Rapport Sauvé : dialogue

« Le rapport Sauvé, un « séisme » pour les responsables catholiques. Après la publication du rapport accablant sur les violences sexuelles dans l’Eglise, les responsables de la Conférence des religieux et religieuses et la Conférence des évêques, qui tiennent leur assemblée plénière en novembre, doivent rapidement préparer les réponses à apporter. » (A la Une du Monde – 06.10.2021)

Ma contribution :

Pourquoi appelle-t-on le prêtre « père » (cf. pape), la religieuse « sœur » ? Pourquoi la pédocriminalité est-elle la plus importante dans les familles (où le crime est dans la plupart des cas commis par le père contre sa fille) et dans l’église (où le garçon est la victime principale des « pères ») ? Pourquoi le pouvoir politique laïque peut-il être encore dépendant de l’église (cf. les funérailles de J. Chirac) ? Pourquoi a-t-il accepté et accepte-t-il encore le « droit canon » ? Bref, quelle est la fonction historique de l’institution ecclésiastique dans la société ? Autrement dit, d’où vient le besoin de croire en un dieu, quel qu’il soit, et pourquoi, près de 3000 ans après les divinités obsolètes de l’Olympe, est-il encore vivace ?

Réponse de « Frawd » : « Car la plupart des gens refuse de croire que leur vie est inutile et sans intérêt dans le fonctionnement de l’univers. « Souviens-toi, homme, que tu es poussière et redeviendra poussière ». »

Ma réponse :

Voulez-vous dire que sans la croyance en un dieu la vie n’a pas d’utilité ? Comment expliquez-vous alors l’athéisme ? Est-ce que les athées ont décidé de se passer de divinité parce qu’ils veulent vivre une vie inutile et sans lien avec l’univers ? Voyez le livre de Lucrèce (1er siècle avant notre ère) De rerum natura (De la nature des choses – il explique la philosophie d’Epicure) ou encore l’œuvre (et la vie) de Diderot (18ème siècle).

Réponse de « n.b. » :  « Quand on est faible, sans défense devant les coups du sort et des hommes, le besoin de s’en remettre à une divinité toute-puissante qui puisse vous protéger ou vous sauver, moyennant le respect d’un contrat, est pressant, car on tient à sa peau et à celle de ses enfants. Vivre avec l’idée permanente de mourir ou de déchoir du jour au lendemain, c’est difficile. Les philosophes sont peu nombreux parmi nous. Ce qui tue la religion en France, c’est l’état providence. C’est lui le nouveau dieu. Que cessent toutes les prestations sociales, que l’état se délite et vous reverrez les églises pleines. »

Ma réponse à « n.b. » : Est-ce que l’état-providence est la cause ou bien ne joue-t-il pas seulement un rôle comparable au « père » ? Ce qui outre la question du besoin, pose la question du moyen d’y répondre autrement que par la croyance. La philosophie n’est enseignée qu’à une infime partie d’une classe d’âge (en réalité une initiation sommaire). Que se passerait-il si elle était enseignée dès le début de la scolarité, à la maternelle, lorsque l’enfant découvre qu’il va mourir ?

Nouvelle réponse de n.b. : « La philosophie peut-elle abolir le désir d’être protégé, de ne plus avoir peur ? Comme il y a dû y avoir une pression de sélection depuis la nuit des temps en faveur de ceux qui s’en remettaient à un chef bien doué, puis providentiel, pour leur survie et leur bien-être, la crainte-révérence des puissants (ou des potentiellement nuisibles par leur force) est solidement ancrée parmi nous. La victime qui vient remettre en cause ce système remet aussi en cause la cohésion du groupe, perçue comme une protection. Par là elle n’est pas bienvenue, quelle que soit la nature de ce qu’elle subit. C’est valable dans tous les contextes, de la personne agressée qui l’avait bien cherché, à l’inertie des assemblées face à des catastrophes annoncées … Voyez l’accueil réservé aux lanceurs d’alerte. Voyez Diderot, que toute sa philosophie n’a pas empêché de caser sa fille avec un noble. C’est sûr, l’esprit critique pâtit de cet atavisme. Je doute donc que la philosophie puisse remplacer la religion. »

