Ce dimanche de Pâques 20 avril, nous étions dans la famille d’une de nos enfants et nous regardâmes ensemble (grands-parents, enfants, et petits-enfants adolescents) le film d’Edward Berger Conclave (2024).
Une historie inventée, farfelue, totalement invraisemblable et à la limite du sacrilège : il faut en effet un esprit vraiment tordu pour imaginer une assemblée de cardinaux réunis en conclave – littéralement « avec clé » (du latin cum = avec et clavis = clef) – pour élire (donc à huis clos) un nouveau pape et qui se livreraient à des entreprises sordides pour favoriser l’élection d’un tel plutôt que celle d’un autre tel, alors que, comme le rappelle le cardinal organisateur, la seule inspiration possible est l’Esprit-Saint. Je ne révèlerai pas la fin qui, elle, relève de la provocation scandaleuse pure et simple. Un pape qui ne serait pas un homme (mâle) à part entière ! Non, mais, et puis quoi encore ! Ah… J’en ai déjà trop dit !
La présence annoncée de D. Trump aux obsèques du pape François est heureusement là pour nous conforter dans cette certitude de la primauté de la spiritualité. S’il vient à Rome, c’est, outre l’amour qu’il éprouvait pour le Saint Père, pour des motifs exclusivement religieux. Et si le vice-président J.D. Vance était à Rome quelques jours avant la mort imminente du pape, c’était tout aussi exclusivement pour les célébrations du vendredi saint. C’est vrai, le pape avait eu des mots assez durs pour les politiciens constructeurs de murs d’exclusion, mais, bon, il est mort et les morts, on le sait, sont tous des « good guys ! » comme aime à le dire le président dans son langage de franche bonhommie.
Donc, nous avons regardé le film dimanche soir. Et le lendemain matin, qu’apprenons-nous ? Que le pape, le vrai, pas celui du film, le pape François est mort ! Le point d’exclamation pour signaler l’étonnement de ceux qui, dans la même situation, voudraient établir un lien entre les deux événements.
Non, il n’y en a pas. Quand même, il y en a peut-être un entre… Je le dis à voix très basse : mourir le lendemain de la résurrection, vous ne trouvez pas que ?
Ce n’est évidemment pas l’homme, la personne, que j’évoque ici avec une légèreté souriante, évidemment non, mais le chef d’une église et un discours religieux dont les lecteurs du blog savent qu’il n’est pas le mien.
Par exemple, j’ai entendu à la radio un prêtre interviewé déclarer qu’il demandait au pape d’intercéder auprès de Dieu pour apporter la paix à Gaza et en Ukraine.
Le renoncement à la pensée qu’implique cette déclaration et son présupposé sont tels que si j’étais Dieu, je crierais au blasphème.
Journal – 37 – L’amour du prochain de Monsieur Colosimo – (13/04/2025)
J-F Colosimo, éditeur et essayiste, participait à l’émission « L’esprit public » de ce dimanche 13/04/2025 (France Culture – 11 h 00 -12 h 00), dont la seconde partie traitait de l’aide à mourir, donc de l’euthanasie qui n’en finit pas d’être débattue à l’Assemblée nationale.
Monsieur Colosimo est chrétien – la précision a son importance – et il est très souvent désolé, sans qu’il soit possible de savoir quel type de lien relie ces deux caractéristiques, s’il y en a un.
Il est chrétien et hostile au suicide assisté.
Extraits :
– « Le suicide assisté ça correspond, dans notre société, au sens le plus large, je suis désolé de le dire, à un homicide. » Est-ce que son « je suis désolé » signifierait que cette largeur de sens dénote une étroitesse d’esprit ?
-« Quel législateur peut réellement affirmer qu’une fois ce principe établi, il sera correctement exécuté et deuxièmement qu’il ne connaîtra pas une forme d’inflation, où la situation de souffrance sera finalement ramené à la seule subjectivité de la personne sans qu’il n’y ait plus de contrôle. »
Là, on touche à des sommets de la pensée. Le risque d’une maladresse technique est en effet un argument décisif – on se demande pourquoi la chirurgie est autorisée – et le « risque d’inflation » (je traduis = on va tuer à tour de bras) témoigne de la grande idée qu’a ce monsieur de ses congénères qui, si je le comprends bien, n’attendent que l’autorisation du législateur pour assassiner légalement les malades dont ils veulent se débarrasser. Quant à la fin de la phrase, elle est à proprement parler une ineptie : qui peut dire la limite de sa souffrance, sinon celui qui souffre ? Est-ce que monsieur Colosimo pense à une machine ou à une autorité qui déciderait jusqu’où la souffrance doit être supportée ?
