L’agression russe et la lassitude

Le premier tour des élections en Slovaquie (01/10/2023) a placé en tête R. Fico, pro-russe, soutien de V. Poutine, qui  promet la fin de l’aide à l’Ukraine s’il est élu.

La lassitude – elle gagne du terrain aux USA – est un des paramètres de la stratégie de V. Poutine. Elle conduit en effet à l’oubli, ou si l’on préfère, au renforcement du déni, dont il faut avoir en tête que l’objet premier, essentiel, est la spécificité de la condition humaine qui produit l’équation capitaliste. En découle une multitude de dénis contingents, périphériques, plus ou moins importants, relatifs à tel ou tel événement.  Bref, « on ne veut pas /plus savoir ».

L’agression russe en est un exemple.

Même si on place le problème dans le contexte historique de la fin du Pacte de Varsovie après l’implosion soviétique, donc l’obsolescence de l’Otan et l’absence d’une discussion est/ouest qui aurait permis d’établir un nouvel équilibre, reste que les relations avec la Russie étaient normales, que V. Poutine était reçu partout et qu’en février 2022, l’existence et l’intégrité de la Russie n’étaient menacées par personne.

Autrement dit, il n’y a pas de rapport direct compréhensible entre la carence politique internationale d’il y a trente ans et l’invasion de l’Ukraine. C’est bien pourquoi V. Poutine a imaginé l’expression édulcorante « opération spéciale » pour qualifier ce qui n’est rien d’autre qu’une agression qui viole les résolutions de l’ONU et les principes fondamentaux du droit des nations.

En-dehors des raisons économiques qui peuvent expliquer certains soutiens internationaux, africains notamment, il est remarquable qu’il n’y ait pas d’unanimité pour dénoncer cet acte. Autrement dit, si V. Poutine a pu le commettre, c’est qu’il « savait » pouvoir le faire sans voir le monde se dresser contre lui.

J’y vois un signe analogue à celui qu’ont envoyé, sur le plan intérieur, les opposants, sur le plan extérieur, la France et l’Angleterre, au moment de l’arrivée d’Hitler au pouvoir : pour les « raisons » bien documentées que l’on connaît, ce n’était pas grave.

La crise qui a conduit à ce déni dans les années 1930 est comparable à celle d’aujourd’hui, en ce sens qu’elle était perçue par les Allemands comme une menace vitale (traité de Versailles, inflation, chômage…) et que les Français et les Anglais étaient dans le déni de leur coresponsabilité dans le processus.

La voie qui fut suivie alors était celle de la fuite en avant qui conduisit jusqu’à Munich et à la guerre mondiale.

La crise que nous traversons est aussi perçue comme une menace vitale, avec la différence qu’elle concerne la planète, que nous ne disposons pas des outils de correction, que nous le savons et que nous faisons comme si nous ne le savions pas :  compte tenu de l’importance des problèmes régler et à de l’urgence, nous ne pourrons pas inverser le processus du réchauffement et la seule voie exploitable est désormais celle de l’adaptation.

C’est ce que signifient la stérilité des différentes COP, les décisions particulières contradictoires relatives à l’exploitation des énergies fossiles, et l’absence de discours explicite.

Nous sommes donc dans une phase de déni du réel, donc de fuite en avant, dont l’agression russe et ses soutiens énigmatiques peuvent être considérés comme des signes, plus ou moins conscients.

« Fanatisme de l’indifférence », dit le pape François

L’expression papale dénonçant à Marseille l’indifférence générale aux milliers de migrants noyés en Méditerranée est ce qu’on appelle un oxymore : une alliance de termes contradictoires destinée à surprendre, à susciter des réactions (ex : une gentille cruauté, une belle laideur).

Le fanatisme implique une démesure absente de l’atonie qu’implique l’indifférence. Ainsi, le fanatisme suscité par l’immigration est la marque de l’extrême-droite qui est tout sauf indifférente.

Ce qui donne au pape une autorité de parole n’est pas d’ordre politique, philosophique ou moral, mais de l’ordre de la croyance religieuse dont il est le représentant : il est le successeur de Pierre chargé par le Christ, fils de Dieu, de fonder son église et de convertir.

Or, relativement à cette référence qui lui confère son statut,  l’obligation qu’il invoque « C’est un devoir d’humanité, c’est un devoir de civilisation » n’est pas adéquate, en ce sens qu’elle n’est pas la marque de la foi chrétienne – elle peut être reprise par un athée –  et qu’elle résonne de manière incongrue si on la met en regard de l’action de l’église dans le processus historique de la colonisation.

Alors, que devient la dimension catholique (=universelle) si la même foi peut, dans un temps donné,  contribuer à soumettre des peuples par la force militaire et économique au nom de Dieu, et, dans un autre temps, à les prendre en considération au nom de l’humanisme ?

Dans l’article du Monde (23/09/2023) et les comptes-rendus des chaines de radio, il n’est jamais fait mention d’une dimension chrétienne du discours.

