Le jeu de dupes

« Interrogée par « Le Monde », la cheffe de file du RN prend ses distances avec Frédéric Chatillon et Axel Loustau, anciennes figures du GUD (groupe étudiant d’extrême droite violent), qui l’ont accompagnée dans son ascension politique. Et menace de couper définitivement les liens. » (A la Une du Monde – 13/05/2023)

Ma contribution :

Certains commentaires jouent à faire semblant de ne pas comprendre la stratégie et la tactique de la candidate à la présidentielle qui doit gommer ou estomper tout ce qui apparaît comme « extrême »* à des fins électoralistes. Eliminer ses anciens amis devenus gênants n’est pas nouveau. D’autres font remarquer avec l’étonnement de la bonne foi que les manifestants néonazis n’ont rien cassé, eux,  alors que les black blocs ! Comme s’il était pertinent de mettre sur le même plan une forme de nihilisme (je ne parle pas de la récupération ou de l’instrumentalisation) et la référence à un projet politique dont la stratégie et la tactique pour parvenir au pouvoir sont bien connus, ainsi que le degré de « casse légale » auquel il conduit. Plus de deux mille ans après la dénonciation par Socrate du jeu de dupes des tribuns politiques, nous n’avons pas beaucoup avancé.  

* extrait de son interview «  Les gens qui sont des prestataires ou l’ont été [cités plus haut] et qui s’exposent dans des manifestations qui portent des idées radicalement différentes de celles du Rassemblement national, doivent s’attendre à en tirer les conséquences, du moins à ce que le RN en tire. »

Cézanne

Dans La page nécrologique de Philippe Sollers, Le Monde (09/05/2023) publie un extrait de son livre Le paradis de Cézanne, qui se termine ainsi :

« J’aime de nombreux peintres (et beaucoup Picasso), mais aucun ne m’émeut autant, sans raison, que Cézanne. J’essaie chaque fois de comprendre cette émotion détachée, violente. Il me semble qu’il s’agit de l’émotion même de la pensée au-delà de toute représentation. La dévotion religieuse de Picasso et de Matisse à l’égard de Cézanne me paraît normale. « Cézanne, c’est Dieu ». Oui, mais lequel ? Pas un Dieu caché en tout cas. « Proche et difficile à saisir, le dieu » dit Hölderlin. Très proche. Infiniment proche. Et d’autant plus difficile à saisir ».

Il se trouve que la peinture de Paul Cézanne (1839-1906) est celle que je préfère… avec celle de Paul Klee (1879-1940).

Il y a quelques jours, je regardais l’exposition des tableaux de Suzanne Valadon (1865-1938) organisée au centre Pompidou-Metz. Une rétrospective d’autant plus intéressante qu’elle est rare et que Suzanne Valadon est souvent présentée comme « la mère d’Utrillo ». Je ne suis pas sûr qu’Utrillo ait pour définition principale « le fils de Suzanne Valadon ».

Quelques tableaux d’autres peintres enrichissaient l’exposition. Parmi eux, un Cézanne intitulé Nature morte au tiroir ouvert –  on peut le voir sur Internet.

Il y a sur la table une sorte de saladier blanchâtre dont je dirais qu’il est « mal foutu », comme le bocal en verre vide, un cadre ou un miroir posé dans une perspective que je trouve fausse – comme ce qui semble son ombre portée sur le mur – et, de près, comme pour toutes les natures mortes traitant de ce fruit, les pommes ne sont pas des pommes – si vous voulez en voir de « vraies », jetez un coup d’œil – toujours sur Internet – à celles du peintre néerlandais Ambrosius Bosschaert (1573 1621). Mêmes types de « défauts » pour La table de cuisine et Nature morte au crâne. J’ajoute qu’aucune des nappes sur lesquelles peuvent être disposées les pommes n’est imaginable étendue sur une table. Toutes ont des plis et des formes invraisemblables.

J’ai à côté de moi une reproduction du tableau Bords d’une rivière qu’il a peint à la toute fin de sa vie et pour lequel je ferai les mêmes observations.

Alors ?

« Sans raison » dit Sollers qui use donc du dernier recours : « Dieu », avec les cautions de Picasso et Matisse.

Il y a bien une raison. On peut essayer de l’approcher, en s’approchant de la toile, en prenant le pinceau de Cézanne et en tentant de comprendre ce qui conduit la main à peindre de vagues traits verticaux, comme des rainures, non sur les pommes, mais à représenter les pommes par ces espaces ainsi délimités qui n’existent pas quand il s’agit de pommes. De près, c’est tout sauf une structure de pommes, et pourtant, ce sont des pommes, mais pas des vraies, pas de celles qui incitent à les prendre pour les croquer.

Là, est pour moi, la force de la peinture de Cézanne qui donne à voir autre chose que ce qui est montré, autrement dit le réel, objectif, transcendé par l’esthétique, qui sollicite notre émotion non par du dessin mais par la touche de peinture qui est à l’objet représenté ce que la molécule et l’atome sont à la matière qui nous constitue et constitue le monde.

