L’académique pensée

« L’enquête sur l’« islamo-gauchisme » à l’université doit être confiée à une instance indépendante du ministère, estime un collectif de 130 universitaires. »

(A la Une du Monde – 23.02.2021)

Extrait :

« (…) Se développent de façon inquiétante pléthore de cours, articles, séminaires, colloques qui ne sont que du militantisme déguisé en pseudo-science à coups de théories fumeuses (« racisme d’Etat »), de néologismes tape-à-l’œil (« blanchité ») et de grandes opérations de découverte de la Lune, présentant par exemple comme de lumineuses avancées scientifiques l’idée que nos catégories mentales seraient « socialement construites » (mais qu’est-ce qui ne l’est pas dans l’expérience humaine ?) ou que, « intersectionnalité » oblige, être une femme de couleur expose à être moins avantagée socialement qu’être un homme blanc… Quelle que soit la légitimité des causes politiques ainsi défendues, l’indignation ne peut tenir lieu de pensée, ni le slogan d’argumentation raisonnée. (…)»

Ma contribution

La question qui n’est pas nouvelle est celle de la reconnaissance du « fait » et de son questionnement. Pour Platon, il n’y a pas de fait/questionnement de l’esclavage. La tribune dénonce de nouveaux concepts et certains contributeurs approuvent invoquant de manière obsessionnelle et ironique le «woke »* comme si le mot valait analyse. Est-ce que l’islamisme/crime est considéré par les signataires de la tribune comme un fait/questionnement ? L’ironie visant le « tape-à-l’œil » « blanchité » laisse entendre que le problème du fait/race/racisme est résolu. Id. pour le fait/colonisation. Le confort du travail académique accompli, n’est-ce pas ? Si ces signataires étaient cohérents avec l’esprit universitaire qu’ils veulent incarner, ne devraient-ils pas considérer comme un fait/questionnement l’objet de ce qui leur fait hausser des épaules condescendantes ?

Et pour féminicide, répondent-ils avec la même ironie ?  

*Woke est un terme apparu durant les années 2010 aux États-Unis, pour décrire un état d’esprit militant et combatif pour la protection des minorités et contre le racisme. Il dérive du verbe wake, pour décrire un état d’éveil face à l’injustice. (Wikipedia)

Une réponse

Vous illustrez a votre corps défendant le faible niveau des « woke » en science et en épistémologie. La science c’est un jugement en fait et non en valeur. C’est avant tout une méthodologie, ce qui n’empêche pas de tester des hypothèses auxquelles vous tenez a condition de le faire en toute honnêteté intellectuelle. Pour prendre un exemple plus neutre personne n’en veut à Raoult d’avoir cru en HCQ, ce qu’on lui reproche c’est d’en faire la promotion sans preuve scientifique. De même Priscille Touraille pouvait tout à fait étudier l’origine des différences entre hommes et femmes. Le problème est de ne pas l’avoir fait de manière scientifique, et d’avoir en réalité écrit sa conclusion à l’avance. Enfin, le rôle d’un professeur est d’enseigner le savoir, pas de convaincre les étudiants de ses opinions.

Ma réponse

« Croire en HCQ », n’est-ce pas, vu sous l’angle scientifique, un problème ? « En toute honnêteté intellectuelle ». Il serait intéressant d’examiner les critères qui définissent cette honnêteté. Je n’ai pas d’exemple de scientifiques qui aient reconnu examiner un problème en toute malhonnêteté intellectuelle. Il n’est pas toujours facile de se distancier de ses affections pour accepter de reconnaître un fait qui signifie qu’un problème n’est pas » réglé », comme on pouvait/souhaitait le croire, un problème qui touche à des questions existentielles, individuelles et/ou collectives. Regardez le discours des prétendus « bienfaits de la colonisation » ; je ne mets pas en doute l’honnêteté intellectuelle de ceux qui le tiennent, mais en quoi est-il une prise en compte du « fait colonial » ? Montesquieu qui étudie et définit le droit en toute honnêteté intellectuelle – ce n’est pas discutable – n’était pas hostile à l’esclavage. Non sans contradictions.

Penser

Le débat sur l’islamo-gauchisme prend des proportions que n’a peut-être pas imaginées celle qui l’a ouvert. Près de deux cents contributions dans la seule page du Monde, ce lundi 22.02.2021. La plupart sont violentes. Elles témoignent de la difficulté à construire une problématique, c’est-à-dire à considérer qu’une question ne se réduit pas à elle-même, qu’elle n’est pas sa propre cause.

Ce débat a forcément un impact important sur l’opinion publique parce qu’il met en cause l’islam, un des vecteurs de la désespérance que cette religion, comme toutes les autres, conforte par l’espérance, l’une et l’autre également antinomiques de la pensée.