Ma réponse à n.b. : Il faudrait examiner en quoi la philosophie peut être le produit d’un mode de fonctionnement qui dénie la mort telle qu’elle est (le cadavre). Ce que je suggère (son enseignement à partir du moment où émerge la peur et l’angoisse, vers trois ans) n’existe pas ; il n’est donc pas possible de savoir quel serait le rapport de cet apprentissage avec sinon l’éradication du moins la maîtrise de la peur. J’évoquais Diderot en réponse à Frawd, et votre précision implique que je dirais que la philosophie – telle qu’elle est – est une panacée. Non. Ce qui m’intéresse, c’est l’hypothèse du petit enfant à qui on enseigne, comme lui on enseigne tout le reste, ce qu’est la mort et pourquoi il va mourir un jour : le seul objet absent des programmes. Alors, ou bien croire (et tout ce qui en découle) est inhérent à l’espèce, ou bien il est possible d’appliquer le savoir à ce qui est sans doute à l’origine de croire : le double discours dénié du corps et de l’esprit sur la certitude de notre mort.

Réponse de « YCAR » : « Le pouvoir politique ne peut guère s’opposer à des règles internes à une organisation dès lors que celle-ci respecte par ailleurs l’application des règles instituées par le pouvoir politique et la prééminence de celles-ci. De nombreuses associations prévoient dans leurs statuts des règles de fonctionnement, avec éventuellement une exclusion de membres ne les respectant pas. A ma connaissance, (je ne suis pas maçon), les obédiences maçonniques prévoient des « tribunaux maçonniques » pour juger leurs membres ayant enfreint des règles d’honorabilité, sans préjudice des sanctions prévues par la justice civile ou pénale. Ce type de tribunal, avec les règles de procédure et de sanctions associées, me semble relever de la même nature qu’un tribunal ecclésiastique avec ses règles de procédure et de sanctions propres, sous l’appellation de droit canonique. »

Ma réponse à « YCAR » : Oui. Encore faut-il distinguer ce qui ressortit au fonctionnement interne d’une association et le crime qui est de l’ordre de la loi générale. Il semble bien que le droit canon ait supplanté la loi avec disons l’accord plus ou moins tacite du pouvoir qui a fermé les yeux sur les crimes (comme la hiérarchie) et leur non dénonciation. Il y a sans doute un lien avec l’importance du besoin de croire.

Facebook

« Mark Zuckerberg assure que Facebook ne favorise pas les profits aux dépens de la sécurité. « L’argument selon lequel nous mettons en avant du contenu qui rend les gens en colère, pour des profits, est complètement illogique », a défendu le patron du groupe, quelques heures après l’audition d’une ancienne employée devant une commission parlementaire. » (A la Une du Monde – 06.10.2021)

Quelques réactions :

« Je suis toujours très surpris que l’on semble surpris par le fonctionnement et la moralité des entreprises de MZ. Hormis le profit cyniquement recherché par cette entreprise privée, il ne faut pas oublier le profil du triste sire qu’est le fondateur et le pourquoi de la création de Facebook : en résumant, « classer » les filles de son campus car il venait de se faire larguer par l’une d’elle. Plus que tout le reste, cela en dit long sur le personnage et ses méthodes. »

« Il est urgent, pour les états, de réglementer ces monstres issus du numérique. Laissés à leurs fondateurs/directeurs mégalomaniaques, ils sont toxiques pour la population. »

« Les fabricants de tabac déclaraient jadis eux-aussi que le tabac était bon pour la santé, ça faisait CowBoy et viril. »

Ma contribution

Quelle est l’entreprise, dans quelque région que ce soit du monde capitaliste et quel que soit l’objet qu’elle produit, dont le but ne serait pas le profit le plus grand à court et moyen terme ? Tout est question de taille et de monopole. C’est la loi du système que l’indignation commode (et stérile) évite de mettre en cause, non parce que l’alternative communiste « classique » est morte depuis l’implosion soviétique, mais parce que le fiasco de cette expérimentation oblige désormais à remettre en cause non plus les applications du capitalisme (ses formes industrielles notamment) mais l’équation qui le fonde et qui concerne l’espèce humaine. 

