Journal – 27 – le corps de l’homme (10/03/2024)

Parce qu’il n’y a pas de raison qu’il n’y en ait que pour celui de la femme – le en de en ait doit contenir quelque chose comme l’intérêt, la préoccupation.

Je ne sais plus qui disait que la vraie beauté corporelle était celle du corps de l’homme. Vraisemblablement un homme. Il est vrai que l’Apollon du Belvédère… sans parler des fesses de l’ange dans la travée de gauche de Saint-Pierre de Rome, là, oui,  près d’un tombeau, ni des représentations masculines sur les vases grecs du Vème siècle.

Le corps des femmes, c’est donc tout autre chose, et puis c’était le sujet du journal précédent. Quand même,  la Vénus de Milo…  même sans les bras.

C’était pour introduire un problème délicat dont on ne parle habituellement pas dans les médias : le viol des hommes par les femmes.

Je devine des sourires ou des manifestations de surprise.

Le Monde qui est un journal sérieux – je précise à cause des sourires – publie ce matin à la Une (version numérique) un article dans lequel des hommes racontent… et l’un d’eux décrit le blocage traumatique qui a suivi pendant cinq ans.

Je vous passe les commentaires goguenards, du genre : si un homme n’a pas envie d’une relation, il n’a pas d’érection – ce qui n’est pas le cas des hommes représentés sur les vases grecs auxquels je faisais allusion – un argument dont l’article explique la vanité. Je vous passe aussi les graveleux.

Les agressions sexuelles subies par les hommes sont quatre fois moins nombreux que celles dont sont victimes les femmes, et pour la quasi-totalité d’entre elles,  elles sont commises par d’autres hommes.

On connaît la formule du poète comique latin Plaute (3ème /2ème siècles avant notre ère) « Le loup est un loup pour l’homme… » dont on occulte la fin «  lorsqu’il ne sait pas quel homme il est » sans doute pour éviter de reconnaître qu’en toute connaissance de l’autre, le loup est beaucoup moins dangereux pour ses congénères que l’homme pour l’homme.

Journal –  26 – le corps de la femme (08/03/2024)

La pluie a pour effet de réduire le nombre d’étals sur le marché. Soit dit en passant – vous remarquerez que l’expression est parfaitement adaptée au marché – le pluriel étals permet de ne pas confondre avec les étaux que l’on trouve très rarement sur les étals des marchés forains.

Comme il pleut, les clients/demandes ne se déplacent pas ou moins et les forains/offres sont donc moins nombreux, puisqu’il est avéré que les uns viennent pour acheter et les autres pour vendre. D’où, marché. Oui, bon, mais il n’est pas inutile de rappeler les essentiels.

A propos de pluie, j’ai laissé le narrateur d’ Un hiver en Bretagne sous les trombes d’eau à la sortie de la supérette, mais je rappelle aux âmes sensibles qui pourraient s’inquiéter, qu’il est très bien équipé, et tout et tout comme on dit pour ne pas avoir à allonger inutilement la phrase et aller ainsi directement à l’essentiel.

L’essentiel d’aujourd’hui, à part la pluie, c’est la journée de la femme.

J’ai lu dans mon quotidien une longue interview de la philosophe Camille Froidevaux-Metterie qui propose l’analyse d’une réalité désormais bien connue, entre autres : « Le corps féminin est donc au cœur du féminisme ; c’est le lieu par excellence de la domination masculine .(…) En prenant le contrôle de leur « nature » procréatrice [contraception, avortement], les femmes peuvent enfin investir le monde social et devenir des individus de droits à part entière. »

Réalité bien connue, du moins par ceux qui veulent la connaître, et qui se heurte forcément à des points de vue différents, non seulement masculins mais aussi féminins. Le féminisme a des voix et des voies différentes, ce qui est le signe de la limite du problème quand il est exclusivement considéré comme « féminin ».

J’ai donc envoyé cette contribution :

«  Le droit de disposer de son corps n’a un sens libératoire que s’il devient le droit de disposer de sa vie, autrement dit, in fine, le droit de choisir le moment et les conditions de sa mort et – comme pour la naissance – l’aide appropriée. Ce qui implique que la mort soit reconnue comme un objet de savoir, donc d’enseignement. Si l’on considère que les rapports humains sont en grande partie déterminés par les stratégies de contournement (dont le machisme) de cette question d’autant plus angoissante qu’elle est déniée au motif qu’on ne saurait pas ce qu’est la mort, cette reconnaissance ne peut que contribuer à apaiser les relations humaines dont celle homme/femme. »

Une manière de rappeler que les hommes et les femmes appartiennent  à la même espèce, humaine, caractérisée par un « commun » spécifique.