Une illustration par cette réponse (du même furusato) à une de mes interventions concernant le mouvement Génération Identitaire et la question de la frontière.

« En mettant symboliquement (car ils n’ont maltraité personne) le doigt sur le problème des frontières ils ont souligné l’idéologie de l’accueil inconditionnel qui soutient ou publiquement ou en propositions sous- jacentes le traitement de ce problème : à savoir qu’il n’y a plus de frontières sinon de manière fantasmatique et que nous devons nous y résigner. A savoir aussi que si l’on en parle en politique c’est comme fable nous reliant agréablement au passé. Et par là ils ont dégagé l’autre fantasme répété à longueur de colonnes : que toute immigration est bonne à prendre et ne transporte jamais le travail du négatif dans ses bagages. Je ne les connais pas et je ne me reconnaîtrais pas forcément dans toutes leurs références mais je ne vois rien dans leur action qui déborde le désir de poser une question qui ne nous a jamais été posée : voulons-nous n’avoir plus de frontière sauf comme faux-semblant ? »

Ma réponse :

Le problème que pose votre analyse est ce qui semble être le rejet de la problématique.  La frontière n’est pas une question en soi. Elle fait partie de la problématique du rapport historique aux autres, autrement dit de la frontière ouverte/fermée selon qu’on va chez eux sans leur demander leur avis (colonisation, guerre), qu’on les fait venir parce qu’on a besoin d’eux (emplois subalternes, forcés) ou qu’ils frappent à la porte parce que  notre présence chez eux ne leur a pas/plus permis de vivre dans leur pays (exploitation des ressources, corruption). Faire l’économie de ce questionnement du réel, et le réel est têtu (cf. pop vox>Arte du 21.02.*) équivaut à un renoncement de la pensée.

* Cette émission revient sur la colonisation, notamment celle du Congo par le roi belge Léopold II.

Ma nouvelle contribution au débat (sur le site du Monde) sur l’islamo-gauchisme (cf. articles précédents) :

Il y a un choix à faire : ou bien cette question (comme les autres) est un problème en soi, suffisant à chacun pour déterminer une philosophie politique radicale (cf. les diatribes),  ou bien elle fait partie d’une problématique plus générale qui concerne la dépression que nous traversons, en grande partie produite par l’absence de perspective de changement du système. Nos critiques se cognent la tête contre la sphère d’un inamovible d’autant plus traumatisant qu’il annonce la catastrophe. Oublier la construction de problématiques (cf. la manière dont est posée la question de la frontière  par Génération Identitaire et le RN) revient à renoncer à penser le réel de notre rapport aux autres (cf. Pop vox sur Arte – 21.02).

Affaires Georges Tron et Patrick Poivre d’Arvor

« Georges Tron condamné en appel à de la prison ferme pour viol et agressions sexuelles en réunion. La cour d’assises de Paris a dépassé les réquisitions de l’avocat général, mercredi, estimant que « la gravité des faits », la « persistance à nier » du maire de Draveil (Essonne) et « les pressions exercées sur les témoins et les victimes » justifient l’enfermement. » (Le Monde du 18.02.2021)

Extraits de commentaires :

« Le climat actuel n’est vraiment pas favorable à une justice sereine sur ces affaires. On est passé de l’indulgence excessive à la sévérité excessive, de l’impossibilité de la preuve à la preuve « par défaut »… On terminera par avoir un remake du « juge et l’assassin » ou de l’affaire d’Outreau. »

« Apparemment cette condamnation est surtout motivée par le nom de l’avocat (*) du prévenu en première instance. Ce n’est pas très glorieux pour la cour d’assises. »

* Eric Dupont-Moretti, devenu ministre de la justice

                                                           **

« Le journaliste Patrick Poivre d’Arvor, accusé de viol, se dit « révolté », sur Facebook. Florence Porcel a porté plainte pour viol contre l’ancien présentateur vedette du journal de TF1 : des accusations qu’elle dévoile dans un roman, « Pandorini », sorti début janvier. » (A La Une  du Monde. 20.02.2021)

Les deux affaires ont en commun une accusation de viol.

1° G. Tron, acquitté en 2018 – il a été réélu en 2020 maire de Draveil – vient donc d’être condamné en 2021 lors d’un second jugement d’appel sans que soient intervenus d’autres éléments dans le dossier.

Autrement dit, un jury déclare aujourd’hui coupable un homme qu’un autre jury a déclaré innocent deux ans plus tôt.

Le scénario aurait pu être inversé. Peu importe. La constitution du jury, populaire et tiré au sort – vous et moi – rappelle l’incertitude de l’intime conviction et le pouvoir de la parole.

