Présidentielle de 2022 : Marine Le Pen ne « craint pas le pouvoir »

« La présidente du Rassemblement national souhaite former, si elle est élue présidente, un « gouvernement d’union nationale », n’excluant pas d’y intégrer sa nièce Marion Maréchal. » (A la Une du Monde qui rend compte de son interview à BFM-TV)

La plupart des réactions sont très critiques. Pas celle-ci :

« Certains lecteurs n’ont pas compris que quelque chose avait bougé et qu’elle dominait réellement la vie politique française. Autant donc débattre avec elle sur son programme, qui a des faiblesses, que de pratiquer l’invective très datée, d’autant que dans son entretien hier, elle fut étonnante. »

Ma réponse

Ce qui est à prendre en compte n’est pas tant le programme annoncé que ce qui sous-tend, plus ou moins consciemment, le discours qui n’a pas changé, sur le fond, (provocations en moins) depuis la création du FN en 1972 . En 1974, JMLP obtint moins de 1%. Ce qui s’est produit depuis, c’est une dépression collective liée à l’obsolescence des réponses historiques (religieuses et politiques) et qui cherche des boucs-émissaires (entre autres, l’immigré via la théorisation d’un « grand remplacement » qui sert de catalyseur à la dépression). Il ne s’agit pas d’un problème de personnes ni de morale ni de parti ni de programme mais de l’expression « politique » de la dépression. Vous savez, comme moi, jusqu’où peut conduire une politique dictée par la peur existentielle collective. On n’est plus alors dans le rationnel, mais dans la passion et lorsque la machinerie de la peur collective se met en marche personne ne peut l’arrêter. Cela revient à se jeter dans l’abîme de peur d’y tomber.

Gainsbourg aujourd’hui

« Sa fille Charlotte l’a récemment déclaré : son père « serait aujourd’hui condamné pour chaque chose qu’il a faite. » Et pourtant, mort il y a tout juste trente ans, Serge Gainsbourg est aujourd’hui célébré partout. Sur Spotify, à en croire Le Point, il totalise près de 300 millions d’écoutes. Les 35-44 ans représentent la tranche d’âge la plus assidue, suivie des 18-24 ans %. Dans les médias, à l’exception de Lio, et du site auféminin.com, l’unanimisme est de règle. Les Inrocks, L’Obs, Télérama en particulier, autrement dit les chantres de la nouvelle morale intersectionnelle et féministe, se sont tous inclinés devant le chanteur misogyne, amoureux des nymphettes, jouant avec la perspective de l’inceste et la violence. Mais chacun sait que très peu, voire aucun de ses albums, ne pourraient sortir aujourd’hui, tant ils semblent avoir été écrits contre les temps conformistes et effrayés qui sont les nôtres. » (Page de France Culture – émission Signe des temps de Marc Weismann – 07.03.2021)

Un des invités de l’émission déclare qu’il n’écoute pas aujourd’hui les chansons avec la même oreille qu’au moment de leur production. Ce qui pouvait « aller de soi » (inceste, pédérastie…) ne le va plus.

Encore faut-il définir « aller de soi ».

Je prendrai l’exemple du tabac. A cette même époque, on fumait partout, dans les restaurants, les trains, les avions, sur les plateaux de télévision. On connaissait depuis longtemps le rapport entre consommation de tabac et pathologies graves (cancer, notamment), mais l’idée qu’on puisse l’interdire dans les lieux publics faisait partie de l’impensable global dont elle était alors ce que j’appellerais « un espace-temps».

 « Aller de soi » est sans doute un espace-temps de cet impensable global en ce sens qu’il colle à un problème qui, à un moment donné, ne peut pas franchir le seuil du commun.

A l’époque dont je parle, la société disposait des moyens de savoir/savait que fumer est dangereux pour soi et pour les autres, mais le dire (avec les conséquences d’interdits associés) n’était pas possible parce que cela aurait été alors plus dangereux, en ce sens qu’il aurait eu pour effet d’élargir le champ du commun.