Extrait de l’article : « D’un côté, « la fraternité, qui féconde de bonté la communauté humaine », de l’autre « l’indifférence, qui ensanglante la Méditerranée ». L’Europe, qui voit toujours plus de migrants arriver par la mer, est à un « carrefour des civilisations »,a répété le pape. Avec le choix entre « la culture de l’humanité » et celle de « l’indifférence »,a-t-il insisté. »

Autrement dit, le grand absent dans le discours du pape, c’est Dieu, ce qui autorise E. Zemmour à le récupérer « Que veut le pape ? Il veut que l’Europe chrétienne, berceau du christianisme, devienne une terre islamique ? »

On peut juger des effets par ce témoignage rapporté dans le même article du Monde :

« Michèle B. [le nom est cité], fervente catholique de 83 ans, fondait en larmes en voyant la voiture du pontife passer. Si elle comprend son engagement en faveur des migrants, elle ne souhaite pas « qu’il aille contre ce que veut faire le gouvernement ». Pour cette retraitée du domaine de la santé, « Marseille ne peut plus accueillir d’autres migrants ». « Il y en a trop déjà ! », assure-t-elle. Comme un écho à toutes les polémiques qui traversent la France en particulier, et l’Europe en général. »

La Belgique et les extrémismes

Sous le titre « En Belgique, plusieurs écoles incendiées après une campagne d’extrémistes religieux contre l’éducation sexuelle », Le Monde (18.09.2023), sous une photo représentant des femmes voilées dont une, au premier plan, brandit une pancarte sur laquelle est inscrit : « Pas de la sexualité avant la puberté ». publie un article précédé de cette précision : « Le saccage des établissements s’est produit alors que le programme de cours consacrés à la vie affective, voté par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, est l’objet d’attaques de groupes musulmans et catholiques intégristes, rejoints par des complotistes. »

Ma contribution :

« Pas de la sexualité avant la puberté » est le signe d’une misère, intellectuelle, culturelle, équivalente à un « pas de pensée avant 7 ans ». Qu’a vécu cette femme qui la conduise à une telle absurdité ? Même question pour les catholiques intégristes, les complotistes et ceux qui s’obstinent à mettre la focale sur le seul islam. Autrement dit, de quelles carences souffrent-ils ?

Intervention de François A

« Et en plus les cours sont a partir de 12 ans, donc en plein dans la puberté. La dérive religieuse extrémiste est très inquiétante, surtout accompagnée de saccages d’école. On touche les fondements de l’état de droit. »

Ma réponse :

C’est à mon sens un des signes du désarroi planétaire produit par la mort de l’utopie d’alternance (paradis d’ici-bas des lendemains qui chantent – fin des années 80) et l’obsolescence du paradis de compensation de l’au-delà. C’est à cette époque que sont apparus au niveau international les actes de désespérance qu’on appelle « terrorisme » (une étiquette qui crée l’illusion d’une explication) et qu’a commencé le (re) développement de l’idéologie d’extrême-droite, expression électorale (faussement politique) de la pathologie collective. La construction d’une issue suppose que nous commencions par définir ce qui constitue le « commun » propre à l’humanité et que l’analyse marxiste a limité au partage de l’objet. D’où le fiasco.

Intervention de Chloé :

« Cette femme est pour moi simplement ignorante. Il faut savoir que la sexualité et tout ce qui s’y rattache est taboue dans certains milieux traditionnels. Pire, on l’assimile parfois à quelque chose de sale. Oui. Cette femme veut perpétuer la manière dont elle a sûrement été élevée, des carcans rigides et taiseux, du moins pour tout ce qui concerne le sexe. »

Ma réponse

Je partage votre analyse, avec une nuance pour le « simplement ignorante » en ce sens où elle « sait » que la sexualité ne commence pas à la puberté. Comme ceux qui sont séduits par l’idéologie d’extrême-droite « savent » que l’expulsion et la fermeture des frontières ne constituent pas la réponse adéquate à la question migratoire. Il y a, derrière les slogans de la bêtise et du simplisme, les peurs et l’angoisse existentielle, exploitables et exploitées par ceux (le pluriel grammatical contient le féminin – celleszéceux m’insupporte) qui, pour des raison de carence analogue, y trouvent un intérêt morbide.