Cela n’est rien.
Le pire, le voici : à propos de la maladie de Charcot dont il vient de dire qu’elle est « terrible » , il ajoute « C’est terrible ce que je vais dire et je prie tous ceux qui sont proches de tels malades de m’en excuser mais les associations qui regroupent les gens malades et leur entourage c’est 0,01% de la société française, je suis désolé d’avoir à dire ça, donc, voyez la gestion de la mort change complètement chez nous, l’incinération, les enfants qui ne veulent pas faire d’enfants et aujourd’hui cette loi, ce sont des signes de nihilisme profond et c’est ça le véritable fond du problème. »
Là, ce n’est pas un sommet, c’est un abîme. Ce monsieur, chrétien, qui, normalement, aime son prochain comme lui-même, tire un trait sur ceux qui souffrent de cette maladie (je vous laisse le soin d’aller voir sur Internet les conditions de fin de vie) en leur refusant le droit à l’aide active qu’ils pourraient demander, au motif qu’ils ne sont pas assez nombreux.
Ce qu’il ne dit pas, c’est la raison pour laquelle il est hostile à l’euthanasie, à savoir que la vie appartient à Dieu. Et il ne le dit pas parce qu’il n’est plus soutenable d’en faire une loi. Qu’il le croie, très bien, mais qu’il trouve des arguments contournés pour ne pas avoir à le dire, cela s’appelle de l’hypocrisie. Qu’il s’arroge le droit d’estimer ce qui est bon pour les autres, cela s’appelle du totalitarisme. Enfin, qu’il résolve un problème de souffrance par l’arithmétique, cela n’a pas de nom en ce sens que c’est innommable.
Mais bon, il est désolé.
Journal – 36 – L’esprit et le corps de l’écrivain américain – (10/04/2025)
A la page 1 du Monde des livres – supplément du journal du vendredi – daté du 11 avril 2025, une déclaration de Colum McCann (né en 1965 à Dublin, il émigre à 21 ans aux USA qu’il parcourt avant de s’installer à New-York) introduisant une série d’articles intitulée « Les écrivains face à Trump ».
Le journal publie aussi un texte de Siri Hustvedt fondatrice en 2020, avec son mari Paul Auster, de l’association Writers againt Trum (Ecrivains contre Trump) renommée depuis Writers for Democratic Action (Ecrivains pour l’action démocratique).
Le responsable du Monde des Livres précise qu’un certain nombre d’auteurs sollicités n’ont pas voulu répondre à l’invitation du journal. La peur de représailles… aux USA!
Voici un extrait du texte de McCann :
« Je n’aurais jamais pensé dire ça un jour, mais nous sommes peut-être à l’orée d’un monde qui ne peut plus guérir. Mon propre corps a beau se révolter contre cette idée [il souffre de maux de tête dont il se demande si ce n’est pas une réaction à « l’attaque féroce qui frappe tous nos sens depuis deux mois »] le simple fait d’écrire ces mots m’envoie des décharges de douleur dans le crâne. »
D’abord, cette réponse Spinoza : « Personne n’a jusqu’à présent déterminé quel est le pouvoir du Corps, c’est-à-dire que, jusqu’à présent, l’expérience n’a enseigné à personne ce que le Corps est en mesure d’accomplir par les seules lois de la Nature, considérée seulement en tant que corporelle, et ce qu’il ne peut accomplir sans être déterminé par l’Esprit (…) Personne, jusqu’ici, n’a acquis une connaissance assez précise de la structure du Corps pour en expliquer toutes les fonctions (…) » [Ethique – essai rédigé vers 1670 et publié après la mort de son auteur en 1677 – III, Proposition 2, scolie – Edition de l’éclat p.259 ].
Trois cent cinquante ans plus tard, la remarque est toujours pertinente. Et elle le sera jusqu’au jour où nous disposerons d’appareils susceptibles de connaître l’effet des flux électriques et chimiques dans l’instant même où ils sont émis par une affection, positive ou négative, ainsi que leurs conséquences à court, moyen ou long terme.
Par exemple, savoir que l’exposition prolongée au soleil tel jour à telle heure va produire une modification chimique dont sont immédiatement perceptibles et effectifs les effets relativement mineurs (coup de soleil) mais dont les effets majeurs (carcinome ou mélanome) le seront dans trente ou quarante ans.
En l’occurrence, il s’agit de l’exposition à Trump qui n’a rien du soleil, sauf peut-être du « soleil noir » symbolique, qui n’est pas une cause, mais un effet. Parce que, dans l’exposition au soleil, tout se joue dans le « prolongée » qui implique une responsabilité.
