L’inceste aujourd’hui, en France

« La France a un problème avec l’inceste » : avec #metooinceste, des dizaines de milliers de Tweet libèrent la parole » (Le Monde du 18.01.2021)

(Extrait de l’article) « Muriel Salmona a passé le week-end sur son portable. Des heures durant, la psychiatre spécialiste des violences faites aux femmes et aux enfants a consulté compulsivement les dizaines de milliers de Tweet publiés avec le mot-dièse #metooinceste. Elle a regardé éclore les histoires de tous ces Français, connus ou inconnus, petits comptes à quelques followers créés pour l’occasion, ou gros comptes leaders, qui racontent publiquement les agressions dont ils se disent victimes à 5, 8 ou 13 ans, par leur père, grand-père, frère, oncle ou cousin. (…)  Caroline De Haas, militante au sein du collectif #NousToutes, a elle aussi eu du mal à dormir ce week-end. Cramponnée à son téléphone, à lire tous ces récits et à savoir que derrière les Tweet, il y a « tous ces gens fracassés, qui souffrent autant ». Pour rendre visible l’inceste après la publication du livre de Camille Kouchner, Caroline De Haas, militante au sein du collectif #NousToutes, a elle aussi eu du mal à dormir ce week-end. Cramponnée à son téléphone, à lire tous ces récits et à savoir que derrière les Tweet, il y a « tous ces gens fracassés, qui souffrent autant ». Pour rendre visible l’inceste après la publication du livre de Camille Kouchner, La Familia grande (Seuil, 208 p., 18 euros), paru le 7 janvier, elle a orchestré avec Madeline Da Silva, du même collectif, cette campagne #metooinceste sur les réseaux sociaux.(Seuil, 208 p., 18 euros), paru le 7 janvier, elle a orchestré avec Madeline Da Silva, du même collectif, cette campagne #metooinceste sur les réseaux sociaux. »

Exemple de réactions :

> »Faut-il encore une fois ramener le tout au patriarcat, la faute aux hommes ? »

> « Toujours ces titres idiots. »

> « On a l’impression que Caroline de Haas est la clef de voûte de cet article »

> «  « La France a un problème avec l’inceste » … Quel titre, plein de sous-entendus …! On pourrait croire que la France fait exception dans un monde tout entier préoccupé par le problème de l’inceste … »

> « Que faire des passions tristes?  Il y a ceux qui répondent sans l’ombre d’une hésitation, à droite comme à gauche: les exploiter politiquement. A quoi ressemble une politique des passions tristes ? »

Ma contribution, qui continue à enfoncer un clou sur lequel je tape quand il montre sa tête :

« Le titre ? Sans doute pour souligner le moment. Avant l’affaire, le « problème » était-il explicité ? Quelle passion triste ? L’inceste ou le fait qu’il soit pris en considération collectivement ? Focaliser la critique sur tel ou tel aspect de l’article ressemble un peu à une esquive ou alors au discours du fatalisme. Est-ce qu’il est possible ou pas d’imaginer une éducation des pulsions inadéquates (inceste)? La problématique est-elle patriarcat > pulsion ou pulsion > patriarcat ? Peut-être « et » plutôt que « ou ». Une corrélation ? Manque un objet majeur dans l’enseignement : celui de la mort, telle qu’elle est… dans l’hypothèse où il existe un rapport entre elle et les fantasmes induits de son ignorance programmée, et les pulsions inadéquates. L’affaire révèle qu’il n’y a pas, chez l’incriminé, de déficit d’instruction, de savoir, c’est le moins qu’on puisse dire… sauf, pour lui comme pour nous tous, le déficit d’apprentissage dont je parle. Sinon, et compte tenu de l’importance quantitative que prend ce problème, que reste-t-il comme hypothèse ? »

La censure de D. Trump

Après l’envahissement du Capitole, les plateformes Twiter, Facebook, Instagram… ont bloqué les comptes de D. Trump. Les questions que posent ces décisions unilatérales de sociétés dont la nature n’apparaît pas dès lors très clairement (fournisseurs ? hébergeurs ?) était l’objet du débat de l’émission de Marc Weitzmann, Signes des temps  – France Culture –   17/01/ 2021- 12 h 45 > 13 h 30).

Aucun des intervenants n’a soutenu la thèse d’un quelconque moralisme ou d’une éthique. Les défections des « big tech » (Dysney, Coca Cola, banques…) suffisent à rappeler que ce sont les intérêts qui priment.