En d’autres termes, quel que soit le problème humain, la stratégie est toujours la même : tenter de dresser des barrières en face des innombrables et incessants problèmes pour les maintenir dans le seul champ individuel, donc repousser le seuil à partir duquel il ne sera plus possible d’éviter d’avoir à affronter le commun essentiel qui nous constitue en tant qu’êtres humains.

Quand Bernard Pivot revient sur la fameuse émission d’Apostrophes où il demande à G. Matzneff pourquoi il s’est spécialisé dans les lycéennes et les minettes (un peu comme il le lui aurait demandé pour une collection de petites voitures), il explique (JDD du 30.12.2020) « Animateur d’émissions littéraires à la télévision, il m’aurait fallu beaucoup de lucidité et une grande force de caractère pour me soustraire aux dérives d’une liberté dont s’accommodaient tout autant mes confrères de la presse écrite et des radios ».

Il met ainsi en lumière l’opposition entre le discours individuel (qui aurait pu/dû être le sien – « Ces qualités, je ne les ai pas eues. Je le regrette évidemment, ayant de surcroît le sentiment de n’avoir pas eu les mots qu’il fallait », précise-t-il) et le discours commun d’alors dont il souligne en même temps la fragilité (« s’accommodaient ») et le poids de la généralité.

La question de savoir si les chansons de Gainsbourg seraient publiables aujourd’hui s’inscrit dans la problématique de cet impensable et de son évolution dans la résolution des contradictions individu/commun dont l’œuvre d’art est un constituant.

Si l’on peut écouter Gainsbourg alors que l’inceste et la pédérastie sont aujourd’hui des crimes, c’est parce que son discours est celui de la musique : une des formes esthétiques produites par le contournement/déni de ce commun essentiel et qui touche à l’articulation/fusion corps/esprit. En d’autres termes, l’inceste et la pédérastie en musique  (comme l’antisémitisme – cf. Wagner / la misogynie, l’homosexualité féminine – cf. Baudelaire, etc.) sont hors-champ social/moral.

Si l’art est l’espace au plus près de l’objet du déni (la mort en tant que savoir) dont il est une expression de béatitude (au sens où l’entend Spinoza : des joies déconnectées de la durée), ses formes et surtout la musique (dont la poésie) – en ce sens qu’elle est l’expression physique, matérielle, la plus puissante de et sur notre dualité –   nous permettent d’expérimenter à la fois notre finitude et notre éternité.

Le pape et l’ayatollah

Le pape François et l’ayatollah Ali Al-Sistani, le plus haut dignitaire de l’islam chiite se sont rencontrés en Irak.

D’un côté le représentant d’une religion dont le discours n’est plus très audible au moins en Europe (les églises sont désertées, le recrutement des prêtres est très faible, la pédocriminalité révèle un problème majeur, seule une toute petite minorité croit à l’essentiel de la foi qu’est la résurrection), de l’autre celui d’une religion encore associée (pour combien de temps encore ?) au pouvoir et qui depuis 30 ans (Al Qaïda, fin des années 80) sert de vecteur à l’expression d’un désespoir (ce qu’on appelle « terrorisme »).

Ces deux hommes sont les porte-parole du « croire » en l’au-delà, quelle qu’en soit la forme, qui rencontre de moins en moins d’adhésion.

C’est à mon sens ce qui, bien en-deçà des raisons invoquées et des arrière-plans politiques, explique cette rencontre de deux expressions d’une conception de la vie et de l’existence humaine frappée d’obsolescence. Un rapprochement de deux mondes anciens sur le point de devenir archaïques et qui ont besoin de croire et de se dire qu’ils sont toujours puissants.  

Les gamines à la dérive de Barbès

« Elles s’appellent Hana, Soraya ou Célia et font partie de ces dizaines d’adolescents – jeunes migrants isolés ou filles souvent mineures en rupture familiale – qui zonent depuis 2016 dans les rues de ce quartier parisien, survivant dans la violence et la débrouille sans rien attendre du lendemain.» (A la Une du Monde – 06.03.2021)

L’article (signé Zineb Dryef) est en tous points  remarquable.

