La laïcité et le masque du discours religieux

Le Monde des idées  (27.12.2022) présente une tribune écrite par Ghaleb Bencheick, président de la Fondation de l’islam de France.

Un discours bien construit, bien écrit, recourant habilement à un humour clin d’œil de séduction.

Ex : « La langue de Molière se voit enrichie de nouveaux arabismes tels qu’« abaya », « qamis » ou encore « jilbab », comme elle le fut jadis, avec plus d’attrait et d’enthousiasme, en accueillant les mots « algèbre », « algorithme » ou « arobase ». Les habits que décrivent ces vocables et les « signalements laïcité » qu’ils ont induits sont au cœur de la crise récente de l’école publique, comme le montre la récente étude de l’IFOP du 9 décembre 2022. »

Juste après, ceci :

« Comme derrière l’expression « fait religieux » il est question d’offensive islamique, quel regard, dès lors, porter sur cette rencontre qui n’en finit pas de se faire, de s’interroger et de menacer de se rompre, entre la France et l’islam ? Pourtant, l’interdépendance est indépassable ne serait-ce que depuis le Second Empire –, tant la France a un lien ancien avec l’islam, dont une tradition éclairée peut et doit être invoquée pour protéger la jeunesse, son entreprise éducative et ses institutions de l’entrisme islamiste. Et de son côté, l’islam, otage des conservatismes pervertissant ses humanités, requiert l’appui de la République pour se hisser aux exigences de la modernité politique et intellectuelle. » (c’est moi qui souligne)

Ma contribution (1000 signes maximum autorisés) :

« L’islam, otage des conservatismes pervertissant ses humanités ». Comme toute religion, l’islam produit le conservatisme en donnant la réponse essentielle (la divinité = alpha et oméga) avant même le questionnement. Conservatisme nécessaire au pouvoir politique qui a besoin du paradis de compensation et de stabilité. Quant au principe de laïcité, il n’est rien d’autre que l’affirmation de la distinction entre croire (affaire privée) et savoir (domaine de l’école publique). Principe non respecté par le pouvoir politique qui autorise et subventionne les écoles privées, confessionnelles (elles se disent « libres ») et participe au religieux (discours du Latran, obsèques officielles de J. Chirac, contenu de la visite d’E. Macron au Vatican). Ces confusions permettent au discours religieux de produire une analyse prétendument objective qui a l’apparence du savoir, comme celui-ci, autrement dit de faire comme s’il n’était pas celui de la sphère subjective du croire.

Exxon Mobil et les superprofits

« Le groupe américain, dont les bénéfices ont explosé depuis un an, conteste la légalité de la « contribution temporaire de solidarité » décidée par la Commission européenne. » (A la Une du Monde – 29.12.2022)

Quelques réactions :

« Je ne lirai pas. Je n’achèterai aucun produit de ce groupe. Je me fous des desiderata de ce groupe. L’UE et les membres doivent être absolument intransigeant avec les profiteurs de catastrophes. »

« Mesure punitive : BOYCOTT 6 MOIS. Éventuellement renouvelable. »

« Ce ne sont pas les super profits qui sont le problème, mais les difficultés financières des citoyens touchés durement par la crise de l’énergie.
On sait malheureusement depuis presque toujours que les intérêts des actionnaires et des grands dirigeants de la plupart, pour ne pas dire toutes, les compagnies de ce type passent avant les valeurs de solidarité. Je préfère ne pas approfondir
… »

« Une seule solution : ne plus laisser un seul euro dans les stations de la marque. Quand on fait des pertes, on ne paye pas de taxes sur les superprofits. Employons nous donc à sécuriser les pertes de ce superpollueur planétaire à leur niveau le plus élevé »

Ma contribution :

Tant qu’un tel comportement – Exxon Mobil en est une des expressions les plus manifestes, une parmi d’autres, voyez du côté d’E. Musk –  ne sera pas diagnostiqué « pathologique » par un consensus majoritaire, ce qui suppose une remise en cause, par un consensus analogue, de l’équation commune « être = avoir + »,  le rapport production/consommation ne changera pas,  l’état de la planète continuera à se dégrader, comme les relations humaines, et la porte restera grande ouverte pour les indignations morales, les appels à des boycotts de même nature,  qui, faute d’efficience, procurent la bonne conscience dont a besoin le système pour continuer à fonctionner.

Suicide annoncé d’un Iranien à Lyon

« « Quand vous regarderez cette vidéo, je serai mort. » Un Iranien s’est suicidé, lundi 26 décembre, en se jetant dans le Rhône à Lyon afin, dit-il dans une vidéo posthume, d’attirer l’attention sur la situation de son pays secoué par des manifestations, été retrouvé noyé, lundi en fin de journée, a précisé la police, confirmant une information du journal local Le Progrès. » ‘(A la Une du Monde – 28.12.2022)

Quelques réactions :

« Sa vidéo posthume est assez difficile à regarder. D’une grande tristesse. La première réaction est que son geste est difficile à comprendre. Il faut voir ça comme un sacrifice. Puisse t’il trouver la paix. »

« Certains contributeurs feraient mieux de s’abstenir de s’intéresser à cet article si cela les laisse indifférents ou les rend indécents dans leurs commentaires.
Un mort n’est pas une plaisanterie de comptoir, d’autant plus lorsque cette personne se donne la mort pour défendre une cause. Effectivement, les médias et l’opinion internationale sont focalisés sur le même sujet, alors que des situations dramatiques concernant plusieurs millions de personnes se déroulent dans différents parties du monde ( Afghanistan, Iran, etc…) Et le désespoir peut pousser certain à un geste fatale pour alerter l’opinion . Alors respect et condoléances à la famille de cette personne.
 »

« Pendant la 2eme guerre mondiale les résistants français ont risqué leur vie pour défendre leur pays. Certains peut être se sont suicidés pour ne pas parler sous la torture. Mais se suicider ainsi ça ne sert à rien. Encore plus contre des dirigeants religieux qui ne peuvent être déposés que par les armes puisqu’ils n’ont strictement aucune empathie pour quelque souffrance humaine que ce soit. »

« Merci au Monde d’avoir donné accès à la vidéo de ce martyr de la liberté et de la lutte (oh ! combien impuissante, combien désespérée, et donc d’autant plus sublime) contre la tyrannie théocratique qui ruine son pays depuis 40 ans et sait envoyer ses assassins à l’étranger pour faire taire les voix dites dissidentes (cf. S. Rushdie). « Martyr » au sens étymologique du « Témoin », mu par le sentiment d’être totalement impuissant à défendre sa cause, à plaider pour la libération de son pays, autrement que par le sacrifice de sa vie, faute d’autres moyens disponibles. »

Ma contribution :

Ce suicide, annoncé comme militant, de protestation, pose, hors tout jugement moral, la question de son objet réel. Du point de vue de M. Moradi*, se tuer suppose une efficacité dont le ton calme et résolu de sa déclaration confirme la conviction. Efficacité à visée émotionnelle, incitative, qui pourrait se comprendre si la France politique, médiatique, ignorait la situation en Iran ou si elle approuvait le régime et la répression. Ce n’est pas le cas. Quant à l’impact en Iran où les opposants risquent leur vie, quel peut-il être ? L’objet réel pourrait bien être un « insupportable » personnel, bien compréhensible, mais qui n’apparaît pas dans le message. Si l’acte est respectable – de quel droit juger un suicide ? – il n’en pose pas moins, là où il est commis, la question de l’efficacité dont il se réclame. L’autodestruction, ici, en France, n’est peut-être pas la réponse militante la plus adéquate à l’insupportable politique en Iran.

*Le nom de l’Iranien qui a enregistré le message annonçant sa décision de se suicider.

Maroc-France

Tout a été dit sur l’ampleur de l’enjeu de cette demi-finale de la coupe du monde de football (la colonisation, l’immigration, la binationalité, le couscous, le coq au vin, et j’en oublie) disputée au Qatar à propos duquel on pensait que tout avait aussi été dit, jusqu’à la découverte, dans l’appartement bruxellois d’une vice-présidente grecque de l’Assemblée Européenne, de sacs  emplis de billets de banque provenant apparemment de ce pays organisateur de ladite coupe du monde dont elle disait le plus grand bien récemment devant ses collègues,  et qui n’en manque pas, dit-on – pour ceux qui n’auraient pas suivi, dont représente le Qatar et pas la coupe du monde, qui le Qatar et pas la vice-présidente, en les billets et pas les Grecques.  

Tout, – là je reviens à mes moutons… une chance qu’il y en ait des deux côtés de la méditerranée et qu’il ne s’agisse pas de cochons… –  tout, dis-je, a donc été dit (on me pardonnera la répétition) au sujet de cette rencontre… de cet affrontement… de ce règlement de comptes historique… de ce combat entre David et Goliath… hum… c’est quand même curieux ce rapprochement entendu à la radio… et j’en oublie sans doute, tout a été dit,  me répété-je dans la répétition,  sauf, quand même, le rappel d’un tout petit détail, à savoir qu’il s’agit d’un jeu. D’un jeu auquel participent deux équipes constituées chacune de onze Marocains (curieusement, certains sont aussi français et jouent en France) et onze Français (curieusement, aucun n’est aussi marocain et ne joue au Maroc) dont on pourrait se demander en quoi ils représentent leur pays pour ceux qui, quoique patriotes et chauvins, n’aiment pas le football, mais seulement la baguette, le saucisson pur porc (là, c’est de la provocation) et le vin rouge (idem, quoique un peu moins quand même parce qu’il paraît que).

Bref, nonobstant et quoi qu’il en soit, on va entendre résonner et chanter les hymnes nationaux (est-ce que le sang abreuve aussi les sillons de celui du Maroc ?) et les Bleus vont se mesurer aux Lions de l’Atlas.

Quand je me rappelle ce que sont un bleu et un lion,  je me convaincs en tant que Français cocardier et tout ça, que David est forcément le bleu puissant façon bleu d’Auvergne ou bleu de Roquefort, Goliath le lion faiblard de la Fable, donc que le Bleu doit logiquement l’emporter sur le Lion… hum…  à moins que le bleu ne soit celui de la naïveté de caserne et le lion celui de la Metro Goldwyn Mayer qui, comme on sait, a produit Quo Vadis.

Oui, mais là, c’étaient des Romains et ils ne jouaient pas au foot. Pas encore.

Exécutions publiques en Iran

A la Une du Monde de ce 12 décembre 2022 :

« L’agence de l’autorité judiciaire du pays, Mizan News Agency, a annoncé l’exécution lundi de Majidreza Rahnavard. Celle-ci a eu lieu en public à Machhad, dans le nord-est du pays. »

Quelques réactions :

« Pays moyenâgeux avec des lois moyenâgeuse avec des voyous au pouvoir.
Ça fait penser à l’inquisition. Massacrer son propre peuple c’est toujours affligeant. Malheureusement ce n’est pas qu’une question de politique c’est aussi une question de mentalité de la plus grande majorité. La violence et tapie dans la culture et les us et les coutumes.
 »

« Il fut un temps, pas si lointain, où en France, tuer un policier dans l’exercice de ses fonctions conduisait son auteur à l’échafaud. Les temps ont bien changé, bombarder les fonctionnaires de police avec toutes sortes de projectiles, tenter de les faire rotir, sont considérés comme des exutoires et ne valent à leurs auteurs que des « peines » de principe le plus souvent non exécutées. Et malheur au policier qui tentera de se défendre ! »