En revanche, si tous ont souligné l’importance des fake news de tous ordres, personne n’a posé la question de ce qui les rendait possibles.

Tout le monde ne croit pas qu’Hilarry Clinton serait à la fois pédophile et sataniste. Alors ?

Seulement, poser la question de la crédulité aux fake news, c’est poser celle de « croire ».

Pas seulement aux thèses de QAnon,

Sur le site Franceinfo cet extrait d’article de 2019 :

« Mike Pence est un créationniste convaincu, si bien qu’il y a une défiance au sommet de l’État envers la science. Dans l’État du Kentucky, il y a même un musée de la création, qui affirme que les premiers hommes ont côtoyé les dinosaures. « C’est possible que les hommes et les dinosaures aient vécu en même temps. On ne peut pas marcher dans ce jardin d’Eden reconstitué sans être rempli de joie, en voyant que c’est comme ça que tout a commencé« , assure une visiteuse conquise. Fondé par une association Évangéliste, le musée compte sur des appuis financiers puissants de chrétiens créationnistes. Ils ont ainsi levé 100 millions d’euros, de quoi construire une arche de Noé grandeur nature. »

Il s’agit de croire en un Dieu qui imagine le plan machiavélique de créer l’homme en l’inscrivant dans un schéma de transgression afin de pouvoir créer un fils pour l’envoyer se faire crucifier à des fins de rachat.

A côté, le satanisme d’H. Clinton ressemble diablement à de l’amateurisme.

Peut-être existe-t-il un rapport entre l’entretien de la crédulité fondatrice qui autorise toutes les autres et le développement des plateformes ?

Un legs pathologique

« Un informaticien français a transféré plus de 410 000 euros à divers groupes d’extrême droite américains en décembre 2020, avant de mettre fin à ses jours. » (Le Monde du 16/01/2021)

(extrait) « En tout, ce sont environ l’équivalent de 410 000 euros qui ont été transférés, au début de décembre 2020, à une quinzaine de groupes et militants oscillant entre la droite pro-Trump dure et le néonazisme, ainsi qu’à quelques services en ligne, dont le réseau social d’ultradroite Gab. Qu’est-ce qui a bien pu pousser un Français à verser de telles sommes à des militants d’extrême droite américains ? Laurent B. n’est plus là pour s’expliquer : il s’est suicidé le 9 décembre 2020, juste après avoir réalisé les virements. Avant sa mort (…) il avait programmé sur son blog personnel, inactif depuis deux ans, une note dans laquelle il explique les raisons de son geste. Dans ce long texte, on lit à la fois la souffrance d’une maladie qui semble le plonger dans d’atroces douleurs – on devine une lourde dépression ; et on perçoit, glissées comme autant d’indices, des références à des idées politiques à la droite de la droite. »

Deux réactions :

>> « Bof, on va pas perdre son temps à s’attendrir et gloser sur un taré ; il y en a des milliers pour le remplacer. Le plus simple est donc de ne pas en parler, ce qui ne donnera pas d’idées aux candidats. »

>>« Il a son heure de gloire. »

La mienne, en guise de réponse :

« Pourquoi en parler ? Parce qu’il est utile de comprendre ce qui conduit au besoin du déni du réel (complotisme, négationnisme, entre autres). Taré ? Une simple étiquette qui n’est que l’expression d’un déni équivalent. Il a son heure de gloire ? Il n’a rien, il est mort. »

Révolution tunisienne, dix ans après

Le bilan dressé le 14 janvier par les intervenants tunisiens (sur France Culture) est positif pour les libertés, négatif pour l’économie et l’emploi. Si la liberté d’expression, politique, sociale, artistique, intellectuelle, rencontre encore une certaine censure dans les réseaux sociaux, elle ne se heurte plus aux interdits radicaux du pouvoir précédent. En revanche, la pauvreté, la précarité sont toujours là, et  plus de 35% de jeunes sont au chômage soit deux fois plus qu’avant janvier 2011.

Dix ans après une révolution que ses acteurs ont nommée « pour la dignité »,  ce bilan  a une résonance triste et désespérante dans certains commentaires en Tunisie ou ailleurs.  En résumé, quelque chose comme « Tout ça (la révolution, avec ses violences et ses morts) pour ça (le droit de parler dans la pauvreté et la misère) ! »

La question est celle que pose le rapport entre « liberté formelle » et « liberté réelle » : à quoi me sert de pouvoir parler si je meurs de faim ? Ou, à l’envers, à qui profite la liberté du renard dans le poulailler ?