Il ne s’agit donc pas de l’intellectualisme du « Ceci n’est pas une pipe » de Magritte (on la fumerait, sa pipe), ni de l’abstraction représentée, figurée, pour ainsi dire dessinée (Braque,  Picasso).

Regarder un tableau de Cézanne c’est être sur le fil entre la composition et la décomposition du monde, sans que l’on sache si l’on est dans le processus de l’une ou de l’autre. Autrement dit, on est dans les deux.

Klee offre le même type de contemplation infinie sur un mode différent ; je pense surtout à Chemin principal et chemins latéraux, Chat et l’oiseau, Ad Parnassum etc.

Voilà ma raison.

Le journal Le Monde et sa censure

Le 04/05/2023, j’ai envoyé au Monde, ce commentaire à un article publié le même jour sur « les départ massifs » de l’église catholique allemande  – les lecteurs du blog n’en seront pas surpris ;

« Les deux paradis de contournement sont obsolètes : celui de l’au-delà de compensation et celui de l’ici des lendemains qui chantent. L’un et l’autre sont apparus pour ce qu’ils sont : des dénis de la spécificité de la conscience que nous avons de notre mort et le transfert du fantasme d’immortalité dans l’objet. L’équation capitaliste (être=avoir+) intrinsèque de cette conscience conduit donc à l’accumulation/collection qui entretient le fantasme « plus j’ai, plus je suis, moins je meurs ». S’agissant de la richesse, il est intéressant de noter la contradiction théoriquement majeure entre son accumulation (par l’église, les milliardaires croyants) et sa condamnation radicale par l’évangile (cf. le chameau et le trou de l’aiguille). »

Il a d’abord été censuré – la censure n’est pas annoncée par le journal, elle est repérable à l’indication que nul commentaire n’a été envoyé.

J’ai demandé pourquoi. Il m’a été répondu le 8 : « Notre système ayant détecté un ensemble de mots-clés sensibles dans votre commentaire, l’a mis par précaution en attente d’une seconde vérification humaine. Votre commentaire étant tout à fait conforme à notre charte, nous vous confirmons qu’il a été remis en ligne. »

J’ai demandé quels pouvaient être ces « mots-clés » sensibles que j’avais du mal à repérer et j’ai précisé que j’envoyais cette explication dans l’onglet « répondre » qui permet de compléter la seule contribution autorisée. J’ai constaté qu’elle était publiée – le système n’ayant pas repéré de mots-clés sensible – avant qu’elle ne soit supprimée quelques minutes plus tard, donc par quelqu’un.

Pour illustrer l’absurdité du «système » chargé de repérer les « mots-clés sensibles », voici ce court commentaire que j’avais envoyé concernant le couronnement du roi anglais qui a suscité de nombreuses réactions.

« Sur les photos, on voit le roi, la reine, des princes et des princesses, des carrosses et des chevaux, mais on ne voit pas de bergères. Pas de citrouille non plus. Elles sont dans les histoires inventées pour les enfants parce que les enfants ne meurent jamais. »

Il avait été lui aussi censuré avant d’être publié, après ma demande d’explication.

Il y a une distorsion entre le peu d’impact des commentaires,  le « système » qui ajoute de la déshumanisation et la censure par l’homme qui, compte tenu de ce peu d’impact, est à la fois ridicule et pathétique.

S’agissant de ce journal et de ce qu’il représente, ce n’est pas sans importance.

Transgenre au Montana (USA) et ici (France)

La Une du Monde (04/05/2020) publie un article sur le rejet de Zooey Zephyr, élue démocrate, par les républicains.

« A plusieurs reprises, lors des débats, elle critique la volonté des républicains de voter une loi interdisant de délivrer aux mineurs transgenres des traitements hormonaux pour assurer leur transition. « La prochaine fois (…) que vous inclinerez votre tête pour prier, j’espère que vous verrez le sang sur vos mains », leur lance-t-elle, le 18 avril, affirmant que ce genre de lois pousse les personnes transgenres à se suicider, études à l’appui. En représailles, un groupe de vingt-et-un républicains signe une lettre réclamant la « censure » de l’élue. Dans ce document, ils se réfèrent à elle en utilisant un pronom masculin la mégenrant ostensiblement. Dans un communiqué, elle explique que le Parlement « refuse de [l]’autoriser à [s]’exprimer sur tout projet de loi jusqu’à la fin de la session législative », à moins qu’elle ne s’excuse. L’élue dénonce une « décision fondamentalement antidémocratique » des républicains, destinée à garantir « le silence alors qu’ils suppriment les droits des habitants transgenres et homosexuels du Montana ».

Quelques réactions représentant la tendance dominante des contributeurs.