Rapport Sauvé : église catholique et pédocriminalité

« Commission Sauvé : les violences sexuelles sous le regard des sciences sociales. Pour mener à bien sa mission, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise a mené trois enquêtes. La première s’intéresse aux victimes, la deuxième a exploré les archives de l’Eglise, tandis que la dernière s’est penchée sur le traitement par la presse de ces affaires. » (A la Une du Monde – 05.10.2021)

Sur France Culture, ce matin, Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, dont elle a été l’envoyée spéciale à Rome de 2005 à 2009, spécialiste du Vatican et autrice d’Histoire d’un silence, un témoignage portant sur les affaires de pédophilie à Lyon. Elle apporte cette précision : « Le rapport est glaçant, car d’une part, les abus sexuels sont massifs dans l’Eglise depuis 1950, et par rapport aux autres associations (Education nationale, associations sportives…), l’Eglise est plus criminogène. Seule la famille l’est plus. »

Ma contribution au Monde.

La chasteté/pureté a pour cause le mépris du corps et, dans le corps, ce qui échappe au contrôle de l’esprit/âme, la sexualité. Le mépris du corps parce qu’il est un cadavre en puissance. En contradiction, la force de la pulsion sexuelle. L’église catholique est une expression  « utile » du déni général de la mort telle qu’elle est. Derrière le discours de l’amour qui joue un rôle d’excipient, le christianisme institutionnalisé est une forme de fascination  non pour la vie mais morbide pour la mort : l’emblème n’est pas une représentation de la résurrection mais la croix, l’instrument de mort voulue par le « père ». La prêtrise peut donc être un refuge pour les hommes en mal de sexualité et pour qui l’excipient ne fonctionne pas : le prêtre est le père, le père est Dieu, donc le prêtre est intouchable, comme le père dans la famille. D’où l’inefficacité (relative) des interdits pour les uns et les autres dont la figure et la fonction renvoient  au même besoin de pouvoir rassurant.

Complément (la contribution ne peut dépasser les 1000 signes) : « Au terme de deux ans et demi d’enquête, Jean-Marc Sauvé et les 21 autres membres de la Ciase ont recensé environ 3 000 prêtres ou religieux pédocriminels depuis 1950, estimant à 216 000 le nombre de victimes mineures de prêtres, diacres et religieux. Un « phénomène massif » couvert pendant des décennies par le silence. Et si l’on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse…), le nombre grimpe à 330 000, a indiqué Jean-Marc Sauvé. La commission indépendante d’émettre 45 propositions : écoute et indemnisation des victimes, prévention, formation des prêtres et religieux, responsabilité de l’Église, transformation de la gouvernance. Le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, a exprimé « sa honte », « son effroi » et a demandé « pardon » aux victimes de pédocriminalité. » (France Culture, dans la page du journal de 13 h 00 du 05.10.2021)

L’évêque interviewé dans ce journal parle lui aussi de honte, d’humiliation et de pardon – il indique aussi de manière très claire qu’il s’agir de crimes qui ne doivent plus être traités en interne mais par la police et la justice – et, à aucun moment, il n’évoque la fonction de déni (cf. la contribution) qu’exercent l’église et la croyance religieuse, jusqu’ici en accord avec le discours dominant de la société. Il ne tente pas non plus d’établir un lien entre l’actualité de la révélation de l’ampleur des crimes et la déliquescence de la croyance à la résurrection. Ce n’est pas surprenant : cette analyse conduit à remettre en cause le récit évangélique et l’église elle-même chargée de le raconter. Thomas Cluzel qui conduit l’interview du prélat (Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon) s’en tient lui aussi à la description des effets/traitements et n’évoque même pas la dimension systémique suggérée le matin à la rédactrice de La Croix par Guillaume Erner (sur d’autres sujets et avec d’autres interlocuteurs, il sait pourtant très bien pousser l’invité dans ses derniers retranchements) ; là, il est muet sur la question pourtant majeure de la causalité, signe, sans doute, de la force d’imprégnation du discours catholique (le titre de « monseigneur » ?), plus généralement celui de la croyance, et du déni sur lequel ils se fondent.