Appliquées au monde humain organisé en sociétés, les possibilités du Corps (la majuscule de Spinoza, comme celle d’Esprit souligne les deux modes par lesquels nous existons, l’étendue et la pensée, celle de Nature pour signifier qu’elle remplace Dieu) nous sont un peu moins inconnues, surtout quand il s’agit d’un mélanome.
Journal – 35 – La défense de Klaus Barbie – ( 09/04/2025)
Antenne 2 diffusait hier le procès de Klaus Barbie qui se tint à Lyon en 1987. Le chef de la gestapo de Lyon entre 1942 et 1944 avait été exfiltré d’Allemagne en 1945 par les USA comme ils le firent pour d’autres nazis, en particulier les scientifiques et les spécialistes des services de police et du renseignement dont ils avaient besoin pour combattre l’ennemi désormais communiste. Barbie fut donc envoyé en Bolivie où il travailla sous un faux nom pour la Junte militaire alors au pouvoir. La démocratie revenue, il fut extradé en France où il fut jugé quarante ans après les faits qui lui valaient l’accusation de crime contre l’humanité, entre autres, l’arrestation et la déportation d’hommes, de femmes et d’enfants juifs, en particulier les enfants d’Izieu.
Témoignèrent des hommes et des femmes de Lyon rescapés des camps, qui avaient été arrêtés et torturés par Barbie et ses acolytes. Un indicible, exposé au tribunal dans la sidération.
En face des nombreux avocats de la partie civile et du procureur, l’avocat de la défense, Jacques Vergès, seul. Klaus Barbie amené depuis sa cellule, nia être qui il était, indiqua qu’il comparaissait en violation du droit, se tut et sur le conseil de son avocat, refusa de participer aux débats comme il en avait le droit. A l’exception d’une confrontation qui lui fut imposée, il resta donc dans sa cellule pendant les débats.
Jacques Vergès, demeura donc seul et tout, dans son attitude, son regard, indiqua qu’il jouissait de cette situation du « seul contre tous ».
L’accusation la plus importante visait la déportation des 44 enfants juifs réfugiés dans une maison dans la commune d’Izieu (Isère) et qui furent assassinés à Auschwitz. Cette maison est désormais transformée en musée. Il y a quelques années, j’ai emmené un de mes petits-fils qui m’a encore dit récemment la prégnance de cette visite.
La preuve de la responsabilité de Barbie fut apportée par Serge Klarsfeld qui trouva le télex envoyé par le SS à Berlin pour rendre compte de l’opération.
Quelle défense possible après les témoins qui, tous, avaient décrit la cruauté du SS ?
Au président du tribunal qui leur demandait comment, après quarante ans, ils pouvaient être sûrs de reconnaître celui qui, au début, niait être Barbie, tous répondirent « le regard et le sourire ».
Le regard et le sourire tels qu’ils apparurent dans les images retransmises par la caméra qui, sur décision de Robert Badinter, filma le procès : l’insupportable expression d’une jouissance. Cet homme qui avait torturé et tué, dans des conditions effroyables – il déclara, à la fin, qu’il avait seulement combattu les résistants pour qui il avait du respect – qui avait envoyé à la mort les 44 enfants d’Izieu – jouissait de sa jouissance et s’appliquait à le montrer. Comme si certaines connexions de sensibilité n’avaient jamais été établies.
Quelle défense ?
J. Vergès s’entoura au moment de la plaidoirie – deux jours – de deux collègues, l’un algérien, l’autre Noir,
Sa défense fut une attaque du colonialisme français dont ils rappelèrent les exactions et les massacres. Un pays chargé de ces crimes n’était pas habilité à juger un soldat qui avait obéi aux ordres en tant de guerre. J. Vergès termina en demandant la relaxe.
L’argument et ce qui le sous-tendait.
L’argument touchait un réel dont, par exemple, les massacres en Algérie, à Sétif, Guelma et Kherrata dans le cadre des célébrations de la fin de la guerre, le 8 mai 1945. L’assassinat d’un manifestant à Sétif brandissant un drapeau algérien déclencha un processus meurtrier qui dura jusqu’à la fin de juin (200 européens tués, entre 5000 et 30000 Algériens).
L’argument avait ceci de troublant qu’il mettait sur la table la problématique de la colonisation qui n’a jamais été construite par le pouvoir politique ni citée à comparaître, et qu’il aboutissait à la justification de la relaxe pour une série de crimes commis dans le cadre d’une entreprise d’extermination raciste, au motif d’une autre série de crimes commis dans le cadre d’une entreprise présentée comme analogue.