« Autoriser et rendre accessible ce que l’on nomme « transition de genre » aux mineurs est un aberration majeure. Le genre ne se construit physiquement et psychologiquement qu’a partir de l’adolescence. Alors poser la question pour des enfants revient à les faire se conformer au déterminisme familial.
Pour une fois, je serais plutôt d’accord avec les élus du Montana. Mais le Wokisme ambiant va les faire passer pour des vieux réacs fascisants.
Et si c’était les autres qui sont des barbares ? La vérité n’appartient pas forcément à ceux qui font le plus de bruit
. »

« Sachant que le genre déclaré par l’individu selon sa propre volonté, et non décidé par la nature, cette volonté peut aussi évoluer, par nature aussi.
Voilà qui nous mènerait sur une voie bien peu raisonnable au sens philosophique. Mais bon, on aura tout vu.
 »

« Quelle est la différence entre une enceinte parlementaire et une parlementaire enceinte ? »

« Cet homme est assez jolie. »

« Le problème de ce genre d’article essentiellement militant (où est passée la fameuse « objectivité », dont le Monde se targuait naguère ? ), c’est qu’il s’assoit superbement sur la souffrance des (présumés) « transgenres », et, tout à son militantisme, fait comme si le bistouri et les hormones allaient la faire disparaître. Il est vrai que pour beaucoup de « transgenre' » en analyse, le mot d’ordre est souvent : RAS… débarrassez-moi de ces organes intempestifs que je ne saurais voir et tout ira bien… . Mais quand un journaliste interviewe un grand délirant (même sympathique), doit-il forcément entrer sans distance dans son délire ? »

Ma contribution

Les critiques hostiles à la démarche de cette personne mettent en avant les conséquences du changement de genre. Elles oublient seulement le nombre de ceux qui vivent mal le leur, « naturel », et dont le malheur n’est pas relié à ce qu’ils vivent comme une inadéquation parce que nous en sommes encore à confondre sexe et sexualité. Si tout était pour le mieux dans le meilleur des monde de la sexualité, de la procréation et de l’éducation dans la famille traditionnelle, l’ironie et l’humour, ici obscènes, et les grands principes de la morale traditionnelle pourraient être audibles, mais qu’ils poussent la porte des centres où se réfugie et se soigne la misère humaine pour un peu plus de retenue.

Le massacre de l’école publique*

A*** est une élève de première, en section abibac (préparation simultanée du baccalauréat français et de l’Abitur, son équivalent allemand. Ses résultats (une moyenne générale proche du 17/20 – félicitations unanimes) témoignent de son investissement.

Avant les vacances de printemps (15/04 >02/05) l’enseignante professeur de français de sa classe a donné comme travail, et sans présentation de l’auteur et de l’œuvre,

1 – la lecture de Les fleurs du mal de Charles Baudelaire – 133 poèmes

2 – une dissertation sur un des quatre thèmes concernant la notion de modernité, (la laideur esthétique, la femme inquiétante…) à partir de 4 poèmes que chaque élève devait choisir.

Demander à des adolescents de lire, seuls, à la suite, les 133 poèmes de l’œuvre est à peu près aussi intelligent que les envoyer visiter la totalité du Louvre en une journée.

En face d’une décision d’une telle invraisemblance qu’elle frappe de vanité toute critique – comment argumenter contre un n’importe quoi venant de quelqu’un dont le travail est censé contribuer à s’en préserver – j’hésite, après avoir écarté le moment d’égarement, entre l’irresponsabilité et la prétention niaise.

L***, la sœur d’A*** est en seconde. Son bulletin scolaire (moyenne générale proche de 16/20 – mêmes félicitations) témoigne des mêmes capacités et du même investissement.

Une seconde de 36 élèves entassés dans une salle minuscule – toutes les tables sont collées les unes aux autres – dont les murs et le plafond sont peints en vert pomme.  

Même si les professeurs ont leur part de responsabilité, les conditions matérielles ont contribué à rendre la plupart des cours sinon impossibles, du moins très difficiles.

E***, le frère d’A*** et L*** est en 5ème.  Sa moyenne générale dépasse 17/20 et lui aussi est félicité par le conseil de classe. C’est un garçon très mûr, intéressé par le questionnement – il a lu des livres de philosophie adaptés à son âge – en particulier celui de l’objet en tant que signe et il envisage d’être designer.

Il explique, calmement, qu’il n’aime pas l’école.

Ses deux sœurs non plus.

L*** est leur cousin. Il est en première dans une académie différente. Ses résultats sont au même niveau et lui aussi a reçu les félicitations du conseil de classe. Comme A***, il passera les épreuves de français du baccalauréat en juin.

Le problème auquel il est confronté n’est pas celui de sa cousine, mais tout aussi invraisemblable :  son professeur de français est absent depuis deux mois et n’a pas été/ne sera pas remplacé.

Il se trouve que ces quatre adolescents « bénéficient » d’un environnement affectif, culturel, matériel qui leur permet de ne pas être trop affectés par l’obsolescence du « discours d’enseignement » de plus en plus déconnecté du vivant (cf. les articles concernant l’enseignement de la grammaire – 28/03/2023).

