Journal 63 – La culture – (29/06/2024)

Ce matin, lever tôt, juste après le soleil qui profite de la fin juin pour tirer le jour en longueur. Ce n’est pas tout à fait les nuits blanches de Saint-Pétersbourg mais quand même. Nous sommes le 29 juin 2024. Demain, ce sera le 30, le dernier jour du mois et peut-être aussi, probablement sans doute, le début de la fin d’un processus.

Il y a quelques jours, j’écoutais pour la nième fois la 3ème symphonie de Mahler en regardant pour la première fois, sur la chaine Mezzo, son interprétation par Bernard Haitink (mort le 21 octobre 2021), chef d’orchestre néerlandais attitré du Concertgebouw d’Amsterdam et dirigeant ici l’orchestre philarmonique de Berlin.  Je lui dois ma découverte du Don Giovanni de Mozart.

Le 4me mouvement commence par ce texte (extrait du Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche) interprété par une mezzo-soprano :

« Ô homme prends garde !

Que dit minuit profond ?

« J’ai dormi, j’ai dormi —,

d’un rêve profond je me suis éveillé : —

Le monde est profond,

et plus profond que ne pensait le jour.

Profonde est sa douleur —,

la joie — plus profonde que l’affliction.

La douleur dit : Passe et finis !

Mais toute joie veut l’éternité —,

— veut la profonde éternité ! »

Le début n’est pas une aria, il n’y a pas vraiment de mélodie, mais une note, une seule note chantée, étirée, dans une modulation de tonalité mineure. Ce n’est ni triste ni dramatique, seulement tragique. Une illustration parmi d’autres de ce qu’est sans doute la musique : sans la médiation du langage des mots (littérature) et sans la représentation (peinture), l’expression simultanée de l’esprit et du corps dans le discours de la coïncidence.  

De ce point de vue, toute musique est tragique.

C’est peut être ce qui explique qu’à un moment de cette diffusion, j’aie glissé un pied en-dehors de la sphère de la sensation pour mettre en regard de ce que j’écoutais, le malheur du monde, au Soudan, en Ukraine, dans le conflit entre Israël et les Palestiniens, celui de la haine, du ressentiment, de toutes ces passions tristes libérées qui constituent le discours discriminatoire et désinhibant de l’idéologie d’extrême-droite qui s’installe un peu partout.

D’un côté, la beauté du tragique de la musique, de l’autre, les drames qui sont la négation du tragique, une des expressions de son déni.

En témoignent la quasi absence de l’enseignement de la musique, de la démarche philosophique, de la pratique sportive (surtout non compétitive), alors que la vie ordinaire des gens ordinaires dit l’importance des unes et des autres qui sont ainsi laissées dans le domaine de l’empirisme et de toutes les démesures.

France Culture et Le Monde ont abordé ces jours-ci la question de la place donnée à la « culture » dans les programmes des partis politiques pour constater qu’elle était pratiquement absente à droite et à l’extrême-droite alors que la gauche proposait d’augmenter sensiblement son budget ministériel.

Mais est-ce que la « culture » – celle du patrimoine que privilégie l’extrême-droite et celle de la création que privilégie la gauche – a une quelconque importance dans l’enjeu électoral, sinon par ce qu’elle vient conforter des idéologies et des convictions ?

Cette distinction absurde (patrimoine / création) et l’exemple qui va suivre peuvent nous aider à comprendre en quoi « culture », tel qu’il est entendu, est une expression du déni.

Dans une de ses « humeurs du jour » G. Erner se désolait d’une vidéo de propagande électorale d’un candidat de gauche (tendance LFI). Je l’ai regardée : déclinant sur le mode du jeu-vidéo le principe du jeu de massacre de la fête foraine, elle est l’expression non du degré zéro de la politique mais du non-politique. Affligeante et débile, donc,  révélatrice de la réduction de la pratique politique aux slogans destinés à l’exacerbation des passions. L’expression du mépris de ceux à qui elle est adressée. Le tract du candidat du NFP dans ma circonscription (député sortant tendance LFI) ne vaut pas mieux.

Le journaliste termine son billet en citant la formule de Marx « Les hommes font l’histoire mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font » et il conclut « Marx aurait pu ajouter : ils ne sont pas obligés de persister à l’ignorer. »

Sous une forme autre,  c’est la même affligeante débilité, sauf que ce discours est présenté avec le sérieux et la gravité de la pensée où elle n’est pas. « Ils ne savent pas » est un constat et non un jugement moral des intentions. Autant reprocher au créateur du moteur à explosion d’avoir « persisté à ignorer » l’impact de la circulation automobile sur le climat.