Autrement dit, est-ce que le nazisme et le colonialisme peuvent comparaître dans le même box des accusés pour le même procès ?
Ce qui le sous-tendait ?
Dans sa plaidoirie, l’avocat alla jusqu’à contester le témoignage d’une femme qui raconta comment, après l’avoir fait déshabillée, Barbie s’amusa d’elle avec un chien. Il ne se contenta pas de l’hypothèse pure, il posa crument la question de la position de la femme, de ce qu’il fallait supposer d’odeurs, donc de consentement de la femme pour que le chien soit excité.
Cette femme, il le savait, était dans la salle avec ses petits-enfants.
Ce qui sous-tendait l’argument colonialiste et, au-delà de l’argument, son acception du dossier – avec apparemment l’argent d’un banquier suisse – . était ce qu’il donnait à voir depuis le début : la jouissance du seul contre tous, l’expression notamment d’un narcissisme qui rappelait celui de l’accusé et qui se compliquait de sadisme.
Journal – 34 – l’enfant et le suicide – 03/04/2025)
Le Monde chapeaute son article de ce jour sur les hausses des taxes décidées par une photo où l’on voit D. Trump, derrière le macaron doré « Seal (=sceau) of the Président of United Sates , montrant depuis la Maison Blanche un tableau où figurent la liste des pays et, pour chacun d’eux, l’importance des changements douaniers.
L’image est, comme toutes celles où on le voit signer des piles de décrets avec de gros feutres noirs-phallus, celle de l’enfant espiègle qui dispose de la baguette magique de la toute-puissance (cf. The Seal) qui, ici, permet de violer les règles du commerce international en vigueur depuis la fin de la deuxième guerre mondiale – en particulier les décision unilatérales et les discriminations.
Ce que l’enfant-président tient dans ses mains, c’est le monde, réduit à des lignes, toutes petites, à peine lisibles, alors que lui est grand. L’image rappelle celle du dictateur du film de Chaplin jouant avec une mappemonde gonflée comme un ballon.
Suicide ?
Le « marché » va forcément réagir. Mais le marché, c’est quoi ? Pas seulement des règles, des mécanismes et des principes, mais, dans le domaine de l’économie, la dimension émotionnelle, passionnelle, inconsciente qui nous caractérise en tant qu’individus et groupes humains.
J’en parlais avec mon coiffeur ce matin. Oui, il m’arrive de me faire couper les cheveux, et comme mon coiffeur aime bien discuter, nous discutâmes. Je précise que je ne plaisante pas, c’est vraiment vrai. J’ai nettement moins de cheveux sur le crâne. Il constatait que le monde ne va pas bien. Je lui ai alors demandé à quel moment il estimait le déclenchement de ce malaise. Début des années 90, m’a-t-il dit entre deux coups de ciseaux. Et que s’est-il passé à ce moment-là ? ai-je encore demandé calmement pour éviter un geste mal contrôlé. Il m’a parlé de chômage, de hausse des prix… dont il a reconnu qu’il ne s’agissait pas de faits très nouveaux.
Vous qui lisez le blog, vous savez la manière dont je lis l’implosion soviétique.
Je n’insiste pas. Quand même, il a dit que c’était intéressant. Entre autres, le fait que c’est à ce moment-là que s’est développé ce qu’on appelle « terrorisme international » et que je comprends comme des « crimes de désespérance ».
Nous en sommes restés là. Une petite vingtaine de minutes. Il utilise aussi une tondeuse, ce qui permet d’aller plus vite.
Je suis donc chez moi.
Le dernier exemple est l’attaque du Hamas, contre Israël, le 7 octobre 2023 que j’analyse comme un suicide collectif. Indépendamment de la partie « improvisation » qu’a pu produire l’absence de réaction défensive de l’armée israélienne sur le moment, la dissymétrie des forces, la politique du gouvernement de B. Netanyahou et l’isolement international excluait radicalement toute possibilité de « victoire » pour autant qu’il puisse en exister une dans ce contexte.
Crimes de désespérance et suicide, c’est quand « on n’a plus rien à perdre ».
Le déni du changement climatique qui met en cause la vie humaine sur la terre n’a sans doute pas été un facteur négligeable dans la réélection de D. Trump = plus fort que la mort.
Est-ce qu’il est l’incarnation au rire jaune de la fuite en avant juste avant le saut dans l’abîme ?
Est-ce que « le marché » dispose encore de ressources pour mettre un frein ?
Dans le film de Chaplin, la terre-ballon explose.
Journal – 33 – La condamnation – (31/03/2025)
De quoi s’agit-il ?
D’un détournement de fonds publics dont il est avéré qu’il a été organisé par la direction du FN/RN, dont sa présidente.