E. Macron et l’Algérie

« Quand l’Elysée organise une rencontre, le 30 septembre, avec dix-huit jeunes issus des différents groupes liés à la mémoire de la guerre d’Algérie – petits-enfants de pieds-noirs, de soldats, de harkis, de militants FLN et de juifs d’Algérie –, le chef de l’Etat saisit l’occasion pour délivrer un message sans aucune ambiguïté. Une fois évoqués « les souffrances » et « les traumatismes » transmis aux héritiers de la tragédie de la guerre (1954-1962), il émet des jugements jamais entendus dans la bouche d’un président français contre un « système politico-militaire » à Alger, qui, à l’en croire, s’est « construit sur la rente mémorielle » et « la haine de la France ». « On voit que le système algérien est fatigué, le Hirak [mouvement de protestation] l’a fragilisé, ajoute M. Macron. J’ai un bon dialogue avec le président [Abdelmadjid] Tebboune, mais je vois qu’il est pris dans un système qui est très dur. » (A la Une du Monde – 04.10.2021)

Ma contribution

Dans ce contexte, ce n’est pas tant le contenu du discours qui importe que celui qui le prononce. Qu’il existe une « rente mémorielle » n’est pas discutable, mais que la formule ait été prononcée par celui qui sait pertinemment qu’elle ne peut pas être entendue/écoutée par ceux à qui elle est adressée pose un problème. Comme en son temps la qualification de la colonisation de « crime contre l’humanité », expression qui est, si on veut bien la regarder de près, un non-sens. Quant à la réconciliation évoquée par certains elle présuppose une entente préalable qui n’a jamais existé. Conciliation serait donc plus appropriée. Enfin, que l’Algérie soit une construction récente n’implique pas qu’elle n’existe pas en tant que nation. On ne s’en sortira pas tant que la question essentielle ne sera pas posée : qu’est-ce qui – en deçà des motifs conjoncturels bien connus – conduit un pays à envahir par la force un autre pays pour le soumettre à ses propres lois, croyances, manière de vivre etc.

 Une 1ère réponse :

« Concernant l’Algérie, la France n’a pas envahi ce pays, il n’existait pas. Elle a botté le derrière des Turcs pour prendre sa place et redessiner un territoire selon ses envies. Les peuples locaux n’étaient pas une variable de l’équation. Depuis 62, ils ne le sont toujours pas. Les Kabyles sont le seul peuple préexistant à tous ces empires qui se sont succédé en Afrique du Nord. C’est aussi celui que la clique au pouvoir ne veut surtout pas reconnaitre. Que la nation algérienne se construise sur son indépendance, c’est son intérêt. Mais pas en instrumentalisant les Algériens de France ni pour le profit inique de vieillards milliardaires. »

Ma réponse :

Entre 1830 et 1962 s’est construite peu à peu une réalité nationale dont témoignent la naissance et le développement de la lutte pour l’indépendance. Une construction nationale est toujours le résultat d’un processus.

Un 2ème réponse :

« Il faudrait poser votre question à la Turquie, qui, avec son ancien empire ottoman, a une bien plus large expérience que la France [dont la présence en Algérie relève de l’anecdote comparée à la colonisation ottomane (1512-1830). »

Ma réponse :

Vous soulignez une différence de type quantitatif, mais ce n’est pas l’objet de ma contribution qui pose la question de la causalité. Qu’elle soit turque, belge, espagnole, arabe ou française, peu importe. Quel est le dénominateur commun, propre à notre espèce ?

Le soutien de J-M Le Pen à E. Zemmour

« Jean-Marie Le Pen soutiendra Eric Zemmour, s’il est « mieux placé » que Marine Le Pen. Le cofondateur du Front national observe d’un œil bienveillant la précampagne du polémiste réactionnaire. Il regrette que Marine Le Pen ait laissé le terrain « inoccupé ». (A la Une du Monde – 02.10.2021)

Extraits :

