L’invasion du Capitole et la double victoire électorale en Géorgie

Le Monde du 6.01.202 publie une analyse de Musa-Al Gharbi, sociologue, chercheur à l’université Columbia de New-York.  

« Trump ne s’est pas rallié les Blancs avec sa rhétorique et sa politique racistes, il se les mis à dos. Et si le style a repoussé bon  nombre de sympathisants républicains blancs, il semble au contraire avoir séduit de nombreuses minorités. Cela ressort clairement des sondages de sortie des urnes et des résultats de votes des quatre dernières années. »

Il commente ainsi ce que J. Biden disait aux Africains-Américains hésitants [« Si vous avez un problème pour savoir si vous êtes pour moi ou pour Trump, alors vous n’êtes pas noir. »] : « Ainsi, il semblerait que pour une grande partie de l’élite,  on n’est une personne de couleur que si l’on sait voter « convenablement ».

Et il conclut : « Au lieu d’essayer d’analyser ce qui ne va pas dans le message ou le programme du parti – et de les ajuster en conséquence -, on cherche par tous les moyens à expliquer ce qui ne va pas chez les gens – dont un nombre croissant ne votent pas comme ils « devraient ».

La double victoire sénatoriale en Géorgie donne aux démocrates la possibilité de gouverner sans obstruction majeure. Ce qui permettra de voir plus clairement ce qui dans le malaise de la société états-unienne ressortit au commun politique (message ou programme) comme le pense le sociologue, et/ou au commun humain dont la question de la « race » n’est qu’un des symptômes.

Ce qui domine dans le discours des républicains extrémistes – expression aiguë du parti – ce sont des revendications de l’individu, seul, incarné par Trump, en résumé « plus fort que la mort ».

Ce n’est pas, à mon sens,  la défense d’un programme politique opposé à celui des démocrates qui a conduit une centaine de militants à envahir le Capitole, mais la peur d’un commun humain auquel D. Trump substitue le fantasme d’un commun communiste encore utilisé quelques jours plus tôt par la candidate républicaine de Géorgie.  

Que les électeurs de Géorgie aient rejeté, par une courte majorité, cette aberration,  ne signifie pas une conscience de l’enjeu existentiel dont je pense qu’il n’est pas d’abord d’ordre « programmatique » mais « messager ».  C’est en quoi « message ou programme » me semble contestable.

Le 20 janvier 1961,  dans son discours d’investiture, J.F. Kennedy posa la question restée fameuse : « Et donc vous, mes compatriotes américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. Mes concitoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis feront pour vous, mais plutôt ce, qu’ensemble, nous pouvons faire pour la liberté de l’Homme. »

La suite a montré qu’elle ne s’inscrivait pas dans une problématique philosophique (ce qu’elle pouvait laisser supposer) mais qu’elle s’adressait plutôt à une conscience morale et religieuse.

Rien, dans les propos de J. Biden ou K. Harris, ne laisse penser que quelque chose ait changé dans la manière de poser les problèmes. Même si cela ne signifie pas que tout est cadenassé, il n’est pas inutile de rappeler que la séance au Capitole s’est conclue, dans la nuit, par une prière dite par l’aumônier des assemblées et que J. Biden qui, comme D. Trump, termine ses discours par « God bless America  » prêtera serment la main sur la Bible…

L’objet réel de l’envahissement n’est pas le pouvoir, celui de l’individu/président et matérialisé par  la Maison Blanche  (D. Trump aurait pu l’ouvrir aux militants qu’il excitait implicitement à un « coup de force »), mais  le lieu de la parole commune, incarnée par le Capitole.

L’agression contre le bâtiment,  signe aussi désespéré qu’infantile de fuite du commun humain sous le prétexte de la menace réactivée du commun politique, me semble faire partie de la problématique du lynchage.

« L’inceste, phénomène tabou à l’ampleur inconnue »

Tel est un des titres de la Une du Monde du 6.01.2021) à propos de l’affaire qui met en cause une personnalité (politique et médiatique), donc largement diffusée et objet de nombreux commentaires.