Quant à la peine, elle est prévue par la loi dont il faut rappeler que l’extrême-droite voulait, au moment de son vote, qu’elle soit plus forte que ce qu’elle est aujourd’hui. Certains réclamaient une inéligibilité à vie.
Que la Russie et la Hongrie dénoncent aussitôt l’absence de démocratie en France – est-il bien sûr que le RN apprécie ces réactions ? – suffit à attester que nous sommes bien dans un pays de droit.
Remarques sous forme de questionnement : que suppose l’organisation d’un tel détournement par une responsable politique trois fois candidate à l’élection présidentielle, deux fois présente au second tour et qui, mieux que tout autre, connaît la loi ?
La réponse partisane du RN et de ses alliés a été et sera : il n’y a pas eu d’escroquerie, c’est un montage politique.
L’argument implique alors la nullité des éléments factuels et matériels présentés pendant les débats, donc un juge « politique », « aux ordres », et comme aucun des médias n’a jamais évoqué cette hypothèse, il faut alors supposer qu’ils sont eux aussi, « aux ordres ». La Russie et la Hongrie en savent quelque chose.
Alors ?
L’Europe, la Commission européenne, les bureaucrates de Bruxelles sont les cibles privilégiées du RN et des mouvements dits « patriotes », ils sont présentés comme les responsables de « tout ce qui ne va pas », donc, pour un électorat convaincu que l’Europe est un danger pour la « patrie », voler l’Europe n’est pas vraiment un délit… Ce qui peut conduire à se dire et à se convaincre que les tribunaux y regarderont à deux fois avant de prendre le risque de heurter un électorat « patriote ».
Il n’est donc pas impossible que ce que ne supportent ni la Russie ni la Hongrie ni le RN (« Aujourd’hui, ce n’est pas seulement Marine Le Pen qui est injustement condamnée : c’est la démocratie française qui est exécutée » vient de déclarer J. Bardella ) soit le refus du tribunal d’introduire, via une condamnation édulcorée, le paramètre politique dans une affaire de détournement de fonds publics.
Journal – 32 – « Racisme anti-blanc », la dérive communiste – (26/03/2025).
Un article du Monde (26/05/2025) raconte que Fabien Roussel, secrétaire du Parti communiste, était interviewé sur la chaine CNews – propriété de V. Bolloré, milliardaire breton, catholique intégriste et qui milite ouvertement pour l’idéologie d’extrême-droite – et qu’à propos du « racisme anti-blanc » il a répondu au journaliste qui lui posait la question « bien sûr qu’il existe » en ajoutant « Mais le racisme anti-Blancs, le racisme anti-Noirs, le racisme anti-Chinois, anti-Asiatique (…) c’est terrible. Et vous savez ce que ça fait ce racisme de toutes sortes ? Il est fait pour diviser le peuple, pour diviser les Français, quelles que soient leur couleur et leurs origines ».
Ma contribution au journal :
« Le racisme est une des expressions du refus de la contingence de « moi ». « Moi » refusant, en tant qu’absolu fantasmé, que « l’autre » soit un « moi » égal parce qu’il n’a pas la même couleur de peau, de cheveux, le même visage etc. La tendance au racisme est donc une caractéristique humaine et « racisme anti-blanc » (comme anti-noir, ou anti- ce qu’on voudra ») est donc une tautologie (comme non-racisme anti-blanc etc).… sauf sur une chaine de télévision dont le discours, qui n’est pas celui de l’analyse (rapport entre les modes d’expression du racisme et les histoires nationales et internationales) mais d’une idéologie qui instrumentalise cette tendance pour l’exacerber, se trouve ainsi cautionné. »
La dérive : F. Roussel fait comme s’il ne savait pas que « d’où je parle », autrement dit le contexte dans lequel est tenu un discours est un élément constitutif de son sens. Quoi qu’il ait pu ajouter sur le racisme en général, l’impact décisif sera : l’existence du racisme blanc constitutif du discours idéologique d’extrême-droite de CNews, donc cautionné par le porte-parole d’un parti désigné comme l’ennemi par excellence de cette idéologie.
Cette dérive, et quel qu’en soit l’éventuel calcul politicien, témoigne d’une faille dans l’analyse du fait raciste qui n’a pas de rapport avec les classes sociales et dont la suite du propos « Et, pendant ce temps-là, je peux vous dire que les affaires prospèrent. Les financiers, le monde économique, pas de problème. Pendant qu’en bas, le peuple se déchire et se divise (…) et je suis meurtri par ça » est une illustration : la tendance au racisme est commune au monde d’en-haut et au monde d’en-bas.
