Journal 89 – les points d’appui – (25/09/2024)

Pour le corps, ça va, on sait :  les deux pieds au bout des jambes, l’œil scrutateur et les bras comme des balanciers.

L’esprit, lui, n’a ni jambes ni pieds, seulement un cerveau avec une centaine de milliards de neurones qui passent leur temps à se connecter à la recherche de points d’appui. Cent milliards de neurones pour un seul cerveau, c’est déjà beaucoup, mais quand vous multipliez par le nombre d’habitants sur la planète et que vous pensez aux milliards de milliards de milliards de combinaisons différentes qui se réalisent à chaque seconde, vous comprenez pourquoi les petites machines individuelle et la grande machinerie globale ont des ratés.

L’ONU en est la caisse de résonance. Dans son principe, cette organisation est le point d’appui de la raison commune contre les déraisons particulières. En particulier son Assemblée générale où s’expriment actuellement les chefs d’Etat… sauf celui de la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de cette organisation, envahisseur de l’Ukraine, et contre lequel a été émis un mandat d’arrêt par la Cour pénale internationale pour crime de guerre.

Celui des Etats-Unis y a tenu son dernier discours. Comme il le fait régulièrement, il incite Israël à la modération tout en continuant de lui livrer des armes utilisées pour détruire l’enclave de Gaza (quarante mille morts) et éliminer le Hamas, attaquer maintenant le Liban (cinq cents personnes tuées par un récent bombardement) pour éliminer le Hezbollah, deux organisations religieuses extrémistes que la politique israélienne de colonisation et d’occupation célébrée et promue par des extrémistes religieux associés au gouvernement a contribué à créer.

Là, dans cette région du monde, où que vous vous appuyiez, les points d’appui lâchent.

Chez nous, le premier ministre téléphone à la chef du RN pour s’excuser des propos d’un de ses ministres qui rappelait que le RN ne fait partie de l’arc républicain. Il sait que son gouvernement est à la merci d’un vote du RN pour une motion de censure déposée par la gauche… arrivée en tête au second tour des législatives en grande partie au nom de l’arc républicain et à laquelle le président de la République a refusé la formation d’un gouvernement.

Il y a le chaos de la mythologie grecque, créateur de la structure du monde, mais le sens que nous lui donnons ordinairement est plutôt le contraire.

Restent nos petites machines particulières.

Je vous donne deux points d’appui.

La chorégraphie de Maurice Béjart (un diffusion hier sur Mezzo) pour accompagner la 9ème de Beethoven – en particulier, les deux premiers mouvements : la perfection des points d’appui des corps selon le rythme de la musique – et les symphonies de Bruckner – souvent diffusées sur la même chaine. J’ai déjà dû en parler. Les cuivres (cors, trombones, tuba) et les basses (contrebasses, timbales) pour des « chœurs » harmoniques qui vous remettent d’aplomb au cas où vous en auriez besoin. En particulier, la 4ème dirigée par S. Célibidache.

Journal 88 – cohérence politique – (22/09/2024)

« Le 22 septembre, aujourd’hui, je m’en fous » chantait Georges Brassens sans préciser l’année de la rupture amoureuse qui sert de support au thème de la chanson.

J’ai écouté ce matin, donc 22 septembre 2024, les réactions à la composition du gouvernement. Les plus fortes sont celles du NFP (Nouveau Front Populaire) qui constitue le groupe parlementaire majoritaire de l’Assemblée nationale.

Si elles expriment une hostilité, elle dénoncent surtout l’invraisemblable incohérence qui produit un gouvernement de droite – très à droite – alors que les élections législatives ont donné une majorité – relative – à l’union des partis de gauche.

La cohérence voulait que le président choisisse une personne de cette gauche unie – en l’occurrence Lucie Castets.

Il a au contraire choisi Michel Barnier membre d’un parti devenu minoritaire à l’Assemblée mais majoritaire au Sénat et dont la réputation est celle d’un habile négociateur (cf. le Brexit).

Cohérence ou incohérence ?