Court toujours dans l’opinion le mythe qu’une personnalité est (devrait être) différente du commun des mortels.

Ce qui a un effet catalyseur pour (re)lancer le débat sur la sexualité. Le contexte passionnel n’est peut-être pas celui qui convient le mieux, idéalement, mais l’importance accordée au fait divers est sans doute proportionnelle à celle du déni. Pour cette question comme pour d’autres.

Inceste vient du latin [in (valeur négative) castus (pur) = impur] et désigne, en droit, des « Relations sexuelles entre un homme et une femme liés par un degré de parenté entraînant la prohibition du mariage ; relations sexuelles entre parents très proches » (Larousse)

En France, la loi du 14 mars 2016 dénomme inceste uniquement les actes sexuels commis sur un mineur, dans le cadre familial. Ce qui implique l’autorisation de pratiques « incestueuses » entre personnes majeures (cf. le site The Conversation  « La loi qui interdit et légitime l’inceste en même temps »)

Si, d’une manière générale, la loi a bien pour objet  d’améliorer les conditions de la vie en société, où est la limite entre le privé (individus) et le social (collectivité) pour ce qui concerne les relations amoureuses/sexuelles ?

Dans la mythologie grecque, Phèdre, [« La fille de Minos et de Pasiphaé », rappelle Racine dans sa tragédie éponyme – le plus beau vers de cet auteur, disent certains…] est amoureuse de son beau-fils, Hippolyte, fils majeur de son époux Thésée. Cet amour est jugé incestueux (dans le sens étymologique) par la société antique et celle du 17ème siècle.  Qu’il ne le soit pas dans le droit français contemporain signifie sans doute qu’il ne l’est pas dans l’opinion.

Pourquoi, en effet, celle qu’on appelle une « belle-mère » n’aurait-elle pas le « droit » à une relation amoureuse avec celui qu’on appelle un « beau-fils » ? Ou l’inverse. A noter que le qualificatif « beau, belle », apparemment hérité du Moyen-Age courtois,  indique un choix affectif sans relation avec l’aspect physique.

Autrement dit, c’est une affaire privée qui concerne les trois personnes. Pas de quoi en faire un drame public. Encore moins une tragédie. A moins qu’il ne s’agisse plus simplement d’un opéra irreprésentable dont le livret serait le simple support d’une partition musicale au rythme particulier que permettent douze notes…

Ici, il s’agit d’un viol sur mineur (fellation, a dit celui qui est mis en cause) dans le cadre d’une relation familiale avec les effets sidérants que l’on sait.

Un crime, donc.

Deux pages du Monde (06.01.2021) décrivent le contexte des années 70 et la liberté, entre autre de mœurs, expérimentée dans la société post-68, en particulier dans un milieu qui sait comment fonctionne le langage.  

A  ce propos, un exemple dont il n’est pas impossible que je l’aie déjà cité dans un des articles. Bis repetita…

Pédophilie est un terme impropre (de création récente) pour désigner un rapport sexuel avec un enfant alors que nous disposons de pédérastie (ancien) qui est, lui, adéquat, mais dont la définition est curieusement erronée (« attirance sexuelle d’un homme pour les jeunes garçons », dit le dictionnaire) puisque « ped » désigne l’enfant, qu’il soit garçon ou fille. Ainsi, d’après les définitions, une femme pédophile (garçon et fille) ne peut pas être pédéraste (garçon) !

Est-il anodin que pédophilie ait été substitué à pédérastie et qu’aient été mis dans le même champ sémantique pédérastie et homosexualité ? Que « pédé » (=enfant) désigne de manière injurieuse l’homosexuel qui, lui, est attiré par une personne du même sexe que le sien, et pas plus par les enfants qu’un hétérosexuel ?

Il n’y a pas si longtemps, dans certains milieux, la pédérastie n’était pas considérée comme un crime, ni par ceux qui la pratiquaient, ni par la loi.