Journal – 25 – USA – IVG : réactions (06/03/2024)

Mon deuxième acte ce matin, après avoir appuyé sur le bouton de la cafetière – c’est toujours mon premier acte pour des raisons qui touchent à la fois au temps dont a besoin la machine, au bruit qu’elle émet, une sorte de respiration, à l’odeur, et à l’urgence… Ah !  tout ce que peut contenir un geste ordinaire  ! mais là je m’égare dans le lyrisme matinal, tout de même nettement moins vibrant que celui du soir dans la lumière orangée d’un coucher de soleil qui… dont…  – je disais donc que mon deuxième acte fut d’aller voir sur Internet les résultats du « super Tuesday » des primaires aux USA.

Il y aura donc en novembre prochain un affrontement d’octogénaires, à moins que l’un des deux ne soit empêché par un accident d’octogénitude – néologisme qui veut rappeler que plus on est très vieux, plus on est très proche de la mort.  

Avec ce corollaire possible : quand on est vieux, surtout très vieux,  on risque d’être tenté par « après moi le déluge »…  ce que signifie peut-être le fait que, pour l’attribution d’un pouvoir qui a une incidence planétaire, sur 335 millions d’Etats-Uniens, seuls émergent deux octogénaires.

Au regard de la fonction à laquelle prétendent ces deux vieux et de la tension internationale créée par la guerre en Ukraine et à Gaza, il y a peut-être de quoi être inquiet – j’entends, pour continuer à vivre en paix relative – , surtout si, compte tenu de la tentative de coup d’Etat pour lequel il doit comparaître devant un tribunal, D. Trump est élu… Un impensable, dans le sens où un délit politique majeur est investi du pouvoir politique par l’élection.    

La cafetière ayant émis son soupir conclusif, je peux passer à l’acte du petit-déjeuner qui n’est pas petit pour moi – je ne parle pas de quantité mais de plaisir – avant d’ouvrir l’ordinateur.  

Je commence par jeter un coup d’œil à l’échange auquel j’ai participé dans les contributions à propos de l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution.

Il me semble utile de le reproduire. J’en dirai un mot juste après.

Voici.  

«  – Marilou48 : La plus grande honte de ces dernières années : la décadence est en marche grâce à Macron et ses scribes d’extrême gauche, wokiste. Il n’y a pas à être fier de tuer ainsi les vies, et de s’en réjouir ! Il aurait mieux valu qu’il ne vienne pas au monde cela aurait évité ce gâchis.

– Solon01 > Marilou48 : Bien d’accord. [ Sa contribution publiée avant : « Toute cette mascarade ne portera pas chance à notre pays. Comment peut-on applaudir à cette constitutionnalisation de ce droit de l’IVG qui n’est que le droit de tuer n’en déplaise à ses partisans un être conçu et en formation ayant une identité propre. Ce droit existait déjà pas en danger pourquoi ce cirque sordide clamé comme un message universel si ce n’est qu’une forme de prétention orgueilleuse et vaine d’un pays en faillite que ces esprits qui nous gouvernent ne savent redresser ? » ]

– Harry Haller > Marilou48: « Il aurait mieux valu qu’il ne vienne pas au monde ». Ah! Vous voyez que l’IVG peut avoir du bon.

– DFJ37 : Marilou, comme vous y allez. Il n’y de fierté qu’à l’autorisation des femmes à avoir le choix. Je suis pas pro MACRON mais j’applaudis et suis fier de la position de notre pays et de ses élus. Et en parlant d’extrême…un miroir vous orientera.

– Moi > Marilou :  Je comprends que vous soyez hostile à l’avortement – en soi, l’échec d’une contraception. Mais « tuer les vies » est un problème d’une autre nature, en ce sens, par exemple, que se nourrir implique nécessairement « tuer la vie », animaux ou plantes. Vous voulez sans doute dire « tuer un être humain ». Ce qui conduit à poser la question des critères qui en définisse le seuil d’existence. Le critère divin (tout embryon est un être humain-divin) n’est pas recevable en regard des guerres et des massacres commis au nom de Dieu. Le seul critère possible est humain : ce sont les hommes en société qui décident. Il y a, d’un côté, l’embryon et le fœtus, qui n’ont pas d’existence consciente, de l’autre, une femme. Quant à la réjouissance – elle peut être comprise comme indécente – elle ne concerne pas l’IVG en tant que telle, mais le statut de la femme qui est encore celle qui « paie » les erreurs.