Incohérence formelle, relativement aux résultats électoraux.

Cohérence essentielle,  d’un point de vue politique.

La gauche n’est pas unie sur un programme de remplacement du système comme elle a pu l’être dans les années 70, mais sur un catalogue de mesures, et son succès électoral s’explique en grande partie par le barrage contre le RN.

Autrement dit, le choix d’un gouvernement de droite correspond à la réalité politique sclérosée par l’absence du discours de gauche.

L’incohérence de certaines nominations ministérielles (Education Nationale, surtout) sont les signes de l’absurdité d’un monde perdu, sans perspectives.

En témoigne aussi la faiblesse des manifestations de protestation organisées hier un peu partout.

« Et c’est triste de n’être plus triste sans vous », conclut Brassens.

Journal 87 – l’abbé, les talibans, le mari – (20/09/2024)

L’abbé Pierre, les talibans d’Afghanistan, le procès de Mazan (D. Pélicot – cf. 03/09/2024))

« Saint », disait-« on » de l’abbé Pierre. Le latin sanctus vient d’un verbe (sancire) qui signifie « rendre inviolable par un acte religieux ». Appliqué à l’abbé, je dirais que c’est pour le moins ambigu. Le comportement de cet homme et des autres prêtres/religieux coupables de violences/crimes sexuels est présenté sous l’angle de la contradiction dans le sens où le rapport au corps (dont la sexualité) est considéré comme un problème qui se pose dans et à l’église. La sexualité des prêtres/religieux est donc perçue comme une anomalie surtout quand elle est criminelle. Il en va tout autrement si on considère au contraire que l’église est un problème qui se pose dans la problématique du rapport au corps. Autrement dit, l’institution ecclésiastique est l’expression d’un déni du corps et de la sexualité qui ne peut plus s’exprimer que par la transgression d’interdits d’autant plus ambivalents qu’ils sont sacrés. Bref, l’anomalie n’est pas dans l’église, elle est l’église elle-même, et « sainteté » est un des outils de la transgression.  Certains qui ont approché l’abbé disaient qu’il était Dieu. Ce que fait Dieu ne peut pas être de l’ordre de la transgression.

Les talibans – ils viennent de réduire encore l’exercice de la liberté pour les femmes – en offrent un autre exemple religieux extrême et sidérant en ce sens qu’il est d’Etat. Leurs interdits – jusqu’au droit de chanter – seraient considérés comme inconcevables dans une fiction.

L’affaire Pélicot en est l’expression profane et la manière dont est conduit le procès – à la demande même de Gisèle Pélicot qui a refusé le huis-clos– constitue un problème : les vidéos prises par le mari  (elles montrent les rapports sexuels des « clients» et du mari lui-même avec son épouse inconsciente) sont diffusées dans l’enceinte du tribunal comme preuves de culpabilité des accusés.

Ma contribution au Monde sur cet aspect du procès :

« Le problème posé par les vidéos ainsi diffusées est celui de la réduction de G. Pélicot à l’objet qu’en a fait son époux, alors qu’elle est là en tant que sujet, qu’elle regarde et qu’elle est regardée en train de regarder. Autrement dit, une dissociation et un voyeurisme caractéristiques de certaines pathologies et qui peuvent entraîner des conséquences imprévisibles. Dans un procès criminel « ordinaire » est-ce que les preuves de culpabilité obtenues par les enquêteurs sont exposées devant la cour ou seulement devant le juge d’instruction ? »

Deux lecteurs ont répondu que les preuves sont fournies à la cour.

Ce qui m’a conduit à compléter par cette question :

« Quelle intimité reste-t-il à G. Pélicot dont le corps est vu utilisé comme dans un film pornographique ? Qu’il ait été tourné à son insu n’élimine ni le traumatisme ni les fantasmes. »

J’ajoute : la meilleure aide pour la victime, qui restera victime, est celle qui lui permette de comprendre comment elle a pu aimer, épouser et vivre avec cet homme pendant 50 ans, sans en percevoir la face sombre. Idem pour sa fille, ses proches et ses voisins.  Dans quelle mesure les scènes de viol montrées au public peuvent-elles y participer ?