Mais ceux qui n’ont pas le même « bénéfice » ?

Je n’insiste pas sur la recrudescence des dépressions, des comportements délétères, des décrochages scolaires…

Comme illustration de cette déconnexion, et en relation avec celle dont témoigne la pédagogie de l’auto-apprentissage des Fleurs du mal, l’épreuve orale de français minutée comme une recette de cuisine et qui, dans le droit fil de l’enseignement de la littérature déconnecté du vivant des écrivains et des élèves, s’adresse à tout sauf à l’intelligence et incite à trouver les trucs pour dire ce que les examinateurs ont envie d’entendre.

Et dans le même temps, dans le port du Havre, M. Le Pen, après avoir rappelé que Jeanne d’Arc « reste la sainte patronne de la France », tient un discours dont la teneur et les mots basculent dans une régression de plus en plus affirmée : « Pour « cette fête du travail et de la patrie », elle a adressé un « salut déférent à la France laborieuse et studieuse » et a enchaîné sur le déclin de cette grande et belle nation, avec l’impression « de ne plus connaître notre pays, qui était celui de l’élégance et du raffinement » et, bien sûr, « de n’être plus chez nous » (A la Une du Monde – 02/05/2023)

Ah, j’allais oublier : Emmanuel Macron n’a pas dit un mot sur Louise Michel alors qu’il était dans le collège qui porte son nom. (cf. article 19/04/2023)

* Le massacre de l’école publique : l’analyse grammaticale dira que « l’école publique » complète le sens de « le massacre » de deux manières possibles : soit le massacre dont est victime l’école (des élèves et, dans une certaine mesure, des professeurs) ou le massacre dont l’école (l’institution que définit le discours d’enseignement) est l’auteur.

Eva Joly et le « recours »

Dans sa Lettre des Idées (25/04/2023), Le Monde publie une tribune d’Eva Joly, avocate, écologiste, ancienne députée européenne (EELV).

E. Joly propose une analyse dans laquelle elle souligne le rapport entre le pouvoir présidentiel que permet la constitution et la psychologie d’E. Macron. Elle explique, de manière convaincante, comment les (graves) erreurs commises par le président dans la politique intérieure (notamment la réforme des retraites) et dans ses relation avec V. Poutine et Xi Jinping s’expliquent par la coïncidence entre la démesure de l’ego de l’homme et celle du pouvoir présidentiel.

Elle souligne en particulier une conséquence de l’hubris (démesure, outrance) de cet homme.

« Certains pourraient voir du courage dans le fait d’imposer contre la volonté générale et sans vote majoritaire une réforme des retraites terriblement inégalitaire. Mais il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que cette obstination offre à Marine Le Pen le rôle de sa vie : celui de recours. Pour le plaisir de s’auréoler du titre de grand réformateur libéral, Emmanuel Macron prend le risque de donner le pays à l’extrême droite. »

Le problème que pose ce pronostic – largement partagé par tous les commentateurs de la vie politique – est celui de l’adéquation entre la politique et le suffrage universel, tel qu’il est défini et pratiqué.

Il y a dans ce pronostic, l’implicite : non seulement une partie importante de l’opinion politique (celle qui votera pour M.LP) est pour la collectivité ce que sont les affects pour l’individu, mais encore il n’y a rien à faire pour changer cette réalité.

Autrement dit, le « recours M. Le Pen » est le pire danger pour la démocratie mais ce réel n’aura pas d’incidence sur les réalités multiples des citoyens/électeurs.

Questions :

– pourquoi la conscience qu’a E. Joly du danger n’est pas celle du plus grand nombre ?

– pourquoi n’explique-t-elle pas quel est ce danger, ou, si l’on préfère, pourquoi considère-t-elle qu’il est suffisamment connu des lecteurs de sa tribune pour qu’il soit nécessaire de le préciser ?

– à qui donc s’adresse cette tribune ? Certainement pas à la partie de l’électorat inconsciente de ce danger qui ne la lira pas ou qui n’écoutera pas. Pas non plus à ceux qui en sont conscients et à qui elle n’apprend rien d’essentiel.

– peut-on supposer que le président et son entourage feraient partie des inconscients du danger ? Et s’ils en sont conscients, sont-ils imperméables au déni inhérent à l’hubris ?

Bref, par quelque bout que je prenne le problème, j’aboutis à celui de la politique et de son rapport avec le suffrage universel.

A quoi on objectera le « c’est comme ça », qu’’il n’est pas possible d’inverser le rapport affects/pensée et que rien ni personne ne peut faire que le vote ne soit pas l’expression d’un ressenti, d’une irrationalité, d’une perception inadéquate de ce que devrait être la politique.

Autrement dit, le nazisme, la collaboration n’étaient pas, comme Arthur Ui, « résistibles ».

S’il reste une utopie qui favorise la vie, c’est celle qui vise à promouvoir la pensée critique de notre espèce.