Toute décision est, avec sa part d’inconscient, la mise en route d’un processus constitué d’un enchainement de causes et d’effets, attendus ou pas,  qui deviennent eux-mêmes des causes, et ainsi de suite. Un couple qui « fait une histoire » en se constituant ne « sait » évidemment pas quelle sera l’histoire qu’il crée.

Si la culture est l’implication de la pensée (en tant que création de problématiques) dans un objet, quel qu’il soit, le déni de l’objet est un déni de la culture, surtout s’il est ce qui constitue la spécificité de l’être humain.

Logorrhée, rhétorique et irresponsabilité.

La logorrhée (du grec logos, parole et rhein, couler) est un flux de paroles qui se caractérise par son caractère irrépressible. Quelqu’un parle sans qu’il soit possible de l’arrêter.

La rhétorique (du grec eirein : parler) est l’art de bien parler.

J’ai écouté – en rediffusion – les deux invités de G. Erner dans Les matins de France Culture du mardi 26 juin : Mattieu Block-Côté,  essayiste sociologue québécois (il intervient en France dans les médias de V. Bolloré)  et Bérénice Levet, essayiste philosophe qui soutient le RN.

Si B. Levet s’est révélée particulièrement faiblarde – l’oral n’est manifestement pas son point fort, sans doute à cause de son dogmatisme – , en revanche, M. Bock-Côté qui a parlé le plus et le plus vite, est un orateur brillant auquel son accent – j’aime bien l’accent québécois, ce n’est pas un argument, non, mais, oui quand même un peu– confère une touche d’exotisme sympathique. C’est bien, non ? d’écouter un spécialiste étranger qui se penche sur nous avec un accent qui incite à regarder le doigt plutôt que la lune qu’il montre.  

Bref, quel que soit le sujet, il est capable de répondre à n’importe quelle question par un déroulé argumentaire intarissable, dans une logorrhée qui témoigne d’une grande maîtrise d’un art de parler qui aboutit souvent à faire du langage une fin en soi pour esquiver les problèmes.

Par exemple, il récuse ainsi l’appellation « extrême-droite » : « C’est un concept qui participe à un dispositif d’épouvante qui empêche de nommer l’adversaire. Je crois que la tendance à l’extrême droitisation du désaccord s’effondre quand on voit à peu près la moitié de la population française qui peut envisager de voter pour un tel part » . Et il ajoute qu’il faut lui dire si cette moitié est fasciste.

G. Erner convient que le RN ne propose pas les références des nazis, non sans une certaine gêne qui vient peut-être d’une petite voix lui murmurant que c’est une question-piège de pure forme, et qu’il faut distinguer entre l’essentiel d’un discours et les signes choisis pour le diluer et l’escamoter. Quant au reste, il ne réagit pas.

Il était pourtant assez facile de demander en quoi les 34% de votants allemands pour les nazis en 1932 avaient fait disparaître le caractère nazi. Autrement dit, en quoi un nombre est-il signifiant d’autre chose que d’une quantité ? Et en quoi dire « le RN est un parti d’extrême-droite » empêcherait-il de le nommer ?

Un des révélateurs de l’artifice de la rhétorique de M. Bock-Côté, est l’exploitation de son statut de Québécois (il insiste : Québécois, pas Canadien) et de sociologue pour créer l’illusion de l’impartialité du spécialiste savant « extérieur » – il le signifie à plusieurs reprises – pour faire croire qu’il serait neutre, ni engagé, ni militant, comme si les médias de V. Bolloré dans lesquels il intervient régulièrement ne soutenaient pas l’idéologie d’extrême-droite.

A cet égard, c’est un Tartuffe. Le personnage de Molière est lui aussi un brillant causeur.

Ce matin, mercredi 26, G. Erner a estimé nécessaire de justifier son invitation dans son « humour du jour ».

Il est intéressant de l’écouter – ou de la lire sur le site de France Culture – pour se rendre compte que lui aussi se plaît dans la rhétorique jusqu’au non-sens.

Voici comment il la conclut (je retranscris le texte de la page d’accueil) :

« Je vais vous raconter une histoire – un camarade garagiste, sur le débat Attal-Bardella, celui où beaucoup de commentateurs avaient déclaré Attal grand vainqueur. Mon camarade lui n’avait pas vu le même débat, « il a bien tenu hein Jordan, pour quelqu’un qui n’a pas de diplôme ». C’est cela entendre l’autre – accepter que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effet. »

Ce que recouvre ici « même cause » – le débat Attal/Bardellea – n’a rien d’une cause dans le sens (scientifique) du principe « les mêmes causes produisent les mêmes effets » mais d’un fait dont le principe même est de susciter des lectures différentes.