Ma contribution :

On ne peut pas s’en sortir en-dehors de la problématique de la responsabilité. Qu’il s’agisse de ces jeunes-ci ou des « oubliés » du passé proche ou lointain, leur situation est le résultat collatéral de choix politiques et économiques. On se cogne la tête à vouloir trouver des réponses individuelles ou collectives de colmatage qui, la plupart du temps ne fonctionnent pas et nourrissent le terreau des partisans de solutions extrêmes. Il ne s’agit pas de s’apitoyer, de se repentir, de se culpabiliser, mais d’expliquer ce qui, dans nos relations avec les pays d’émigration, conduit à ces catastrophes. Ce qui implique la reconnaissance, par exemple du « fait colonial » et de son analyse. De ce discours adulte peuvent naître des solutions insoupçonnées.

Cancel culture

« Le retrait de livres du Dr. Seuss, monstre sacré de la littérature enfantine, déchaîne les passions aux Etats-Unis. La société qui gère le patrimoine de l’auteur est accusée de sacrifier à la « cancel culture » depuis qu’elle a annoncé le retrait de six ouvrages contenant des stéréotypes raciaux. » (A la Une du Monde – 05.03.2021)

Ma contribution.

Est-ce que Lucky Luke donne envie de rouler une cigarette, Maigret de bourrer une  pipe, Magritte de fumer pas une pipe ? Hergé de surtout pas se marier ?

Les millions de ceux qui ont lu, lisent et aiment ces livres sans fumer ni être misogynes devraient inciter à penser qu’il existe un invariant humain intelligent qui aide à se distancier. Cet invariant pourrait être appelé à la rescousse pour se distancier du manque de distance que l’on constate actuellement quant à l’étrange objet appelé cancel culture. S’il faut bien sûr laisser sa cigarette à LL, sa pipe à M et la Castafiore à H, sous peine de perdre le goût et l’odorat,  il pourrait être utile, après avoir émis une salutaire et véhémente protestation, de chercher à comprendre d’où vient ce besoin d’une telle asepsie stérilisante.

Condamnation de N. Sarkozy

Ma contribution au Monde :

« L’effet de sidération. Moins lié à la personne qu’à ce qu’elle représente. Toutes choses égales, si j’ose dire, c’est, tout au bas de l’échelle des valeurs du sacré, l’équivalent de la chute de la flèche de N-D. Même ceux qui ne croient pas pensaient dans un petit coin de leur tête « ça se peut pas ». Eh oui, ça se peut ! Même une flèche de cathédrale – et même si elle oublie qu’elle n’est pas indispensable à la vie de la structure, qu’elle a été ajoutée, qu’une autre la remplacera, même si elle « s’y croit » – peut tomber. Même… M’aime… Même pas. »

Deux réactions :

ErF « Le pastis dès le matin, ça fait peur… »

Maurice Q. « Comparaison franchement osée et inappropriée… »

Mes réponses :

> ErF : Ah, je ne savais pas. A quelle heure commencez-vous ? Et avez-vous tenté autre chose ?

> Maurice Q. : « Franchement« , oui, vous avez raison, je ne mens pas. « Inappropriée« … Vous avez aussi raison… Je suis franchement désolé pour la flèche.

La Commune de Paris

« Roger Martelli : « La Commune de Paris est un bien commun que la République se doit de célébrer » Alors qu’au Conseil de Paris les élus de droite se sont opposés à la célébration des 150 ans de la Commune, l’historien rappelle, dans une tribune au « Monde », l’importance du « premier pouvoir » qui s’est appuyé sur des valeurs démocratiques et sociales « qui n’ont pas pris une ride. » (A la Une du Monde – 28 .02.2021)