– Solon01 :@jean pierre peyrard : guerres et massacres souvent proclamées au nom de Dieu mais sans l’accord de Dieu qui dans le Décalogue dit « Tu ne tueras pas ». Le Décalogue condamne aussi le principe de l’IVG.- Moi : >Solon01 : Oui. Seulement, qui a créé le contenu du Décalogue et qui l’a écrit ? La question se pose d’une manière plus générale pour les textes dits sacrés. Un exemple tout simple : la passion (Nouveau Testament) contient un monologue de Jésus au Mont des Oliviers, dont il est précisé qu’il s’est éloigné de ses disciples qui dorment.  Il est donc seul et il s’adresse à Dieu, son père. Comment l’évangéliste peut-il connaître le contenu de ce monologue ? Autrement dit, les textes sacrés, quelles que soient les religions, sont des créations humaines qui conduisent donc à des interprétations, sans fin et contradictoires : l’église chargée de veiller à l’application du Décalogue,  a tué, et en masse, avec la bénédiction du Pape, le successeur de l’apôtre Pierre.  Où voyez-vous que Dieu, qui peut tout, se soit manifesté d’une manière ou d’une autre pour protester ?

– Solon01 : Bien d’accord. »

Je parlais d’utilité. Cet échange est tout sauf un dialogue, puisqu’il n’y a pas de réponses sur l’un ou l’autre des points particuliers que je discute. Je peux l’interpréter cette absence de réponses précises, argumentées, soit comme  « ton discours ne sert à rien »,  soit comme « il en restera toujours quelque chose ».

Comme je me méfie de la séduction des apparences, j’ai tendance à choisir la deuxième interprétation.

Journal – 24 – RN – IVG (05/03/2024)

Il y a des jours où il n’est pas bon de se lever tôt, voire de se lever tout court.

Hier par exemple. Lundi. Le jour de la lune qui n’a pas une bonne connotation (le jour, pas la lune) sans doute parce qu’il vient juste après le dimanche, un jour de repos que certains vivent mal parce que les magasins sont fermés et que, juste après, il y a le lundi, le jour de la reprise du travail, sauf pour les coiffeurs et les retraités qui ont pu garder quand même quelques séquelles psychologiques de cette difficulté humaine à vivre hic et nunc – ici et maintenant. Il n’est pas donné à tout le monde de mettre le temps entre parenthèses.  Et puis, comme le chante le poète « Le lundi au soleil, c’est une chose que l’on n’aura jamais ». J’aime citer cette belle pensée dont je ne me lasse pas, malgré son côté un peu réducteur (cf. les coiffeurs et les retraités, surtout les coiffeurs retraités) et l’assimilation discutable de lundi au soleil à une chose.  Ça reste quand même beau.

Hier matin, donc, j’appuie sur le bouton du poste de radio et j’apprends que cinq mille personnes se sont déplacées à Marseille pour assister au lancement de la campagne du RN pour les élections européennes. Jusque-là, elle était bien rangée dans son étui de campagne et là, ce dimanche, à Marseille, devant cinq mille personnes, le chef l’a donc sortie de son étui pour la lancer. Ce qu’il vise est à la fois très simple et très beau : « Une Europe espace de civilisation (…) fidèle à ses racines chrétiennes et son héritage humaniste, une Europe de l’amour courtois et de l’égalité hommes-femmes. »

Comme la phrase du poète citée plus haut, c’est encore très beau. Plus que ça. L’image de la poésie d’Aliénor d’Aquitaine et des récits de Chrétien de Troyes sur la table de chevet du chef lanceur de campagne est si émouvante qu’elle donne envie de dire, comme pour les instants de grand bonheur « Waouh, c’est trop ! ». Bon. L’égalité hommes-femmes n’est pas vraiment ce qui constitue l’essentiel de l’amour courtois, mais la référence est pavée de bonnes intentions. Certains disent que l’enfer aussi. Des moroses, des pisse-froid.