La nuit de noces au 19ème siècle

« L’historienne Aïcha Limbada, revient, dans un entretien au « Monde », sur son livre, « La Nuit de noces. Une histoire de l’intimité conjugale », dans lequel elle restitue avec rigueur et sensibilité l’imaginaire nuptial du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. » (A la Une du Monde – 04/09/2023)

Extrait : « A l’époque, une minorité de jeunes filles perdent leur virginité avant le mariage en raison d’une relation sexuelle désirée, d’un viol ou d’une activité prostitutionnelle. Et, dans les classes populaires urbaines, le concubinage n’est pas rare. Mais, en principe, les femmes doivent entrer dans la sexualité au cours de la nuit de noces ; c’est d’ailleurs ce qui se passe la plupart du temps. (…) Au XIXe et au début du XXe siècle, une partie des femmes arrivent au soir du mariage sans même se douter de l’existence des relations sexuelles. On les désigne par le terme péjoratif d’« oies blanches ». Elles sont informées par leur mère quelques heures, voire quelques minutes, avant d’aller dans la chambre nuptiale de l’existence de pratiques (souvent non explicitées) que leur mari leur demandera et auxquelles elles devront se plier. Parfois, elles vont au lit sans se douter de ce qui va se passer, comme le montrent les témoignages que j’ai mis au jour. Cette ignorance entretenue par les mères, et plus largement par les femmes déjà mariées, est instituée au nom de la pudeur et des convenances. Elle profite aux hommes et rend les relations intimes très inégalitaires : les femmes doivent s’en remettre entièrement aux volontés et aux gestes de leur mari. »

Ma contribution, suivie d’un dialogue :

« Cette soumission sexuelle et sociale de la femme a été justifiée par l’idéologie religieuse qui fait de l’homme la créature première (cf. Genèse, organisation de l’église) et rejette l’unité de l’être (mépris du corps, exaltation de l’âme). Les seules relations féminines de Jésus – asexué – sont sa mère (vierge) et Marie-Madeleine (synthèse : argent, prostitution, repentir). Autrement dit, un corpus de récits écrits par des hommes pour conférer à la domination masculine une dimension divine qui la rende indiscutable. L’enseignement historiquement dispensé par l’église persuade que la sexualité n’est autorisée que pour la procréation en-dehors de laquelle elle est source de péché… essentiellement pour les femmes/épouses/mères. Les hommes, eux, ne sont pas concernés, pour la sexualité comme pour l’argent, dans la cité comme dans l’église. »

Denis M-B (le contributeur signe de son nom que je ne reproduis pas intégralement)

« Dans la bible apparaît une forme en terre, puis une femme, « isha », nommée Ève, la vivante, puis un homme, « ish », nommé Adam, le glèbeux. La femme donc précède l’homme. »

Moi 

Il y a  d’abord  «« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa »  et plus loin  : « l’Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. » Autrement dit, d’abord l’humanité androgyne (cf. Platon) puis la distinction.

Denis M-B

« Ce devrait plutôt être traduit : : « l’Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur le glèbeux, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L’Eternel Dieu fit une forme de chair de la côte qu’il avait prise du glèbeux , et il l’amena vers le glèbeux » et alors sont nommés, dans le texte, isha, la femme, d’abord, et seulement après ish, l’homme. »

Moi :

« devrait » dites-vous. Quelle traduction rend-elle de manière adéquate la réalité du rapport homme-femme ?

Denis M-B 

« Tant le « il les créa homme et femme » que le récit de l’apparition de la vie, issue d’une forme de boue, sont des tentatives de décrire objectivement, avec les connaissances de l’époque, la réalité humaine biologique telle qu’elle est. »

Moi

Le biologique qui « balance » en effet, depuis la conception, entre le masculin et le féminin – ce qu’ont du mal à accepter ceux qui confondent sexe et sexualité – nous rappelle que les discriminations sociales entre l’homme et la femme sont des constructions idéologiques que la  croyance en un créateur  inscrit dans un schéma divin pour lui donner la caution indiscutable du « naturel » par le truchement du « surnaturel ».

Le quota étant épuisé (une contribution / trois réponses) le dialogue ne peut que s’arrêter.

Un hiver en Bretagne (26)

Me demander ce que la musique était pour moi, revenait à poser la question de l’oxygène ou encore celle du rapport entre l’esprit et le corps, l’âme et le corps, pour reprendre les termes choisis par Emilio de’ Cavalieri dans l’intitulé de son opéra La rappresentatione di anima e di corpo, une œuvre composée à l’aube du 17ème siècle, juste avant l’Orfeo de Claudio Monteverdi. Un opéra d’inspiration et de visée religieuses tout à la gloire de l’âme, et dont le corps, par les voix des solistes, des chœurs polyphoniques, et les oreilles des chanteurs et des auditeurs, était l’expression jubilatoire paradoxale. Pourquoi la belle âme immortelle ne parvenait-elle pas à chanter par elle-même ce qui la distinguait radicalement du pauvre corps périssable ? Telle pouvait être aussi la question par laquelle on pouvait aborder celle de l’être. Cette musique, dite baroque – une étiquette, une de plus, censée expliquer ou décrire un objet qui lui échappait, et qui témoignait, une fois de plus, de cette propension de l’homme à créer des cases de simplification par peur de la joie pure qui n’a pas besoin de transcendance extérieure –  cette musique de Cavalieri, disais-je, m’avait donné et me donnait toujours la chair de poule, un constat qui rendait parfaitement compte du rapport étroit entre les deux modes d’expression que sont l’étendue et la pensée, la première,  celui du corps, ici en frisson épidermique, la seconde, celui de l’esprit, ici en délectation.

