La consolation du complot

Ce matin, vendredi 20 mars, au retour du marché, nous avons été rejoints puis dépassés – à bonne distance –  par un homme assez jeune, volubile, qui disait, en substance, que « tout ça » (l’épidémie et le confinement) était voulu par les puissants, les riches, et que l’objectif était d’éliminer les plus pauvres.

Quelques minutes auparavant, un marchand forain nous avait tenu à peu près le même discours « complotiste » pendant les quelques minutes nécessaires à la friture des pâtés végétaux que nous lui achetions.

Deux mille huit cents ans plus tôt, dans l’Iliade (récit épique de la guerre de Troie, écrit par Homère au 8ème siècle avant notre ère) le combattant grec ou troyen qui manquait sa cible expliquait que sa lance avait été détournée par une divinité.

Plus près de nous : « Caramba ! Encore une fois trop à droite ! » s’écrie dans L’oreille cassée, Ramon, le lanceur de navajas dont la maladresse est présentée comme une fatalité ou une malédiction (« Encore une fois… ! »).

Entre Homère et Tintin, les divinités n’ont pas manqué qui ont accablé l’humanité d’épidémies diverses et variées.

Les explications par la punition divine posthomérique/moderne et le complot des puissances occultes (argent, politique, franc-maçonnerie, juiverie mondiale…) rejoignent l’explication par le fatum antique en ce sens qu’elles ont pour fonction commune de (tenter de) consoler en fournissant la réponse avant le questionnement.

Avec une différence essentielle.

Dans la geste antique, le héros est de nature épique : il est la forme littéraire du rapport au monde que construit l’être humain dans les toutes premières années de sa vie. L’homme épique souffre et accepte cette souffrance comme inhérente à sa nature. Il ne se révolte pas. La divinité lui est ce qu’est le papa au tout petit enfant.

En revanche, la punition divine posthomérique/moderne et le complot des puissances occultes ne sont plus des réponses de l’homme épique, mais de l’homme philosophique qui lui succède dès l’âge de trois ou quatre ans et jusqu’à la fin de sa vie.  

L’une et l’autre ont en commun le rejet du questionnement par la régression nostalgique stérile vers l’âge épique définitivement accompli, et la recherche compensatoire du bouc-émissaire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :