Vacances et vacance (suite et fin)

En ce temps-là (que… etc. – voir plus haut) j’étais militant syndicaliste (SNES) avec des responsabilités académiques. Dans la mouvance de mai 1968 (que… etc. – voir toujours plus haut) le débat était vif sur la nature des changements à apporter pour améliorer l’enseignement. Le syndicat insistait – à juste titre – sur les conditions objectives du travail (rémunérations, effectifs, formation pédagogique, entre autres).

J’étais intervenu dans une assemblée générale pour dire que même si tous ces paramètres étaient satisfaits, ils ne suffisaient pas.

J’invitai les camarades qui manifestaient, qui leur surprise, qui leur désaccord, quelques-uns leur intérêt, à se souvenir des conditions dans lesquelles ils avaient suivi leurs études secondaires de second cycle (2nde, 1ère, terminale). Les classes étaient généralement surchargées – quarante élèves en moyenne – ce qui n’empêchait pas certains cours d’être suivis avec la plus grande attention parce qu’ils étaient intéressants, alors que d’autres n’étaient qu’occasion de chahut. Qu’est-ce qui expliquait ces disparités ? Certainement pas une différence de niveau de connaissances, ou de formation pédagogique (quasiment nulle). C’était quoi ?

Je pensais à Jacques, devenu quelques années plus tard – après l’obtention de la licence puis d’une maîtrise (un mémoire + deux nouveaux certificats) professeur titulaire, sans avoir eu à passer un concours et sans avoir reçu la moindre formation pédagogique. Il ne s’agissait évidemment pas d’en faire un modèle, mais de tenter de comprendre pourquoi la réussite du métier d’enseignant (Jacques fut très vite nommé dans un lycée et les résultats qu’obtinrent ses élèves au baccalauréat furent comparables à ceux de ces collègues) ne pouvait s’expliquer par les seuls critères objectifs mis en avant par le syndicalisme en général.

J’expliquai, devant mes camarades syndiqués, que ce que j’appelle la note fondamentale (les connaissances dans une discipline donnée) ne suffisait pas à intéresser, pas plus que la note elle-même, même si elle parfaitement juste, tirée sur la corde du violon. La musique commence avec les harmoniques, à savoir l’ensemble des vibrations produites par le musicien et qui, jusqu’à la limite de la dissonance, donnent à la note fondamentale, la vie, via l’émotion.

Pour l’enseignement, les harmoniques étaient les rapports construits entre la notre fondamentale (les connaissances) et le vivant,  autrement dit, la capacité pour le professeur de montrer en quoi l’acquisition de telle ou telle connaissance concerne la vie de celui qui vient au lycée pour l’acquérir. Et cette capacité passe par une formation permanente, pendant l’ensemble de la carrière, qui ne vise pas la note fondamentale des connaissances – c’est au professeur lui-même de la parfaire sans cesse – , mais les connaissances périphériques susceptibles de faire résonner cette note. Jacques était un passionné de musique, et c’est par elle qu’il avait réussi à intéresser ses premiers élèves à Racine. En d’autres termes, il fallait proposer aux professeurs une formation continue et permanente dans d’autres disciplines que celle qu’ils enseignaient.

Ce qui voulait dire – et c’est ce que je dis devant un auditoire peu réceptif, du moins dans sa majorité – que je n’accordais pas beaucoup d’intérêt à la pédagogie, encore moins au pédagogisme – pour ne pas dire que je le détestais – dont nous saoulaient certains inspecteurs/inspectrices et les délégués des Instituts Universitaire de Formation des Maîtres, capables de tenir pendant des heures des discours creux qui me faisaient penser à ceux que dénonçait Rabelais.

Bref, le désir de transmettre un savoir et l’esprit critique sans lequel il n’existe pas, puis la recherche et l’exploitation d’harmoniques qui permettent de construire ce que je pense être l’essentiel, parce que c’est ainsi que fonctionne le vivant, à savoir des problématiques.

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