« Parti communiste français », aujourd’hui, est le signe du déni de la raison essentielle du fiasco de l’expérimentation soviétique. La meurtrissure de son secrétaire est en l’enveloppe émotionnelle.
Journal -31 – « Face à l’obscurantisme woke » et la « norme » – (25/03/2025)
Face à l’obscurantisme woke est le titre d’un livre publié aux Presses Universitaires de France. Un ouvrage collectif. Le fond de couverture est noir, Face et Woke, en capitales grand format sont en rouge, ils encadrent verticalement à l’obscurantisme en capitales plus petites et blanches. En haut, en capitales encore plus petites et en blanc les trois noms de ceux qui ont dirigé la rédaction du livre.
L’effet est saisissant. Noir, rouge et blanc sont des couleurs privilégiées de l’iconographie nazie.
Rédigé avant l’élection de D. Trump, il dénonce les menaces idéologiques que le wokisme est censé faire peser sur la démarche universitaire. D. Trump élu, la publication a d’abord été retardée, signe du malaise provoqué par le renversement du rapport d’agression et la menace cette fois économique visant des champs universitaires censés propager le wokisme. Le livre sera finalement mis en vente en avril.
Les trois professeurs qui ont dirigé la rédaction du livre font partie de L’Observatoire Ethique Universitaire, lui-même soutenu, via son projet Périclès (= Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes) par le milliardaire catholique d’extrême-droite Pierre-Edouard Stérin émigré fiscal en Belgique depuis 2012. Le choix de Périclès n’est pas anodin, il renvoie à l’annexion de la Grèce antique par le nazisme.
On peut trouver dans la page d’accueil de L’Observatoire l’édito suivant :
« Un profond renversement des valeurs et des repères frappe aujourd’hui les sphères intellectuelle, éducative et sociale. Les idéologies identitaires dévoient les combats historiques pour l’égalité, les vidant de leur sens. Il est urgent de rétablir une pensée critique, armée de savoir et de rigueur, pour faire front contre cette mascarade qui brouille la transmission du réel. »
La présentation d’un des livres qui traite du colonialisme, écrit par celui qui dirige L’Observatoire, offre un bon exemple de ce que peut être une « pensée critique armée de savoir et de rigueur ».
« Tout en militant avec une intransigeance absolue pour une abolition totale ici, [du colonialisme], nous devons nous garder de toute tentative de jugement hâtif sur des sociétés non occidentales qui, elles, ont peut-être trouvé dans certaines formes de servitude un équilibre civilisationnel qu’il ne nous appartient pas de déconstruire. L’essentiel est d’abolir, encore et encore, en France uniquement. »
Si je rapproche les deux textes, « rétablir la pensée critique » passe donc par la construction d’un rapport harmonieux entre « servitude » et « équilibre civilisationnel ».
Tout cela en me gardant du « jugement » ennemi de la démarche universitaire quand il est « hâtif » ce qu’il n’est évidemment pas ici. Non. La pensée lente est au contraire tout en nuances, puisque il ne s’agirait que de « certaines formes de servitude » et que « l’équilibre civilisationnel » aurait été seulement « peut-être trouvé. »
En m’armant moi aussi de ce savoir et de cette rigueur, je parviendrai, sans jugement hâtif, à soutenir la thèse tout en nuances, elle aussi, que la société allemande a trouvé un équilibre civilisationnel entre 1933 et 1945. Oh ! je vous prie d’excuser ma précipitation : a peut-être trouvé…
L’écriture et la publication de ce livre de pensée critique urgente est une illustration de la dérive de plus en plus affirmée qui fait partie de la problématique de la norme : quand Martin Luther King organise sa manifestation contre la ségrégation, il propose de protester contre une norme considérée comme la norme allant de soi depuis des siècles de la hiérarchie raciale et c’est pour l’avoir contestée qu’il est assassiné. Quand est posée la question de l’intersectionnalité (tout individu se trouve objectivement à la croisée de chemins biologiques, sociaux, culturels etc.) se lève alors la protestation au nom de la norme de… mais de quoi, au juste ?
On peut s’en approcher en rappelant ce fait : pour montrer qu’une information est fausse, il faut une énergie et un temps sans commune mesure avec ceux de sa diffusion (cf. la calomnie), d’où le risque de démesure, corollaire de la démesure du faux.
La norme est celle du « moi » en rapport avec les « moi » analogues par les critères partagés (couleur de peau, croyances, valeurs…) qui servent de justification au refus du contingent (« moi » relatif) pour la proclamation d’un « moi » absolu (blanc = pureté, catholique = universel…) dont la fonction est, in fine, le déni de la mort telle qu’elle est via la validation de l’équation capitaliste… dont D. Trump, E. Musk, P.E. Stérin et les autres sont les figures dominantes aujourd’hui.