Ceux qui ont lu mes articles concernant la grammaire officielle savent que la société n’en est pas encore tout à fait consciente.

Vincent Bolloré ou l’incarnation parfaite de l’équation capitaliste

Le Monde (20/04/2023) publie un article de Raphaëlle Bacqué et Anne Chemin intitulé La fausse retraite de Vincent Bolloré.

Extrait :

« Ce n’est pas seulement le pouvoir qui s’éloigne, c’est la mort qui se rapproche, et, pour le très pieux Bolloré, cette obsession s’accompagne de la lancinante question du salut. Jusqu’à ces dernières années, sa foi le poussait même à se rendre, chaque année, en pèlerinage à Lourdes (Hautes-Pyrénées), une journée au moins, en jet privé. « Heureusement que j’ai ça, avec toutes les conneries que je fais », s’était-il épanché, un jour, devant l’ex-producteur artistique de l’émission « Les Guignols de l’info », Yves Le Rolland, avant de le licencier en 2016, deux ans après la prise de contrôle de Canal+. Vincent Bolloré a aujourd’hui deux « directeurs de conscience » : l’abbé Grimaud, un « tradi », pour lequel il a racheté le foyer Jean-Bosco, près de Passy, dans 16e arrondissement de Paris, et le père Guillaume Seguin, ancien aumônier des collèges privés Stanislas et Saint-Jean-de-Passy, désormais attaché à l’hôpital Cochin. Il prépare son ciel. Pas si facile, quand on a fait de ses manières de pirate unemarque de fabrique dans le monde des affaires et que l’on connaît, comme lui, le chapitre 19 de l’Evangile de Matthieu : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Sa richesse dépasse, selon les évaluations de Forbes, les 8,5 milliards d’euros.»

Il est l’incarnation parfaite de l’équation capitaliste être = avoir +, en tant qu’il est l’expression vivante de l’une des deux stratégies de contournement élaborées par le déni de la mort telle qu’elle est  (le cadavre) et des contradictions qu’il génère.

Le déni consiste à assimiler la mort à ma mort génératrice d’angoisse à cause du rien qu’elle est pour le sujet dont elle signifie la fin de l’existence. En d’autres termes, le refus de reconnaître le savoir du réel de la mort s’accompagne de la nécessité de croire que ma mort n’est pas la fin de qui je suis. Ma mort étant le rien que je refuse, j’applique ce rien à la mort pour dire que je ne sais pas ce qu’elle est.

D’où la contradiction entre le transfert de l’immortalité sur l’objet (transfert fondé sur l’équation qui nourrit le fantasme  « plus j’ai, plus je suis, moins je meurs »), et la croyance à l’un ou l’autre des deux paradis qui sont en effet la négation du transfert : l’un, de l’ici-bas (la Révolution des lendemains qui chantent avec l’égalité de possession de l’objet), l’autre, de l’au-delà religieux de compensation ( le mépris de la possession de l’objet, les pauvres économiques ici-bas devenant les riches spirituels dans le paradis).

V. Bolloré ayant choisi le second paradis se trouve donc dans la contradiction en principe la plus grave puisque, en tant que chameau revendiqué, il s’interdit le passage par le trou de l’aiguille. Sa seule chance de salut réside dans l’espoir que dans la balance de la justice divine, l’argent qu’il a dépensé pour l’église et ceux qui croient comme lui allègera la masse du chameau.

Un petit garçon à la foi pathétique et un capitaliste au calcul impitoyable.

E. Macron au collège Louise Michel de Ganges (Hérault)

Nous en parlions, comme ça, entre un clic-clic de ciseau et un ronron de tondeuse mon coiffeur et moi, pas plus tard qu’hier, ce n’était alors qu’une rumeur, et voilà que la nouvelle est confirmée : le Président de la République se rendra dans le collège Louise Michel de Ganges, demain, jeudi 20 avril ! Mais oui, vous avez bien lu, Emmanuel Macron sera lui-même et en personne dans ce petit collège de cette petite ville située au pied des Cévennes !

France Bleu (pourquoi bleu est-il au masculin ?) et France trois publient ce communiqué très précis :

«  Emmanuel Macron sera accompagné de Pap Ndiaye, le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, et Patricia Miralles, secrétaire d’État chargée des Anciens combattants et de la Mémoire.

« Lors de son adresse aux Français le 17 avril, le chef de l’État a redit son engagement de changer notre école pour lui permettre de renouer avec l’ambition d’être l’une des meilleures d’Europe. Avec le travail et l’ordre républicain, l’école par le progrès qu’elle véhicule est l’un des trois chantiers à déployer pour rebâtir l’indépendance de la France » rappelle l’Élysee dans un communiqué ce mardi soir.