« Ce n’est pas parce qu’on cite un communiqué AFP qu’on peut se passer de le relire pour le conformer aux règles que Le Monde a l’habitude de respecter : après que + indicatif. » [remarque concernant la phrase de l’article : « …après qu’il soit tombé contre une moto garée. » corrigée depuis par la rédaction, et qui a suscité ces deux réactions : « La police de la grammaire a encore frappé. Forte de sa déclinaison infiniment plus importante que la simple mort d’un iranien. » / « La langue Française a été consciencieusement transformée en usine à gaz au cours des dix-huitième et dix-neuvième siècles. La complexité artificielle de la grammaire, de l’orthographe et de la conjugaison offre un moyen de se distinguer à ceux qui en ont tant besoin.« ]

Ma contribution

Non. Un tel événement qui – au-delà de la terreur imposée caractéristique d’un régime théocratique totalitaire – témoigne essentiellement de la prégnance des idées reçues (= la fonction dissuasive de la peine de mort et de son exécution publique dont il est établi qu’elles n’ont aucun effet sur ce dont elles sont censées protéger) n’est pas caractéristique du Moyen-Âge, même métaphorique, comme on peut le lire parfois. Qu’il produise des réflexions décalées, périphériques, est le signe d’une constante du comportement, peut-être celle qui, à des degrés divers de gravité et selon notre perception de l’insupportable, incite à regarder ailleurs.

Une réponse :

« En effet, on a guillotiné en public sur le boulevard Arago et à Versailles jusqu’en 1939 , sous le gouvernement du radical Daladier ! C’était d’ailleurs un spectacle très prisé, surtout des femmes de la « bourgeoisie » en quête de sensations fortes. En plus, ça les rassurait, paraît-il. ça n’a donc rien de « moyen-âgeux », ni de spécifique des théocraties. »

Orthographe et grammaire (2)

Avec la grammaire, on entre dans un autre type de rapport que celui du « comme il faut » social souvent culpabilisant de l’orthographe. Même si, tout au bout, les deux démarches se rejoignent dans la même problématique du sujet dans son rapport avec l’objet, voie signifiante du rapport essentiel, celui qu’il construit avec la condition humaine.

Etudier la grammaire (du grec gramma : la lettre, l’écrit),  c’est étudier les rapports de sens signifiés par les structures du langage.

Qu’est-ce que c’est que ce que je dis ?

C’est en quoi peut être émouvant le bonhomme Jourdain qui veut comprendre le langage qu’il utilise sans le connaître parce qu’on ne le lui a jamais enseigné. Là, comme pour le statut de la femme, Molière est un bon réac qui fourre dans le même sac du ridicule les codes sociaux et l’apprentissage du parler. Est-ce que les définitions de la voyelle, de la consonne ou de la prose sont de l’ordre du savoir d’évidence ?  

Celle de mode (en conjugaison), certainement pas. Aucun des milliers d’élèves de premier et second cycles rencontrés pendant les douze ans de mon enseignement dans les hôpitaux n’a su m’en donner une définition. Aucun adulte non plus à qui j’ai posé la question. La seule réponse était l’énumération, plus ou moins exhaustive, de leurs noms : indicatif, subjonctif etc. Tous croyaient savoir, mais aucun ne savait parce qu’aucune explication n’avait été fournie.

Ce qui m’a conduit à remettre en cause le discours d’enseignement de la grammaire, ce fut cette découverte, faite à l’hôpital, de la misère d’apprentissage (dans les deux sens) qui n’est certainement pas le fait du hasard ou d’un défaut d’intelligence ou de je ne sais quelle carence pédagogique.

Définir ce qu’est le mode en conjugaison, c’est aborder la question du rapport à l’objet, en l’occurrence les notions de réel et de réalités appliquées par le sujet au monde extérieur.

N’importe quel enfant ou adolescent est capable de comprendre que mode désigne une manière de (en l’occurrence de conjuguer un verbe) et qu’il y en a plusieurs parce que nous avons le choix entre :

–  décrire le réel tel qu’il est : nous utilisons alors l’indicatif (du latin indicare : indiquer, révéler, formé à partir du nom index, d’où le nom donné au doigt qui sert à désigner) – ex : il pleut. 