2° P. Poivre d’Arvor vient d’être accusé de viol par une femme. Les très nombreux commentaires (ceux du Monde) que suscite l’accusation partent dans tous les sens. Pour la plupart, ce sont des règlements de compte personnels avec des représentations du journaliste, de la jeune femme, du machisme, du féminisme.

L’équivalent d’une procédure judiciaire (éléments à charge, à décharge, faits, accusation, défense, jugements) à l’exception de la présence de l’accusé et de l’accusatrice.

La question posée par ces deux faits est celle de l’information avant le procès.

Sans préjuger de rien, il est remarquable qu’une plainte déposée suffise pour que soit diffusé le nom de la personne accusée. Autrement dit, qu’est-ce qui différencie une information de la médisance ( ce que devient l’accusation en cas de non-lieu ou d’acquittement) ?

En quoi est-il important de savoir le nom de l’accusé avant l’instruction et l’éventuel procès ?

Quelques contributions :

« J’ai fait le calcul, en 2004 PPDA a 57 ans la jeune femme 19 , il pourrait presque être son gd père. Ils se rencontrent, on peut imaginer le trouble de cette toute jeune fille et l’impression que lui fait l’un des hommes les plus connus et les plus séduisants du PAF français de l’époque… Et tout ce qu’il trouve à faire c’est de se faire faire une p… par la jeune fille! Que doit-on en penser sur le plan moral? Même s’il la pense consentante! Car il n’a pas nié la relation sexuelle! »

«  Cette « info » n’a aucun intérêt. La justice doit faire son travail et en tirer les conséquences, ce n’est pas à « la rue » de décider quoique ce soit dans ce domaine. Après il sera toujours temps d’en tirer les conséquences au lieu de s’interroger maintenant sur des affirmations divergentes.

Donc des années de combat féministes, pour en arriver à ce nouveau paradigme moderne : il est impossible de s’assurer ou de prouver le consentement d’une femme, puisque tout ce qu’elle pourrait affirmer ou faire, y compris l’acte d’affirmer qu’elle est consentante, pourrait être le résultat d’un agissement sous « emprise ». Mesdames, une « emprise «  peut être tellement puissante, que même si vous êtes persuadée d’être tout a fait libre de vos actes, vous pourriez en réalité ne pas l’être du tout car c’est « l’emprise » qui vous fait croire cela. Et vous ne vous en rendriez compte que des décennies plus tard, voire jamais. En fait, le nouveau féminisme (qui est peut-être une misogynie inconsciente) plaide pour une mise sous tutelle des femmes. A un moment donné, il faudrait arrêter de parler des humains comme une espèce intelligente…nous ne le sommes pas. »

> Ma réponse : Entre dans le processus de la démarche d’intelligence, individuelle et collective, le paramètre de la dialectique. Considérez le discours « sur la femme » qui a prévalu pendant des siècles, sinon des millénaires et le moment assez récent à partir duquel il est remis en cause. Qu’avait de rationnel ce discours collectif ? Dès lors, il n’est pas étonnant, il est même de l’ordre de la nécessité de la confrontation, qu’il se voie opposer un discours collectif qui souffre lui aussi d’irrationalité. Il faut du temps pour trouver un équilibre, relatif lui aussi.

Michel29 : « Je crains que, comme tant d’autres, cette dame ait « couché utile » sans enthousiasme en 2004 pour faire avancer ses affaires. Et je suis étonnée qu’elle ait pu accepter de se retrouver seule avec son « violeur » en 2009. Tout ça ne tient pas debout. Je méprise PPDA à cause de son interview bidon de Fidel Castro et de ses biographies qui sont largement des plagiats, mais là je pense qu’il est victime de calomnies. »

« Entre les accusations d’une femme qui dit avoir été violée par un type de pouvoir, je veux croire à priori celle qui l’accuse ! »

Ma contribution, en guise de réponse :

« Je veux croire a priori  » dit Michel29. En l’occurrence, ne s’agit-il pas de savoir ? Le pouvoir, quel qu’il soit, use de démesure, on le sait, et on sait aussi,  au moins depuis La Fontaine, que pouvoir et  justice entretiennent des rapports de privilège. Une autre démesure.  Les réseaux sociaux du 21ème siècle  contribuent à réduire les abus dénoncés par le fabuliste du 17ème siècle, mais leur puissance pose la question d’un nouvel équilibre. L’information judiciaire ainsi  rendue publique (avec le nom de l’accusé) est une démesure  qui peut se comprendre en raison du « pouvoir » historique évoqué ci-dessus, les réactions des internautes en sont une autre qui s’explique par les mêmes raisons, mais il est également important de ne pas perdre de vue le sens de la confrontation – transitoire – entre  ces deux démesures de pouvoirs différents.