« Le chef de l’Etat a rappelé l’importance fondamentale de l’Éducation nationale, pilier de notre pacte républicain, garant de la lutte contre les inégalités et le déterminisme, condition du progrès pour mieux vivre. »

Le président de la République abordera trois axes pour poursuivre la transformation de l’école publique : « redonner confiance aux parents, mener une politique ambitieuse pour l’excellence des élèves et enfin assurer une meilleure reconnaissance aux enseignants ». Il se murmure qu’il pourrait faire des annonces sur leur rémunération.

Le chef de l’État est attendu à 11h15 au collège. Un échange avec des enseignants des élèves et des parents est prévu vers 11 h 44. »

Inutile de préciser que l’émotion gangeoise est déjà forte, palpable pour ainsi dire dans l’air déjà chaud de cette fin d’après-midi du 19 avril… Je relis… Le pathos me semble acceptable… Tous ceux qui n’ont pas connu l’annonce d’un tel événement comprendront la difficulté de la maîtrise des affects. Je vous demande une seconde…

Voilà. 

Ce qui me semble très important, c’est, d’abord, la présence de la secrétaire d’Etat chargée des Anciens combattants et de la Mémoire.  Pour ceux qui ne verraient pas le rapport, je rappelle que le collège porte le nom de Louise Michel, une ancienne combattante (je ne suis pas du tout sûr qu’elle apprécierait d’être rangée dans cette catégorie) de la Commune de Paris (1871) et dont la Mémoire est comme l’on sait régulièrement célébrée par les plus hautes autorités de l’Etat. Le Président qui, titre Le Monde d’aujourd’hui « Met la barre à droite pour courtiser LR » se risquera-t-il à dire quelques mots de cette institutrice déportée en Nouvelle Calédonie qui apprit leur langue pour enseigner aux enfants canaques ?

Ensuite, il faut lire attentivement le communiqué de l’Elysée pour bien saisir toute la nouveauté des ambitions présidentielles dont la politique scolaire depuis cinq ans est unanimement reconnue comme un fiasco, et par le ministre de l’Education nationale lui-même : « « Les constats sont durs », a asséné le ministre, dans Le Monde,le 22 décembre. Une tribune qui a surpris tant sur la forme que sur le fond, sept mois après son arrivée aux manettes. « La tâche du ministre de l’éducation nationale est devenue quasi impossible au vu de l’état de tension de la société et du milieu professionnel », commente un ancien recteur. » indique un article du Monde (17/01/2023) qui précise un peu plus loin : « Après avoir déclaré à plusieurs reprises que « l’école est injuste pour les pauvres », il doit annoncer sa politique en la matière « courant janvier ». Mais, là encore, la scolarisation de ses enfants à l’Ecole alsacienne – un établissement privé sous contrat élitiste parisien –, sur laquelle il est interrogé à chaque interview, vient troubler le message qu’il souhaite faire passer. »

Enfin, vous avez noté comme moi cette précision qui doit vous laisser aussi perplexe que je le suis  : « Le chef de l’État est attendu à 11h15 au collège. Un échange avec des enseignants des élèves et des parents est prévu vers 11 h 44. »

Quelle est l’activité qui explique les 29 minutes entre son arrivée et l’échange ?

Je publierai toutes les hypothèses que vous voudrez bien envoyer et je rendrai compte dès que j’aurai eu la réponse officielle.

La nuit sera difficile.

La grammaire française telle qu’elle est enseignée aux professeurs par le ministère de l’Education nationale (16 – fin)

*Rappel :

-GFM : Grammaire française « ministérielle » (sur Internet)

– GEQ : La grammaire en questions – titre d’un essai de l’auteur du blog.

GFM niveau II -p.136 : « La modalisation consiste en l’expression de l’attitude du locuteur sur son propos (…)  Cette notion d’emploi modal ne doit pas être confondue avec la notion de mode. Les temps du français sont regroupés en catégories nommées modes : aux modes non personnels (infinitif, participe) s’opposent les modes personnels, parmi lesquels sont distingués des modes personnels mais non temporels (subjonctif et impératif) et un mode personnel et temporel (indicatif) »

Question : le mode subjonctif n’ayant « que des valeurs modales, c’est-à-dire exprimant l’attitude sur son propos, sa subjectivité (souhait, regret, doute, etc.) » p. 147 ) [id. pour l’impératif] la modalisation ne peut donc concerner que le mode indicatif. Alors pourquoi ne pas se contenter de cette indication ? Pourquoi ne pas dire : seuls les temps du mode indicatif peuvent prendre en plus de la temporalité une valeur modale ? Sans doute parce que le conditionnel servant à tout autre chose qu’à décrire le réel, il serait difficile de justifier la décision de le supprimer et de le rattacher à l’indicatif qui, lui, sert précisément à le décrire (avec toutes les nuances précisées dans les articles précédents), et parce que son emploi est essentiellement de modalisation, y compris quand il indique un futur du passé.

Autre question : pourquoi parler d’opposition entre les modes personnels et non personnels ?