J’ai quand même envoyé cette contribution au Monde tout en me reprochant amèrement mon mauvais esprit, insensible au lyrisme d’une invite à partager cet idéal, pur, de « vrai François », dépourvue de toute arrière-pensée, sinon de pensée tout court.

« Cette civilisation européenne, occidentale, chrétienne, donc de l’amour courtois, est aussi celle des croisades, des guerres de religion, de l’esclavage, de l’Inquisition, de la colonisation, d’épopées continuelles de guerres, du nazisme auquel a collaboré une France très préoccupée d’identité et de préférence (cf. les lois anti-juives et la rafle du Vel d’Hiv)… entre autres marques d’un amour dont la courtoisie n’a pas toujours été bien comprise de ceux qu’il étreignait. »

Quand même, cinq mille personnes… Et est-ce qu’elles ont écouté « l’amour courtois » sans l’envie de rire ?  

Le RN, c’était le matin. Le soir, l’IVG, à Versailles. 

Là, je redeviens sérieux par-devant. Jusque-là je ne l’étais que par-derrière.

J’ai déjà expliqué mon point de vue sur cette question.

Je le rappelle dans cette contribution envoyée au même journal :

« Nous sommes passés à côté de l’essentiel. Une IVG (hors thérapie et viol) est le résultat d’un échec de contraception (quelle femme choisirait plutôt l’IVG qu’un outil contraceptif ?) et inscrire dans la Constitution (ce qui détermine les fondements de l’existence de l’individu dans le cadre de la collectivité)  l’échec, en tant que principe, n’est pas adéquat. L’essentiel – je laisse le choix de la formulation aux spécialistes : tout être humain dispose du droit de disposer de son corps et d’obtenir l’aide médicale adaptée (contraception, naissance, IVG, maladie, euthanasie…) ».

Là, il est 11 h 00, le ciel est bleu par-dessus le vasistas.

Journal – 23 – Israël-Palestine – D.Trump (03/03/23024)

Comme tous les dimanches, lever tôt pour écouter sur France Musique l’émission dédiée à la musique de Bach ( 7 h 00 > 9 h 00). Je précise que je me lève également tôt de bonne heure les autres jours aussi, mais là, c’est dimanche.  L’animatrice explique ce qu’est la sarabande (caractérisée par des suspensions dans la mélodie) qu’elle illustre notamment par l’aria d’Alminera – jeune fille enfermée de force, séparée  de celui qu’elle aime –   dans le Rinaldo de Haendel : Lascia ch’io pianga / Mia cruda sorte / e che sospiri / la liberta  = Laisse-moi pleurer / sur mon sort cruel / et soupirer / à la liberté.  Je ne saurai trop vous conseiller de l’écouter. Je vous le conseille donc plus que trop.

La légèreté avant de retrouver le lourd grave et dramatique à Gaza et aux USA.

Trois contributions envoyées au Monde et publiées.

Les deux premières concernent Gaza et une agression dont a été victime un homme sortant d’une synagogue à Paris, vendredi.

La troisième les nouvelles victoires de D. Trump aux primaires du parti républicain et sa probable désignation comme candidat.

Les lecteurs habituels du blog ne seront pas surpris.

1 – Le 7 octobre est un épisode du conflit qui oppose de manière dissymétrique depuis près de 80 ans Israéliens et Palestiniens. Ne pas le reconnaître en disant que la guerre a commencé à cette date, contribue à alimenter ce conflit dont la permanence sans issue visible ne peut pas ne pas être significative d’un problème existentiel de l’un et l’autre peuples (cf. assassinat d’I. Rabin). Face à l’impuissance de l’Autorité Palestinienne, l’émergence du Hamas – extrémisme religieux – en est un autre épisode et lui coller l’étiquette « terrorisme » en guise d’explication participe du même déni qui ne veut pas voir le « processus » et refuse la coresponsabilité. Les rapports entre les deux peuples sont de force et de violence que la politique israélienne de colonisation brutale et d’humiliation ne peut qu’accentuer. Ce qui se passe à Gaza prépare un nouveau 7 octobre.

2 – Le déni consiste à faire comme si on ne savait pas que la démesure produit la démesure, en particulier chez ceux qui se laissent dominer par leurs affects. Ceux qui protestent contre le dernier paragraphe de l’article* sont dans le même déni : ce qui se passe à Gaza – une démesure s’il en est – annonce un nouveau 7 octobre qui n’est qu’un épisode d’un conflit dissymétrique, autrement dit un processus enclenché il y a 80 ans, et sans issue visible.  L’un et l’autre peuple souffrent donc apparemment, à des degrés différents, d’un problème existentiel majeur, quelque chose comme un interdit d’exister qui les conduit à tuer et se faire tuer de peur de mourir. Autrement dit, il importe de parler de coresponsabilité.