Une explication n’étant en aucune façon une justification, ceci et cela contribuent  peut-être à expliquer cela et ceci.

La fête interdite

2500 personnes se sont réunies à Lieuron (sud de Rennes) pour une fête.

En temps ordinaire, ce serait bien.

Sauf qu’en temps ordinaire, 2500 personnes réunies pour une fête, ça n’existe pas.

Nous sommes dans un temps extraordinaire dont une des caractéristiques est de resserrer les limites du permis.

Et franchir la limite fait partie du vivant.

Le jugement d’irresponsabilité, s’il est nécessaire et justifié,  ne suffit pas.

2500 venus de toute la France et de l’étranger, telle est la question.

J’ai noté cette déclaration d’un des participants :

« Le principe est celui de la donation libre. Chacun donne comme il peut. Des gens sont venus de partout en France et même de l’étranger. Vous trouvez normal, vous, que certains se paient des chambres d’hôtel de luxe à 20 000 € alors que d’autres font la manche pour avoir 2 € pour se payer une bière ? On en a assez de tout ce système« 

Le message du discours concerne les deux derniers termes de la devise républicaine : égalité et fraternité.

Manque le premier, la liberté : la société n’est pas une juxtaposition d’individus.

Les 2500 personnes sont, sans le savoir, les porte-parole de ceux qui pensent que sans l’égalité et la fraternité, la liberté n’est qu’un mot vide.

Comme la vie, disent-ils.

Vœu

C’est un nom d’origine latine du registre religieux qui désigne une promesse solennelle faite à une divinité pour une faveur. Tu me donnes ci, je te donne ça.

[On devrait apprendre le latin]

Curieux, cette appétence des dieux pour le troc.

Le sacrifice, par exemple.

Hé, Agamemnon, tu veux du vent pour voguer vers Troie ? Tue ta fille Iphigénie !

Dis, Abraham, tu m’aimes ? Tue ton fils Isaac !

Curieux, cette tendance des dieux à faire tuer les enfants.

Je forme le vœu…

La forme dans le sens, ça n’existe pas. Le mot a dû conserver quelque chose de l’ex-voto qu’on voit dans les églises.

Encore du troc ?

Mes meilleurs vœux…

Un pléonasme ?

Mes pires vœux ?

Ça pourrait ressembler au don grec dont il faut se méfier parce qu’il n’a rien de gratuit : « Timeo Danaos et dona ferentes » fait dire Virgile à Enée dans son Enéide « Je crains les Grecs (descendants de Danaos) même quand ils portent descadeaux ». Enée (celui qui porte son père Anchise sur ses épaules, en quatre lettres dans les mots croisés) est un Troyen qui n’a pas oublié le coup du cheval !

Tenez, par exemple, Pandore (= tous les dons) : elle a été envoyée par les dieux en « cadeau » aux hommes, après que Prométhée a volé le feu divin pour le leur donner. Elle porte avec elle une jarre qui doit rester fermée. Epiméthée, le frère du voleur de feu, l’épouse et il ne peut s’empêcher d’ouvrir la jarre qui contient tous les maux dont souffrent maintenant tous les hommes.

Curieux, cette mythologie qui fait dépendre le malheur humain d’une femme, rusée, maligne, séduisante…

Il y a quand même pas mal de choses à voir chez les Grecs.