« America first ! » est l’expression de ce moi absolu, le « moi d’abord ! », variation du « moi au-dessus de tout » coloré du noir, rouge et blanc du nazisme.
Journal -30 – Trump, Poutine et Dieu – (19/03/2025)
Les esprits obsédés d’immanence objecteront qu’associer les trois revient à donner la dimension de la transcendance à deux présidents humains. Ils auront tout à fait raison. Mais bon.
D’abord, il convient de rappeler que président vient du latin praesidere (on devrait apprendre le latin) qui signifie être assis devant, puis protéger. Assis devant, ça correspond parfaitement aux deux, protéger… c’est nettement plus discutable, surtout s’il s’agit des autres, ceux qui ne sont pas eux.
Ensuite, il faut aborder la question de la spécificité divine, que je résumerai hardiment par le claquement de doigt. Du genre, que la lumière soit, et hop ! la lumière fut. Hop, ce n’est pas dans le texte mais je l’ai rajouté parce que c’est plus parlant, enfin, on voit mieux. De toute façon, il n’y avait pas de témoins. Parce que s’il y en avait eu un, ç’a aurait quand même compliqué les choses : vous imaginez, un homme qui aurait été là pour raconter, qui aurait su écrire sans être allé à l’école – il n’y en avait pas encore –, alors qu’il n’y avait ni stylo, ni encre, ni papier ni ordinateur ni imprimante et que l’être humain n’avait pas encore été créé ! Reconnaissez qu’à côté de ça, la question de savoir si c’est la poule ou l’œuf qui a commencé, c’est petit, tout petit petit.
Donc, tout le monde se souvient que, pendant la campagne électorale, D. Trump a assuré qu’il mettrait fin à la guerre d’Ukraine 48 heures. Trois ans de guerre, de destructions, de morts, un claquement de doigt, et hop ! tout s’arrête. Voilà, ça, c’est du Dieu, du vrai Dieu. Comme la lumière. Oui, d’accord, la lumière, c’est un commencement, pas un arrêt, mais pour l’Etre par excellence qui n’a pas commencé et qui ne finira pas, c’est pareil. Le truc, je le répète, c’est le claquement de doigts.
C’est facile quand on est un Dieu tout seul, là-haut, et qu’il n’y a personne pour témoigner que ça s’est vraiment passé comme ça.
C’est plus difficile quand on est deux à être Dieu, parce que l’un aura toujours envie d’empêcher le claquement de doigts de l’autre, histoire de dire : Dieu, le vrai Dieu, c’est pas lui, c’est moi !
L’autre Dieu, V. Poutine, avait dit : Je veux l’Ukraine, et hop !… Seulement lui, il est plus malin, il n’avait pas fixé de date.
Le retard, pour Dieu-Trump, c’est très dommageable. A force de ne pas tenir le timing, on finit par semer le doute. Supposons que le Dieu de la lumière ait dû s’y reprendre à deux ou trois fois, je sais pas moi, un fusible qui n’allait pas ou un fil mal connecté, et supposez qu’il y ait un témoin pour raconter, vous imaginez les sourires en coin ? Il y en a qui finiraient par ne plus y croire.
Et, là, les témoins, il n’y en a pas un ou deux ou trois, il y en a des millions qui voient bien que le claquement de doigts de Dieu-Trump ne marche pas.
L’issue pour lui, c’est un problème dont il sera sûr qu’il pourra le régler par le claquement de doigts. Un problème international, parce que le coup des ennemis de l’intérieur, comme les soi-disant scientifiques qui utilisent les mots vides de sens comme « historiquement, socio-culturel, socio-économique, diversité, transsexuels… » ça ne rapporte pas énormément, et puis, ces interdictions de vocabulaire, ça fait quand même cuisine interne avec un air de basse besogne.
Le Canada, le Groenland, ça n’a pas l’air de marcher très fort. Israël… Même si Dieu-Trump dit qu’il donne son accord, c’est quand même B. Netanyahou qui qui cogne – et hop ! quatre-cents morts – , histoire de retarder les échéances judiciaires qui l’attendent au tournant. Gaza-Riviera ça n’a pas l’air de prendre, et de toute façon, ce n’est pas pour demain.