Jouer de la rhétorique la plus artificielle pour traiter d’un problème aussi grave est au minimum de l’irresponsabilité.

L’installation du déni chez G. Erner

Voici, retranscrite intégralement son « humeur du jour » diffusée le mardi 25/06 sur France Culture (6 h 55).

« La profession RNologue consiste à expliquer les causes du vote RN qui en dit plus sur notre rapport au RN que sur le RN lui-même puisque la profession de Modemologue ou de Radicovaloisiennologue n’a jamais fait recette personne n’a jamais eu besoin d’expert pour expliquer les raisons du vote modem ou du vote en faveur des radicaux valoisiens . Alors attention, que les choses soient claires, loin de moi l’idée de dire que cette profession est inutile, j’ai reçu et je recevrai des personnes dont la profession est de faire de la sociologie électorale en général et du RN en particulier. Mais avouez qu’il y a quelque chose d’étonnant dans cette demande d’explication, comme s’il fallait des anthropologues habitués aux peuplades étranges alors que les électeurs du RN constituent le tiers des votants . Ces votants ne parlent pas une langue étrange ne se distinguent pas par des mœurs bizarres, ils apportent leur voix à un programme qui affiche clairement la couleur, programme reposant sur un triptyque qu’on peut résumer à l’aide de trois mots clés :immigration, insécurité, pouvoir d’achat, un triptyque martelé de manière non subliminale. Ça n’épuise pas toutes les raisons du vote RN, bien sûr, mais ça en dit l’essentiel, l’essentiel des raisons puisqu’en sociologie on considère que les acteurs ont des raisons, cela ne veut pas dire qu’ils ont raison d’avoir ces raisons, mais qu’ils sont rationnellement capables d’expliquer les raisons de leurs actes. La multiplication des RNologues est une fonction croissante du nombre croissant des électeurs du RN non seulement parce que le besoin de RNologues se fait particulièrement sentir, mais parce que l’incompréhension face à cette peuplade étrange témoigne du clivage existant en France, une partie des Français ayant besoin de traducteurs pour comprendre l’autre. C’est cela finalement que révèle l’existence même des RNologues, l’existence de deux France, l’une ayant désormais bien du mal à comprendre l’autre. »

« RNologue est un mot créé (néologisme) par G. Erner pour désigner ceux dont la profession « consiste à expliquer les causes du vote RN », un sujet d’étude dont l’objet serait donc une construction artificielle de ces professionnels. L’ironie de la formule « profession RNologue » – associée aux grotesques  « modemologue » et « radico  etc. » a pour effet de ridiculiser la « profession »  et de souligner une absurdité énigmatique puisque rien d’objectif ne justifierait un tel investissement. Bref, la « profession Rnologue » s’occuperait non du RN mais du rapport que nous avons avec lui. Autrement dit « notre problème ».

La nuance de précaution qui vient tout de suite après («  Alors, attention… ») établit une confusion : les RNologues seraient donc des spécialistes de la sociologie électorale, ce qui ne correspond ni au sens du mot créé – le suffixe -logue indique une spécialité (philologue, anthropologue, gynécologue, paléontologue etc. ) appliquée à un objet précis, ici le RN–  ni « aux causes du vote RN » : la question des rapports entre les individus et la société (objet d’étude de la sociologie) n’est qu’une partie de l’étude des causes du vote RN qui concernent aussi et peut-être surtout les domaines de la politique, de la philosophie, surtout de l’idéologie.  

A noter : que G. Erner ait reçu et qu’il recevra encore des RNologues constitue la preuve qu’il ne sont pas « inutiles ». Il s’érige ainsi comme le critère d’utilité.  Est-ce à dire que tous ceux qu’ils n ‘a pas reçus et qu’il ne recevra pas sont « inutiles » ?

Le déroulé de l’argumentaire est construit sur le même registre de l’ironie et dans la même confusion : si on se place du point de vue qu’il prête aux RNologues, en quoi le fait que les votants RN constituent un tiers des votants leur ôterait le caractère d’étrangeté ? La référence ironique aux peuplades vise encore à contourner le problème : personne ne dit que les causes du vote RN sont à chercher dans l’étrangeté de ceux qui le choisissent et que personne n’assimile à la connotation de « peuplade », ambiguë,  qui fera surtout rire le RN.

