Ce matin, les deux invités des Matins de France Culture – une journaliste du Figaro et un ex-secrétaire adjoint de l’Otan – décrivaient très bien, surtout la journaliste, ce qu’est l’alignement de D. Trump sur le discours de V. Poutine. Un deal dont elle disait qu’il était de type mafieux, et que certains journaux états-uniens (dont le New-York Times) présentent comme celui de gangsters. Tu prends ça, moi je prends ça. Les larrons en foire, c’est ça.
En réponse, le discours dominant de l’Union européenne est celui de l’augmentation des budgets militaires. Plus de chars, d’obus, d’avions, de drones, partage de l’arme nucléaire du Royaume-Uni et de la France.
Un processus d’escalade qui participe du processus d’escalade déjà mis en route et qui le nourrit.
Le discours politique, à gauche, à droite, dit le désarroi des analyses qui ont prévalu, balançant entre la compréhension ou la condamnation de l’agression russe, selon que l’éventualité d’une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne et à l’Oran constitue ou pas une menace pour la Russie, entre la nécessité du parapluie américain et l’anti-américanisme.
L’alignement de Trump sur Poutine, c’est le « moi d’abord ! » américain en actes et son corollaire migratoire « on est chez nous ! ». Toujours et encore une affaire de gros sous. Je retire mes milliards parce qu’ils ne rapportent pas assez, je vais les investir autrement et ailleurs. The business must go on, oui, certes, mais, la main sur le cœur et sur l’air de YMCA, et, n’oubliez pas, pour l’amour de l’Amérique et des Américains.
La voix, politique et philosophique, qui manque – je ne parle pas de la voix de « la paix » qui fait partie du deal, tout le monde veut la paix, proclame son désir de paix, Mussolini, Hitler, Poutine, Trump… et toujours la main sur le cœur ou le stylo signataire d’accords à la main – non, celle qui manque est la voix explicative de notre commun, je parle du commun humain, la seule capable de révéler derrière les mots-valises « patrie » et « nationalisme », les slogans « moi d’abord ! » et « on est chez nous ! », l’exploitation politicienne, financière et industrielle du déni de ce commun humain, qui fait se résigner ou applaudir à l’escalade militaire, jusqu’au jour de l’appel aux manifestations « contre la guerre », l’appel qui indique qu’il est trop tard.
Aucun des deux intervenants de l’émission ni le journaliste ne posent la question de ce que, au-delà des conjonctures bien connues, signifient les phénomènes (= les formes visibles, apparentes) que sont l’élection de Trump, l’absence de renversement de Poutine, le succès de l’AfD en Allemagne, le développement planétaire de l’idéologie d’extrême-droite ponctué de saluts fascistes. Mon journal, non plus. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres chaines de radio et celles de la télévision autres qu’Arte, pour les journaux autres que Le Monde – je lis quand même sur Internet des articles de Libération, de l’Obs* – mais si cette chaine de culture et ce journal dit de référence (mais de quoi, au juste ?) ne posent jamais la seule question susceptible de solliciter la pensée contre les passions dévastatrices qui finissent par accepter la guerre, je doute que les autres la posent.
*Le magazine a publié un article que j’avais écrit en réponse à la conception navrante de l’enseignement de la littérature d’un professeur de français déboussolé, mais refusé un second article qui traitait du discours global d’enseignement de l’Education nationale.