Proposition de GEQ : « Il serait plus pertinent de dire qu’indicatif, subjonctif, impératif et conditionnel sont des modalisations. Modalisation est un terme de linguistique qui définit précisément les rapports entre l’émetteur et ce dont il parle, et il conviendrait donc pour définir ces quatre rapports possibles. Mode pourrait être réservé aux trois autres, infinitif, participe et gérondif ; il garderait ainsi son sens premier de manière, à savoir : manière d’utiliser le verbe sans le conjuguer, la conjugaison concernant les quatre modalisations. »

Je précise : ces distinctions, qui ne marquent pas une opposition,  demandent à être appuyées sur une explication du sens que peut avoir le langage, ce qui présuppose un travail sur le rapport objectivité/subjectivité – notamment pour l’indicatif (cf. articles précédents)  – qui aide à comprendre que modalisation (pour les quatre modes personnels) met l’accent sur le « jeu » entre ces deux réalités – alors que  modes (pour les trois impersonnels) désigne seulement des formes qui, par elles-mêmes, ne sont pas chargées de cette problématique : infinitif (in-fini = non borné, non délimité) étant la forme qui donne au verbe son sens le plus large = non réduit par la personne, le nombre ou le temps), participe (latin pars = partie, capere = prendre => prendre part : un homme averti en vaut deux) donnant une information qui « prend part » à celle du verbe conjugué, gérondif (latin gérer = faire, accomplir) donnant une information associée (circonstancielle) au verbe conjugué (Le matin, je me rase en rêvant d’être président de la République, disait quelqu’un qui, le rêve réalisé, tint un discours de haute volée laïque dans la basilique romaine du Latran et de volée culturelle non moins élevée sur le rapport entre La Princesse de Clèves et un concours administratif – l’exemple n’est pas repris dans la GFM).

Voilà. Il y aurait (conditionnel présent avec sa valeur modale) beaucoup d’autres remarques à faire qui risqueraient (id) de lasser le lecteur par leur côté répétitif puisque ce qui oppose – c’est le terme adéquat – GFM et GEQ est une conception du discours d’enseignement, autrement dit une philosophie de l’enseignement.

Celui de GFM ressemble comme deux gouttes d’eau à ceux de certains des professeurs d’université que j’ai connus qui « fonctionnaient » dans leur monde savant déconnecté du sens des œuvres qu’ils expliquaient, avec pour résultat l’ennui, la désertion des amphis ou le chahut.

Ils éprouvaient pourtant une grande jouissance à montrer qu’ils connaissaient tout ce qu’il est possible de connaître par la fouille d’archives,  par exemple le nom du fermier qui engraissa l’oie d’où fut arrachée la plume qui servit à Molière pour écrire Don Juan. Ce qu’ils avaient oublié, c’est qu’il l’avait écrit pour dire quelque chose, de sorte que la quête du détail était déterminée par la quête non du sens mais d’elle-même.

GFM a donc une tête bien pleine de choses savantes qui sont données, ici et là, notamment dans les annexes intitulées « histoire de la langue » et « pour aller plus loin ».

Comme le conseille Montaigne sur le choix du précepteur pour un enfant, une tête bien faite est préférable, surtout s’il s’agit d’enseigner comment l’on parle ou l’on écrit, autrement dit d’expliquer que le langage n’est pas le produit de spécialistes mais des hommes vivant en société.

La grammaire française telle qu’elle est enseignée aux professeurs par le ministère de l’Education nationale (15)

*Rappel :

-GFM : Grammaire française « ministérielle » (sur Internet)

– GEQ : La grammaire en questions – titre d’un essai de l’auteur du blog.

La différenciation entre le mode d’expression du réel (indicatif) et les trois modes d’expression des réalités de l’individu (subjonctif, conditionnel, impératif) est relative puisque (cf. article précédent) il est difficile de faire abstraction des affects qui, par exemple, font dire « c’est beau, c’est bien » en omettant « je trouve, je pense que ».

niveau II – p.144 « Dans les systèmes hypothétiques, où le futur et le conditionnel ont des emplois modaux, la différence entre les deux temps relève de la façon dont l’hypothèse est envisagée : le futur envisage la conséquence certaine d’une hypothèse envisageable au moment présent (Si tu viens, je serai heureux), alors que le conditionnel s’emploie pour indiquer la conséquence d’une hypothèse exclue dans le présent (irréel du présent : Si je le pouvais, je viendrais)ou exclue dans le passé (irréel du passé : Si j’avais pu, je serais venu). C’est en raison de l’importance accordée aux emplois modaux du conditionnel que l’on considérait ce temps de l’indicatif comme un mode. Il est clair aujourd’hui que de tels emplois ne sont rien d’autre que des emplois modaux, que le conditionnel peut avoir au même titre que tous les autres temps de l’indicatif. »

Questions : est-ce que l’expression de l’hypothèse suffit à définir l’emploi du conditionnel ?  Pourquoi « ce temps de l’indicatif » alors qu’il y en a deux – si l’on décide de confondre les deux conditionnels passés ? En quoi et pourquoi « Il est clair aujourd’hui que… » ?