Journal 86 – l’absurde – (19/06/2024)

Hier, sur mon vélo, je gravissais à mon rythme, donc lentement, la route en lacets qui monte jusqu’à Saint-Maurice-de-Navacelles (il y a un peu plus loin un cirque permanent) quand je fus doublé par trois cyclistes d’à peu près mon âge qui pédalaient allègrement sans essoufflement apparent, comme s’ils étaient en terrain plat ou comme s’ils faisaient du vélo d’appartement. L’un d’eux me confia, en passant, qu’il était équipé d’une assistance électrique – le moteur est repérable à l’épaisseur d’une partie du cadre – et… la modestie m’interdit de répéter les mots d’immense admiration qu’il m’adressa.

L’absurde suppose ce que j’appellerai une anomalie de référence : vous faites un quelque chose qui est supposé avoir un sens, et puis vous vous rendez compte que ce sens n’a aucun sens. Enfin, quelque chose comme ça. Camus explique ça beaucoup mieux que moi dans L’étranger. Tiens. Un sujet intéressant.  

Bon.

Hier, je grimpais la route en lacets. Dans le même temps, au Liban, après les bipeurs, les talkies-walkies des membres du Hezbollah explosaient, piégés par les services secrets israéliens, apparemment pas dans le contexte prévu. Toujours dans le même temps, D. Pélicot reconnaissait les faits de viol dont il est accusé (cf. article du 03/09/2024) et le journaliste qui rendait compte de l’ audience écrivait : « Simone de Beauvoir a dû se retourner dans sa tombe lorsque Dominique Pelicot a lancé : « On ne naît pas pervers, on le devient. » Ce matin, G. Erner donnait la parole sans contradicteur adéquat à un ancien responsable politique israélien, et à aucun moment ne fut évoquée la responsabilité israélienne dans le processus d’affrontement avec les Palestiniens. Un discours univoque proprement scandaleux sinon indécent, sur une chaîne du service public.

L’absurde naît de l’établissement d’un rapport qu’il suffit de ne pas chercher à établir.

Quand même…

Le contresens effarant du journaliste du Monde (S. de Beauvoir ne se retourne pas dans sa tombe, elle approuve), l’utilisation d’outils domestiques comme engins de guerre, le traitement partisan, sinon admiratif, sur France Culture, d’actes qui seraient considérés comme « terroristes » s’ils étaient commis par le Hamas ou le Hezbollah…

D’un côté, ces deux organisations dont le fondamentalisme obscurantiste est aux antipodes des principes hérités des Lumières qui fondent notre vie commune, de l’autre, le même fondamentalisme obscurantiste associé au pouvoir israélien qui se présente comme l’attaqué par ceux dont il a favorisé l’émergence, qui ne tient aucun compte du droit international et pour qui la coresponsabilité n’existe pas…

L’absurde naît du rapport de ces discours de mort avec ce qui permet de gravir paisiblement à bicyclette une route en lacets dans les Cévennes, avec ou sans assistance électrique.

Journal 85 – vendanges / vent mauvais – (16/09/2024)

Vent mauvais, parce que je viens de constater que 3200 personnes ont lu l’article Littérature 3 (Rutebeuf-Verlaine) publié le 7 juin 2020 – ce qui pour moi reste une énigme – , et que je pense à Chanson d’automne.

Vendanges, vent mauvais… Bon. Il n’y a pas de quoi éclater de rire, non, mais quand même, un jeu avec les sonorités des mots, de temps en temps…

D’autant qu’il y avait beaucoup de vent, des rafales impressionnantes, hier, dimanche du côté d’Uzès dans la parcelle de raisin blanc que le couple ami viticulteur/vigneron avait réservée aux sécateurs de leurs amis pour une matinée de vendange et de fête.

Ceux qui aiment le vin comprendront qu’il ne s’agit pas seulement de couper des grappes de raisin. Comme tailler la vigne – en hiver – n’a rien à voir avec couper du bois.