Quant au triptyque (immigration, sécurité, pouvoir d’achat) du programme à la  «  couleur clairement affichée », G. Erner sait très bien qu’il repose sur un socle idéologique, qu’il omet de citer : l’identité et la préférence nationales auxquelles la question migratoire n’est pas réductible.

Enfin, et sur un fond de défiance à l’égard de la sociologie (que n’aime pas du tout l’extrême-droite) il joue avec le mot « raison », comme s’il ignorait que l’idéologie du RN ne s’adresse pas à la pensée, mais aux passions.

Le discours repose sur l’implicite : le RN est un parti comme les autres. Une assertion que conforte la charge critique, moqueuse (là encore, c’est le RN qui rit), à l’égard de ceux qui se penchent donc sur un problème qui n’existe pas.

L’installation du déni commence là. »

 

La gauche et le sabordage

L’inadéquation de la réponse de la gauche unie, à savoir le catalogue des promesses électorales, peut passer pour un manque de discernement dont témoigne aussi le choix de Nouveau Front Populaire (cf. article du 10/06/2024 – la situation actuelle n’est pas comparable avec celle de 1934 : il s’agissait alors d’une tentative d’un coup de force des ligues de l’extrême-droite contre le parlement, alors qu’il s’agit aujourd’hui de son accession au pouvoir législatif par la voie électorale, démocratique.)

Le manque de discernement n’étant pas une cause en soi, reste à déterminer ce qui bloque la pensée de la gauche qui n’ignore évidemment pas les inadéquations que je souligne. Les lecteurs du blog connaissent ma réponse.

Le sabordage implique une détermination fondée sur ce qui est estimé être un impossible. Ainsi, la flotte de méditerranée s’est sabordée à Toulon en 1942 pour ne pas tomber aux mains des nazis. Les moyens utilisés : les explosifs, l’ouverture de vannes.

Si les vannes peuvent être le catalogue, l’explosif est la polémique ouverte à propos de celui ou celle qui serait premier ministre si la gauche est majoritaire.

Les annonces de candidatures, dont celle autoproclamée de J-L Mélenchon qui est tout sauf une figure apaisante et fédératrice, les invectives qu’elle suscite – dont celle de F. Hollande qui lui demande de se taire (!) –  l’ « hypothèse Laurent Berger » (ex-secrétaire de la CFDT… qui ne fut pas un opposant toujours farouche à la politique sociale d’E. Macron), même si elle a fait long feu, sont forcément des actes de sabordement, en regard de l’enjeu qui demande au minimum une union large et un discours focalisé sur l’essentiel.

Ce comportement peut apparaître comme irresponsable ou alors comme le signe d’un impossible dont ont plus ou moins conscience ceux qui créent et alimentent cette polémique.

Ce qui reste indéterminé, c’est ce que peut modifier ou pas, dans la somme de ces inadéquations et dans le discours,  une gauche arrivant au premier tour nettement devant les droites.

Donc en deuxième position.

Oui, les sondages disent tous que l’extrême-droite gagnera le premier tour des élections législatives, le 30 juin 2024, en France.

Les signes Ph. Poutou et F. Hollande

Philippe Poutou a été parachuté par le Nouveau Front Populaire dans l’Aude (député sortant RN) et François Hollande a imposé sa candidature dans la circonscription de Corrèze (député sortant LR) où il a été élu dans le passé.

Deux signes parmi d’autres de l’inadéquation de la réponse apportée par la gauche.

Philippe Poutou – il dit qu’il aurait préféré être candidat à Bordeaux où il est conseiller municipal et que devancer le RN tient du miracle – est l’expression d’un discours révolutionnaire/émotionnel qu’a incarné aux présidentielles de 2002 et 2007 (un peu plus de 4% des voix)) Olivier Besancenot, candidat de la Ligue Communiste Révolutionnaire, devenue Nouveau Parti Anticapitaliste. Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière) l’avait précédé dans le même registre.

Quant à François Hollande, il fut pendant les cinq années de son mandat présidentiel l’incarnation du degré zéro du discours de gauche, au point de renoncer à une seconde candidature (élection d’E. Macron en 2017).

L’un attire la sympathie accordée à ceux qui prennent à cœur le malheur des exploités du capitalisme et dont la limite électorale est celle de l’analyse à l’emporte-pièce. Sa candidature a suscité une autre candidature, socialiste.