Dans l’enthousiasme révolutionnaire tunisien, il y a eu, apparemment pour un grand nombre, l’illusion que « dégage ! » englobait le problème dans sa totalité.

Mais l’homme chassé du pouvoir n’a jamais été qu’un mode d’expression du système économique dont les rouages ralentis, plus ou moins bloqués le temps de l’événement révolutionnaire, se sont remis à tourner après son départ.

Un sondage publié en septembre 2020 par l’institut One to One for Research and Polling indique que pour une large majorité de Tunisiens, la contrebande et la corruption n’ont pas diminué mais augmenté et qu’elles sont imputables aux hommes politiques.

En d’autres termes, le vendeur de légumes de 2021 n’est pas dans une situation économique différente de celle de Mohammed Bouazizi dont l’immolation par le feu en décembre 2010 à Sidi Bouzid fut le déclencheur de la révolution.

Alors ?

On ne s’en sort pas si les deux libertés sont dissociées, comme le signifie le « dégage ! » : dans sa forme lapidaire consensuelle il vise un « individu psychologique » (l’homme et son entourage) dont les abus sont confondus avec ce qui les rend possibles.

Le système capitaliste était celui de la Tunisie de Ben Ali, il est toujours celui de la Tunisie post Ben Ali et les effets socioéconomiques sont – en-deçà de ceux de l’épidémie – les mêmes.

La société, comme l’individu, est un corps et un esprit, indissociables. En regard des objectifs de la révolution, la protestation née de la misère du corps, pour être légitime, n’est pas adéquate.  Et l’esprit brimé qui proteste n’est pas souvent celui du corps qui souffre. De la jonction contingente des deux peut naître un mouvement que certains nomment révolution, d’autres, printemps arabe(s).

Pour que vienne l’été, il faut que la protestation soit une, homogène.

Point de vue sur le vaccin et la mort

Point de vue est à comprendre non dans le sens de « absence de vue », mais dans celui d’opinion. Quoique, parfois, on puisse avoir comme un doute. Voyez un peu plus bas.

« Plusieurs articles évoquant la mort de personnes peu après une injection alimentent la défiance envers la vaccination. Comment sont analysés ces décès et que peut-on en conclure ? » (Le Monde du 14/01/2021)

Le journaliste explique dans son article comment certains sites anti-vaccin établissent des relations entre vaccination et décès, et précise combien il est non seulement hasardeux mais infondé d’établir un lien de causalité, compte-tenu notamment des comorbidités de ceux qui meurent après avoir été vaccinés. D’où la réserve émise un peu plus haut.

Les contributions vont plutôt dans le sens de l’article, souvent avec humour. Par exemple :

« Il y a deux ans mon voisin est tombé raide mort immédiatement après avoir bu un verre d’eau. Et oui. Ne buvez plus d’eau, c’est mortel ! » (J’écrirais plutôt : Eh oui ! mais l’esprit prime parfois sur la lettre, surtout quand il s’agit d’esprit)

J’ai effectivement vérifié et de manière absolument scientifique (théorie + expérimentation) que c’était vrai : depuis un certain nombre d’années,  je bois du vin, régulièrement, du blanc et du rouge, et même du rosé quand il fait très chaud (jamais entre les repas, non,  parfois juste un peu avant, pour faciliter l’ouverture de l’appétit – ce qui est évident, sinon, pourquoi parlerait-on d’apéritif !), et je ne suis pas mort de la covid-19. Ce qui compte, c’est la cohérence. Et aussi la constance.  Deux caractéristiques de l’esprit, cette fois scientifique.

Voici ma contribution.