Je pouvais tenir des heures sur le sujet et je disposais d’une petite demi-heure avant le rendez-vous immobilier. Un rendez-vous dont l’objet était respectable. Considérer qu’il est important d’avoir un toit et des murs fixes au-dessus et autour de sa tête n’a rien de trivial. On ne joue pas du piano ou de l’orgue ou de tout autre instrument dans la bourrasque ou sous la pluie. Sauf du cor de chasse ou de la trompette guerrière. Tuer en musique était peut-être bien le comble de l’hypocrisie et de la cruauté.

Et puis, si Rita avait dit que faire le prof m’allait bien, je ne devais pas oublier qu’elle était belge.

– Il me paraît important de préciser le contexte de ma réponse, commençai-je après avoir mangé ma dernière crêpe toujours enroulée autour d’un trait de sirop d’érable.

– Précisez, cher Adrien, précisez, m’encouragea Rita qui déposait une petite cuillerée d’œufs brouillés sur un morceau de baguette de pain – une vraie, il suffisait d’en regarder la mie, la croûte et le ravissement de Rita.

Je résistai à l’envie de leur faire une conférence sur le rapport entre le pain et l’œuf, notamment quand il est cuit « à la coque » – au plat aussi, oui, mais quand même un cran au-dessous –, dans le style tout simple ou un peu plus élaboré avec une touche de beurre demi-sel sur le pain – les mouillettes, ah, les mouillettes ! déjà, rien que le nom…  –  et je les informai de mon rendez-vous.

– L’immobilier ne bouge pas à condition d’être à l’heure, dit-elle en regardant avec une moue nettement dubitative sa montre, puis mon plateau. Saurez-vous faire tenir votre exposé entre le yaourt et le far ?

Je tentai d’expliquer ce qui pouvait l’être en un temps aussi limité, en particulier le déchiffrage et l’apprentissage par cœur de toccatas et fugues de Bach.

– La prochaine fois, vous nous jouerez celle que vous être en train d’apprendre, celle… en quoi, déjà ?

– Fa majeur, glissa Adam. Elle a une partie de pédalier redoutable. Vous la jouez de la main gauche, je suppose quand vous n’avez pas d’orgue sous le pied ?

Adam aussi était belge.

– Et à part Bach, vous jouez qui ? demanda Rita.

– Personne. Je ne suis pas très bon et Bach peut se jouer lentement. Surtout depuis Glenn Gould. – Je regardai la pendule murale, une transition comme une autre vers une des formules indiquant qu’il est l’heure, que le moment est venu, qu’il faut prendre du souci, que c’est pas tout ça mais… et je changeai de place ma serviette, autre signe annonçant un déplacement – Eh bien, mes amis, dis-je en déplaçant le mug, je vous le donne en vrac : il est l’heure, le moment est venu, il faut prendre du souci, c’est pas tout ça mais…

– Vous sauriez demander la nationalité belge, savez-vous, dit Rita sur le ton dont j’avais déjà signalé la caractéristique.

Nous nous embrassâmes comme on peut s’embrasser dans la salle du petit-déjeuner d’un hôtel breton.

– La brume s’est levée, nous allons savoir éviter les fossés.

Tels furent les derniers mots de Rita.

(à suivre)   

Un hiver en Bretagne (25)

Le rendez-vous à l’agence avait été fixé à 11 h 00.  

J’avais indiqué que je cherchais une maison indépendante en bord de mer disposant d’un garage et dont la situation me permette de me rendre à pied aux deux magasins d’alimentation du centre-ville que j’avais repérés l’année précédente.

La devanture donnait à la petite épicerie un aspect désuet – « vieille comme mes robes », aurait dit ma grand-mère que je n’avais jamais vue qu’en pantalon et qui pratiquait l’humour avec le sérieux que requiert ce mode du rire – et rappelait le temps où salades, oignons,  pommes de terre,  carottes, choux et tous les autres n’étaient pas encore conditionnés dans des emballages qui leur donnait l’apparence d’objets manufacturés – l’étonnement d’un enfant de la ville qui assistait à l’extraction de pommes de terre dans un jardin potager m’avait fait prendre conscience de l’ampleur insoupçonnée du problème – mais présentés en vrac, bruts de ramassage et encore terreux, dans des cageots. L’épicière en tablier feignait de choisir les meilleurs pour chacun de ses clients qu’elle appelait par son nom, les pesait sur une balance à poids cylindriques ou hexagonaux avant de les déposer directement dans le cabas qu’il fallait tenir bien ouvert, inscrivait les sommes à payer sur un morceau de papier avec un crayon dont elle humectait la mine sur le bout de sa langue et calculait à voix haute les totaux dont l’énoncé des retenues avait un air d’école primaire.