L’autre est (avec N. Sarkozy et E. Macron) l’incarnation du déni en politique et dont le seuil du tolérable est apparemment franchi.

La situation est telle que le RN est désormais l’expression installée du désarroi, quoi qu’il puisse dire ou ne pas dire. M. Le Pen vient de déclarer que les propos de la dame de Montargis (cf. article précédent) n’étaient pas racistes, alors que ses remarques sur les cheveux et la coiffure signifient le contraire. (voir la vidéo sur YouTube).  

L’alliance « contre-nature » de ces deux candidats (en ce sens que le Nouveau Front Populaire s’exprime essentiellement par et pour un catalogue de mesures qui rappellent les choix inverses de celui qui fut un président de la République combattu et détesté, entre autres, par le NPA de Ph. Poutou) ne peut que produire un désarroi supplémentaire et renforcer le RN.

Autrement dit, quel degré de catastrophe politique, sociale, environnementale,  faut-il atteindre pour qu’émerge le discours de l’équation capitaliste ?

« Va à la niche, on est chez nous… »

Le destinataire n’est pas un chien, mais une aide-soignante de Montargis. Sa peau est de couleur noire. Elle est installée en France depuis 30 ans. Elle se prénomme Divine.

Celle qui lui parle ainsi est sa voisine, employée au tribunal de la même ville. Elle et son mari – il la regarde hurler en souriant – habitent une maison en face de la sienne et ils ont disposé des drapeaux et des affiches du RN afin que Divine les ait sous les yeux quand elle est sur sa terrasse.

Cette dame est, dans cet instant filmé par Antenne 2, l’expression de la haine.

Haine verbale, si puissante que le passage à l’acte ne demande qu’une autorisation.

Lettre à Guillaume Erner

Guillaume Erner est le producteur et animateur de l’émission quotidienne Les Matins de France Culture. Il a plusieurs fois précisé qu’il était juif.

Un peu avant le journal de 7 h 00 il fait part de son « humeur du jour », un billet d’une ou deux minutes. Celle d’aujourd’hui avait pour objet « la bête immonde », invoquée par les adversaires du RN.

Voici la lettre que je lui ai envoyée sur le site de France Culture.

Monsieur Erner,

Votre « humeur du jour » du vendredi 21 juin m’incite à vous soumettre ce point de vue.

Je vous cite : « La bête immonde n’est plus un repoussoir (…)  La culture politique du RN n’a rien à voir avec les religions séculières du 20ème siècle en général et celle du maréchal en particulier. (…) Convoquer la bête immonde, ça ne convainc plus grand monde et c’est surtout se tromper de monde. »

1 ° « Bête immonde » est une traduction/interprétation du « ça » de la réplique « L’utérus est encore fertile d’où ça a rampé » (Brecht – La résistible ascension d’Arturo Ui – 1941).

La question est de savoir quel est ce « ça / bête immonde » et où il se loge. Affirmer que « la bête immonde » a été le « repoussoir » qu’elle n’est plus, signifie que l’expression désigne finalement quelque chose de l’ordre de la métaphore, qui aurait fonctionné et qui ne fonctionne plus. Un peu comme le diable, aujourd’hui.

2° « La culture politique du RN » est un début de réponse à la question : vous faites du RN un parti qui a une « culture politique », et que vous différenciez des « religions séculières du 20ème siècle en général » (fascisme, nazisme, communisme), ce qui revient à dire qu’ il n’a rien à voir avec la « bête immonde ». [Vous remarquerez que mettre dans le même sac « religion séculière » le nazisme et le communisme demanderait quelques précisions, ne serait-ce que parce que le communisme a implosé de lui-même, alors qu’il a fallu une guerre mondiale pour arrêter le développement du nazisme.]

« et celle du maréchal en particulier ». Quelle était l’essence de cette « religion séculière en particulier », sinon le mythe de l’identité nationale ? Vous n’avez pas oublié les lois antijuives ni la rafle du Vel d’Hiv qui ont visé et conduit dans les camps d’extermination des hommes, des femmes et des enfants au motif qu’ils étaient juifs, autrement dit d’une identité qui n’était pas conforme.

Quelle est l’essence du discours du FN puis RN, sinon le même mythe de cette identité nationale ?

4° « Convoquer la bête immonde, ça ne convainc plus grand monde et c’est surtout se tromper de monde ». Au-delà du jeu avec les mots, il y a la confirmation de votre définition : la «bête immonde » est une sorte d’épouvantail obsolète et contreproductif. Autrement dit, l’idéologie qui a produit le nazisme, cette bête immonde,  est datée, contingente.