Le vent mauvais ne souffle pas seulement dans la poésie de Rutebeuf et de Verlaine. Il n’est pas non plus seulement météorologique.

Keir Starmer, le nouveau premier ministre britannique, travailliste, donc théoriquement « à gauche », est en visite à Rome pour étudier la recette anti-immigration imaginée par la néo-fasciste Georgia Meloni – transferts de migrants en Albanie.

En France, la fête de l’Huma a servi de vitrine aux désaccords entre des personnalités du Nouveau Front Populaire, arrivé en tête aux législatives et qui ne formera pas le nouveau gouvernement dirigé au contraire par une personnalité de droite membre d’un parti minoritaire.

Le Monde et les contributeurs mettent la focale sur ces désaccords, les stratégies et tactiques électorales.

Ma contribution rame à contre-courant.

« Les divergences entre les personnes – un phénomène – sont le signe de l’impasse où se trouve la gauche depuis la mort de l’utopie socialiste/communiste à la fin des années 80 comme alternative au capitalisme. Ce qu’on appelle « terrorisme » et le retour de l’idéologie d’extrême-droite sont les expressions du désarroi planétaire qui en résulte dont la tentation pathologique du repli sur soi. Le RN qui se fonde sur le mythe de l’identité nationale gravée dans le marbre et son corollaire de préférence nationale, n’est pas un parti politique mais l’expression électorale de cette pathologie à terme mortifère.  Ce qui fonde la gauche, c’est l’importance accordée au « commun » inhérent à toute vie sociale avec cette particularité que l’homme ne parvient pas au « satisfaisant » des sociétés animales. La définition erronée de ce commun spécifique de l’espèce humaine constitue la faille du marxisme. Il nous reste à le définir. Et c’est urgent. »

Et je m’en vais / Au vent mauvais / Qui m’emporte // Deçà delà / Pareil à la / Feuille morte/

Journal 84 – Violence et dialogue – (11/09/2024)

La violence, c’est celle des bombes envoyées dans la nuit de lundi à mardi par l’armée israélienne sur une zone de refuge qu’elle avait décrétée protégée et le témoignage (journal de 7 h00 – France Culture) de survivants enterrés sous le sable, sauvés de justesse. Une quarantaine d’hommes, femmes et enfants ne l’ont pas été.

Jusqu’à quel degré de destruction massive et quel type de répliques ?

Le dialogue, paisible, a pour objet une autre violence, celle de F. Pélicot contre sa femme.(cf. journal 79)

Ma contribution était une réponse à celles, nombreuses, des « incompréhensibles » et des jugements. Elle a suscité une réaction de « Robert » et un échange (limité par les quotas imposés par le journal) avec « Yannick ». Je les publie dans l’ordre chronologique.

                                                           —

Comment non seulement comprendre mais admettre ce qui, selon les critères du « raisonnable » (au sens premier) est incompréhensible et inadmissible ? Il y a un fait et, sauf à tenter de contourner le problème avec le jeu des étiquettes « monstre, inhumain etc. », son existence têtue, non modifiable, oblige à reconsidérer ces critères. D. Pélicot est un être humain qui nous révèle ce dont peut être capable, seule parmi toutes les autres espèces, l’espèce humaine. Il n’est ni le premier ni le dernier. Cet été, France Culture a proposé une série d’émissions sur la Saint-Barthélemy.  Parmi toutes les figures « remarquables », celle d’un orfèvre, qui a tué à lui seul, de ses mains, plus de cinq cents protestants, dont ses voisins.  Il avait « de bonnes raisons ». D. Pélicot en avait, lui aussi.