Fanore

J’avais publié dans mon blog le roman sous la forme d’un feuilleton. La version, remaniée ici et là (plutôt ici que là, du reste), est désormais disponible sur papier… hum, il me semble entendre quelques remarques québécoises sur l’obsolescence du livre imprimé… et en version numérique… là, c’est plutôt un soupir de satisfaction, toujours québécoise… sur le site Edilivre, sur Internet ou chez les libraires.

En deux mots : Il s’agit de la septième enquête du commissaire Walkowski. L’intrigue se déroule principalement en Irlande, en Bretagne et sur le ferry « Pont-Aven » de la compagnie bretonne Brittany Ferries qui relie  Cork à Roscoff. Pour la première fois, le commissaire est accompagné de sa femme. L’affaire qu’il devra élucider concerne le monde de l’Internet, de la politique et de la religion. L’essentiel de l’enquête se déroule dans la partie ouest de l’Irlande, en particulier le Connemara (Galway, Limerick, Gort…) et le Burren où se situe la petite ville côtière de Fanore.

QAnon…et complément

« Aux sources de QAnon, un collectif italien d’extrême gauche qui aurait malgré lui inspiré la théorie complotiste (…) Un roman, écrit par le collectif anticomplotiste Wu Ming, pourrait être la source des thèses conspirationnistes qui sont apparues dans l’Amérique de Donald Trump. »

Quelques commentaires :

« Le Monde en mode « compagnon de route ». Des communistes grand teint s’amusent comme ils le peuvent car en occident on jouit de la liberté de la presse. On constate avec plaisir que les jeunes se mettent encore sous le patronage de Giap grand général certes, mais authentique criminel de guerre.
Si l’idée est que la lutte des classes est le seul moyen de nous assurer un avenir, ce sera sans moi. »

« L’arroseur arrosé bien sûr, mais les archéomarxistes du XXIe siècle ne connaissent pas l’autocritique et la faute reste toujours au capitalisme (et à Macron naturellement). »

« Qu’est-ce qu’a été le marxisme, sinon une fakenews de bout en bout et des centaines de millions de morts à la clé ? »

> une réponse  «Le christianisme a fait millions de morts, l’islam a fait million de morts, le nazisme a fait millions de morts, le capitalisme a fait millions de morts, etc etc, donc l’humanité entière a fait millions de morts, donc l’humanité est une fakenews de bout en bout ? » 

Ma contribution ;

Rappel : le KKK est à l’origine un club que six  militaires sudistes nostalgiques, démobilisés et désœuvrés créent pour s’amuser. Ils se déguisent avec des draps pour faire peur aux « nègres » supposés naïfs, crédules et facilement effrayables.

Autrement dit, un jeu, social ou littéraire, signifie toujours quelque chose de plus que ce que sont censées indiquer ses seules formes.

En réponse à certaines contributions quelque peu schématiques, le capitalisme n’est la faute de rien ni de personne, il est l’expression – sous les formes socioéconomiques que l’on connaît depuis le 18ème siècle – de « ce que nous sommes » en tant qu’êtres humains et du rapport que nous construisons avec l’objet, dont le besoin de son accumulation. Quant au rapport individu/commun : le communisme n’est pas né au 19ème siècle, on le trouve dans « La République » de Platon.

L’analyse que donne Marx du capitalisme n’est contestée par certains économistes que sur l’analyse de la plus-value. Dérangeante, il est vrai.

Deux réponses  (la 1ère est celle de « furusato » avec qui j’ai déjà dialogué)

« En fait le centre de la défaillance marxiste est son anthropologie : le prolétariat comme parangon messianique de la libération de l’humanité dans son ensemble .Or tout messianisme suppose d’établir dans le réel une téléologie optimiste ou de le tenter, ici celle de l’homme nouveau amorcée sous le léninisme et avec quelle allure d’écrasement de tout ce qui ne pouvait s’y conformer. Une idéologie de l’essorage de l’ambivalence humaine reprise dans la Révo cul et les rizières Khmers rouges .Infiniment plus dangereux que l’analyse du mécanisme de la plus-value qui reste, partiellement, valide. »

« Je trouve que résumer le capitalisme au reflet de ce que nous sommes plutôt faux. Certains misent de préférence sur les mauvais penchants de l’être humain et s’imaginent que le meilleur sortira de la loi de la jungle. A ce jeu ce sont des forces amorales, naturellement féroces qui prennent le pouvoir. Ils ne représentent pas l’humanité. On aboutit à des hordes individualistes au cerveau lavé par ce qu’on leur vend le plus facilement : le facile, les discours commerciaux, culturels, politiques etc… qui exploitent leurs désirs, leurs pulsions ou leurs peurs. Tout doit pouvoir être vendu. En quelques dizaines d’années d’explosion d’un capitalisme roi (le politique ne domine plus grand chose, la science non plus, sans parler des penseurs) des générations ont été formatées. Ç’est schématique, soit, mais reste que ça ne sent pas bon. »

Ma réponse aux deux :

> LiRM. Mon « ce que nous sommes » contient ce que vous décrivez. Le point de vue que je défends n’est pas d’ordre moral, mais existentiel. Pourquoi « tout doit être vendu », donc acheté, fonctionne ?