Maintenant : que se passe-t-il si on définit le « ça / bête immonde » de Brecht,  non comme un extrinsèque mais un intrinsèque de l’individu humain ?

Ce qui peut se formuler ainsi : le « ça / bête immonde » n’est pas allemand du 20ème siècle,  il est en nous tous, juifs, non juifs, peu importe. La « bête immonde » est tapie quelque part en nous, se nourrit de nos peurs et de notre angoisse liées à la conscience spécifique que nous avons de notre fin, et elle se réveille, à bas bruit avant de mettre en route une machinerie collective, quand nous envahit ce que j’appellerais la désespérance (ce qui demande un développement), quand tout est noir, qu’il n’y a plus de fenêtre à ouvrir et que ressurgit alors la solution du bouc émissaire.

Si elle s’est exprimée sous la forme du nazisme à un moment donné de l’histoire, elle est toujours là, sous des formes d’expression différentes, mais ce qui la constitue ne varie pas : le rejet de « l’autre » défini par le mythe « identité nationale » et son corollaire d’application concrète « préférence nationale ».

Ce qui varie, selon les moments de l’histoire, ce sont ses modes d’expression, dont personne ne sait à l’avance quelles en seront les modalités. Combien d’Allemands qui ont voté pour le pari nazi en 1932 imaginaient qu’ils votaient pour une guerre mondiale et des camps d’extermination ?

« Se tromper de monde » rejoint d’une certaine manière le discours de Serge Klarsfeld qui affirme que le RN est un parti projuif.

Il y a là quelque chose qui s’apparente à de la fascination.

Le mythe de l’identité nationale s’adresse aux passions tristes de l’individu enveloppées dans le manteau tricolore d’un patriotisme de discrimination qui finit toujours, un jour ou l’autre, par frapper le bouc émissaire historique que sont les juifs.

Le RN n’est pas un « parti politique » mais l’expression électorale d’une pathologie collective.

Cordialement.

Journal 62 – l’accumulation des carences – (20/06/2024)

La mort d’Anouk Aimée (18/06/2024) m’a ramené en 1966. Une année remarquable en ce sens qu’elle arriva juste deux ans avant mai 1968 sans que personne ne s’en doute. Même pas moi qui me doute pourtant de beaucoup de choses. C’est dire. En mai de cette année-là, je suis allé voir comme beaucoup de monde Un homme et une femme, le film de Claude Lelouch. Je suis sorti de la salle très énervé, avec presque l’envie de jeter un pavé dans l’écran – presque, parce que je rappelle que mai 68, c’est deux ans plus tard.  J’ai fait part de cet énervement à un collègue surveillant – on disait « pion » pour souligner l’importance et l’intérêt de ce travail – qui m’a conseillé d’aller voir un western qui sortait au même moment et dont le titre était Pour une poignée de dollars. Et là… Après coup, je me demande s’il n’y a pas un rapport avec mai 68.  Je pense au violent désir d’un quelque chose que suscite ce type sans nom (joué par Clint Eastwood) qui n’a l’air de rien, enfin presque rien, là, sur sa mule, et qui tire plus vite que son ombre sur ceux qui ont l’air de tout. Ah,  Ramon (Gian Maria Volonte) et le coup de la plaque en fer ! Si vous vous demandez ce que c’est que la jubilation, regardez ça.

L’accumulation des carences. C’est le titre de l’article. Le rapport avec ce qui précède est celui du verre de champagne avec la grisaille qu’il rejette surtout quand elle est sombre. Et là, aujourd’hui…

Je viens de lire dans Le Monde une tribune de deux historiens qui montrent l’aveuglement de Serge Klarsfeld (son père fut assassiné à Auschwitz et il mena une traque incessante contre les nazis) relativement au RN qu’il qualifie de « parti projuif » et pour lequel il votera s’il s’agit d’empêcher l’élection d’un député LFI (une composante du Nouveau Front Populaire).

J’ai déjà expliqué ici en quoi la gauche construit, en particulier pour les législatives, un discours inadéquat. Celui de S. Klarsfeld est une autre illustration des carences d’analyse dont l’accumulation est un constituant du développement de l’idéologie d’extrême-droite. Ne pas construire les problématiques (immigration, identité…) ne peut que nourrir les peurs et l’angoisse.