Yannick : Un exemple terrible est le génocide au RWANDA à l’encontre des TUTSIS où votre voisin se transformait en tueur , violeur, tortionnaire avec une désinhibition totale révélant toute la cruauté, le sadisme, la perversité, la violence qu’un être humain lambda est capable d’exprimer en passant aux actes :l’inhumanité de l’humanité. A contrario dans ce même génocide ,certains humains eurent des actes de protections pour des personnes ne relevant pas de leur ethnie…

Ma réponse : Je voudrais attirer votre attention sur « l’inhumanité de l’humanité » – j’en comprends l’esprit – qui laisse penser qu’un homme pourrait commettre un acte qui ne serait pas humain. Tout acte commis par un être humain ne peut être qu’humain. Ce réel difficile à admettre explique  « crime contre l’humanité » qui n’est en réalité qu’un crime « de » l’humanité. Le reconnaître invite à identifier ce qui nous différencie radicalement des autres espèces vivantes.

Robert :  Pélicot ne pouvait pas se dire que le führer ou le roi Charles IX ou le pape ou les autorités Hutus approuvaient ses actes horribles. Il agissait pour son propre compte.

Ma réponse : In fine, on agit toujours pour son propre compte.

Yannick :  Pour les animaux ,je serais pas si affirmatif , pour la raison que l’humain est un animal doté d’un organe hypertrophié ,son cerveau qui lui donne des spécificités comportementales. Mais les comportements innés demeurent : l’altruisme pour son espèce est observée des insectes aux mammifères, à contrario la violence gratuite( différente de l’agressivité) ,le harcellement gratuit, voire le « sadisme » par jeu existe aussi : mon chat qui joue avec la musaraigne, les dauphins qui harcèlent puis tuent les marsouins pour le fun en bandes qui  » kinappent » une femelle pour la  » violer » sous menaces et blessures , la meute de loups qui a toujours un individu défouloire .Difficile d’être dans leurs esprits et savoir le degré de plaisir , eux par contre n’ont pas le plaisir d’enfeindre la loi : summum du sadisme…

Ma réponse :  La question que posent vos exemples – et que vous évoquez vous-même – est celle du sens que nous donnons à ces comportements.  Est-ce que le chat se plaît à faire souffrir la musaraigne ou bien est-ce qu’il essaie de maîtriser un mouvement (il joue de la même façon avec un bouchon ou une bille) ? Pour m’en tenir à un exemple extrême, les animaux ne construisent pas de théories qui conduisent à construire des camps d’extermination. Je dirais que ce qui nous caractérise, en tant qu’espèce, est, au sens littéral, l’insatisfaction qui n’est évidemment pas une cause en soi, mais le produit d’autre chose. A mon sens, le type de conscience que nous avons de notre fin (discours biologique – comme les autres espèces – et, ce qui nous est spécifique, discours conscient depuis l’âge de 3 ou 4 ans). Avec ce constat : la mort est le seul réel qui ne soit pas enseigné et qui ouvre les portes du « croire » avec ses dérives de tous ordres.

Journal 83 – Marx (Karl) – (10/09/2024)

Dans Les matins de France Culture, le débat avait pour intitulé : La gauche a-t-elle laissé passer sa chance ?

Je n’insiste pas sur l’aspect benêt de l’expression. Il y a des chances qui passent, là, comme ça, et la gauche l’a laissée passer… comme l’enfant sur le manège laisse passer le pompon. Quelle maladroite, cette gauche !

L’invitée était Stéphanie Roza, chargée de recherches au CNRS, spécialiste des Lumières et de la Révolution française et auteur de Marx contre les gafam (Google, Apple, Facebook et Microsoft).

En revanche, j’insiste sur l’anachronisme du titre qui est à mon sens l’expression du désarroi général, objet de nombreux articles du blog.

Comme « on » ne sait pas à quel saint se vouer pour tenter de comprendre pourquoi on n’a plus de solution de rechange,  ce qu’est ce monde qui va dans le mur, qui n’en finit pas de se massacrer un peu partout, « on » va chercher Marx qui – en dépit du fiasco de l’expérimentation communiste – demeure une valeur sûre en ce sens qu’il propose une description du réel social, économique, politique tel qu’il est, c’est-à-dire en-dehors de toute morale et de toute idéologie. Si je devais résumer : comment ça marche.