–  décrire notre réalité, c’est-à-dire ce que nous souhaitons, craignons etc. dans notre rapport avec le réel : nous utilisons alors le subjonctif  (du latin subjungere : subordonner, mettre sous la dépendance de)  –  ex : je souhaite, je crains (mode indicatif qui désigne le réel de mon souhait, de ma crainte), qu’il pleuve (mode subjonctif, dépendant de mon souhait, de ma crainte). 

– etc. pour les modes impératif, conditionnel, participe, gérondif, infinitif.

La cause première de cette indigence du discours d’enseignement qui, par exemple, continue toujours et encore à énoncer en guise d’explication cette absurdité que le complément d’objet est ce qui répond à la question quoi ? est à chercher dans la gravité de l’enjeu du rapport avec notre condition et dont la substitution du verbe avoir au verbe être dans les expressions « j’ai un corps, j’ai un esprit » est une illustration, plusieurs fois décortiquée ici.

Ce qui revient à dire que le contenu du discours d’enseignement ne ressortit pas à la pédagogie – un cache-misère ou une béquille bancale – mais à la philosophie.

Pour le moment, une philosophie du déni du réel qui utilise un indicatif trompeur.

Orthographe et grammaire (1)

Il fut question d’orthographe, ce 8 décembre 2022, dans Les Matins de France Culture. Guillaume Erner recevait Edouard Geffray, « directeur général de l’enseignement scolaire ».  

La page Internet de l’émission apporte cette précision  : « Depuis 1987, une même dictée est proposée pour évaluer l’évolution des fautes à cette étape de l’école primaire. Et en près de 35 ans, le constat est sans appel : les élèves de CM2 faisaient 10,7 erreurs en moyenne en 1987. Ils en font 19,4 en moyenne en 2021. »

Je ne sais si dans un ou deux articles du blog – plusieurs ?  –  j’ai déjà évoqué mon expérience en la matière.  Ce n’est pas impossible. La sagesse des nations (Dans le douteBis repetita…) a cet avantage qu’on peut toujours lui faire dire ce qui arrange. Et quand bien même… (une formule intéressante, elle aussi).

Si je ne sais, sauriez-vous, vous ?

Donc.

Longtemps, j’ai enseigné la littérature dans des classes de premières et terminales de lycée,  et je ne me suis pas couché de bonne heure. Voyez du côté des paquets de copies. Du temps perdu ? Non, je m’y retrouvai.

Je constatais bien en lisant et annotant les copies à la lumière de ma lampe qu’il y avait pour beaucoup un problème avec la maîtrise de l’orthographe (du grec orthos : droit, juste / graphè : écriture) mais je l’occultais. Oui… je me contentais… c’est une manière de parler…  de souligner. Ce qui m’importait, c’était l’enseignement de la littérature, pas le reste. Comme quoi… (encore une formule très intéressante, elle aussi, n’est-ce pas ?  – méfiez-vous du n’est-ce pas ?).

Cette occultation (justifiée par le « pas le temps », en réalité un déni) en a pris un coup le jour où j’ai commencé à enseigner aux élèves malades hospitalisés dans les services de pédiatrie (à Lyon, mais le problème n’était – et n’est toujours – pas lyonnais). Là, dans la chambre d’hôpital, j’étais bien toujours le prof. de l’Education Nationale, mais l’élève que je rencontrais dans sa chambre, en pyjama et couché, plus ou moins relié à d’étranges machines, avait sur moi l’avantage, si j’ose dire, de disposer du statut de malade. Le mien était plutôt celui de l’intrus.

Quand je parvenais à établir le contact, la plupart des élèves de collège répondaient à ma question sur la nature de l’aide que je pouvais leur apporter en citant la grammaire et l’orthographe. Pour la grammaire, la formule était « Je n’y comprends rien », pour l’orthographe un « Je suis nul » souvent ponctué du grand sourire de la performance réussie.