« « Je cache mes griffes et ma queue… » A 93 ans, Jean-Marie Le Pen rit d’avoir été le diable de la Ve République (…) « Marine a abandonné ses positions fortifiées et Eric occupe le terrain qu’elle a quitté », accuse le cofondateur du Front national, exclu du parti en 2015 et hostile depuis toujours à la dédiabolisation opérée par sa fille. Après les régionales, en juin, il appelait le Rassemblement national (RN) à retrouver sa « virilité ». A travers lui, c’est tout le vieux « Front » qui doute. Et qui regarde vers l’arc zemmourien, qui va de l’ancien RPR à la frange traditionaliste du RN.(…) Un jour de janvier 2020, au Bristol, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Eric Zemmour déjeune avec Jean-Marie et Jany Le Pen. La quatrième convive est une amie chère du couple : Ursula Painvin, née von Ribbentrop, fille de Joachim von Ribbentrop, le ministre des affaires étrangères du IIIe Reich, pendu en 1946 à Nuremberg. « Un morceau du pacte germano-soviétique », s’amuse un lepéniste. C’est un saut dans l’histoire aux yeux de l’essayiste, qui en est féru, et qui s’en vantera avec délectation autour de lui. Ursula, 88 ans aujourd’hui, vénère Jean-Marie Le Pen (« Il faudrait te cloner », le félicite-t-elle) et, de Berlin, encourage Eric Zemmour avec ses « pensées les plus admiratives et amicales » Un mot de trop ? « La seule différence entre Eric et moi, c’est qu’il est juif, conclut sans détourJean-Marie Le Pen. Il est difficile de le qualifier de nazi ou de fasciste. Cela lui donne une plus grande liberté. ».

L’article, agrémenté d’une photo de J-M Le Pen (il « trône » sur un fauteuil dans le salon de son manoir de Montretout), suscite près de cent commentaires.

Ex :

« Le JMLP des années 80-2000 aurait eu un boulevard lors de cette élection de 2022 . Ses tristes prophéties se sont malheureusement réalisées, et les gens qui l’ont combattu apparaîtront à nos enfants comme une France de la collaboration. Z présente aussi une modélisation édifiante à venir du pays , si rien n’est fait , et qui prend forme jour après jour . Pour 2022, l’électeur moyen doit arrêter de faire fausse route sur tout, et apprendre de ses erreurs pour mieux voter cette fois ci . Nos enfants ne nous le pardonneront pas sinon . Sandrine Rousseau pratiquement candidate d’un parti comme EELV , en plus de Mélenchon et Hidalgo , nous voyons bien que la démographie jouera contre nous dans les prochaines années si rien n’est fait avant . Le temps presse. »

« Le Pen avait raison en son temps sur bien des thèmes. Marine devrait se retirer au profit de Zemmour. »

« Z double MLP simplement car il est meilleur : rhétorique, argumentaire, culture. Et il va sur les terres abandonnées par marine: l’immigration qui est le fonds de commerce de l’extrême droite.Un second tour Zemmour Macron semble désormais probable. »

Ma contribution :

Ce que représente JMLP est la fascination pour l’anesthésie des interdits. « Dire tout haut ce que tout le monde dit tout bas » précisément parce qu’on ne peut pas le dire tout haut, sauf à rendre impossible la vie sociale et à ne plus se reconnaître soi-même. JMLP, lui, joue avec l’interdit et l’exercice du pouvoir politique a été la cadette de ses ambitions. Les « petits » pouvoirs – plus ou moins cachés et brutaux – que lui ont donnés le statut militaire lui ont suffi. C’est son histoire, ses problèmes personnels. Ce qu’on appelle, à tort, la lepénisation des esprits ne concerne pas la pensée, les idées, mais les strates les plus obscures de qui nous sommes, celles qui, à un faible degré, nous donnent parfois envie de dire l’inconvenance, de refuser les conventions. Un point commun avec E. Zemmour est la maîtrise du langage. On le sait, au moins depuis Platon, cette maîtrise peut être l’instrument du pire,  notamment quand elle exploite les peurs à des fins de délectation.

Crack… suite

« Crack à Paris : le schéma pour résoudre un problème vieux de trente ans se heurte à l’hostilité des riverains. Pour sortir de la situation intenable dans le Nord-Est de la capitale, la Mairie envisage l’ouverture de lieux d’accueil pour les consommateurs. Face aux résistances, elle privilégie des sites existants ou en milieu hospitalier. » (A la Une du Monde – 02.10.2021)

L’article suscite encore plus de 80 réactions* auxquelles il me semble utile de répondre en enfonçant le clou.

