, synthèse emblématique du nazisme, fut et demeure l’entreprise la plus aboutie, décidée comme telle, de destruction d’êtres humains par d’autres êtres humains.

Ce qui sous-tend sa construction en fait un indépassable.

Il y eut des camps, en URSS, en Chine, au Cambodge… Des millions d’hommes et de femmes y furent tués et y moururent d’épuisement dans d’effroyables conditions de travail et de prétendue rééducation. Le discours de justification, si aberrant et inacceptable qu’il ait pu et puisse être, est d’ordre culturel, immanent**.

Le discours qui crée Auschwitz repose sur l’idéologie du naturel, d’ordre transcendant** : l’extermination fut justifiée par une théorie naturaliste fondée sur le concept de race pure et de hiérarchie. C’est en cela que réside l’indépassable.   

Il y eut des génocides en Amérique, en Australie, en Arménie/Turquie, au Rwanda, au Tibet, en Irak, au Soudan… Là encore, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants furent massacrés. Si épouvantables et cruels qu’ils aient été, ces massacres, même si certains se réclamaient de l’idéologie du naturel,  furent « locaux ».  

Ils n’avaient pas la visée nazie, planifiée, administrative, extensive de l’élimination programmée pour suivre une courbe de croissance, stricto sensu, exponentielle.

Ils furent ceux de la passion aveuglée et aveuglante de l’ethnocentrisme, du fanatisme religieux et politique, de la dictature.

Leur rapport avec Auschwitz est équivalent à celui d’un territoire avec la planète.

Relativement à l’analyse, le nombre des personnes assassinées, quelque effarant qu’il soit, est second.

Ce qui est premier, c’est la genèse du discours d’exorcisme  qui a permis Auschwitz, dont les seuls paramètres matériels, techniques, ont limité l’ampleur.

S’ils n’avaient pu permettre l’assassinat que d’une seule personne, la problématique serait la même. Auschwitz existe avant Auschwitz.

Par discours d’exorcisme, j’entends, (bien en-deçà des mots hurlés par les hérauts tonitruants de la guerre et de la mort « totales ») les signes par lesquels se manifeste la peur essentielle spécifiquement humaine lorsque les petites machines des angoisses individuelles s’emballent et se connectent pour créer une gigantesque machinerie dévastatrice de psychose collective.

Dans son principe et sa réalisation, Auschwitz représente le degré ultime de ce discours. Il enveloppe tous les possibles.

Ainsi.

Des hommes, des femmes et des enfants furent acheminés à Auschwitz de manière réfléchie, méthodique, à froid, pour y être mis à mort. Immédiatement, pour ceux qui furent jugés inutilisables, au bout de leurs forces de travail pour les autres.

Trouver et tirer le fil du processus qui aboutit à cette entreprise humaine de négation de l’être doit permettre de mieux saisir, dans sa totalité, ce que nous sommes.

Tel est l’objet de cet essai.

* Ontologie est formé sur le participe ôn (radical ont-) du verbe grec einaï (= être). Logie vient du grec logos (la parole) et il désigne, dans le sens large, tout ce qui est discours. Logue, utilisé comme suffixe, désigne la personne reconnue ou soi-disant compétente pour tenir un discours sur tel ou tel objet (psychologue, rhumatologue etc.). Ontologie, mot de formation savante, traite du questionnement multiple posé par le seul fait d’être.

 ** Est immanent (latin – littéralement : ce qui reste dans) ce qui est intrinsèque, constitutif, de l’être humain. Ex : la théorie de l’évolution.

Ce qui est transcendant (latin – littéralement : franchir pour aller au-delà) lui est extrinsèque, hors de sa nature. Ex : la théorie de la création.

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