Extraits : « Le 3 février, au Conseil de Paris, la droite parisienne a lancéun tollé contre les commémorations prévues pour les 150 ans de la Commune de Paris. Engluée dans son passé, elle persiste à dire que célébrer cet anniversaire revient à glorifier « les événements les plus violents de la Commune (…) Sans doctrine figée, sans même un programme achevé, la Commune a fait en quelques semaines ce que la République mettra bien du temps à décider. Elle a ouvert la voie à une autre conception du « vivre-ensemble », fondée sur l’égalité et la solidarité. Elle a enfin esquissé la possibilité d’une démocratie moins étroitement représentative, plus directement citoyenne. En bref, elle a voulu mettre concrètement en œuvre ce « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » dont le président américain Lincoln avait annoncé l’avènement quelques années plus tôt [le 19 novembre 1863, lors du discours prononcé à Gettysburg]. (…) Le 29 novembre 2016, l’Assemblée nationale a adopté une résolution réhabilitant enfin les victimes de la « semaine sanglante » [qui a vu la répression des communards entre le 21 et le 28 mai 1871].Elle ajoutait vouloir que « soient mieux connues et diffusées les valeurs républicaines portées par la Commune ». Elle souhaitait « que la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté ». Le temps est venu de mettre en application cette résolution. »

 Quelques contributions :

« La commune, cet octobre 17 qui a échoué ? Si certains se plaisent a le commémorer grand bien leur fasse.A titre privé. »

« Les Versaillais plus combatifs contre les communards que contre les Prussiens sont les précurseurs des pétainistes collaborateurs de 40-44. »

« Personne à la rédaction pour préciser, à propos de Roger Martelli, qu’il est un ancien membre du comité central du Parti communiste français ?
La commune de Paris a hanté et inspire tous les totalitaires communistes parce qu’elle symbolise la prise de pouvoir d’un Peuple pour mettre en œuvre ses utopies par tous les moyens. Sauf que ce Peuple ce n’en est qu’une micro-fraction : le leur, certaines catégories de la population dans la ville capitale qui représentait à peine 2% du Peuple français et qui prétendait décider pour toute la France. A peine plus que le même Peuple que celui par lequel Mélenchon se prétend aujourd’hui investi. L’utopie était certes du côté des Communards. Mais la démocratie était du côté des Versaillais, investis par l’immense majorité du pays pour mettre une fois pour toutes fin à la prétention d’une fraction des parisiens à décider au nom du Peuple français.
 »

« Il est loin d’être scandaleux, comme le scande l’esprit « versaillais » résurgent que la France, nonobstant les excès et les dérapages de la Commune (que personne ne nie), célèbre tous ces gens de peu, ces citoyens ordinaires, ces « riens » qui ont pendant 72 jours tenter de prendre en mains leur destin sans, comme toujours, se croire obligés de le confier à des prétendues élites … Mais « le bourgeois qui pense bas » (Flaubert), partisan de « l’ordre et de la Loi », a une sainte horreur de celles et ceux qui essayent de s’émanciper d’une société verrouillée au profit de quelques uns.

« Non, elle n’est pas morte, la Commune !!! « 

Ma contribution :

L’expérience de la Commune fut et demeure un révélateur émotionnel de ce qui détermine nos choix politiques. En témoigne le recours aux attaques ad hominem. Une des figures majeures (non la seule) fut Louise Michel, une institutrice, qui demanda à être fusillée avec ses amis et fut déportée en Nouvelle Calédonie. Elle y apprit le canaque pour enseigner aux autochtones, fit des conférences en France après l’amnistie, fut arrêtée, emprisonnée, échappa à un attentat, demanda que son agresseur ne soit pas condamné. Elle correspondit avec V. Hugo (il n’aima pas la Commune mais condamna la répression) qui l’admirait. On peut lire son témoignage et aussi ses « contes et légendes ». Son éthique – son rapport à la vie, aux homme et au monde –  mérite d’être connue. Au-delà des erreurs et des démesures (voir le contexte), la Commune fut une tentative d’établir une société sur des critères autres que ceux du capitalisme. Ce qui peut expliquer certaines protestations contre une proposition qui, pourtant, ne paraît pas hagiographique.