Le risque majeur, pour Dieu-Trump, ce sont les archanges de Wall Street. A la différence des autres, ceux du début, ils se sont faits eux-mêmes et sont venus avec leurs ailes, leurs plumes et leur panoplie. Les archanges du tout début, ils étaient des créatures du tout premier Dieu, celui de la lumière, qui les avait pourvus de tout l’attirail archangélique. Ça n’a pas empêché l’un d’entre eux de se retourner contre lui. Lucifer. C’est encore du latin qui veut dit « porteur de lumière ». Pas l’électrique, mais la lumière du savoir dont le Dieu électricien ne voulait pas entendre parler. Lui, il avait interdit le mot savoir et tout ce qu’il y avait dedans.
Peut-être que Dieu-Trump n’a pas lu la Genèse ?
Journal -29 – Dialogue sur l’OTAN – (16/03/2025)
Voici la contribution que j’ai envoyée (14/03/2025) au Monde à propos d’un article concernant la course à l’armement.
« Et pour vous, parler d’armement, de guerre, comme on parle de fabrication d’objets banals, ça va de soi ? Est-ce que la banalisation de ce discours n’a aucune importance dans l’aggravation d’un processus qui n’est accompagné d’aucune problématique ? Est-ce que les forces occidentales de l’OTAN n’ont pas de responsabilités dans la mise en route, à la fin des années 1980, de ce processus qui a abouti à l’arrivée au pouvoir de V. Poutine ? »
1er commentaire :
« RN et LFI partagent le bon vieux mythe de l’agression de la gentille Russie par la méchante OTAN. C’est du même acabit qu’accuser une fille violée d’avoir provoqué son agresseur. Témoignage d’une mentalité déplorable. »
Ma réponse :
« Au début des années 90, le Pacte de Varsovie qui avait été conclu en réponse à l’OTAN, a disparu avec l’implosion soviétique. Si les membres de l’OTAN –conçu dans le cadre de l’affrontement avec le monde communiste, donc désormais sans objet – avait alors décidé de proposer une négociation avec la Russie pour redéfinir les relations est-ouest dans un cadre économique et militaire diffèrent, peut-être que se serait mis en route un autre processus qui aurait évité l’émergence de V. Poutine dont la politique est en partie dictée par ce qui a pu être ressenti alors comme un mépris de la Russie, et qui s’est traduit par l’invasion de l’Ukraine. Votre réponse par des étiquettes et une comparaison inappropriée revient à faire de cette agression une cause en soi. »
2ème commentaire :
« Effectivement dans une relation quand ça ne va pas ou plus bien on est en droit de se poser la question des responsabilités de chaque partie. Je me suis donc posé la même question concernant une éventuelle responsabilité de l’Occident dans le fait qu’on aboutisse à une relation de conflit avec la Russie. Personnellement je n’ai jamais été amené à lire ou entendre une analyse sur ce sujet. Par contre je constate que des entreprises européennes sont allées s’installer en Russie, que l’Europe a acheté du gaz à la Russie, donc la Russie n a pas été ostracisée par l’occident. Par contre pour ce que j’en ai compris la Russie n’est pas une vraie démocratie, et sous la coupe de mafieux. Ce type de régime décourage les bonnes volontés pour investir, et effectivement il engendre des problèmes économiques que ses dirigeants tentent d’expliquer par la faute à l’étranger, et résoudre en allant voler ailleurs. À quel moment aurait-on pu tenter quoi, je ne sais dire. »
Ma réponse :
« Le problème que vous mettez en évidence s’explique à mon sens par les contradictions entre le discours historique, fondateur, de l’URSS, le capitalisme débridé du moment (après l’implosion) où des oligarques ont cru qu’ils allaient dicter la politique et la reprise en mains par V. Poutine qui a gardé du discours fondateur la dimension « empire » dans le cadre d’une économie qui balance entre le capitalisme et le monopole d’état. Outre celle de l’OTAN, la responsabilité des puissances occidentales est à chercher dans le soutien aux oligarques. La dictature n’arrive jamais par hasard ou par la décision d’un homme. Les Russes ont applaudi Poutine parce qu’il leur a proposé un discours qui les réinstallait dans leur histoire. »
3ème commentaire :
« L’OTAN et l’URSS puis la Russie n’ont cessé de discuter de la sécurité en Europe, dès 1989. Je cite Wikipédia : Les contacts et la coopération officiels entre la Russie et l’OTAN ont débuté en 1991 dans le cadre du Conseil de coopération nord-atlantique (renommé plus tard Conseil de partenariat euro-atlantique). Ils ont été approfondis par l’adhésion de la Russie au programme du Partenariat pour la paix le 22 juin 1994. »
Ma réponse :
« Oui, c’est juste, mais l’OTAN fut le maître du jeu et à aucun moment n’a été envisagée dans les discussions une dissolution de l’organisation en vue d’une autre structure incluant la Russie et les autres signataires. »