Si l’épicière de Roscoff avait encore quelques cageots, elle n’avait plus de crayon mais la calculatrice de son smartphone, et ses rayonnages proposaient un strict nécessaire alimentaire que la démesure des grandes surfaces ne permettait pas toujours de distinguer du superflu. Ainsi, la surabondance des produits laitiers – « nos amis pour la vie », selon les entreprises agroalimentaires intéressées par le taux de rendement que pouvait produire l’argument du calcium à tout prix – leurs déclinaisons de yaourts, de fromages blancs, « nature », allégés ou au lait entier, aux parfums de fruits artificiels ou en morceaux étalés en « lits », sucrés ou pas, moulés à la louche ou pas, et empilés par paquets de douze sur les rayons d’armoires frigorifiques vastes comme des palais de glaces, me produisaient le même effet de vertige que les milliers de livres des rayons de la Fnac. Ne plus savoir où donner de la langue et des yeux devait s’apparenter au supplice de Tantale imaginé par les dieux bien avant les supermarchés. Dévorer les livres ou manger comme quatre était des chemins de fuite qui conduisaient à l’indigestion.

La supérette voisine, si discrète derrière son mur de granit qu’elle semblait confuse d’être là, assurait le complément à ce strict nécessaire.

J’avais dormi cinq heures, d’une traite. Je ne ressentais pas de fatigue, seulement la faim. Le genièvre et le chocolat n’avaient été que les accompagnements du plat principal qui ne nourrissait pas son homme, s’il ne l’épuisait pas.

Je jetai un coup d’œil oblique à l’ascenseur et choisis l’escalier.

Quand j’entrai dans la salle à manger, Rita et Adam s’installaient près de la fenêtre. La ponctualité était une autre de leurs qualités.

L’île de Batz était toujours invisible mais la brume semblait moins dense qu’à mon réveil.

– Avez-vous passé une bonne nuit ? demanda Rita sur un ton belge.

– Oui, et sur deux tempi de durée et d’intensité différentes : successivement adagio, andante et allegro pour le premier mouvement, pianissimo pour le second.

 – Je ne suis pas une spécialiste, mais je trouve que ça correspond aussi à notre nuit à nous. Qu’en penses-tu, mon chéri  ? – Elle prit un air encore plus belge – Je précise qu’Adam connaît la musique.

– Je suis d’accord avec les tempi. J’ajouterais quand même un peu de vivace à l’allegro.

– Qu’est-ce que je vous disais !

– Vous la connaissez apparemment aussi, Adrien ?

– J’ai appris le solfège et le piano et j’en écoute tous les jours.

– Quel genre ?

– Tous les genres. Je vous propose de continuer la discussion en prenant le petit-déjeuner, parce que, là, j’ai faim.

– Moi aussi. Allons-y ! dit Rita en prenant la direction du buffet.

Je composai le même plateau breton que l’an dernier. Eux avaient décidé de faire un vrai repas : potage, œufs brouillés, bacon et fromage, « pour commencer », précisèrent-ils en rapportant deux plateaux amplement garnis.

– Qu’avez-vous prévu pour votre journée ? demanda Rita en étalant la serviette sur ses genoux.

– La recherche d’une maison pour les trois mois qui viennent. Vous repartez aujourd’hui pour Bruxelles, c’est bien ce que vous m’avez dit ?

Adam hocha la tête en tournant vigoureusement le moulin à poivre au-dessus de son potage.

– Je suis responsable d’un orchestre de jeunes et la reprise des répétitions a lieu après-demain.

– Quel répertoire ?

Il goûta et donna encore deux ou trois tours de moulin.

– Jazz, essentiellement. Les grands standards et l’improvisation.

– Vous pratiquez un instrument ?

– La guitare basse.

– Professionnellement ?

– Non. Je suis dentiste, savez-vous.

– Adam s’occupe aussi de la formation de dentistes en RDC, la République Démocratique du Congo, l’ancien Congo belge. Vous avez peut-être entendu parler du bon roi Léopold II ? Il est revenu au premier plan de l’actualité.

– Ses statues ont été à peu près toutes vandalisées et le roi actuel a demandé pardon aux Congolais. C’est bien ça ?

– C’est bien ça, confirma Rita entre deux cuillerées de potage. Il a quand même fallu un siècle pour qu’on reconnaisse la dimension réelle du bonhomme.

– C’est la définition du mètre-étalon qui a changé, dit Adam. Je trouve le potage excellent.

– Il y a du potimarron, et j’adore le potimarron, dit Rita. Vu ce qui s’est passé au Congo, qu’il considérait comme sa propriété personnelle, c’était vraiment une crapule et une sombre brute. Vos crêpes, Adrien ?

Je venais d’en manger une enroulée sur un trait de sirop d’érable.

– Parfaites. Comment réagissent les Congolais ?