« Hum… Il y en a qui disent que tout le monde meurt un jour, vacciné ou pas (pas le jour, non, tout le monde). Qu’est-ce qu’ils en savent ? Jusqu’à présent, c’est vrai, mais pour les autres ! Sinon, ils ne seraient pas là pour le dire ! Non, je pense que tant qu’on n’est pas mort soi-même, on ne peut pas être sûr. Il y a toujours un doute. En tout cas, moi, ce que je sais, et sans le moindre doute,  c’est qu’on peut toujours diviser par deux, et, que, comme ça, on n’arrive jamais là où on est censé arriver. Bon, alors, supposons qu’on me dise que je vais mourir demain à 5 h 12, vacciné ou pas (moi, pas 5 h 12).  Qu’est-ce que je fais ? Je divise par deux le temps qui me reste, comme ça je suis sûr de ne pas y arriver ! Pourquoi je dis tout ça ? Je ne sais plus… Ah, si ! C’est à propos du doute. Je ne sais plus quel philosophe disait que c’est le sel de l’esprit. Oui… Mais le sel, c’est le risque de l’hypertension ! Il paraît qu’on peut en mourir. A demain, 5 h 13 »

Une figure sympathique du capitalisme

Elle a pour nom Anne-Laure Kiechel et elle est économiste. Après des années passées dans les banques Lehman Brothers et Rothschild, elle crée  en 2019 une structure indépendante (Global Sovereign Advisory) qui obtient en un an une vingtaine de mandats de différents gouvernements. Le Monde la nomme « La Française qui murmure à l’oreille des puissants ».

Le 12 janvier 2021, elle était l’invitée de La grande table des idées (13 h 00 > 13 h 30 sur France Culture), pour parler de la dette.

Elle est la personnification parfaite de l’évidence axiomatique qu’il n’y a pas d’autre système possible que le capitalisme : son discours critique vise des erreurs qu’elle présente de manière implicite comme extrinsèque du système que du reste elle ne nomme jamais.

Ce qui la rend sympathique, vraiment, c’est un langage simple, qui donne l’impression d’être inspiré par le bon sens, ici mobilisé pour les victimes du système – elle est considérée comme une économiste de gauche. L’image à la fois paisible et assurée qu’elle présente d’une femme émancipée, dirigeante, y contribue.

La cause des erreurs : « Les temps de raisonnement ne sont pas assez appropriés, c’est comme ça qu’on arrive à ne pas avoir assez de médecins, On n’a pas prévu tout ça vu que quand on imposait des quotas, quand on imposait des numerus clausus, ça pouvait ensuite poser des questions, on n’a pas vu que dans les campagnes ou dans des zones plus reculées on n’avait moins de médecins… »

« Le temps de raisonnement pas assez approprié » laisse supposer que ce « on » qui a décidé de limiter le nombre d’étudiants en médecine n’aurait pas vraiment réfléchi. Mais pourquoi ? Et pourquoi ce « on » n’a-t-il  pas « vu » l’évidence des conséquences que certains annonçaient déjà au moment de la décision ?

A-L Kiechel ne le dit pas, laissant ainsi entendre par défaut qu’il s’agit d’un déficit composite d’intelligence, de sens commun, bref que les raisons sont psychologiques ou bureaucratiques, comme vous voudrez selon l’incarnation de ce « on », mais en aucun cas, bien sûr, en rapport avec la logique du système.

Elle ajoute : « … en tous les cas c’est une expérience vécue rapportée par les citoyens mais qui n’est pas mesurée de manière forte  et suffisamment en amont pour qu’on puisse dire comment se réorganise-t-on puisque ce sont des situations inacceptables. »

Autrement dit, on n’écoute pas assez les citoyens, ce qui, une nouvelle fois, renvoie à la responsabilité d’un « on », qui comme « on » le sait est un pronom indéfini.

Et quand la journaliste lui demande : « Où est-ce que vous avez appris tout ça, est-ce que c’est sur le terrain, est-ce que c’est à HEC cette idée qu’il faut penser en plusieurs temps à plusieurs échelles… ? »

Elle répond : « Sur le terrain. Il n’y a pas d’apprentissage meilleur que sur le terrain ; on a bien sûr une connaissance théorique, et ensuite confronté à la réalité des choix, ce qui s’impose c’est la nécessité  de la cohérence. »

Son « terrain » est celui des états en difficulté financière et sa renommée internationale est due à sa capacité à gérer ce type de difficultés.  

Ainsi, elle a été conseillère du second gouvernement d’Alexis Tsipras, en Grèce.  Le résultat positif qu’elle annonce : une situation fiscale saine. Pour le reste : « des fragilités béantes, le départ de plus de 500 000 jeunes diplômés, un salaire minimum de 650€, une situation pas au niveau de ce qu’on peut souhaiter. » Elle ne précise toujours pas qui est ce « on » ni ce qu’est le niveau souhaitable ni les causes qui empêchent d’y parvenir.