Là, j’ai découvert la grande misère de la conception d’enseignement (ce que, pour l’école dans son ensemble, j’appelle le discours d’enseignement) de ces deux disciplines. Pour ne parler que d’elles. Tant que j’y suis (autre formule),  j’aurais bien quelques remarques sur l’exercice, artificiel, absurde, ridicule, imbécile, pervers… je m’efforce de respirer calmement… de commentaire de texte imposé aux malheureux lycéens dont certains seront pour longtemps dégoûtés de l’analyse littéraire, sinon de la lecture des classiques.

Pour m’en tenir à l’orthographe.

D’abord, il est question de « faute ». Un mot employé comme s’il allait de soi (je l’ai employé) significatif d’un enjeu, j’allais écrire pervers, mais je vois que je viens de l’utiliser à propos du commentaire de texte… Est-ce à dire qu’il existerait quelque part une intention maligne de culpabilisation ?  

Voyons… Faute est connotée de mal. La faute d’orthographe ne serait donc pas seulement un mal contingent propre à un travail scolaire donné (dictée ou autre) mais un mal absolu, en rapport avec un bien.

Je m’arrête un cours instant sur le parvis de l’Eglise à l’intérieur de laquelle résonnent, au pied du crucifix, des mea culpa et des maxima culpa qui infusent sournoisement depuis des siècles la société pour lui souffler ses définitions du bien et du mal qui arrangent certains en les confortant dans des situations bien établies.

Je passe.

Cette charge de faute contre un bien qui ne dit pas son nom, endossée par les parents en tant que respect de ce qu’il faut, explique en partie le grand sourire qui accompagna l’aveu de nullité prétendue : commettre des fautes,  et tant qu’on y est beaucoup de fautes, surtout des fautes qu’on est capable de corriger soi-même, est un signe de rébellion que nourrit la dictée, particulièrement quand elle imposée par les parents.

Cela pour les erreurs autocorrigées qui invalident le « je suis nul ».

Les autres ?

Celles qui concernent le vocabulaire sont pour l’essentiel liées à la lecture et la lecture a un rapport avec le milieu familial et social. Un rapport très complexe dans la mesure où lire peut être par exemple un moyen d’échapper à un environnement, de s’en émanciper. Ou, à l’inverse, le refus de lire.

Quant aux erreurs grammaticales qui concernent les règles d’accord, elles fourniront la matière d’un second article.  

E. Macron et la fin de vie

« Emmanuel Macron est allé à Rome comme on irait à confesse. Ce lundi 24 octobre, il pénètre sous le soleil doré de l’automne dans le palais apostolique pour une audience avec le pape François, la troisième depuis son arrivée à l’Elysée. Entre les deux hommes, une proximité, intellectuelle, affective, presque une complicité s’est installée au fil des ans. Le président français tutoie l’Argentin, l’embrasse. Assez, sans doute, pour que le chef de l’Etat soulage son âme auprès du souverain pontife. »

Tel est le début d’un long article publié dans Le Monde du 08.12.2022 et qui incite à ce rappel : la France est une République laïque.

Quelques réactions :

« On ne comprend pas très bien cet interminable article sur les supposés vertiges métaphysiques de notre président. Cela ne concerne que lui-même et sa propre fin de vie En écrivant un tel article, on reste dans le formatage catholique pour qui votre existence ne vous appartient pas entièrement et que vous auriez des comptes à rendre au Tout Puissant. »

« Que vient faire l’avis de E. Macron dans ce débat qui concerne intimement chacun et chacune? Que vient faire l’avis du pape ? Qu’est ce cette histoire de solidarité : Parlons de liberté. Le suicide est libre. Pourquoi imposer la souffrance à imposer un suicide douloureux? Parfois, je me demande si on ne marche pas sur la tête à poser des questions qui n’ont aucune raison d’être. Chacun dispose de son propre destin : Que vient faire l’opinion de Macron, du Pape et de Mr Tartempion ? »

Ma contribution.

La question première, essentielle : notre vie (qui contient notre mort) nous appartient-elle ? Tout le reste en découle et n’est qu’ajustements.