* l’auteur de l’article rapproche l’événement de la situation à Gaza.

3 – « America first ! » = un « Moi d’abord ! », une tendance planétaire (Russie, Argentine, Brésil – Bolsonaro est toujours là -, extrêmes-droites en Europe…) qui veut combler le vide du « commun » creusé par l’implosion soviétique à la fin des années 80 (émergence concomitante du « terrorisme » international => crimes de désespérance) et la disparition de l’hypothèse même d’une alternative au capitalisme. L’équation être = avoir + qui le fonde devient donc le seul credo qui conduit à se jeter dans l’abîme (cf. le changement climatique) de peur d’y tomber. D. Trump et V Poutine sont, au plan international, deux incarnations, pathétiques, sidérantes et effrayantes, de ce que signifie ce « moi d’abord ! » des petites machines d’angoisse individuelles. Il est urgent de redéfinir ce qui nous est commun, en tant qu’espèce.

Journal – 22 – Le cercle rouge (29/02/2024)

La prochaine fois, ce sera en 2028. Tout a été dit à propos du 29 février, sauf  – et personne n’en parle – qu’il repousse d’un jour le 1er mars.

Les Romains nommaient ce premier jour de mars Calendes (d’où calendrier)  – terme ignoré des Grecs… d’où « calendes grecques » pour signifier « jamais ».  

Mars fut longtemps le premier mois de l’année romaine, d’où septembre  (7), octobre (8),  novembre (9) et décembre (10), alors qu’ils sont les 9ème, 10ème, 11ème et 12ème mois de notre calendrier.

Mars, comme l’on sait,  était le dieu de la guerre.

Je serais donc assez partisan de repousser davantage, le plus loin possible même, ce 1er mars, autrement dit d’allonger d’autant le mois de février, mois de purification (februare = purifier).

Décider de commencer l’année avec Mars est significatif d’une conception de la vie,  comme le fait qu’il n’y ait pas eu de mois de la paix chez les Romains, et qu’il n’y en ait pas non plus chez nous.

Hier, c’était donc le 28, et j’ai revu pour la énième fois Le cercle rouge (1970), de Jean-Pierre Melville, puisque c’est ce jour-là qu’il était proposé à la télévision.  

Pour moi, un cran au-dessous de Le deuxième souffle (1966), mais (avec Le Samouraï – 1967) un modèle d’épure, en particulier dans l’économie du dialogue (la séquence du cambriolage est d’anthologie).

Il est question d’hommes, d’amitié, de violence, de pièges, dans un contexte de prison, de police, de cambriolage… sur un fond de ce qui n’est pas vraiment un optimisme béat : « Tous coupables » répète de manière sentencieuse le chef de la police des polices.

Corollaire : les seules personnages féminins représentés sont, la femme, vite entrevue, qui a abandonné son compagnon alors qu’il était en prison, des danseuses court-vêtues dans un club où les serveuses sont en petites culottes et dont l’une, sans le moindre mot, tendra à l’abandonné une rose rouge annonciatrice de sa mort.

Quand même, André Bourvil, dans un rôle  « sérieux » – malade, il mourra quelques mois plus tard – et ses chats, les seuls êtres susceptibles d’être caressés. Et encore.

Vivement avril.

Journal – 21 – IVG / CNews (27/02/2024)

Hier et avant-hier, incursion en Camargue pour rencontrer certains de mes petits-enfants (ils s’y trouvaient pour des raisons de vacances et de cheval), et non l’inverse qui aurait un côté nettement surréaliste.

J’aime bien ces espaces d’horizontalité et de roseaux, d’eau, d’oiseaux qui rappellent un peu la Dombes où j’ai vécu quelques années et où le climat est plus rude.

Je rappelle aux lecteurs oublieux que c’est là, en Camargue, que Johnny chanta – au siècle dernier – pour et dans l’inoubliable film « D’où viens-tu Johnny ? » (il venait donc de Camargue) « Pour moi la vie va commencer (…) dans ce pays »… Ce pays, (donc la Camargue), où, chantait-il encore, « mes parents «avaient gardé mon cœur d’enfant ». On peut dire ce qu’on veut, le lyrisme, c’est quand même quelque chose.