– Ils trouvent que ce n’est pas suffisant, répondit-il. Au fond, et au-delà du problème des dédommagements, ils voudraient que soit mise sur la table la question posée par les peuples qui ont été colonisés ou réduits en esclavage : de quel droit ?

– Qu’est-ce que vous en pensez, Adrien ?

– La question qu’évoque Adam est délicate parce qu’elle ne concerne pas que les Européens, même s’ils ont été les plus performants, si j’ose dire, pour l’esclavage et plus encore pour la colonisation. On peut la formuler comme ça : qu’est-ce qui conduit l’homme à de tels comportements ? Ce qui implique un universalisme humain dont tout le monde n’a pas forcément envie de parler. La philosophie des Lumières n’est pas très appréciée de ceux qui proclament que la civilisation chrétienne occidentale est la civilisation.

– On a ça chez nous, dit Adam qui venait de finir son potage.

– Vous voyez pourquoi nous recherchons le plaisir sous toutes les formes ? ajouta Rita qui contemplait un morceau de bacon piqué au bout de sa fourchette.

– Votre investissement au Congo en fait partie ?

Adam sourit.

– Pour aller à l’essentiel, ce que je vais vous dire va peut-être vous surprendre. Ce qui m’a amené à faire ce que je fais au Congo – je passe sur l’historique et les détails –, ce n’est pas l’envie de « faire le bien », comme on dit, mais ma satisfaction personnelle. Ça vous choque ?

– Non, pas du tout ! Je suppose que c’est pareil pour votre orchestre ?

– Oui. Je n’ai aucune visée disons « sociale ». J’aime la musique et j’aime la pratiquer avec d’autres.  

– Et je sais vous dire que ça marche très bien, assura Rita.

– Et pour vous, Adrien, la musique ?

(à suivre)

L’essence de la droite

Le journal de 7 h 00 des Matins d’été de France Culture (25/08/2023) diffusait un extrait d’une interview de N. Sarkozy dans laquelle il déclare que, pour gagner l’élection présidentielle de 2027 face à M. Le Pen, il faut un candidat de la droite républicaine capable de rassembler les électeurs du parti Les Républicains et ceux, de la même tendance politique, qui ont rejoint E. Macron dans les élections précédentes. Pour lui, G. Darmanin est le candidat qui convient.

Ce propos est – à un degré primaire – une expression de l’essence de « la droite » en ce sens qu’il décrit un monde statique : ce qui aujourd’hui est, sera dans quatre ans, ce qui présuppose l’implicite « c’est comme ça » (il fut et est encore explicite) qui a servi de justification au maintien d’un statu quo (précisément : statu quo ante = ce qui était avant) dans les divers domaines de la vie sociale (instruction, structure sociale, place de la femme, sexualité, filiation etc.).

Le corollaire en est l’arrêt du temps, un fantasme dont le statu quo est le signe : dire qu’il faut en rester à ce qui était, implique qu’on est en passe de ne plus l’être, ce que rappelle l’Histoire de la société humaine.

De ce point de vue, on peut dire que l’esprit de droite est l’expression sous la forme organisée notamment de partis politiques, du déni – dont la tentation est commune – de la trajectoire du vivant, en particulier de sa fin.  

Déni « raisonné » dans l’esprit de droite (E. Macron), pathologique dans celui d’extrême-droite.

E. Borne, qui fut proche du Parti socialiste, répond au journaliste qui lui demande ce qu’elle pense des propos de l’ancien président : « 2027, c’est loin. » Une réponse dont la référence au mouvement est connotée d’un imprévisible de type fataliste ou transcendant, pas plus éloigné du « c’est comme ça » que la première ministre ne l’est du président qui l’a nommée.

« Beauvoir et Sartre sous le charme de Castro »

Sous ce titre Le Monde (18/08/2023) publie un article de Roger-Pol Droit qui a suscité plusieurs commentaires dont la quasi-totalité sont de violentes critiques des deux philosophes.

Je publie le mien et le dialogue qui a suivi.

La problématique que propose cet exemple [Sartre et Beauvoir enthousiasmés par leur visite à Cuba en 1960] est celle de la contradiction entre les objectifs visés par la révolution communiste, les moyens et les résultats obtenus. (Le nazisme a ceci de radicalement différent qu’il ne présente aucune contradiction de ce type : c’est une entreprise de mort qui réussit). La nature des objectifs (libération de l’homme de l’aliénation que constitue l’exploitation de sa force de travail) explique l’engouement initial : l’analyse marxiste dit apporter « la solution », scientifique (matérialisme historique), à une quête humaine vieille comme l’humanité de vie communautaire « parfaite ». L’erreur signifiée par le fiasco final est de considérer que le commun spécifique de l’espèce humaine se définit par le rapport à l’« objet » (ce qui n’est pas le sujet). L’objet joue en effet le rôle de substitut de l’immortalité (plus j’ai, moins je meurs > équation du capitalisme) et incarne le déni du commun  humain : la conscience spécifiquement humaine de la mort.