La difficulté tient à l’application qui en a été faite et qui conduit à chercher dans les textes moins connus des éléments nouveaux qui contribuent à occulter le point faible, la faille du marxisme dont Marx lui-même avait l’intuition et qui le conduisit à dire qu’il n’était pas marxiste.

Ce qui aboutit à s’intéresser aux nouvelles formes que peut prendre le capitalisme – dont les gafam – et créer l’illusion qu’on découvre du nouveau en en décrivant les effets.

Mais, du point de vue marxiste, il n’y a pas de différence essentielle entre le principe qui constitue la manufacture textile anglaise du 19ème siècle et celui qui constitue les gafam ou quelque autre forme moderne que ce soit.

La question que pose le fiasco de l’expérimentation communiste, est celle que Marx a évacuée de son discours – il l’a refoulée – à savoir le rapport à l’objet et ce qu’il signifie du sujet humain.

Pour ceux que le problème intéresse : les séries d’articles « Etat des lieux – essai sur ce que nous sommes » (à partir du 02.09/2020) / « Commun » (à partir du 12/05/2022).

Journal 82 – Bat Hefer – (09/09/2024)

L’Irlande et la Bretagne, c’était en juillet, août et la première semaine de septembre.  

Il y a eu les Jeux Olympiques, Paralympiques…

A propos des Paralympiques. Je ne parviens pas à « me faire » au à côté (un des sens du grec para) des vrais jeux. Pas Parolympique, ni paraolympique qui étaient pourtant possibles. Non. La suppression du O met l’accent sur para et renvoie à paralysie, paraplégie.

L’enjeu social du handicap est de ne pas être à côté, mais parmi, au milieu de.

Et puis.

Est-ce que ce regroupement de handicapés luttant les uns contre les autres aide à comprendre et accepter le handicap ? Ou bien…

Je pense à Freaks, le film de Tod Browning.

Un message positif sur et pour les handicapés ordinaires de la vie ordinaire ?

Même question pour les JO et les gens ordinaires.

J’ai vu et entendu l’enthousiasme suscité par les victoires du nageur Léon Marchand. J’ai lu les articles dithyrambiques. Essentiellement, est-ce pour la performance de l’individu ou pour la performance du représentant de la France ?

Allons, allons, tout s’est bien passé et la vie est quand même plus cool sans toutes ces questions, non ?

Bat Hefer est le nom d’une petite ville israélienne. Le Reportage de la rédaction (7 h 25, dans Les Matins de France Culture) lui était consacré.

G. Erner (le meneur de jeu des Matins) introduit le reportage avec cette indication : « Bat Hefer est une ville située près du mur qui sépare Israël de la Cisjordanie. »

Des habitants témoignent. Ils perturbés, effrayés par les actes de violence (dont des tirs à balles réelles) provenant de l’autre côté du mur. L’autre côté du mur, c’est aussi la Cisjordanie.

Ce que précisera le reporter – et qu’a omis G. Erner – c’est que Bat Hefer est en Cisjordanie occupée, c’est-à-dire un territoire palestinien illégalement annexé par Israël pour y implanter des colons. Ce sont eux, les colons, qui disent leur inquiétude, notamment parce que le mur n’est pas continu. L’une d’eux – elle israélo-allemande – déclare que les murs tombent un jour, et elle cite le mur de Berlin. Et le reporter ajoute  : « Sa maisons ressemble à s’y méprendre à celles du kibboutz attaquées le 7 octobre dernier. »

Le message est clair dans son inversion des responsabilités : les agresseurs sont les Palestiniens.

Journal 81 – Bretagne 4 – Rien (06/09/2024)

Michel Barnier qui vient d’être désigné premier ministre par le président de la République, est membre du LR (Les Républicains) qui a obtenu aux alentours de 6% des voix et 47 députés lors des dernières législatives. C’est un parti minoritaire, loin derrière le Nouveau Front Populaire (27% et 178 députés), Ensemble pour la République (22% et 150 députés), et le RN (35% et 142 députés).

L’argument du président est celui du « viable » : à quoi bon désigner une première ministre de gauche qui sera immédiatement renversée ?