De retour, je retrouve Internet – la Camargue a un rapport fluctuant avec lui –    et l’actualité dont le lyrisme est souvent celui de dissonances.

CNews est une chaine de télévision dont le propriétaire est V. Bolloré, catholique, conservateur, soutien d’E. Zemmour, milliardaire et spéculateur dont j’ai dit je ne sais plus où – à propos du précepte christique « Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent » – qu’il était la figure émouvante de la douloureuse synthèse du Dieu d’amour et de l’amour de l’argent. Un instant, je vous prie…  L’émotion passée, je n’ai pas besoin de préciser ( ça s’appelle de la prétérition) que je ne regarde jamais cette chaine dont le choix du nom a dû être inspiré par FoxNews, la chaine newyorkaise porte-voix du discours trumpien ou trumpiste… trumpeur ?

Le Monde publiait ce matin – à 9 h 00 l’heure habituelle, tardive pour ceux qui se lèvent tôt de bonne heure – l’information ; « CNews assimile l’IVG à une « cause de mortalité » et présente ses excuses », avec cette précision : « Le présentateur de l’émission a présenté l’avortement comme « la première cause de mortalité dans le monde » avec « 73 millions en 2022, soit 52 % des décès ». « Pour le cancer, c’est 10 millions ; et pour le tabac, c’est 6,2 millions », a-t-il ajouté. »

J’ai écouté sur Internet les excuses présentées par l’animatrice Laurence Ferrari – elle n’a pas de lien de parenté avec les voitures de course – qui me paraissent sincères, notamment quand elle ajoute son point de vue personnel.

Le hic, ou l’os, est, comme le diable (habituellement je n’y crois pas, mais là, oui) dans les détails, donc dans l’expression « La chaîne CNews présente ses excuses à ses téléspectateurs pour cette erreur qui n’aurait pas dû se produire. »

Vous avez remarqué ? Non ?

« Une erreur qui n’aurait pas dû se produire » implique que l’erreur a sa propre existence (comme un artiste qui « se produit ») et que c’est elle qui est responsable de sa production.

Autrement dit, il n’y avait rien, absolument rien d’intentionnel dans la production de ce qui n’était pas présenté comme une opinion mais une information.

Une information qui, mine de rien, là, comme ça, laisse entendre, en filigrane sournois, que l’IVG étant la mort d’un individu, une mort donnée, ceux qui la pratiquent sont des assassins.

Le diable, disais-je.

Journal – 20 – Cinéma (25/02/2024)

J’ai revu hier Anatomie d’une chute qui vient d’obtenir plusieurs « Césars » (pas Jules, le sculpteur) lors de la cérémonie que je n’ai pas regardée. C’est peu dire que je n’apprécie pas ces entre-soi convenus et congratulants.

La première fois, c’était fin décembre. J’avais apprécié. J’aime bien les procès au cinéma.

Hier, c’était nettement plus mitigé. Si la problématique – les stéréotypes du couple, de la famille, de l’individu, de la culpabilité – est bien posée, la réalisation m’est apparue bancale, avec des passages à vide. Les extérieurs notamment. Et puis, le personnage de l’enfant…

Bref, je n’ai pas envie de le revoir. Alors que A History of violence de David Cronenberg, que j’ai aussi revu, oui. Peu importent les faiblesses : l’œil derrière la caméra n’est pas le même.

J’ai lu dans mon journal le discours de Judith Godrèche dans lequel elle pose à ses collègues en paillettes la question de leur silence sur les violences subies – principalement par les actrices – en référence à celles dont elle accuse Benoît Jacquot et Jacques Doillon.

Je ne suis pas à l’aise avec cette affaire parce que je sens quelque chose d’inadéquat.

En ce sens que les comportements de type séducteur/prédateur des réalisateurs mis en cause étaient bien connus de tous ceux qui connaissent le fonctionnement du cinéma. Télérama a entrepris un mea culpa (le magazine est d’inspiration « catholique de gauche ») du genre : nous savions et nous n’avons pas voulu voir.

Le problème peut se poser autrement.