Alberto : « L’ennui c’est que dans les deux cas le résultat obtenu est similaire…. »

Sardine : « C’est d’autant plus triste de voir des intellectuels qui, par définition, devraient faire montre d’esprit critique et ne pas se laisser aveugler par « l’engouement initial » se faire les chantres de dictateurs. Je pense surtout à Sartre et Simone de Beauvoir qui n’en ont raté aucun: admirateurs de Staline, de Mao, de Castro, ils ont refusé d’entendre ceux qui disaient la vérité. »

Ma réponse aux deux :

> Sardine : Vu la longue liste des intellectuels qui, au cours de l’histoire, ont cédé à cet engouement, il est possible de se dire qu’il y avait de bonnes raisons. Confronté à la théorie du sens de l’Histoire, l’esprit critique ne peut qu’opposer une théorie autre avant que tranche l’expérimentation. Dans le domaine de la science, de la vie sociale, combien de théories ont été considérées comme vraies avant d’être démenties ? La terre plate et immobile, l’existence de races, des dons, la hiérarchie des sexes etc. Il n’est pas inutile de se replacer dans le contexte du début du 20ème siècle et, un peu plus tard, dans celui de ce qu’était Cuba pour comprendre comment la révolution russe et de jeunes révolutionnaires ont pu susciter cet engouement. Voir, un peu plus tôt, Voltaire avec Frédéric II de Prusse et Diderot avec Catherine de Russie.  > Alberto : le continuum des guerres et des massacres dispense-t-il de l’analyse ?

Sardine : «   Jean-Pierre Peyrard, il ne manquait de preuves, dans les années cinquante, de la nature dictatoriale et criminelle du stalinisme, Koestler, Gide, Victor Serge, et tant d’autres sans parler du procès Kravtchenko où d’anciens déportés sont venus témoigner, « l’expérimentation » était faite. Il y a eu, chez Sartre et Simone de Beauvoir, un refus assumé de voir la réalité en face. Ce n’était plus au début du siècle mais dans les années cinquante. »

Ma réponse :

La double question que pose votre réponse est celle du processus et du temps. Dans le processus révolutionnaire, il y avait le moment de la violence assumée qui devait répondre à la violence de la contre-révolution (antérieure même à la révolution) et qui demandait donc du temps. Nombre de soutiens défendaient l’idée que les contradictions du processus révolutionnaire étaient transitoires, sinon inévitables compte tenu de la situation et des antagonismes initiaux (nationaux et internationaux), et beaucoup n’ont pas considéré que 30 ou 40 ans suffisaient pour tirer des conclusions définitives. Une des raisons se trouve peut-être dans l’investissement philosophique. Gide était favorable au départ plus disons par empathie que par conviction philosophique. Le contraire de Sartre.

Sardine : « Jean-Pierre Peyrard, votre argumentation sur le temps nécessaire serait recevable sans le mensonge permanent pratiqué par ces deux philosophes. On pourrait comprendre qu’ils disent oui, les camps existent, oui, les pénuries existent, mais la violence révolutionnaire compense la violence tsariste précédente. Mais ils se sont obstinés dans la négation de la réalité, dans le mensonge, dans la calomnie de ceux qui disaient vrai, c’est cela qui est impardonnable. » (sa dernière réponse du fait des quotas imposés par le journal)

Ma dernière réponse (id.) Sauf à réduire l’analyse au « caractère menteur » de ceux qui soutirent l’URSS en connaissant la réalité, il y a un autre paramètre à intégrer dans l’analyse, celui de la dimension essentialiste du problème, à savoir la confrontation (perçue comme historique) capitalisme/communisme et dans le contexte international de la guerre froide. Difficile peut-être, aujourd’hui, après coup, de mesurer l’importance de la lutte idéologique d’alors entre deux conceptions antagonistes du monde. Il y a, sur un autre plan mais dans la même problématique l’exemple d’Aragon qui écrivit une ode à Staline sidérante et, dans le même temps, des poèmes inspirés par Elsa ou la guerre et la Résistance qui sont d’une tout autre éthique.

Retour à Fanore

Il y a un an, dans l’article daté du 16 août 2022, je rappelais qu’un imprévu arrive sans avoir prévenu, parfois même le 13 août. C’est son propre, comme le rire est celui de l’homme, même si en l’occurrence le rire n’était pas à l’ordre du jour.

C’était à Ballyvaughan, petit port du comté de Clare, dans un cottage.

Hum… Bizarre, cette impression de début de roman de 19ème siècle…

Bref, la question que je me suis posée après la survenue intempestive de cet imprévu, s’inscrit dans une démarche de type cartésien,

Je savais que si la pensée signifie l’être le fait d’être, si vous préférez – elle ne garantit évidemment pas le bien-être qui, comme le mal-être, n’est qu’un constituant de ce fait d’être qui n’est en soi ni bien ni mal puisqu’il se contente d’être.