Cet argument est le refus de la dialectique qui, dans le cas de figure invoqué par le président, peut se formuler ainsi : par principe démocratique, la constitution du gouvernement est à l’initiative de la force politique arrivée en tête, or ce gouvernement est immédiatement renversé, ce qui signifie une contradiction originale dont personne ne peut savoir comment elle sera résolue avant qu’elle n’existe, parce que c’est son existence qui peut produire les moyens de sa résolution qui ne lui préexistent pas.

J’ai envoyé cette contribution – elle n’a pas été censurée pour « apologie du terrorisme » (voir les articles précédents) – qui tente de comprendre ce qui peut résulter de cette désignation dans l’inconscient collectif.

« Le message envoyé par le président est celui du « rien ne bouge ». En revanche, choisir le groupe politique arrivée en tête des élections pour permettre la confrontation du gouvernement à la diversité et aux contradictions du résultat de ces élections, aurait été celui du « vivant ». Le choix du « rien de bouge » revient à dire « vous avez voté pour « rien », et le « rien », c’est la mort. Ce message est un des symptômes de la pathologie collective, dont le (message du) président est l’expression politique, le RN l’expression électorale. »

Journal 80 – Bretagne 3 – le problème du gris (04/09/2024)

Ceux qui s’intéressent à la peinture jusqu’à prendre le pinceau savent que la question « première » est celle du gris qui ne se réduit pas au mélange du blanc et du noir mais qui est aussi celui du rouge et du vert.  « Première » dans le sens où elle est celle de l’émergence de la couleur et que la couleur n’est pas une reproduction mais une construction. L’écueil est celui de la boue auquel peut conduire la recherche ratée, autrement dit la négation de la couleur qui peut conduire à la destruction de la toile ou au suicide du peintre.

Nous vivons un moment de gris/boue.

En témoignent le résultats des législatives et les tergiversations du président.

Et, plus encore dans ce contexte, l’incapacité chronique à pousser le questionnement jusqu’à l’essentiel.

J’écoutais ce matin Anton Brender – chef économiste de Candriam (société transeuropéenne de gestion d’actifs, professeur associé honoraire à l’université Paris-Dauphine), invité des Matins de France Culture – établir la liste de tout ce qui ne fonctionne pas (école, santé, services publics dans l’ensemble et dans le monde). Il expliquait par exemple que l’ouverture de l’enseignement du second degré à tous (1975) avait été une bonne chose mais qu’elle ne donnait pas de bons résultats parce que les moyens financiers n’avaient pas été à la hauteur de l’enjeu.  Même type d’analyse pour la santé, les prisons etc.

Là commence le gris/boue en ce sens qu’il ne pose pas la question du pourquoi / pour quoi de cette carence qui apparaît donc comme une cause en soi « explicable » soit par la négligence, soit par la manque de « volonté politique », autrement dit un intangible, de l’ordre du non-intentionnel, du dépourvu de sens.

A aucun moment ce monsieur (auteur de nombreux ouvrages dont les intitulés laissent penser qu’il a des préoccupations sociales) ne pose la question du rapport entre le commun (dont les services publics) et la logique du capitalisme. En aucun moment il n’évoque pour l’école la nature du discours global d’enseignement.

Je suis allé voir sur Wikipédia : « Candriam est une société de gestion d’actifs paneuropéenne créée en 1996 dont le siège social se situe à Luxembourg. À fin décembre 2022, leurs encours s’élevaient à approximativement 139 milliards d’euros. Le Groupe dispose de centres de gestion à Luxembourg Bruxelles Paris et Londres, et ses activités commerciales couvrent l’Europe, les États-Unis, le Moyen-Orient et, par le biais de sociétés de distribution affiliées, la région Asie-Pacifique. Ils proposent des solutions d’investissement dans cinq classes d’actifs : obligations, actions, stratégies à rendement absolu, investissements durables et allocation d’actifs. »

Ce qui permet de comprendre les limites de son questionnement.

Mais celles du journaliste ?

Je vous propose le gris de ce matin breton.