> furusato. Pourquoi ce messianisme ?  La préoccupation du sens de l’histoire commune liée au sens de l’histoire individuelle avec le paramètre de la spécificité de notre espèce. Quant au fiasco.  Après coup, oui, on sait. Mais avant ? Pourquoi cette notoriété de Marx – avant même l’expérimentation ? Et  après le fiasco,  cette passion passionnelle toujours là ? Il faut croire que « ça » touche à quelque chose d’ important, enfoui, comme un rêve ou une nécessité, ce que j’appelle la fraternité de solitude et que Marx a évacuée. Là, à mon sens est la faille. Le commun  n’est pas de l’ordre de l’idéologie, il est une réalité anthropologique fondée sur du biologique. Subsidiaire : pourquoi Marx ? Outre l’époque, et – jusqu’à l’inconnaissable,- la philosophie allemande et la relation avec le père.

Réponse de Furusato :

« Ah ! mais je ne dis pas le contraire JPP toujours le réel et puis le rêve d’un avers du réel qui serait un retour à l’Eden, plus de tensions entre individus ou plutôt des tensions inoffensives : égalité et fraternité réalisées entièrement et enterrement d’Abel et Caïn conjointement. Nous sommes du monde petitement même les plus forts et nous ne voulons pas en être, toujours à quelque moment cherchant l’ ailleurs : une tension insurmontable .Et parfois au monde nous cherchons un coin du monde qui n’en soit pas : l’île paradisiaque .Dont Lord of flies nous montre le réel probable . Le capitalisme du temps de captation des vacances a fort bien compris le truc . L’homme agité dans son bocal ! »

Et ma réponse :

« Mon mal vient de plus loin…  » disait-elle tragiquement. Là, il ne s’agirait pas d’un amour contrarié mais d’une déception drapée du manteau du pessimisme. Allez savoir ce qui, au fond, nourrit l’ironie contre soi-même. A moins qu’il ne s’agisse du poison nommé désespoir, le pendant dizygote de l’autre, l’espoir, auquel on se raccroche comme à une bouée de plomb. Et puis, la petitesse n’est-elle pas la réponse à une illusion de grandeur ? Ni grand, ni petit, ni optimiste ni pessimiste… Qu’est-ce qui me reste ? Hum… Montaigne, Spinoza, Diderot, tenez, relisez Jacques.

Deux nouvelles réponses :

Capitalisme et argent public> @JPP @Furusato : « Ah je crois que j’ai pas vos niveaux de lecture en philosophie pour vous suivre plus avant. Mais Furusato a raison quant au discrédit que le léninisme (et en gros tout avant-gardisme de parti) a emmené pendant longtemps sur le marxisme, pour autant bien entendu ce serait réducteur de limiter ce dernier au premier. Ce n’était pourtant pas écrit que les choses devaient aller comme cela avec les 2 révolutions de 17 mais à partir de Kronstadt grosso modo le pli était sans retour. Une circonstance toutefois (qui n’excuse en rien les famines et massacres qui suivront et la dictature de Staline) : en 17 la révolution se trouve en guerre avec le monde entier, un peu à la manière de la toute jeune république française. Et il y a eu pendant certes pas très longtemps mais pour la première fois en Russie un moment de liberté. Le reste tout le monde le connaît. Une dose aussi d’héritage chrétien (paradoxal) dans l’idee de renversement du monde de certains révolutionnaires. »

Furusato > « Hum ! bien que connaissant assez largement les écrits philosophiques, parfois ayant picoré , parfois ayant digéré de gros morceaux , Spinoza est un maître que je n’ai jamais abordé.Me manquent aussi totalement S Thomas d’Aquin et Leibnitz .Des deux autres, qui sont plutôt dans le flux littéraire, le dégagé touffu de l’un me plaît mais au relativisme de vieux juge de l’humanité le collectif ne peut s’abreuver, il n’y a là par essence aucune recette ni stratégie , quant aux saccades amusantes de l’autre je n’y vois que le chevauchement absurde du monde : un délice.Le monde te projette sur le tatami des désastres mesurés rit du désastre en essuyant le tatami. Le fait que l’espérance reste seule dans la pyxis de Pandore n’est forcément un atout : l’espérance leurre souvent .Ne pas l’envisager du tout leurre aussi .Tout est contexte et personnel et collectif. »