Une question : si les deux journalistes qui ont rédigé l’article sont bien informées, et rien n’indique qu’elles ne le soient pas, est-ce que, à l’occasion de sa deuxième campagne électorale,  E. Macron a révélé qu’il avait une âme ?

Pour mémoire, deux articles :  La fin de vie : un débat nécessaire (9 avril 2021) / La question du suicide (13 août 2021)  

Education populaire (4)

Un commentaire de « Jacote »

« Désolée pour vous, M. Peyrard, mais quelques siècles après Platon, la preuve est faire, et l’on ne peut que se rendre à l’évidence, le communisme est totalitaire par essence. Nos concitoyens dotés d’une intelligence minimale l’ont bien compris. Il reste encore quelques étudiants de Sc Po pour y croire, cela ne leur durera pas longtemps… »

Ma réponse :

Désolée de quoi, exactement ? De ne pas chercher d’où peut venir cette préoccupation du « commun » qui débouche au 19ème siècle sur la proposition d’une forme politique qu’on appellera  « communisme » ? Autrement dit, pourquoi limiter sa réflexion à la seule forme ? Peur d’identifier le commun qui se cache derrière, qui nous concerne tous et dont le déni pourrait bien être à l’origine de l’expérience communiste catastrophique du 20ème siècle ?  Il pourrait bien être aussi pour quelque chose dans le rapport tout aussi catastrophique avec notre environnement dont nous mesurons les effets délétères… dans le système capitaliste.

* C’est ma dernière intervention autorisée par les quotas.

Education populaire (3)

Le contributeur anonyme (pseudo : Peps72) répond vingt minutes après la publication de mon texte :

« S’il n’y avait eu qu’une ou deux expériences communistes malheureuses, on pourrait encore se dire qu’il existe un « bon communisme », mais avec la vingtaine d’expériences communistes différentes (et toutes désastreuses) sur 3 continents différents, la simple observation des faits force à constater que le communisme est structurellement totalitaire. Et au-delà du constat déductif et statistique qui est accablant, c’est la nature même de l’idée communiste et son dogme central de la collectivisation des biens de production qui conduit inéluctablement au totalitarisme, car tout comme il faut séparer les pouvoirs politiques (exécutif, législatif, judicaire) il faut également s’assurer que l’Etat bureaucratique ne dépasse pas un certain poids dans la société et le système économique, car sinon cet Etat a trop de poids et de pouvoir, et écrase toutes les libertés individuelles, ce qui est toujours le cas avec la collectivisation des moyens de production. Réfléchissez-y… »

J’envoie cette nouvelle réponse :

Votre réponse souligne à nouveau l’échec des expériences dont vous remarquerez qu’elles sont toutes fondées sur la même analyse (marxiste), mais n’aborde pas la question de fond : d’où vient cette idée de « communisme » déjà d’actualité chez Platon, entre autres ? La collectivisation des biens de production n’est qu’un moyen et un moyen moderne. Qu’est-ce qui, dans l’homme, produit cette idée, puis le conduit à imaginer ce moyen illusoire de la réaliser  ? Je pose ma question autrement : ne pouvez-vous oublier un instant les expériences du 20ème siècle pour aborder la problématique du « commun constant de l’humanité » ? Autrement dit encore, examiner si ces expériences, centrées sur la collectivisation, ne dérivent pas d’une analyse tronquée, erronée – celle de Marx – de ce « commun » ? Ou encore : comment expliquez-vous l’insatisfaction humaine qui, à la différence des animaux, conduit les hommes à vouloir toujours et encore améliorer, changer la société, sans y parvenir ?

Il y a maintenant plus d’une heure que ma réponse a été publiée. Elle restera vraisemblablement sans suite pour un motif sans relation avec les limites imposées par le journal – j’ai vérifié, Peps72 dispose encore d’une réponse possible – mais avec ce que je pense être la peur d’aller voir ce qu’il y a derrière les symptômes. Je souhaite me tromper.