Voici la contribution que j’ai envoyée au Monde  : 

La distorsion entre sa fabrication et le film monté pose la question de la réalité de la vie des acteurs dont l’exercice du métier implique une rupture avec le réel du temps et de l’espace ordinaires, et avec les normes qui y sont appliquées. Ils vivent le temps du tournage dans un monde clos, et ce qu’ils représentent permet de projeter les fantasmes du hors-normes et de la transgression. Ils choisissent un métier où le corps cesse d’être celui du sujet, tenté – c’est peut-être ce qu’ils recherchent plus ou moins consciemment – de confondre ce qu’il est dans la fabrication du film – objet pour une création – et le personnage/sujet du film qui n’est qu’artefact. Le problème majeur est celui du corps/objet (dans la peinture aussi) défini par les constructions sociales qu’apportent sur le plateau, plus ou moins consciemment, le réalisateur et les acteurs, et dont les fondements historiques, moraux, idéologiques, sont désormais remis en cause par une démarche qui n’est plus de « valeurs morales » mais éthique.

J’ajoute que cette remise en cause dans le monde du cinéma me semble un signe du désarroi global dont je parle souvent dans mes articles : la référence aux « valeurs » ne fonctionne plus parce que le système binaire bien / mal est appuyé sur la religion chrétienne qui ne fonctionne plus non plus, et que les deux paradis de compensation sont obsolètes.

Le débat est encore confus, la distinction valeurs/principes n’est pas faite, ce dont témoigne la persistance de l’utilisation de valeurs alors que l’éthique est affaire de principes, autrement dit de données (biologiques/corps, psychiques/esprit) objectives, de portée universelle.

Journal- 19 – Missak Manouchian (22/02/2024)

Hier, mercredi, en fin d’après-midi, cérémonie de « panthéonisation » de Missak et Mélinée Manouchian, quatre-vingts ans après les exécutions par fusillade au Mont-Valérien des 22 hommes du groupe FTP-MOI.

Pourquoi maintenant ?

Le « I » de MOI est l’initiale d’ immigrée (main d’œuvre immigrée).

Le gouvernement d’E. Macron a récemment fait voter une loi sur l’immigration dont M. Le Pen a dit qu’elle témoignait d’une victoire idéologique du RN (droit du sol, préférence nationale), et son président, J. Bardella, a annoncé la tenue à Marseille d’assises sur l’immigration, début mars. Les sondages donnent une large avance à la liste du RN (près de 10 points) sur celle de la liste Renaissance du président de la République pour les prochaines élections européennes de juin. La gauche est en miettes

J’ai regardé la cérémonie à la télévision.

Les deux cercueils étaient portés par des soldats de la légion étrangère à la démarche lente et sûre. Une « force tranquille » montant la rue Soufflot, sous une pluie battante. Au bout, le Panthéon, temple laïc néo-classique, illuminé de bleu-blanc-rouge.

Les moments où l’émotion fut la plus forte : la lecture des poèmes écrits par Manouchian, celle, par Patrick Bruel, de sa lettre à sa femme la veille de son exécution, l’interprétation par le groupe Feu ! Chatterton de L’affiche rouge  (poème d’Aragon, mis en musique par L. Ferré) – le chanteur Arthur Teboul fut bouleversant – enfin l’interprétation par la violoncelliste Astrig Siranossian, du Grounk l’oiseau d’Arménie, quand les deux cercueils, portés par des membres de la Garde républicaine, franchirent les portes.

Pour finir, le discours d’E. Macron. En harmonie avec l’ensemble du décorum. Un lyrisme disons maîtrisé avec une recherche d’effets émotionnels par des procédés de style bien connus : notamment l’anaphore :  « est-ce ainsi que les hommes vivent ? » (Aragon) devenant à la fin « est-ce ainsi que les hommes meurent ? ».

Pour moi, quelque chose de bancal, d’inadéquat quand je pense à ce qu’aurait pu être une cérémonie « autre ».

Les cercueils portés et les poèmes lus par des gens, sans uniforme, comme ceux du groupe, des immigrés.  

Un discours qui construise la problématique de l’immigration – elle rejoint celle du « commun » qui sous-tendait l’engagement de Missak Manouchian – en mettant en parallèle celui des années 40 et celui d’aujourd’hui.

Rien, dans le discours présidentiel, pas un mot sur ce problème majeur qui n’en est donc pas un.

Des porteurs immigrés et la sollicitation de la pensée collective auraient sans doute évité un impensable : la présence de M. Le Pen qui, à elle seule, suffit à révéler que les propos universalistes du discours présidentiel ne sont qu’une  littérature  d’artefacts, l’exact inverse de celle de Missak Manouchian.