* dont celles-ci :

« Suggestion : que mesdames Hidalgo et Coffin créent ces structures merveilleuses à proximité de leur domicile personnel, pour pouvoir en mesurer tous les bienfaits. Soyons sérieux : la place des crackers est en prison ou à l’isolement, pour un sevrage radical obligatoire. »

« Pour combattre ce que le Monde appelle la crise du crack, on ouvre des salles de shoot. Je demande solennellement, en tant qu’amateur de sensations automobiles fortes, que l’on ouvre des portions d’autoroutes en vitesse illimitée. Sur la forme, c’est un peu pareil non ? »

« Les fournisseurs passent d’un groupe à l’autre ». Puisqu’ils sont clairement identifiés, pourquoi ne sont-ils pas arrêtés ? Vendre du crack est un délit, non ? Je pense de plus en plus que cette histoire de drogués installés en pleine rue est le résultat du bras de fer entre une Mairie socialiste et un Etat de droite : chacun veut démonter l’incurie de l’autre et rien ne se fait. C’est honteux. »

 Ma contribution enfonceuse de clou.

Pour ce problème comme pour bien d’autres (IVG, euthanasie, vaccins…) nous (la société et ceux que nous élisons) ne traitons que les effets qui ne peuvent l’être qu’avec passion. D’où, par ex. « l’argument » adressé à la maire de Paris d’installer une salle de shoot à côté de chez elle. Comme, dans le passé (et encore aujourd’hui), celui opposé aux partisans de l’abolition de la peine de mort « et si c’est un de vos proches qui est assassiné ! ». Il importe de reconnaître que l’être humain a besoin de « béquilles », de dire que certaines sont mauvaises et que personne n’a le droit de juger du degré de souffrance qui peut conduire à s’autodétruire. Cette reconnaissance du « droit à la béquille » implique un mode d’emploi qui vise à éviter l’exploitation de la souffrance à des fins de profit financier. Sans ce discours de responsabilisation, nous ne ferons que construire des murs pour repousser les symptômes.

Affaire Mila… suite

(cf. article Blasphème – 31.01.20)

« Un homme condamné à dix mois de sursis pour avoir menacé de mort l’adolescente. Le jeune homme de 24 ans a été condamné pour avoir menacé la jeune femme au premier jour du procès de plusieurs de ses cyberharceleurs, en juin dernier.» ( A la Une du Monde – 01.10.2021)

Deux réactions :

« Dix mois avec sursis pour une menace de mort… la justice se montre clémente. Surtout dans le contexte français, où ces menaces circulent facilement grâce aux relais nombreux de l’islam politique. Des relais pour lesquels les dirigeants français ont beaucoup d’indulgence. Mais c’est la contrepartie quand on veut vendre des armes aux pays qui financent l’islam politique. »

« Alors pour une petite histoire de —– dont on se fout éperdument elle se permet d’insulter une croyance d’un milliard et quelques de gens…… c’est ainsi que se fabriquent les haines qui se terminent en commerce d’armes & guerres épouvantables »

Ma contribution :

Aucun Grec ne menace de mort quiconque explique que les Olympiens n’ont existé que dans la tête de ceux qui, à l’époque, en avaient besoin. Mais à l’époque – celle du développement de la démocratie et de la philosophie à Athènes – Socrate fut condamné à mort et exécuté pour – entre autres – une question de respect religieux. 2500 ans plus tard, et deux siècles après les Lumières, il est encore possible de menacer de mort (et de tuer) pour une question de croyance. Les dieux ont changé mais la croyance reste liée à la vie et à la mort. Et pour cause, tant il est difficile d’accepter la mort telle qu’elle est… peut-être parce qu’elle le seul objet d’enseignement absent des programmes. Quand, aux alentours de trois ans, le petit enfant prend conscience de la/sa mort, il obtient de ses parents, des copains, des réponses aléatoires dont certaines ressemblent aux cigognes de la naissance. Et si, le/la professeur d’école maternelle lui expliquait que la mort, c’est simplement le cadavre ?

Rapatriement des familles de djihadistes 

« La France défend son refus devant la Cour européenne des droits de l’homme. La CEDH a examiné, mercredi 29 septembre, la requête des familles de deux femmes détenues en Syrie avec leurs enfants et demandant leur retour, refusé par l’Etat. » (A la Une du Monde – 30.09.2021)

« Elles ont criées de joie lors des attentats du bataclan et maintenant certains les défendent, c’est honteux pour les victimes du 15/11. »