Crime contre l’humanité

« En Allemagne, condamnation historique d’un ex-agent syrien pour « complicité de crimes contre l’humanité » Eyad Al-Gharib a été condamné à quatre ans et demi de prison dans le cadre du premier procès lié aux exactions imputées au régime de Bachar Al-Assad. » (A  La Une du Monde – 24.02.2021)

Rappel : « Un crime contre l’humanité est une incrimination créée en 1945 dans le statut du Tribunal militaire de Nuremberg, établi par la Charte de Londres (art. 6, c). Il désigne une « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un individu ou d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ». La notion de crime contre l’humanité est une catégorie complexe de crimes punis au niveau international et national par un ensemble de textes qui regroupent plusieurs incriminations. » (Wikipedia)

La notion confine au paradoxe sinon au non-sens dans la mesure où « humanité » est présentée comme un « objet » contre lequel agit un « sujet » (individu ou groupe) qui serait donc d’une nature autre, autrement dit non humain (cf. articles des 6, 7 et 8 septembre), par exemple de genre animal, végétal ou extra-terrestre. Un humain commettant un crime contre l’humanité le commettrait contre lui-même, contre ce qu’il est ?

Une objection possible à ce point de vue pourrait concerner la « valeur » contenue dans l’entité « humanité », telle qu’elle est définie dans le principe rappelé plus haut, à savoir les « droits fondamentaux » violés de manière « délibérée et ignominieuse ».

A quoi il est possible d’objecter que la guerre, en soi, est un crime de cet ordre, comme l’esclavage, comme la conquête coloniale entreprise au nom de la civilisation qui établit les « valeurs » d’une humanité justifiant le massacre. Ainsi, en quoi la guerre du Vietnam qui utilisa le napalm (inventé en 1942) n’est-elle pas, de ce point de vue, un « crime contre l’humanité » ?

En réalité, le « crime contre l’humanité » est le « crime d’humanité pure, essentielle » commis contre la conscience spécifique propre à l’humanité en tant qu’elle présente la mort comme un objet de savoir dénié par des stratégies d’évitement : ce que vise  la notion « crime contre l’humanité » n’est en effet que la forme extrême que peut prendre ce déni, dans des circonstances de dépression où sautent les verrous d’interdit. Le nazisme en est l’expression ultime, indépassable dans sa référence à un prétendu « naturel » (la race et la hiérarchie raciale), et qui propose la mort comme solution à la mort. Hitler promettait un Reich de mille ans, autant dire l’immortalité.

Ce qui revient à dire que le concept de « crime contre l’humanité » est le déni

du déni historique ordinaire.

Vienne le jour où la contradiction émergera dans la conscience collective.

Islam et République (avec un ajout)

« Le ministre de l’intérieur était l’invité, mercredi, de l’émission « Zemmour & Naulleau » sur Paris Première. L’occasion de trouver des points d’accord avec le polémiste. » (A la Une du Monde – 25.02.2021)

La stratégie d’E. Macron est de plus en plus évidente : convaincre la partie des électeurs de droite et d’extrême-droite tentés par le vote RN qu’il peut les représenter sans le danger d’incompétence qu’a révélée Marine Le Pen en 2017 et dont il compte bien montrer en 2022 qu’il est toujours d’actualité.

Il est donc dans un jeu électoraliste qui n’est pas nouveau, mais qui, cette fois, révèle des convergences idéologiques, même si, tactiquement, elles ne s’expriment pas directement par sa bouche. Ce jeu est calé sur le pari que les voix de gauche se reporteront dans leur grande majorité sur lui au second tour.

Ce double jeu contient un discours subliminal de mépris dont personne ne sait si et quand il ne finira pas par produire l’effet inverse.

Au cours de ce débat, E. Zemmour a déclaré, dit le Monde,  que l’islam était incompatible avec la République.

Ma contribution :

« L’islam n’est pas compatible avec la République », dit le polémiste comme s’il y avait simultanéité entre le fait religieux musulman lui-même (la foi), la présence (ancienne) en France de musulmans pratiquants d’une part, et la question (récente) de la compatibilité soulevée par certains d’autre part.