[On devrait apprendre le grec]

2020 : bilan en demi-teinte et demi-bémol majeur

Commençons par le commencement : le bilan est une balance entre le plus et le moins. Pour un budget, le plus, c’est les recettes, le moins, les dépenses, jusque-là, c’est assez simple. Ça l’est moins pour une année dont certains événements sont un plus quand ils sont moindres et inversement. Tenez, un exemple, comme ça, au hasard, moins de contagion est un plus, et plus de malades est un moins. Seulement,  ça dépend du contenu de contagion et de malade. Parce que, autre exemple toujours pris au hasard, moins de contagion de bonne humeur (c’est quand on peut dire que tout va bien quand on sort de son lit, le matin, bien sûr) est bien un moins (et la bonne humeur est un bien plutôt rare par les temps qui courent) et plus de malades de rire (là, c’est quand on ne peut pas s’arrêter de s’esclaffer, du genre ah ! ah ! ah ! ou alors hi ! hi ! hi !  comme Nicole dans le Bourgeois Gentilhomme, mais je m’égare) est bien un plus (toujours aussi rare dans ces mêmes temps qui etc.). Vous voyez ? Sinon, reprenez depuis le début, lentement.

Comment on s’en sort ? Peut-être qu’on ne s’en sort pas. Non, je ne précise pas de quoi. A moins…qu’on se dise que plus et moins sont adossés (ils ne le savent pas forcément) à des critères qui ont comme dénominateur commun celui de La Vie (notez les majuscules). Ce qui l’augmente est plus, ce qui la diminue est moins. Voilà, c’est simple. Hum…  peut-être trop simple, parce que si l’on cherche à définir La Vie (notez toujours), on rencontre les paramètres de quantité et de qualité qui ne manqueront pas de vous faire remarquer que plus de (durée de) vie (notez cette fois les minuscules) peut, dans certains cas, être moins de (qualité de) vie (notez, notez toujours). Ce qui donne à penser…

Bref, comment faire le bilan d’une année ? Ou, si vous préférez, quelle idée de m’embarquer dans cette galère ! A moins de la transformer en pédalo, ce qui, d’un certain point de vue, pourrait être un plus, mais alors dans un second degré… Hum…  ?

D’où, notez-le, la bizarrerie du titre de l’article.

Après avoir commencé par le commencement, je choisis de continuer par le bilan des personnalités. Celles en moins (mortes) et celles en plus (nées).

Voyons, voyons, me dis-je (passé-simple, notez-le, on est maintenant dans le récit), en ouvrant d’un clic quand même un peu ému la page de Wikipédia.

Et là… la souris m’en tomba (toujours le récit, vous notez ?) quasiment des doigts ! Quelle ne fut pas en effet ma stupeur de constater l’incroyable disproportion entre le nombre cité des personnalités mortes (moins) et de celles qui sont nées (plus) !

Je vous fais juge (notez que là, avec le présent, je reviens au discours) : à la date du 28 décembre 2020, Wikipédia cite les noms de plus de 200 personnalités  mortes, et de… 2 seules nées ! Oui, vous avez bien lu, seulement 2 personnalités sont citées dans les naissances ! Incroyable, n’est-ce pas ? Les voici, telles qu’elles apparaissent sur la page (vous pouvez vérifier, je n’invente rien) :

le 20 janvier : Isaiah Tota, fils de M. Pokora et de Christina Milian. Il n’est rien dit concernant ces personnalités, sinon cet enfant qui semble être leur seule richesse. Sans doute des prolétaires, au sens premier du terme (latin proles = progéniture), en quelque sorte.

le 10 mai : le prince Charles Jean Philippe Joseph Marie Guillaume, naissance du fils de Guillaume de Luxembourg et Stéphanie de Lannoy. Le libellé n’est pas très clair… Je suppose que le prince doté de six prénoms est le fils de Guillaume et Stéphanie dont l’aristocratique particule « de » laisse entendre qu’eux, ont du bien, au moins des armoiries, peut-être plus… Que le père et la mère n’aient chacun qu’un seul prénom explique très certainement la débauche prénominale (oui, j’invente, notez bien) du fils : signe absolument incontestable d’un surinvestissement affectif problématique par sa démesure qui laisse présager d’autres surinvestissements tout aussi affectifs, tout aussi démesurés et tout aussi autrement plus lourds de conséquence…  Mais je m’égare et reprends tout aussitôt le chemin de mon initial propos.