Ma contribution envoyée au Monde – elle répond notamment à ceux pour qui le soutien apporté par LFI aux Palestiniens participe de et alimente l’antisémitisme :

 « Cette tribune pose le problème essentiel : la discrimination de l’étranger au nom d’une identité mythique finit toujours par revenir au bouc émissaire historique que sont les juifs. De ce point de vue il est inadéquat de mettre en parallèle les dérives conjoncturelles (imbéciles, au sens premier = faibles) par exemple de certains membres de la LFI et la nécessité existentielle – signe d’une pathologie – de xénophobie et de racisme. L’extrême-droite est l’expression électorale de cette pathologie collective.  L’absence d’un discours sur les « bénéfices », pour les deux parties, de la pérennité du conflit Israël/Palestine (80 ans) facilite les réactions épidermiques qui conduisent à voter avec ses passions plutôt qu’avec sa pensée. »

Vu la sombre grisaille annoncée, je vais commander du champagne.

Et si vous en avez la possibilité, écoutez l’interprétation (enregistrée en direct) de la 8ème de Bruckner par Günter Wand dirigeant l’orchestre philharmonique de Munich.

Le bateau ivre – Arthur Rimbaud (6 – fin)

Les deux premiers mots de la strophe 18 annoncent le renversement de la poésie en tant qu’outil de libération /liberté, par la poésie elle-même, avant son rejet définitif, quatre ans plus tard.

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,

Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,

Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses                              18

N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Or moi indique ce renversement (or signifie une opposition) et précise son origine : moi.

A la différence du Moi sujet actif de la strophe 3, ce Moi est devenu objet (perdu, jeté, carcasse) – Monitor est une canonnière américaine, Hanses désigne des compagnies maritimes.

L’environnement « cheveux des anses » « ouragan » « éther sans oiseau » est celui d’un monde à la fois fantastique, dangereux et inquiétant.

Libre, fumant, monté de brumes violettes,

Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur

Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,                                  19

Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Libre prend donc une signification teintée de vanité (à quoi bon ?)

>… fumant,  monté de brumes vi/o/lettes : quelque chose d’impressionniste.

Comprendre : le ciel… comme un mur qui portedes lichens

L’apposition « confiture exquise aux bons poètes » sonne comme un mot d’enfant que vient pervertir morves d’azur.

Qui courais, taché de lunules électriques,

Planche folle, escorté des hippocampes noirs,

Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques                       20

Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Courais (imparfait de durée, sinon d’habitude) annule – dans l’attente qu’il prolonge du verbe principal, à la fin de la strophe suivante – l’effet dynamique du Je courus ! (planche folle souligne le moi objet)et les deux appositions (taché / escorté) contribuent au renversement annoncé, la première par son sens, la seconde par l’image funèbre (hippocampes noirs). Les deux derniers vers rappellent l’ouragan (entonnoirs, que je ne trouve pas vraiment très réussi,  insiste sur les trombes : coups de triques).

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues

Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,

Fileur éternel des immobilités bleues,   

Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

L’ivresse de l’aventure est bien finie :   tremblais (à rapprocher de carcasse) vide les figures, mythique (Béhémot est un monstre biblique) et gigantesque (un maelstrom est un tourbillon)  de leur dimension épique (geindre, épais), et fileur éternel précise, par son rapport avec un monde devenu banalement réel (immobilités bleues), la vanité suggérée dans la strophe 19 (libre).  

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles

Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :

– Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,                     22

Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

Sous-entendre Moi qui = et pourtant J’ai vu… !

Passage de la mer à la contemplation du ciel (archipels sidéraux – ciels délirants – Million d’oiseaux d’or) dans la recherche du lieu possible de régénération : ô future Vigueur.

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.

Toute lune est atroce et tout soleil amer :

L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.                              23

Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

Strophe de la désillusion. L’enfant, par l’expression du sentiment (Mais, vrai, j’ai trop pleuré !), le poète par les oxymores de connotations ( lune atroce, soleil amer), et l’appel de la mort (dernier vers – la mer n’est plus celle du Poème mais des noyés).

Les deux dernières sont l’expression à la fois (24) de l’attachement – non explicité – à ce qui a généré le besoin de partir (essentiellement, la mère et le rapport ambivalent) et de la vanité de la poésie (25)

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache

Noire et froide où vers le crépuscule embaumé

Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche                                      24

Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Contraste entre l’immensité de l’espace fantasmé traversé et sa réduction au réel désolant.