« L’article affiche un parti pris assez stupéfiant : l’expression « ces femmes sont arrivées en Syrie… » sous-entend un acte presque fortuit alors que ces femmes sont volontairement parties rejoindre l’État islamique dont l’objectif revendiqué de contribuer à la destruction ou des incroyants dont leurs compatriotes. Leur nombre d’enfants conçus dans un pays en guerre interroge sur leur sens des responsabilités comme leur refus de s’en séparer pour les mettre à l’abri en France. Récupérer des « lionceaux du califat » passe par des précautions solides en particulier pour les plus âgés… Dans une école ou un collège de la République mixte et multiculturelle, cela peut être carrément dangereux. »

« Les infractions sont jugées là où elles sont commises. Quel sens de juger en France des personnes pour des crimes qui ont eu lieu en Syrie ou en Irak, alors que sur place, il y a tout ce qu’il faut ? »Ma contribution

Il s’agit de comprendre pourquoi il y a eu ces engagements mortifères. La responsabilité (=réponse adéquate, ce dont témoigne la substitution du procès de l’individu  à celui de l’acte – loi du talion) ne consiste pas à faire comme si la réponse allait de soi. La dimension morale n’a pas plus à voir ici que pour n’importe quel autre crime : en tant qu’état de droit, nous reconnaissons la légitimité et la nécessité de l’analyse du procès judiciaire. Quant à la présence des enfants, il convient de rappeler qu’ils ne sont pas responsables des choix de leurs parents ; en dehors de la question du droit, les laisser dans cette situation ne peut qu’alimenter les haines et les rancœurs. Les arguments de l’avocat de la France ressemblent fort à des arguties aux motifs politiciens. Il s’agit de crimes commis dans le cadre d’un conflit international où nous étions impliqués.

CNews et la pensée de droite

« La chaîne s’est octroyé une part d’audience de 2,9 %, devant BFM-TV (2,7 %). Elle mise beaucoup sur sa nouvelle coqueluche, Mathieu Bock-Côté. Le nouveau plateau très conservateur de Christine Kelly, composé de Mathieu Bock-Côté, de la journaliste de Valeurs actuelles Charlotte d’Ornellas, et parfois de sa consœur du Figaro Eugénie Bastié, a évité à « Face à l’info » de dégringoler, même si l’audience a décliné. Le 9 septembre, Eric Zemmour, dont la supposée candidature à la présidentielle commençait à tenir les médias en haleine, enregistrait un record avec 852 000 téléspectateurs. » (A la Une du Monde – 30.09.2021)

Quelques commentaires :

« L’esprit démocratique qui irrigue les commentaires me laisse pantois. Mathieu Bock-Côté est un analyste tout aussi intéressant et pertinent que la plupart de nos commentateurs encartés à gauche (ou au centre pour les plus extrêmes qui ont table ouverte dans la plupart des grands médias. On constate ici combien la gauche déteste tous ceux qui ne pensent pas comme elle. »

« On reste quand même sur des chiffres modestes qui doivent concerner des mordus de ce genre de débats hystérisés et répétitifs. Est-ce que ça a vraiment un impact sur l’ensemble de la population qui n’en n’a pas grand-chose à faire de ces sujets abordés toujours les mêmes ? Autrement dit les chaînes d’info continue et leurs débats c’est pour pas grand monde ! »

« CNews fidélise des inconditionnels désœuvrés d’une droite qui s’extrémise. »

« Le mieux c’est de fermer la porte et de les laisser entre eux. »

Ma contribution :

Pensée de gauche, de droite, quelle différence ? Je ne parle pas des partis qui incarnent plus ou moins bien l’une ou l’autre, mais de la pensée : deux représentations du monde déterminées via le filtre de notre discours sur nous-même, lui-même déterminé par la connaissance spécifique de notre fin. C’est dans la gestion de ce problème tragique que tout s’articule et que nous nous situons plus ou moins à droite ou à gauche. En résumé : le fixe ou le mouvement. Le fixe (= c’est comme ça) et le mouvement (= ça peut changer) concernent la gestion de notre peur/angoisse censée diminuer si rien ne bouge (=je ne meurs pas). (D’où l’accumulation de l’objet en tant que substitut d’immortalité) Le discours idéologique/politique en découle. Les extrêmes, droite ou gauche, disent « il suffit du fixe ou du mouvement pour tout régler ». (cf. l’Histoire récente). Les invectives ne sont que les symptômes et elles peuvent se décliner à l’infini (cf. les commentaires). Question de choix.