J’avoue, oui, j’avoue être profondément désorienté, voire chamboulé dans mes intérieurs par cette discrimination à l’avantage des morts.

D’autant, à bien y réfléchir, que 2020 devrait  rester dans les mémoires pour avoir été, depuis quatre ans, oui, quatre ans ! la première année à avoir compté 29 jours au mois de février ! Mais qui en parle ? Hum ?

Alors, ne conviendrait-il pas de citer les noms de « cellezéceux », comme on dit aujourd’hui pour assurer à celles qu’elles sont égales à ceux, notamment pour les choses concrètes de la vie comme les salaires (mais je m’égare dans des trivialités…), qui, du point de vue bilanesque (notez que je viens de l’inventer, lui aussi… ah ben, oui, c’est ça la création) d’anniversaire vieillissent quatre fois moins vite que tous les autres ? Oui, bon, d’accord, ça se discute.

Après les personnalités, j’en viens aux événements de cette année 2020…  Je parcours, je parcours… Pas grand-chose… Ah si : Raymond  Domenech va entraîner l’équipe de foot de Nantes… Autrement… je parcours toujours… rien… Quelques vagues, de-ci, de-là… De la bricole.

Ah ! Aussi ceci mais qui n’est pas dans Wikipédia : ce matin, chez le boulanger, étaient proposés des gâteaux de Rois Mages… Curieux, cet attelage de la royauté (pas avec la magie, non, ça, ce n’est pas surprenant) et de la pâtisserie… Est-ce que « rouler dans la farine » viendrait de là ? Ou alors « c’est pas du gâteau !» comme antiphrase appliquée à la monarchie absolue du point de vue des sujets ?  Hum…  Etaient proposés, donc, des galettes à la frangipane et des « royaumes », comme on les fabrique et on les appelle par chez nous, ici, dans le sud… Avec une fève cachée pour désigner le roi… Curieux, cet attelage du roi et du hasard… Oui, parce qu’on naît roi, on ne le devient pas… Oui, c’est un peu plus compliqué quand le roi est une femme, parce que la femme…  Et aussi ce besoin de royauté…  Et puis, accompagnant la galette ou le royaume à la fève craquant dangereusement sous une dent distraite, la couronne que ceindra le ou la… Tiens… couronne… couronne… ça me dit quelque chose. Mais quoi ? Hum… Quelque chose de vague… Hum… Encore un curieux attelage… de deux mots… étrangers, dirais-je… Hum…  Je cherche… Je cherche… J’y perds mon latin…

*A propos du mi bémol majeur (entier) : c’est la tonalité de la 8ème symphonie de Mahler, dite des Mille (interprètes) et dont le thème est la scène finale du Faust de Goethe. Diable ! Oui, comme vous dites ! C’est aussi celle de l’ouverture de la Flûte Enchantée de Mozart. Divin Mozart, dites-vous ?

La pêche et le Brexit

Brexit : comment Boris Johnson a abandonné la City.  La pêche, qui représente moins de 0,1 % du PIB britannique et 12 000 emplois, a été un point de négociation crucial entre l’UE et le Royaume Uni. La finance (7 % du PIB et 1,1 million de postes) a été ignorée.

(A la UneLe Monde du 26 .12.2020)

> Contribution publiée

La lune et le doigt qui la montre. Il y a les intérêts matériels, de tous ordres – dans la forme économique néolibérale du capitalisme, ils sont régis par un durcissement de ce qu’on appelle la loi du marché, qui est celle du RU et de l’UE – et il y a le discours, plus ou moins confus, qui a conduit au vote populaire du Brexit. La question de la pêche est essentiellement idéologique et politicienne : celle de la domination maritime historique du RU. Menacer d’envoyer des navires de guerre pour contrôler l’accès aux eaux territoriales participait, à un niveau évidemment différent, mais à forte valeur au minimum symbolique, du même discours que celui de M. Thatcher à propos des Malouines. L’inconnu, ce sont les effets (économiques et idéologiques) induits à moyen et long termes par ce repli britannique, et pour le RU lui-même et pour l’UE.