Vous suivez ?

Donc, est-ce que l’imprévu du 13 août 2022 se manifesterait à nouveau le 13 août 2023 ?

Cette question – j’avais prévenu, on est dans du rationnel pur, le noyau dur de la pensée – touche l’essence même de l’imprévu.

Suivez bien.

Si cet imprévu se manifestait à nouveau le 13 août 2023, il cesserait d’être un imprévu puisqu’un imprévu prévu et attendu cesse d’être.

Vous suivez ou vous voulez que je répète ? Non ?  Ça va ?

Bon. Donc, si cet imprévu existe, il pense, puisque la preuve de l’existence de l’être réside dans la pensée. Et s’il pense, il ne peut pas se manifester le 13 août 2023 pour la raison (voir juste au-dessus) que s’il se manifeste à cette date attendue, il cesse d’exister.

Vous suivez toujours ?

J’ai quand même attendu le 13 avec une certaine impatience et non sans une certaine inquiétude d’un genre qui balance entre le physique organique et la métaphysique.

C’est à Fanore, petit village du Burren près de Ballyvaughan, dans un cottage au bord de l’océan….

Hum… Et encore cette même impression de début de roman de 19ème siècle !

Nous avons loué le cottage à partir du 12, le temps de nous préparer à l’imprévu dont je ne redirai pas la dimension existentielle de la contradiction qu’il devrait résoudre, pour ne pas dire le pétrin dans lequel il se mettrait, s’il pointait son nez le 13.

Ce jour-là, la vie irlandaise caractéristique de ce coin du Burren s’est déroulée normalement : à gauche de la maison, la montagne est restée couchée comme un gros animal préhistorique endormi,  juste devant,  les lapins ont couru dans tout les sens dans le pré et sur le chemin, au loin, les trois îles d’Aran sont restées alignées bien à leur place, à droite, l’océan a consciencieusement brisé ses vagues sur les rochers, au-dessus,  le ciel a joué ses variations habituelles de nuages, de pluie, de soleil et de vent, et à l’intérieur,  les huîtres se sont révélées excellentes, le chardonnay du Chili aussi.

Aucun imprévu ne s’est manifesté, si ce n’est trois chevaux – apparemment le père, la mère et le poulain –   venus tourner autour de la maison en hochant ostensiblement la tête. Les recherches que j’ai entreprises ne font état d’aucun lien entre des chevaux et l’imprévu dont il est question.

Alors, de deux choses, l’une : ou bien l’absence de l’imprévu à la date du 13 est le signe de son existence, et il guette un nouveau créneau pour se manifester, ou bien elle est le signe de sa disparition, dans le genre trois petits tours et puis s’en vont – lui n’aurait fait qu’un tour qui aurait suffi à le satisfaire.

Comme il n’existe aucun moyen de savoir quelle hypothèse est la bonne – l’imprévu se caractérise aussi par le mutisme – j’ai donc décidé d’utiliser le seul moyen efficace : la pensée.

Il me suffit en effet de penser à la survenue de l’imprévu pour lui ôter toute possibilité de survenir en tant qu’imprévu : s’il arrive, il sera tout, sauf un imprévu.

Vous voyez ?

En tout cas, moi, si j’étais un imprévu, je déciderais de ne pas arriver dans de telles conditions qui ôtent ma raison d’être.

Nous sommes le 15 août, le ciel est bleu, il y a quelques nuages au-dessus de la montagne du Burren, les lapins courent dans le pré, l’océan est calme.

Nous n’avons rien prévu pour aujourd’hui.

« Civitas » et sa dissolution

« Le ministre de l’intérieur déclare aussi qu’il saisit le procureur de la République, après la diffusion de « propos ignominieux » tenus lors de l’université d’été de juillet du groupuscule et parti politique. » (Le Monde – 08/08/2023)

Ma contribution :

Le problème n’est pas le contenu du discours (cf. la vidéo*) dont le conditionnel  de la proposition et le ton employé sont significatifs de l’artifice. L’objectif : utiliser le fonds antisémite pour nourrir le racisme et la xénophobie et exacerber ainsi l’approche passionnelle de l’immigration.  Que cette focalisation sur les juifs soit possible et que certains commentateurs jouent le jeu du formalisme auquel les invite ce monsieur (cf. la question du « détail » des chambres à gaz), voilà qui est problématique. Quant à la proposition de dissolution motivée par des questions de « valeurs », elle est un signe de désarroi sinon de faiblesse.

* Incluse dans l’article du journal elle montre un homme derrière lequel est affiché le sigle de l’association Civitas (organisation catholique intégriste), qui évoque devant un public qu’on ne voit pas mais qu’on entend applaudir, le statut des juifs avant la Révolution. Il conclut en disant que la naturalisation des juifs (1791) est la cause du phénomène migratoire et que si l’on voulait rétablir un catholicisme d’état « peut-être faudrait-il retrouver la situation d’avant 1791. »