Sa réussite tient dans sa capacité à actualiser les paramètres financiers du système. Ainsi critique-t-elle les critères qui, il y a quelques décennies, servaient à déterminer la dette publique, à savoir entre 60 et 80% du PIB (produit intérieur brut = richesses d’un pays en une année). Aujourd’hui, la dette dépasse les 100% voire les 120%.

Ce qu’elle ne dit pas, c’est que les critères anciens étaient déterminés par une macroéconomie et que cette macroéconomie a changé. Dans quelques décennies, de nouveaux économistes feront la critique du ratio de la dette actuelle en invoquant peut-être « un temps de raisonnement inapproprié »…

Le mot qui revient le plus souvent dans son discours est « intéressant ». Est intéressant ce qui suscite de l’intérêt. Un lapsus ?

La sympathie qu’elle suscite tient au fait que l’eau dans laquelle elle donne l’impression d’évoluer si bien n’est jamais présentée comme celle, possible après tout, d’un aquarium.

Covid- 19 : stratégies et discours

« Même s’il est de plus en plus mal vécu par la population, le confinement strict et précoce est la meilleure arme contre la propagation virale, défendent, dans une tribune les médecins et autres membres de l’association Pandémia. » (Le Monde  du 11.01.2021)  

Extrait d’une intervention :

« Fondamentalement, « l’homme est loup pour l’homme » et l’histoire contemporaine nous enseigne que le vernis superficiel de la civilisation peut très vite craquer si vous poussez les gens à bout pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Les gilets jaunes étaient à 100m de l’Elysée et les trumpistes ont envahi le Capitole… »

Ma réponse :

« L’homme est un loup pour l’homme qui ne le connaît pas« , telle est la réplique exacte dans la scène 4 de la pièce Asinaria de Plaute (3ème siècle avant notre ère). Cela dit, la comparaison entre les extrémistes (racistes, suprématistes et j’en passe…) du Capitole et les GJ est un peu rapide. D’un côté l’incitation par le président lui-même, de l’autre un mouvement de contestation du président, sans leader, sans organisation, atypique, expression dramatique sinon tragique d’un malaise à la fois diffus et profond, dans lequel le racisme, le suprématisme, disons la tendance fascisante n’est pas dominante, loin s’en faut. Il est donc préférable de connaître les hommes, en particulier pour ce qui nous est essentiellement commun.

Ma contribution

« L’inquiétude qui sous-tend le discours général concerne les capacités du virus à contourner les obstacles que nous lui opposons et instille cette question sournoise : et s’il était impossible de s’en débarrasser ? En témoigne la diversité des stratégies tâtonnantes, parfois accompagnées du « il n’y a qu’à » et qui ont jusqu’à présent échoué. Nous luttons donc encore avec des mots, c’est aussi le propre de l’homme, des raisonnements que nous voulons plus malins que la malignité du virus qui n’est pas cartésien, lui, sa méthode est purement empirique, attendant que la solution apparaisse sous la forme du vaccin… si elle apparaît. L’histoire est là pour nous rappeler que les hommes sont quand même plus rusés que les virus, même si le prix à payer est lourd sans qu’on sache toujours si la balance qu’on utilise est absolument fiable. Combien de ceux qui sont morts avec le virus seraient morts sans lui ? Mais ce n’est pas une raison. Tout au plus un petit poids dans l’autre plateau. »

Fascisme, la peur du mot

Ce matin  (11 janvier 2021) G. Erner recevait dans Les Matins de France-Culture Marc Lazar, professeur en histoire et sociologie politique  à Sciences Po et Marie-Cécile Naves, directrice à l’Iris (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) pour parler de l’épisode insurrectionnel du Capitole et du rôle joué par D. Trump.

Le journaliste pose la question : «  Est-ce que ce n’est pas une forme de résurgence du fascisme ? » La forme interronégative et le ton employé indiquaient quelle était sa réponse personnelle.   

M-C Naves (intervenant à distance) explique qu’une des premières pierres du fascisme est le non-respect de la réalité des faits, dont le refus des résultats électoraux ; elle y ajoute le refus du conflit d’opinion, le rejet du corps électoral, et, pour les  blancs chrétiens d’origine européenne (les soutiens extrémistes de D. Trump) celui de voir d’autres populations qu’eux. Ce qui s’est passé et le comportement de D. Trump ressortissent donc au fascisme.