GFM rappelle que le grec disposait du mode « optatif » qui servait à exprimer le souhait et la possibilité, entre autres : dans « si tu l’ordonnais, je viendrais » les deux verbes étaient conjugués dans ce mode. Il a disparu en latin qui l’a « fondu » dans le subjonctif. Le français aurait donc appelé « mode conditionnel » trois formes qui ne seraient en réalité que des temps de l’indicatif ?

Si je dis « J’aurais beau satisfaire tous tes désirs, tu ne serais pas satisfait » s’agit-il essentiellement de l’expression d’un temps (satisfaire maintenant, ou dans huit jours ou six mois ou jamais ?) de l’indicatif employé comme un mode ? Ne s’agit-il pas plutôt de l’expression d’une subjectivité connotée d’intemporalité ?

Est-ce que la suppression du conditionnel en tant que mode contribue à rendre l’analyse plus claire ?

Plutôt que de réduire le champ des significations du conditionnel, il convient au contraire d’en montrer l’étendue pour la raison déjà dite qu’il est, comme toutes les formes d’expression, celle du vivant avant d’être celle des grammairiens.

Il faut donc expliquer que si le subjonctif est le mode de notre réalité (subjective), le conditionnel vise essentiellement dans cette subjectivité la partie spécifique de notre imaginaire pour ce qui ressortit – pour résumer – au possible et à l’impossible présent, futur ou passé. De ce point de vue, il est particulièrement un mode d’expression de l’espoir, du rêve, du regret.

1- Si tu viens je serai heureux

2 – Si tu venais je serais heureux

>1, le rapport entre les deux propositions est de condition/situation et les deux verbes sont à l’indicatif pour le « jeu » qui consiste pour le locuteur à (se) persuader que ce qu’il est dit est/sera le réel (cf. la répartition des rôles dans le jeu des enfants – moi, je suis/serai le gendarme, toi, tu es/seras le voleur – … ou des adultes jouant à être ce qu’ils ne sont pas)… avec, selon le contexte, une pression mise sur le destinataire du message = veux-tu me rendre malheureux ?

>2, même rapport, avec une différence de tonalité. L’imparfait et le conditionnel présent pour un message autre : selon le contexte, le locuteur sait que la venue est  :

– possible :  la demande concerne le présent et « tu » habite dans l’immeuble voisin – elle concerne le futur et « tu » peut habiter loin => expression d’un potentiel (du verbe latin posse : pouvoir). La pression peut être analogue.

– impossible : « tu » habite loin – « tu » est immobilisé pour longtemps par un handicap, un interdit => expression de l’irréel du présent/futur. Dans ce cas, l’explication conduit à s’interroger sur le sens de cet irréel : sadisme, par exemple.

GFM ne reprend pas le -1 dans la configuration du -2 ce qui lui permet de ne retenir que l’irréel du présent dans l’association imparfait/conditionnel présent (Si je pouvais,  je viendrais).

3 – Si tu étais venu j’aurais été content.

Plus-que-parfait (= plus qu’achevé – parfait = fait jusqu’au bout) de l’indicatif dans la première, conditionnel passé dans la seconde, rapport d’une condition non réalisée : expression dominante du regret avec d’autres connotations possibles. L’expression la plus remarquable de l’insatisfaction, de la mauvaise rumination.

La seule utilisation (apparemment) purement temporelle du conditionnel est celle qui indique un futur par rapport à un passé.

Comparaison :

1 –Je pense que tu viendras

2 – Je pensais que tu viendrais

> 1, la deuxième proposition renseigne sur le contenu de la pensée (en grammaire traditionnelle = proposition principale au présent + proposition subordonnée complétive conjonctive au futur simple, complément d’objet direct). Les deux indicatifs signifient un réel subjectif : la venue n’est pas certaine mais elle est présentée comme si elle l’était (cf. le « jeu »), avec une pression possible.

> 2, la tonalité n’est plus la même : si viendrais indique bien une postériorité par rapport à pensais, ce n’est pas son sens essentiel : le message est, selon le contexte, par exemple celui du regret, du reproche. Le réel du -1 s’est estompé et l’indicatif pensais est en quelque sorte mangé par le conditionnel viendrais : s’il y a bien un réel il est celui de la tristesse ou de la colère du présent du locuteur, un affect absent, hors contexte, du -1.

Faire du conditionnel un simple temps (= futur du passé), même dans cette configuration, conduit à un appauvrissement du sens.

Question à GFM : s’il est vrai que tous les temps de l’indicatif peuvent avoir des valeurs modales (subjectivité) est-ce que celles des conditionnels sonnent comme elles ? Ou, inversement, dans quel cas un conditionnel peut résonner comme l’expression du réel analogue à celle d’un des temps de l’indicatif ?

Reste la question des trois modes non personnels.

(à suivre)