Brexit

L’accord conclu le 24 décembre concerne le marché et ses intérêts à court terme. Il vient après une séparation décidée unilatéralement pour des motifs de repli à connotation nationaliste et certains de ceux qui se réjouissent présentent la voie choisie par le RU comme un modèle à suivre, ce qui veut dire la fin de l’Union, à terme. L’inconnu réside dans ce qui en sera induit dans les opinions publiques européennes. Il est probable que l’accord va être perçu comme un succès britannique – ce qu’il semble être si l’on en juge par les réactions unanimes des partis du RU.
Pour moi, cet accord qui vient sceller un échec est une bombe à retardement dont les 1200 pages sont un signe. Les questions posées dès ce jour par les pêcheurs sur la question des quotas laissent présager une multitude de contestations à venir. Nous entrons dans une ère de nouveaux rapports de forces et pas seulement avec les Britanniques.

Macron et l’identité nationale

Le Monde du 23.12 publie un éditorial relatif à l’interview d’E. Macron à l’Express, dans laquelle il aborde le thème de l’identité nationale et évoque Ch. Maurras et Ph. Pétain, entre autres.

>Ma contribution publiée

La question majeure me semble concerner non ce qu’il dit de Pétain et de Maurras, mais dans quel but il en parle en sachant que ce sont des sujets polémiques et clivants. Idem pour la référence élogieuse à N. Sarkozy. Le simple citoyen (et non citoyen simple) que je suis comprend qu’il s’agit d’une énième tentative  de susciter un débat sans fin sur un objet (identité nationale)  sans réponse puisque il est en construction permanente. Ce débat ressemble à celui que nous pourrions nous tenir avec nous-même puisque l’Administration, dans sa grande sagesse  (inconsciente ?) nous rappelle, qu’il faut régulièrement renouveler notre carte d’identité nationale. Sauf à être un nombriliste masochiste statique, je trouve préférable de marcher en regardant les autres, tous les autres, comme mes semblables. Un amical conseil à E. Macron, s’il me lisait : faites l’essai de lire ou relire Montaigne qui s’occupa, lui aussi, de politique. Pas tout à fait avec le même esprit. 

Combattre la théorie du complot ?

A la Une du Monde du 23.12.2020, un article ainsi annoncé :« Nos conseils pour identifier les discours complotistes et ne pas tomber dans leurs pièges. En 2020, les discours expliquant la pandémie de Covid-19 par des complots ont séduit des millions d’adeptes. Leur succès tient moins à leur véracité qu’à des ficelles rhétoriques éprouvées. Notre guide pour les débusquer. »

Suivent de nombreux injonctions/conseils introduits par « Il convient de… il faut s’imposer de… Il faut se plonger… La même prudence doit s’appliquer… Gare également à… »

Voici ma contribution publiée :

Ces injonctions/conseils sont inappropriés. Le complotisme n’existe que par/grâce à ceux qui en ont besoin, c’est-à-dire besoin du contraire de  ce qui sous-tend ces injonctions/conseils : la raison, la lucidité. C’est également ce qui explique la publicité. L’un et l’autre sont deux expressions d’une angoisse permanente qui trouve un apaisement dans un discours qui crée un ersatz quotidien de croyance religieuse. Croire que ce que l’on voit n’est pas le réel (complotisme) ou que ce que ce l’on voit est l’idéal (publicité), même si l’on sait que ce n’est pas vrai. Enfer dans un cas, paradis de pacotille dans l’autre.

La musique et la danse à l’hôpital et dans l’Ehpad

Claire Oppert est violoncelliste. Elle intervient notamment dans les hôpitaux auprès des malades, dans les Ehpad auprès des personnes âgées en difficulté. (cf. son livre  Le pansement Schubert).

Le 19/12/2020, elle était l’invitée de 28’, sur la chaîne Arte.

L’objet principal de l’entretien était donc le rapport entre la musique et le corps.