M. Lazar ( il est présent dans le studio et le journaliste indique que l’analyse de M-C Naves le fait tiquer) explique, lui,  que le fascisme a disparu et s’est reconverti dans une forme de populisme, que l’épisode du Capitole est différent de la marche sur Rome… et de la prise du Palais d’hiver par les bolcheviques, que l’événement n’a pas été organisé autour d’un parti, qu’il n’y a pas d’idéologie comme dans le cas de Hitler et, à partir de 1938, de Mussolini, donc qu’on est là dans ce qu’il appelle des « frontières poreuses ».

J’invite ceux que le problème intéresse à écouter l’émission.

Ils constateront comment M. Lazar se différencie de M-C Naves par une logorrhée que je comprends comme l’expression de la peur d’être conduit à prononcer le mot « fascisme ».

Au prix de comparaisons douteuses :

–  la marche sur Rome [qui ne fut possible que grâce au laisser faire de dernière minute du roi  alors que l’ordre avait été donné par le gouvernement d’arrêter les responsables fascistes (Mussolini était resté à Milan pour pouvoir plus facilement passer en Suisse dans le cas d’un échec et il se rendit à Rome en train)] n’a effectivement rien à voir avec la situation américaine, ne serait-ce que parce que l’initiateur est celui qui détient le pouvoir. *

– quant à la prise du Palais d’hiver (25 octobre 1917) [elle se situe dans le cadre de la révolution commencée en février et elle est dirigée contre le gouvernement de Kerenski partisan de continuer la guerre (aux effets désastreux) entreprise avec l’accord de tous les partis, sauf précisément les bolcheviques] elle n’a pas plus de rapport avec la situation politique italienne de 1922 que celle, états-unienne, de 2021.

Enfin, s’agissant d’un professeur d’histoire, il paraît curieux de refuser la qualification de « fasciste » à l’événement américain (plus généralement au comportement de D. Trump) au motif qu’il n’y a pas la dimension idéologique raciste, antisémite, du fascisme italien alors qu’il prend soin de préciser dans le même temps, sans peut-être se rendre compte de la contradiction, qu’elle n’exista qu’à partir de 1938  : la création du parti fasciste par Mussolini au lendemain de la guerre n’ayant en effet pas de support raciste et antisémite,  si on suit la logique de M. Lazar, ce que représente D. Trump et ses partisans extrémistes, néonazis, suprématistes, antisémites, a donc plus à voir avec le nazisme.

Si, depuis la fin de la guerre, « fascisme » et « nazisme » ont pu être employés, et à tort, de manière émotionnelle et métaphorique, il me semble quand même que ce qui vient de se dérouler à Washington devrait permettre à un professeur d’histoire de se débarrasser d’interdits manifestement dictés par une peur qui ne peut que servir ce qui la suscite.

Si sa forme et son nom sont datés, le fascisme désigne un invariant humain dont « populisme » ne rend pas exactement compte. Comme, à un degré autre, le nazisme. L’un et l’autre renvoient à des images qu’il importe de ne pas perdre de vue et de ne jamais renoncer à nommer quand elles réapparaissent, surtout dans des lieux inattendus.

* M l’enfant du siècle d’Antonio Scurati raconte à la manière d’un roman, documents à l’appui, la montée du fascisme italien dans le premier des trois tomes consacrés à Mussolini.

Le « zizi le plus long au monde »

(A la Une du Monde – 9.01.2021)

« S’il était question de l’aguiche d’un film porno, ça ne choquerait personne. Mais, quand il s’agit du héros d’un programme pour enfants âgés de 4 à 8 ans et diffusé par le service public au Danemark, il y a de quoi tiquer. Même dans un pays scandinave connu pour son progressisme.

John Dillermand – « John homme-zizi », pourrait-on traduire – est un programme humoristique d’animation diffusé depuis le 2 janvier 2020 sur Ramasjang, la chaîne pour enfants de l’organisme danois de radio-télévision publique, Danmarks Radio (DR), l’équivalent de France Télévisions. A l’instar de la série et des films britanniques Wallace et Gromit, John Dillermand a été réalisé en stop motion avec de la pâte à modeler. En l’espace de cinq jours, son générique totalise déjà près de 800 000 vues sur YouTube.