Il oppose ainsi la soumission à la loi religieuse et le respect des principes républicains. Mais toute religion place sa doctrine au-dessus des lois, c’est inhérent à la transcendance, et produit des intégristes plus ou moins virulents selon les problèmes et les époques. Ce qui est déterminant, c’est le rapport état/religion : distinction (laïcité) ou confusion (théocratie). En soi, l’extrémisme musulman n’est pas plus l’islam que l’extrémisme catholique n’est le christianisme. Ni moins. Pour qu’il se réduise, il importe de comprendre les raisons de son émergence violente, il y a trente ans. Au-delà de la jouissance, la confusion polémique ne peut produire qu’une violence stérile.

> réponse du pseudo furusato : « Pas plus que le léninisme n’est inscrit dans le marxisme , pas plus que le stalinisme n’est inscrit dans le léninisme ? Et pourtant dans l’un et l’autre cas les raccordements sont tout à fait possibles . Donc un peu quand même JPP : l’Islam est apaisé lorsqu’il règne sur un paysage sans contradicteurs et sans fitna et c’est rarement le cas .Une foi quiétiste vous le savez est rareté, la foi veut toujours se faire voir, si pour la grande majorité des catholiques se faire voir est plutôt apaisé c’est que cette religion a reçu des coups sur le nez à de nombreuses reprises. Tel n’est pas le cas de celle qui aimerait brandir ses étendards pour se faire voir, le fait dès qu’elle le peut, et dont une part enrage de savoir que nous considérons ses rituels comme lubies pittoresques. Ah tiens j’enfreins en ces propos bonhommes ! »

Ma réponse :

Curieuse, cette diatribe. Elle ne s’oppose en rien à mon explication qui inscrit bien l’intégrisme/extrémisme dans le fait religieux. Elle ne l’y réduit pas dans son expression. Je demande seulement pourquoi l’incompatibilité serait un invariant (en l’occurrence musulman) et non lié à l’intégrisme/extrémisme plus ou moins émergent dans le temps. Est-ce que  c’est la question du moment de son émergence (Al Qaïda, fin des années 80) que vous ne voulez pas examiner ? L’analyse peut aider à comprendre comment l’islam est devenu le vecteur  d’un fait sur lequel on colle l’étiquette terrorisme, et  qui n’a pas à voir avec le prosélytisme. La  foi (croire) est le résultat d’un refus/déni de savoir. La religion qui en est la dimension sociale contient tous les composants (dont les mortifères d’exorcisme) de ce qui unit un groupe dans ce refus/déni, qu’il soit religieux ou politique.

Ajout > autre contribution :

> pseudo FDD : « Je connaissais pas E Zemmour (eh oui, c’est possible!). Je suis tombée sur son émission sur Cnews et j’ai été bluffée par son talent. Oh tout ce qu’il dit n’est pas vrai, et ses dadas sentent (très) mauvais. Mais il a parfois des analyses d’une justesse confondante. Et il est diablement habile. Je n’écarterais pas d’un revers de main l’hypothèse d’un 2° tour Zemmour Macron. Et dans ce cas… ? »

Ma réponse à ce qui ressemble à une plaisanterie quand même ambiguë. Dans ce genre de doute, je choisis de ne pas m’abstenir. On ne sait jamais.

La rhétorique, aussi vieille que l’humanité (cf. Platon et les sophistes), est comme le chant des sirènes. Elle s’apprend et fonctionne comme un jeu qui peut être séduisant, en effet. Si elle est bien maîtrisée, celui ou celle qui écoute oublie qu’il a affaire à un maître-joueur… ou chanteur. Retournez-vous un instant, et regardez certains des rhéteurs de la première moitié du 20ème siècle.

Redoutablement efficaces, n’est-ce pas ?

Affaire Gérard Depardieu

« Gérard Depardieu mis en examen pour « viols » et « agressions sexuelles » en décembre. La jeune comédienne qui dénonce plusieurs viols et agressions sexuelles en 2018 au domicile parisien de l’acteur avait obtenu, à l’été 2020, que cette enquête soit confiée à un juge d’instruction. » (A la Une du Monde – 24.02.2021)

Réactions :