Ma réponse aux deux :

> Caeap : On n’en finit pas avec l’expérimentation ratée de l’URSS. Trop de déception liée à un rêve vieux comme l’homme de rapports fondés sur autre chose que sur l’exploitation, la violence, le profit, le calcul ; ça n’a pas marché et on n’a pas de solution de rechange au capitalisme…d’où,

> furusato : …la tentation de cette relation insidieuse avec le couple aussi vieux espoir/désespoir de nature transcendantale : ça vient ou alors ça ne vient pas, mais c’est de l’extérieur. Montaigne « vieux juge » – si j’ai bien lu ? Je le perçois comme l’ami qui ne juge pas.  Diderot, lui, c’est la lucidité et la clairvoyance avec la sensibilité. Il apprend à ne pas être dupe. Quant à Spinoza,  certains évoquent l’impression d’enfourcher le balai de la sorcière. C’est vrai, on s’envole. Il faut seulement prendre le temps d’entrer.  Leur point commun : l’immanence.

Islamo-gauchisme (suite)

Le problème n’est pas seulement celui de l’université. Avant de préciser, un autre extrait de dialogue, toujours dans les pages numériques du Monde.

Un commentaire :

« On s’en fout un peu qu’une terminologie n’ait pas de réalité scientifique sur un domaine qui n’a rien de scientifique. L’islamo-gauchisme a une réalité politique, c’est bien la seule chose qui compte. Tout mon soutien à la Ministre et à tous ceux qui veulent que les religions restent exclusivement de l’ordre de la sphère privée, sans aucune manifestation publique, notamment dans les universités. Le seul fait que les mots de la Ministre suscitent la polémique est un marqueur des plus inquiétants. »

Ma réponse 1 :

Que « les religions restent de l’ordre de la sphère privée sans aucune manifestation publique » implique-t-il qu’elles ne puissent entrer à l’université en tant qu’objet d’étude ? Par exemple : le fondamentalisme religieux – quelle que soit la religion – en tant qu’il intervient dans la sphère publique/politique (mariage pour tous, PMA, contraception, voile, nourriture etc.). L’objet du débat concerne non des manifestations religieuses dans l’université, mais le contenu de travaux sur le rapport entre une conception religieuse donnée (islamisme) et des situations socioéconomiques particulières. Pensez-vous qu’il faille exclure du champ du travail universitaire tout ce qui touche à la religion ?

Sa réponse :

« Je distingue bien volontiers les études sur la religion des études pour la religion ou influencées par la religion. Du reste, si l’objectif de ces études est de faire passer un message politique, c’est peut-être aussi que la problématique est moins scientifique que… politique. »

Ma réponse 2 :

Vous voulez parler de militantisme. Autrement dit, un travail d’étude entrepris dans l’université à des fins politiques, partisanes. La question qui se pose alors est celle des critères d’appréciation, donc des outils dont dispose ou est censé disposer le CNRS sollicité par la ministre pour déterminer la valeur universitaire d’un contenu. Ce qui présuppose un accord sur la réalité de l’objet « islamo-gauchisme », autrement dit une analyse critique du discours qui l’institue comme tel et qui lance l’accusation (celui de Marcel Gauchet, Pierre Nora, Gilles Kepel…*) avec les mêmes outils.  Il y a une autre approche possible du problème : et si on laissait libre la confrontation des deux discours à l’intérieur de l’université en rappelant ce qu’est la dialectique dans son rapport au vivant ?

Il n’y a pas eu de réponse…

* Complément

Extrait de leur tribune publiée dans Le Monde en novembre dernier « Les idéologies indigéniste, racialiste et « décoloniale » (transférées des campus nord-américains) » sont bien présentes à l’université, affirmaient-ils, « nourrissant une haine des « Blancs » et de la France ; et un militantisme parfois violent (qui) s’en prend à ceux qui osent encore braver la doxa antioccidentale et le prêchi-prêcha multiculturaliste. Houria Bouteldja a ainsi pu se féliciter que son parti décolonial, « rayonne dans toutes les universités ».

Cette tribune venait après les propos du ministre de l’Education Nationale stigmatisant, après l’assassinat de Samuel Paty, « des courants islamo-gauchistes très puissants dans les secteurs de l’enseignement supérieur. » 

Deux universitaires, Alain Policar, chercheur associé au Cevipof, et Alain Renaut, philosophe, ont réagi à la tribune de leurs collègues dans les pages « Idées » de Libération. Ils rappellent d’abord le communiqué de la Conférence des présidents d’université – « instance que l’on ne peut soupçonner d’un quelconque gauchisme » – selon lequel « la recherche n’est pas responsable des maux de la société, elle les analyse ».