Les treize épisodes, de cinq minutes chacun, mettent en scène le quotidien d’un homme moustachu et maladroit, même s’il essaie de faire le bien autour de lui. A la manière d’Inspecteur Gadget et de son « go-go-gadget au bras », son sexe peut s’avérer bien pratique : il s’allonge pour allumer un barbecue, passer la tondeuse, ou se transformer en rotor d’hélicoptère afin de voler dans les airs.

Sa salopette rayée de rouge et de blanc s’adapte (bien heureusement) à sa morphologie encombrante, qui rappelle la queue du Marsupilami. Il lui arrive de se servir de ce « superpouvoir » pour réparer une de ses bêtises, faire la circulation ou encore sauver des enfants des griffes d’un lion. En gros, il n’y a « rien qu’il ne puisse pas faire » avec son pénis, peut-on même entendre dans la chanson du générique. »

L’article précise que les réactions sont très contrastées et que les critiques ont pris un tour politique, les plus virulentes venant de l’extrême droite et des féministes.

Ma contribution, publiée :

« Si « ça » fait parler autant, c’est que « ça » n’est évidemment pas anodin. Tout dépend quel discours (explicite ou implicite) sur la sexualité vient illustrer cette BD. Apparemment, il n’est pas le même pour tout le monde, au Danemark ou chez nous, et les aventures de cet organe de dimension variable en fonction de critères pas forcément connus des petits enfants et dont les réactions (celles de l’organe) ne sont maîtrisables que jusqu’à un certain seuil (là, l’expérimentation commence tôt) peuvent susciter de formes de rires qui ne sont pas plus anodins que la BD et les intentions (maîtrisées comme l’organe ?) qui la sous-tendent. Les commentaires, là-bas comme ici, sont un bon révélateur d’autre chose comme en général ce qui touche (oh!) à la sexualité. Faux-cul, tartufe, coincé, libéré(e) pour autant qu’on puisse l’être (salaud de corps !)… sans doute un peu tout à la fois avec des dominantes selon la conscience ou le calcul. »

Le luxe

« Malgré l’épidémie de covid-19, l e secteur du luxe recouvre la santé »

L’article (dans Le Monde du 8.01.2021) explique comment les grandes maisons (LVMH, Cartier, Dior, Hermès, Chanel etc.) connaissent un rebond d’activité, en particulier grâce au marché chinois.

La plupart des contributions, de tonalité ironique, sont une critique du luxe.

1 – Ma contribution :

« La question du luxe fait partie de la problématique du rapport à l’objet dans ce qu’il peut représenter de l’immortalité symbolique, par la matière précieuse ou le hors-norme dont le prix à payer est le corollaire.
Il me paraît inapproprié d’en faire une polémique socioéconomique. Le luxe s’échelonne à des degrés divers plus ou moins accessibles.
Il fait également partie de l’esthétique qui est, elle, hors commerce. »

2 – une contribution  positive (a) et une autre critique (b) suivie de ma réponse (c) :

(a)« Contrairement à d’autres, je me réjouis que le luxe, secteur important en France survive à la crise. En quoi la bonne santé de cette industrie serait une mauvaise nouvelle? Que voulons- nous, encore moins d’industries et moins d’emplois en France ?  En gros, que le livre et l’édition se portent bien est une excellente nouvelle mais pas le luxe? Est-ce parce que ces (très chers) produits ne peuvent pas être achetés  par tous les citoyens? Ah cet égalitarisme et jalousie bien de chez nous! »

(b) « Quelle surprise ! Savoir que le luxe se porte bien ! Les petits restent en difficulté ! 2 mondes qui s’ignorent, l’un champagne, l’autre eau. Voilà les injustices de la vie ! »

(c)« Si on le considère comme l’expression de ce qui n’est pas strictement utilitaire,  le luxe est-il vraiment  une injustice ou la cause d’une injustice ? Je le verrais plutôt comme le révélateur du rapport à l' »objet », c’est-à-dire ce qui n’est pas nous, et dans quoi nous investissons (pas seulement d’un point de vue financier) une part de nous-même. Si, par hypothèse d’école, vous décidez de supprimer le luxe, quel sera le seuil à partir duquel un objet sera considéré comme luxueux ? Et, si vous parvenez à résoudre cette difficulté et à supprimer le luxe, aurez-vous supprimé quelque chose des injustices ou seulement ce qui les révèle ? »