> flache : flaque  

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,

Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,

Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,                          25

Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Retour aux deux premières strophes avec une différence majeure : le bateau redevenu ce qu’il était ne peut plus vivre une nouvelle aventure (3 premiers vers) ni rester au port (4ème vers : les pontons sont des bateaux immobiles transformés en prisons). Autrement dit, une impasse.

                                                           —

L’adolescent n’écrit pas parce qu’il a la maîtrise de la langue, mais c’est parce qu’il a besoin de l’écriture qu’il en a la maîtrise, et depuis qu’il sait tenir un porte-plume.

Son balai de sorcière, dont il sait qu’il ne permet pas de voler.

La création et, dans l’acte de création, la question du rapport avec le réel qu’il est censé modifier, et qu’il ne modifie pas, constituent la dialectique de ce poème.

On connaît la suite et la fin : la tentative d’une révolution de la vie personnelle par la combinaison d’un  « verbe accessible à tous les sens » et dans le cahier poétique (Illuminations, par exemple) et dans la vie vécue, concrète (aventure avec Verlaine – Une saison en enfer – ),  qui aboutit en 1875 (quatre ans après Le bateau ivre) à la fermeture définitive du cahier (il a vingt ans) pour une aventure erratique conclue par une mort précoce à 37 ans.

Le bateau ivre – Arthur Rimbaud (5)

Le narrateur construit l’aventure qu’il raconte, en dix strophes et au passé-composé, dans le temps même où il la construit.

Le passé-composé est introduit par un présent deux fois répété, un « je sais » qui témoigne de l’acquis d’un apprentissage « réel » en ce sens que la création – quel qu’en soit le support – enseigne un quelque chose par la combinaison de l’imaginaire et des sensations qui se nourrissent mutuellement.

Chaque fois qu’il peint la montagne Sainte-Victoire (environ quatre-vingts fois) Cézanne crée non une nouvelle Sainte-Victoire mais un nouveau rapport avec le monde qu’il rend ainsi visible.

Ce n’est pas la mer que Rimbaud rend visible mais l’aventure de la mer – en tant que support.

Le principe de la peinture de l’un et de la poésie de l’autre, c’est la destruction d’un monde invisible, inacceptable tel quel, et sa reconstruction à partir du chaos premier.

Dès lors qu’on est disposé à courir le risque de l’aventure proposée par l’un et par l’autre, il n’y a pas besoin de l’explication du prof., seulement de disponibilité.

Ainsi :

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes

Et les ressacs et les courants : je sais le soir,

L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,                                8

Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

La disponibilité, c’est écouter (vers 1 et 2) le bloc  « sais cieux crevant »,  c’est associer ses résonances aux résonances de la liquide « l » dans   « les , éclairs, et les », et à celles des  combinaisons  «  cre ,airs  tr , re, cour», puis les associer à celles du sens des mots crevant, éclairs, trombes, ressacs et courants.

Il n’y a pas à faire d’abord ceci ou cela : tout marche ensemble avec le rythme impulsé par les trois et,  et par le rejet des 8 premières syllabes du vers 2.

Il n’y a aucune difficulté que celle-là : prendre le temps d’écouter.

Voici donc l’aventure, jusqu’à la strophe 17.

Je donnerai seulement, ici et là,  quelques informations et proposerai quelques suggestions.

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,

Illuminant de longs figements violets,

Pareils à des acteurs de drames très-antiques                                      9

Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

> « horreurs mystiques » est une alliance de mots qui s’apparente à un oxymore : deux mots dont les sens sont en principe contradictoires (ex : une belle laideur). Mystique évoque plutôt beautés .  

> pour « frissons de volets » voyez la lumière qui passe à travers les fentes d’un volet et joue sur le plancher.

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,

Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,

La circulation des sèves inouïes,                                                          10

Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries

Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,

Sans songer que les pieds lumineux des Maries                               11

Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

> vacheries :dans le sens de : ce qui concerne le comportement de la vache notamment « pleine ».

> des Maries : tout ce que peuvent évoquer les statues, très nombreuses, de la vierge Marie (mère de Jésus).

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides

Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux

D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides                   12

Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses

Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !

Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,                             13

Et les lointains vers les gouffres cataractant !

> Léviathan est un monstre marin biblique.

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !

Échouages hideux au fond des golfes bruns

Où les serpents géants dévorés des punaises                                    14

Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades

Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.

– Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades                                 15

Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

> dérades : mot créé (néologisme) évoquant la rupture avec la rade (abri dans un port).

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,

La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux

Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes               16

Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles

Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.

Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles                                 17

Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Si vous avez des suggestions…

(à suivre)