Extraits :

 « Concernant l’indigénisme, sa principale incarnation, le Parti des indigènes de la République (PIR), a totalement échoué dans sa volonté d’être audible dans nos enceintes universitaires. Chacun sait bien que l’écho des thèses racistes, antisémites et homophobes de Houria Bouteldja est voisin de zéro (…) Restituer à l’égal sa différence, tel est le projet du multiculturalisme, destiné en définitive à aller plus loin dans l’instauration de l’égalité que n’était parvenue à le faire la solution républicaine classique. » (Site de France Culture à la date du 6.11.2020)

Précision :

Sans parler de celui du ministre, le discours de Marcel Gauchet, Pierre Nora, Gilles Kepel etc.,  me paraît « hors temps, statique ». En d’autres termes, il ne considère pas les aspects de démesure  qu’il souligne (et qui sont réels) comme un élément de dialectique, mais il les identifie au discours qui les contient qu’il présente donc comme un corps étranger (dans le sens biologique), ce qui revient à dire qu’il se présente lui-même, avec ses codes et son mode d’analyse, comme le signe du vrai  Bref, un discours académique qui jouit de ses propres critères.

La démesure qui peut lester le discours « indigène, anticolonial, racialiste », comme ils le qualifient, oppose parfois un radicalisme de même intensité à celui qui fut est qui est encore celui d’une idéologie qui justifiait et justifie toujours le colonialisme, qui ne remet pas en cause le mot « race », non en tant que signe historique, mais en tant que non-sens scientifique (id. pour « esclavage », d’où la spécificité du discours américain), bref qui refuse de considérer l’hiatus entre la devise républicaine et le réel, têtu dans l’esprit et tenace dans le corps.

Islamo-gauchisme

« La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche est critiquée jusqu’au sein de la majorité pour s’être trompée de priorité en demandant au CNRS une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université. » (A la Une du Monde – 18.02.2021)

Extraits de contributions :

« Qu’importent les mots. Il existe bel et bien une sorte de collision tacite entre l’ultragauche et l’islamisme. Tous deux prétendent défendre les « dominés ». Mais en réalité tous deux ne cherchent qu’à radicaliser les positions afin de fragiliser nos sociétés. Aucun besoin du CNRS pour le percevoir. »

« Il n’y a peut-être pas de réalité scientifique, mais tout le monde a compris qui est visé par cette prétendue fiction et de quoi il s’agit. Demandez donc à Mélenchon ce qu’il en pense, avec qui il a défilé et quels étaient les slogans. »

« Schématiquement, les islamo-gauchistes pensent qu’une alliance entre opprimés est la seule alternative au fascisme. Cependant, cela reste marginal et bancal, car l’islam a lui aussi son fascisme : l’islamisme. Et il gagne du terrain. »

« Le soutien du gauchisme à l’islamisme perçu comme révolutionnaire était alors naturel. Il s’est transposé depuis, sur notre territoire, en tentative de captation de la révolte des banlieues en lieu et place de l’ouvrière. Le nier confine au négationnisme. »

Ma contribution

Je suis favorable à l’ouverture d’enquêtes,

– sur le désarroi planétaire qui conduit certains à commettre des attentats où ils risquent de laisser eux-mêmes leur vie quand leur suicide n’est pas programmé,

– sur le recours aux religions, en particulier à l’islam, ainsi qu’aux théories racistes, suprématistes, pour les justifier,

– sur la tendance à la seule dénonciation en boucle des dysfonctionnements du système capitaliste, désormais hégémonique,

– sur ce qui pousse à fournir des solutions à la fois simples et extrêmes aux problèmes posés par les inégalités, les injustices, si c’est bien cela qu’on appelle gauchisme,

– sur l’hypothèse que l’enquête universitaire demandée serait le signe de la peur du débat sur les objets énoncés ci-dessus,

– enfin, sur le rapport entre ces objets, la dépression actuelle (replis nationalistes, populisme) la menace climatique et l’absence de rechange du système capitaliste.

Birmanie

Quelques réactions dans les pages du Monde :

« Que fait l’ONU et que font ses fonctionnaires internationaux payés à prix d’or ? Ils comptent les morts ? »

« Est-ce que les autorités russes, qui font exactement la même chose, vont être « tenues pour responsables »? Soutien total aux birmans ! »

>une réponse : « Il n’y a pas de coup d’état militaire en Russie ne confondez pas tout. »

Ma contribution :

L’histoire ancienne et récente montre (Libye, Afghanistan, Irak, Syrie, Yémen etc.) qu’intervenir dans les affaires internes d’un pays (quel que soit le moyen utilisé, militaire, économique, financier…) ne fait qu’aggraver la situation. Autrement dit, la dictature birmane s’inscrit dans un processus qui est de la responsabilité (dans le sens : réponse à un problème donné, rien à voir avec la culpabilité) des Birmans. Il leur revient de trouver les réponses aux problèmes non ou mal traités qui ont contribué et contribuent à donner un tel pouvoir (politique et économique) aux miliaires. Par exemple, le traitement des minorités (dont les Rohingyas) et le comportement de la population dans son ensemble (dont les bouddhistes), d’Aung San Suu Kyi et de son parti.  