Radicalité… suite

« Election présidentielle 2022 : investi sur le fil par les écologistes, Yannick Jadot veut rassembler à gauche. L’eurodéputé l’a emporté d’un peu plus de 2 000 voix face à Sandrine Rousseau. (…) Les écologistes réputés les plus endurcis lui ont souvent reproché de sembler vouloir compromettre une écologie pure et dure pour parvenir coûte que coûte à l’Elysée. Yannick Jadot a toujours rétorqué qu’il « ne pratiquait pas une écologie moins radicale », mais qu’il fallait « agréger les forces écologiques et progressistes » pour la porter au pouvoir. (…) Sandrine Rousseau, mais aussi la députée des Deux-Sèvres Delphine Batho, avaient fait le choix d’assumer un positionnement bien plus tranché, l’une avec un discours « clivant » et « écoféministe », l’autre avec une « décroissance » loin de susciter l’unanimité. » (A la Une du Monde – 29.09.2021)

La contribution du lecteur « Le sceptique » :

« L’histoire politique moderne des gauches a été celle d’une radicalisation : il y a eu les libéraux (qui étaient à gauche au départ par rapport aux monarchistes), puis les radicaux, puis les socialistes, puis les communistes. A chaque fois, la nouvelle offre disait que les autres n’étaient que des bourgeois vendus au capitalisme et au parti de l’ordre. Au bout du bout, les trotskistes sont devenus la secte gauchiste la plus radicale, celle qui cherchait la moindre cause pour en faire un sujet politique révolutionnaire.  Mais cette course à la radicalité a cogné sur le réel au 20e siècle : les idées de gauche ne marchent pas bien quand elles sont pures (comme la plupart des idées pures), les plus radicales finissent par en appeler à la violence d’Etat car elles sont rejetées. En France, une frange non négligeable des universitaires, médias et politiques reste curieusement fascinée par la radicalité. Rousseau et le buzz Rousseau l’illustraient bien. »

Ma réponse :

La radicalité « universitaire » vous la trouvez, en amont, chez Rabelais, Montaigne, Descartes, Spinoza, Diderot, Rousseau (Jean-Jacques) pour ne citer que quelques-uns de ceux qui furent censurés, poursuivis, contraints à l’exil, condamnés, emprisonnés pour les motifs que vous évoquez. Autrement dit, le radicalisme est une notion au contenu relatif. Peut-être serait-il intéressant de savoir quelles sont précisément ces « racines » que cherche à atteindre celui que l’on qualifie ou qui se qualifie lui-même de radical.

Sa réponse :

« Jean-Pierre Peyrard : en effet, la radicalité est relative, d’ailleurs l’histoire des idées politiques le montre, les « radicaux » sont désormais… un parti centriste. Mais ce n’est pas une règle garantie, comme si la radicalité d’hier était forcément la norme de de demain. Par exemple, jamais les communistes ne sont devenus une norme centrale, leurs idées ont raté et elles sont réprouvées comme échec et comme danger. Les fascistes aussi ne sont pas devenus la norme, ni les intégristes religieux, etc. Aussi faut-il aller plus loin : de quoi est-on le radical? Quelle est la morale, quelle est la logique dont on veut pousser l’application à un niveau radical? Par exemple Rousseau (Sandrine) exposait que sa grille est dominant-dominé, elle voulait une lutte radicale contre la domination.

Et ma réponse :

Je crains que vous n’ayez vu que j’applique le relativisme à l’objet de la radicalité, du moins telle que vous la concevez. Dans le droit fil de votre critique, vous devriez alors parler « des » radicalités dans la mise en cause (cf. votre « curieusement ») de certains universitaires qui semble concerner le concept lui-même, comme si, a priori et en soi, la radicalité était une démesure. Ou alors, vous courez le risque d’être vous-même taxé de la radicalité  que vous dénoncez. Cela dit, je pense que vous contournez le problème en introduisant la notion de « norme ». La recherche de la racine ne vise pas une règle, une ou des  lois, mais un essentiel humain ; et c’est dans ce rapport que diffèrent les radicalités dont certaines sont dictées par la peur/angoisse caractéristique de cet essentiel. Ainsi,  le nazisme est une radicalité du refus de l’affronter. Un exorcisme mortifère. Le fiasco de l’expérimentation communiste est autre : une erreur sur la définition du commun.