Journal – 18 (19/02/2024)

Ce matin, je réalise brusquement que, depuis quelques publications déjà, j’omets de préciser l’heure à laquelle je me lève de bonne heure pour éviter le temps perdu… et en écrivant j’omets, je remarque que je pense à l’apothicaire Homais de Madame Bovary. Un odieux s’il en est. Et certains disent que la vie est simple ! C’est pas pour dire mais quand même.

J’ai deux complications toutes personnelles et de nature différente.

D’abord celle des Jeux Olympiques – pour les esprits distraits ou peu préoccupés par l’essentiel, ils se dérouleront cet été à Paris. Il en est donc de plus en plus souvent question à la radio.

Ma complication vient du fait que ce qui en est dit ne concerne jamais les sports, non, je vous assure, mais toujours les problèmes de sécurité, de policiers, de gendarmes, de militaires et aussi de drones capables de détecter tout mouvement suspect dans la foule.  

Est-ce qu’on peut jouer par tous les temps ? Je pense à 1936… La pandémie actuelle de l’idéologie d’extrême-droite… La guerre en Ukraine, les massacres à Gaza… Est-ce que « ne pas jouer » les jeux ne pourrait pas aider à ouvrir les yeux ? Oui. Mais la machine est lancée et ne pas jouer suppose un discours que personne ou presque n’a envie de prononcer.

Bon, d’accord, je me complique. D’autant qu’il y a quand même une bonne nouvelle : les bouquinistes des quais de Seine pourront laisser leurs casiers à livres.

Ma seconde complication vient de l’interview d’E. Macron au journal L’Humanité dans laquelle « il veut convaincre qu’il ne mène pas une politique d’extrême-droite », titre Le Monde qui n’est donc pas un journal jaloux.

J’ai lu des extraits. Il fait entrer Michel et Mélinée Manouchian au Panthéon et une plaque portant les noms des membres du groupe de FTP-MOI fusillés au Mont Valérien par les nazis y sera scellée. Tous, sauf Olga Bancic. Elle, a été torturée à coups de nerfs de bœuf puis emmenée à Stuttgart pour y être guillotinée le 10 mai 1944… Le comportement nazi plonge dans un effarement sans fond.

Difficile de continuer après ça. Et puis, l’émission, hier soir, à la télévision, sur la Rafle du Vel d’Hiv, et celle, moins connue de 1941, que raconte Anne Sinclair dont le grand-père fut arrêté, chez lui, un matin, à l’aube parce qu’il était juif… Tous ces Français, politiques, hauts fonctionnaires, policiers, tous bien de souche, qui organisent méthodiquement les arrestations d’hommes, de femmes et d’enfants pour qu’ils soient assassinés par les nazis… L’une des survivantes raconte que son père lui disait « En France, le pays des droits de l’homme, de Voltaire, de Rousseau, de Diderot, nous ne risquons rien… »

Je fais une pause avec Bach.

(…)

Dur, même avec Bach.

Voici ma contribution envoyée au Monde. Elle ne surprendra pas ceux qui lisent le blog.

« S’il ne se réclame pas de l’idéologie de l’extrême-droite, le discours politique d’E. Macron – immigration (droit du sol, discriminations), laïcité (école privée, messe à Marseille, Hanoukka à l’Elysée), questions sociales (retraites, chômage) – conduit à élargir son audience en ce sens qu’il est celui du capitalisme (réussite « start up », traverser la route, ruissellement) et qu’il ignore la problématique du « commun ». Le développement du FN/RN commence à la fin des années 80 quand, avec l’implosion soviétique (le fiasco est le signe d’une définition inadéquate de ce « commun »), disparaît l’hypothèse d’une alternative au capitalisme (le système apparaît « nu ») ce qui génère un désarroi planétaire corrélé du fantasme du salut par le repli identitaire et l’immigré bouc-émissaire. Le seul discours de gauche possible, absent pour le moment, est celui d’une redéfinition du « commun objectif » de l’humanité à partir de la critique de l’équation capitaliste « être = avoir + ».

Il y a quelques années, E. Macron avait donné une interview au magazine d’extrême-droite Valeurs actuelles. Je ne me souviens pas si son intention était de convaincre qu’il ne menait pas une politique d’extrême-gauche.