Hydroxychloroquine

                                                          

Le problème que pose l’utilisation de cette molécule est parasité par la personnalité de Didier Raoult, infectiologue mondialement reconnu et dont personne ne conteste la compétence dans sa spécialité.

Ce qui est au cœur de la polémique c’est le rapport entre le thérapeute (il préconise l’utilisation de la molécule contre le coronavirus) et l’homme qui règle des comptes.

Tout le monde comprend qu’avant d’utiliser un produit à des fins autres que celles pour lesquelles il a initialement été fabriqué, il est nécessaire de procéder à une évaluation, en l’occurrence clinique. Pour le moment, il n’y en a pas qui réponde aux critères scientifiques admis. Nul ne sait si le maire de Nice, traité par D. Raoult avec l’hydroxychloroquine, a été guéri par la molécule ou par ses propres défenses immunitaires, comme  l’immense majorité des personnes infectées.

Le docteur Raoult – dont les propos sur l’épidémie n’ont pas toujours été pertinents –  règle des comptes (il n’est pas inutile de s’informer de son histoire personnelle) avec ce qui est institutionnel, académique. On lui a demandé pourquoi il avait choisi une apparence si singulière (cheveux, barbe, langage…) et il a répondu « parce que ça les fait chier » (A la une, du Monde électronique du 29 mars). Pourquoi pas ?  

Il est «récupéré » (malgré lui ?)  par les chantres du complot, par ceux du FN/RN qui récupèrent en même temps les doutes de la communauté scientifique sur la thérapie en question, pour nourrir ce qu’ils appellent leur lutte anti-système.

Le système, c’est-à-dire les institutions que détourneraient à leur profit ceux qui en ont la charge.

Ce discours, qui n’est pas nouveau, trouve des arguments dans les aléas de l’évaluation et du traitement politiques de l’épidémie. Les déclarations d’Agnès Buzyn à l’issue du premier tour des municipales (tête de liste de la REM à Paris, elle est arrivée en troisième position) ont apporté de l’eau au moulin des détracteurs.

Cette crise révèle, avec une évidence accrue qui en rend l’acceptation difficile, que le rapport entre l’Etat et la santé (hôpital, médecine libérale, recherche, pharmacie…) est fondé sur la même doctrine néolibérale (désengagement de l’Etat, loi du marché) que tout le reste.

Bien avant l’épidémie, les personnels soignants de l’hôpital public dénonçaient l’insuffisance budgétaire et le pouvoir politique ne répondait que par des mesures anecdotiques à la protestation contre, notamment, la suppression de lits dans les services hospitaliers.

L’empathie populaire générale que suscite leur engagement périlleux contient forcément une dimension de ressentiment et de colère – refoulés, pour l’instant – contre la surdité du pouvoir politique qui tente aujourd’hui de la faire oublier par des propos d’émotion et des décisions d’urgence qui révèlent en même temps les carences.

Ce que représentent les soignants en tant que figures héroïques salvatrices, c’est, jusqu’à la mise en danger de leur propre vie, le sens aigu du désintéressement, autrement dit l’importance du commun.

Est donc forcément perçue, de manière plus ou moins confuse, une forte distorsion entre le discours politique actuel de circonstance et la philosophie néolibérale qui sous-tend l’action politique ordinaire. 

L’épidémie est en effet porteuse d’une souffrance collatérale traumatisante dont la propagation du virus interdit pour le moment l’expression. Personne n’en connaît la profondeur ni la forme qu’elle prendra quand elle se manifestera au lendemain de la crise.

Parmi d’autres, la question se pose de savoir si la résurgence conjoncturelle du commun dans sa dimension tragique (la mort), deviendra une exigence pour un changement structurel des comportements individuels et sociaux, pour la vie.

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