Il y eut deux illustrations majeures.

La première montra une femme âgée qui avait perdu ses fonctions cognitives. Elle était pianiste et il lui fut demandé de jouer le 2ème mouvement de la Sonate au clair de lune, de Beethoven. La femme, assise sur le tabouret, dit « je ne connais pas » avant de se tourner vers le clavier et d’interpréter le mouvement de manière brillante, sur le piano (désaccordé !) de l’Ehpad.

La seconde montra une autre femme âgée dans une situation de dégradation psychique identique, aggravée par une incapacité physique qui la contraignait au fauteuil roulant. Elle se nommait (elle est décédée depuis) Marta C. Gonzales, avait été ballerine et avait dansé, à New-York,  dans le Lac des cygnes, de Tchaïkovski.

Dès qu’elle entendit la musique du ballet, elle commença la chorégraphie de ses bras, de ses mains, de ses doigts et son visage disait qu’en cet instant, non qu’elle avait été une ballerine, mais qu’elle était ballerine.

Question d’une des animatrices à Claire Oppert : « Quand vous voyez ces images, ça prouve, ça démontre clairement que la mémoire de la pratique musicale, de la danse aussi, et de la musique, ça ne s’efface pas, ça reste jusqu’au bout ? »

La particularité de ce mode de questionnement – assez fréquent sur les antennes – est que la réponse est fournie et que cette réponse –  du point de vue de l’opinion émise  – est déjà fournie par les images. A la fois une réduction et une paraphrase.

La réponse de Claire Oppert : « Je pense que la musique et l’art en général s’adresse à une partie profonde, inaltérée ; on n’a pas besoin de comprendre la musique pour la sentir (…) la musique atteint la partie centrale, le noyau qui est souvent représenté par le plat de la main sur le cœur, parce que la musique ne passe pas par les circuits intellectuels ».

Ce que révèlent ces deux femmes, musicienne et danseuse, est en effet au-delà d’une « mémoire de la pratique », si l’on entend par « pratique », le travail, les exercices, les répétitions.

Il suffit de voir Angela Hewitt interpréter les Variations Goldberg (arte.tv – cf. article Monteverdi du 25.11) pour voir qu’il s’agit d’ un discours  produit par le corps et  qui s’adresse  au corps.  

Dans le droit fil de la pensée de Claire Oppert, nous voyons une illustration de ce que j’appellerais l’existence organique de la musique.

Autrement dit,  en tant qu’expression de ce que nous sommes – corps et esprit indissociablement imbriqués –   la musique n’a pas, essentiellement, de rapport avec une pratique : ce que nous sommes est à la fois tous les instruments (construits par l’homme) dans leur résonance et la pensée (organique et intellectuelle) de cette résonance.

Elle a ceci de particulier, qu’elle est d’essence matérielle, physique, et qu’elle révèle par son discours sensible, émotionnel,  la dimension immanente de ce que nous sommes en lui conférant une transcendance intrinsèque.

En ce sens elle participe de la philosophie.

C’est ce qui explique la quasi inexistence de son enseignement à l’école. Le piano désaccordé de l’Ehpad est l’illustration, ici choquante et obscène à bien des égards, du « ça n’est pas essentiel ».

L’émotion que créent ces deux vidéos est ambiguë : il y a, dans ce qui la suscite,  quelque chose qui touche au pathétique (des femmes en état de démence qui parviennent  quand même à produire l’image d’un « sensé ») et au « mystère/miracle » qui sous-tend plus ou moins la question de l’animatrice.

Que faudrait-il pour que ces images nous apparaissent non comme exceptionnelles mais comme « normales » ?

Que la musique cesse d’être considérée comme le problème d’une appétence mystérieuse, qu’elle soit débarrassée de la question du « don », du « chante faux ».

Autrement dit, que ce que nous sommes soit objet d’enseignement dès l’entrée à l’école maternelle et que la musique en soit le premier support matériel.