La guerre ?

A six reprises, le président a invoqué la guerre dans son discours du 16 mars. Le discours était lu sur un prompteur et la répétition du mot n’a pas été toujours très réussie.

Sans aucun doute voulait-il donner à la lutte contre l’épidémie la dimension dramatique qu’il jugeait indispensable pour convaincre de la nécessité des contraintes et de leur respect.

Donc, il faut rester chez soi.

En même temps, il a souligné notre manque de responsabilité, laissant entendre que nous n’avions pas bien saisi la gravité de la situation telle qu’il l’avait décrite le jeudi 12.

Cinq jours plus tôt, le 7, il assistait à une représentation théâtrale.  « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie  » disait-il à ceux qui s’étonnaient.

Le premier tour des élections municipales était maintenu au 15 mars.

Ce qui a changé entre le 7, le 12, le 15 et le 16,  c’est le rythme de progression de contamination.

Pas le principe. Il faut nécessairement un contact humain.

Quelles que soient les précautions de langage et les intonations, le mot guerre ne décrit pas le réel : le virus n’est pas un ennemi qui nous aurait déclaré la guerre.

Pourquoi cette difficulté à ne pas se contenter de fournir les informations susceptibles de responsabiliser les individus en leur donnant la possibilité d’apporter eux-mêmes des réponses particulières adéquates dans le cadre de la loi générale de confinement ?

Peu après l’intervention présidentielle, le ministre de la santé expliquait, entre autres  choses : si vous êtes allés acheter des provisions et que vous avez été en contact (à bonne distance) avec cinq personnes, vous ne devez plus ressortir.

En quoi est-ce compréhensible ?

Même question pour l’interdiction confirmée par la gendarmerie de faire du vélo (seul, sans contact avec quiconque) ou de prendre sa voiture dans son garage pour se rendre de chez soi au départ d’un chemin de randonnée solitaire où les rencontres éventuelles sont forcément à distance.

La réponse est connue : si la règle n’est pas stricte, rigide, si elle n’est pas accompagnée de sanctions,  si elle comporte une part d’appréciations personnelles, elle ne sera pas appliquée.  

C’est un cercle vicieux : le manque de confiance a priori induit  un discours de tendance infantilisante qui conduit à une déresponsabilisation utilisée ensuite pour justifier le manque de confiance et ainsi de suite.

Il y avait, en effet, dans le discours présidentiel, un reproche d’adulte adressé à des enfants : vous  n’êtes pas sérieux, donc je renforce les interdits avec des sanctions à la clef.

La crise sanitaire n’est qu’un exemple de la mise en évidence de ce mode de fonctionnement fondé sur cet a priori.

D’autres exemples de déresponsabilisation ? Le contenu des campagnes électorales, la publicité, le discours sur la vitesse, l’alcool, les problèmes dits sociétaux en général… plus globalement la substitution par les puissances politiques, idéologiques et économiques de la foule au peuple. (cf. article « populisme »)

Qu’est-ce qui empêche de briser le cercle vicieux et de remplacer l’a priori du manque de confiance par celui de la confiance ? En quoi sommes-nous différents par essence du président de la République ? Disposerait-il d’un gène qui nous ferait défaut ?

A la manière de l’avocat du diable (décidément…), adoptons son point de vue ou feignons (habilement) de l’adopter : compte tenu du fait que ce mode de fonctionnement a été et est peu ou prou celui de toutes les sociétés, se pose la question de la validité de la démocratie : est-elle un réel possible ou ne serait-elle qu’un slogan utilisé pour justifier (par l’élection, le referendum, le plébiscite…) la délégation du pouvoir et l’autorité du chef ?

En d’autres termes, cette fois plus philosophiques : comme les prisonniers porteurs de torches de la caverne de Platon, prenons-nous les ombres du réel extérieur projetées sur la paroi pour le réel lui-même, un réel qui nous échappe et sur lequel nous n’avons pas de prise ? Nos discussions sur la démocratie, la liberté,  notre appétence pour elles,  ne sont-elles que des palabres dont l’utilité ne serait que d’asseoir le modus vivendi insatisfaisant qui les suscite ?

Oui ! Et si cet a priori n’en était pas un ? Si, effectivement, la responsabilité – dans le sens précisé plus haut – n’était qu’un leurre ?… dit encore l’avocat du diable.

Pour sortir de ce qui apparaît comme un dilemme, je ne vois pas d’autre moyen concret, matériel, de vérification, que la thèse (bis –  là, c’est plus  – repetita placent) que je soutiens, à savoir l’élargissement du champ du savoir au tabou de notre mort (références en fin de l’article sur « le viol et la compétition »), parce que, tout bien considéré, c’est la seule expérimentation qui n’a pas encore été tentée par la société humaine.

Peut-être faut-il éteindre les torches et tourner la tête, pour voir enfin ce qui est, en dehors de la caverne.

Mercredi 18 mars – 14 h 50.

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