Le parti républicain des Etats-Unis.

« Les républicains ont choisi le parti contre le pays et le clanisme contre la République. » (Editorial –  à charge – du Monde – 16.02.2021)

Cette affirmation reflète plus une conception morale qu’une analyse de la nature de ce parti.

D’abord, une remarque qui n’est peut-être pas inutile malgré son évidence apparente : comme son nom l’indique, « parti » (cf. partie/partition > latin parire : produire, enfanter > parents) ne représente pas le tout et un parti politique rassemble une partie de la population qui s’oppose à une autre. Quand un parti dit qu’il vise l’intérêt du pays dans sa totalité, c’est pour tenter de lui imposer sa propre conception politique.

En l’occurrence, le parti républicain est la représentation politique de la partie du pays soumise aux « passions capitalistes », exacerbées depuis quatre ans par D. Trump (élu pour ça) sous les formes de suprématisme, racisme, machisme, couplés au nationalisme. Il a donc « normalement » voté contre la culpabilité, autrement dit pour l’ancien président en tant qu’il est encore le porte-parole de cette partie du pays (74 millions d’électeurs) que représente ce parti. 

Qu’il y ait eu, en son sein, des « cas de conscience », explicites ou pas, ne peut se substituer à ce qui en constitue l’ADN.

Un parti politique n’est jamais que l’expression du  choix que nous (individus et sociétés) faisons de traiter les affects (ce que nous recevons de l’extérieur). En faire, pour reprendre la terminologie de Spinoza, des « passions tristes » (diminution de la puissance d’exister qui peut conduire au pire) ou de « passions joyeuses » (augmentation de cette puissance), tel est l’enjeu qui peut expliquer la dualité politique* en démocratie (le 3ème parti n’étant le plus souvent qu’embryonnaire), plus généralement, la différence entre droite et gauche (les diverses formations partisanes n’en sont que les expressions nuancées), sans que l’une et l’autre ne soient séparées par des cloisons étanches ni tout à fait homogènes : en tant qu’individus et société, nous sommes tous à la fois droite et gauche. C’est nous qui choisissons laquelle doit être dominante.

*La probabilité de deux partis de droite aux USA – un parti « trumpiste » à côté du parti républicain –  paraît faible, du moins dans la durée.

Le taux de chômage et l’idéologie

« Selon l’Insee, le taux de chômage a reculé à 8 % au quatrième trimestre 2020, contre 9,1 % au troisième, mais cette baisse est notamment liée au fait qu’un certain nombre de personnes ont renoncé à chercher un emploi à cause du second confinement. »( A la une – Le Monde – 16.02.2021)

Réactions :

« Ce qui est fabuleux avec Le Monde, c’est qu’il y a toujours une raison de ne pas se réjouir de quelque chose. Grâce à des réactions comme les vôtres, le pays fait du sur-place depuis 50 ans. »

« La façon qu’a la rédaction du Monde de transformer les bonnes nouvelles en mauvaises est édifiante. Le dogme éditorial de ce -média est de renvoyer une image systématiquement négative du pays, de la France et des Français. »

« Dogme 1 du Monde: “Il n’y a que de mauvaises nouvelles”.
Dogme 2 du Monde: “En cas de bonne nouvelle, l’ignorer autant que faire se peut, et dès que possible, mettre en Une des éléments permettant de la transformer en mauvaise nouvelle

Ma contribution :

La vie en noir du Monde ? Il y a les chiffres, les gens, et la logique du système. Il est possible de privilégier l’une ou l’autre de ces catégories, voire de les considérer « en soi ». C’est un choix. Il n’est évidemment pas neutre, pas plus que le concept très à la mode de « résilience » qui, au-delà de sa dimension psychologique et morale, n’est pas sans rapport avec le chômage, la précarité et la recherche d’emploi. Se réjouir d’un chiffre sans examiner la réalité qu’il recouvre revient à assimiler les gens aux nombres, à mettre entre parenthèses la logique du système, implicitement à laisser entendre que la responsabilité individuelle est déterminée par un prétendu libre-arbitre. On peut toujours rebondir, parce que, si on veut, on peut, n’est-ce pas ? La culpabilité n’est pas loin qui lui oppose la vie en rose. Mais ce n’est qu’une chanson.