Pseudo « avec le temps » : « je ne comprends pas bien pourquoi, après s’être faite violée le 7 août 2018, elle soit retournée lui rendre visite le 13 !? et pourquoi elle a attendu la fin du mois pour porter plainte. le saura t on un jour ? par ex par un jugement ? quelle suspense intolérable… d’autant que je m’en fout complètement. je regrette par contre énormément que tous les 3 jours, 2 femmes sont tuées par leur conjoint en france, et que « le monde » n’y consacre jamais qq article que ce soit. oh, je n’espère pas un article par mois, mais un par an serait me semble t il salutaire. »

> réponse : Pseudo « The Ad » : « Parfaitement d’accord avec vous. Et je suis féministe (et homme) excédé par le patriarcat. « Emprise » pour expliquer de retourner chez son agresseur 6 jours après un viol ? Une personne charismatique devrait se cacher pour ne pas provoquer de fascination ? Que ces sujets sont larges et complexes … »

Pseudo « Lachcor »  :  « Des choses m échappe sur le nature humaine des hommes et des femmes. Je suis un gentil un simple. Mais bon tu te fais violer ou agresser une fois…. et tu y retournes? Euh…. »

Trois réponses :

> S. Emond : « Ben oui. Je pense qu’il faut avoir fait l’expérience pour le comprendre. Se faire violer, ce n’est pas forcément crier « non, non » et se prendre des coups. C’est aussi ne pas vouloir, tenter de le dire, être écrasé par le pouvoir et la notoriété de l’autre. A nouveau, je ne crois pas que je pourrais le comprendre si je ne l’avais pas moi-même vécu. Et une fois que ça s’est passé, d’abord parfois il faut un peu de distance pour comprendre ce qu’il s’est vraiment passé. Ensuite, on se sent obligé. Le viol c’est la négation de l’individu. Vous n’imaginez à quel point ça casse quelque chose dans ce que vous êtes. »

> pseudo « furusato » : « @ Edmond est intéressant mais nous qui sommes logiques avons beaucoup de mal à comprendre autre chose qu’une pulsion masochiste dans le remettez le couvert une fois. L’automaticité de la valeur d’une accusation sans preuves pose problème en ces temps mauvais de chasse au mâle blanc et lui seul. Donc je ne me prononcerai pas sur ce cas et le rapport entre l’idole enflée et sa proie réelle ou fantasmatique sauf sur ce point où je tique sur la psyché supposée de la personne violée. »

> Pseudo « Elsie » :  « @S. Emond : alors peut-être qu’au lieu de nous abreuver tous les 3 jours de récits détaillés d’accusations sordides, Le Monde ferait mieux d’essayer de nous faire comprendre ce qui se produit dans la tête de la personne violée. Parce que vous pouvez le constater vous-même : pour une grande partie des 90 contributeurs, c’est proprement incompréhensible. Ce n’est pas votre ressenti que je mets en doute, mais la manière dont LM traite ces affaires. »

Ma contribution :

Pour traiter ces problèmes, nous faisons appel à nos « logiciels » psychosociaux qui définissent quels sont, quels doivent être, les comportements des uns et des autres, selon une « logique » censée aller de soi. Elle nous dit, par exemple, qu’une femme violée ne retourne pas chez son violeur ou alors, que c’est elle qui a un problème. Je n’ai pas la réponse. Je dis seulement que cette logique doit être questionnée, autrement dit qu’elle n’est pas de nature transcendante, pas intouchable, pas nécessairement absolument vraie. J’ajoute que la démesure que représente la révélation de la plainte et de l’identité de celui qu’elle vise  est peut-être le signe objectif (non décidé) de la démesure de cette logique qui tend, sur ces questions-là, à donner les réponses avant les questions.

                                                           ***

Autre (?) problème, l’accumulation des affaires mettant en cause des célébrités et la manière dont elles sont traitées par les médias. Ainsi, l’avocate de la plaignante a demandé que l’intimité et la vie privée de sa cliente soient préservées, ce qui semble respecté. Qu’il n’en aille pas de même pour la personne accusée – malgré la protestation de son avocat –  est peut-être le contrecoup du silence si longtemps imposé par le poids de la « notoriété » non seulement publique, mais aussi familiale (inceste). Serions-nous en train de prendre un « virage » historique ? Au risque du dérapage.