Le populisme

Populisme est composé de deux éléments :

populus*, d’où vient peuple, désigne à l’origine l’ensemble des citoyens romains. Le nom a conservé ce sens d’unité politique.

isme est un suffixe gréco-latin qui sert à former des concepts : un nom désignant un objet concret devient ainsi un objet théorique.

Ainsi, le peuple est une entité, un « être  politique » défini par une idée, la citoyenneté, qui le constitue en tant que tel.

La citoyenneté, aujourd’hui comme hier, est donc l’essence du peuple.

                                                                     La foule

C’est elle qui le différencie  de la foule : qu’elle soit une simple addition d’individus (la foule des passants) ou structurée provisoirement par une activité contingente (la foule des supporters d’un match de foot qui redevient celle des passants au bout de quatre-vingt-dix minutes), la foule est nombre.

Dans le cas où un objet d’une nature différente vient se substituer à l’activité contingente qui l’a réunie, la foule (tout ou partie) prend alors des apparences de peuple : ainsi, quand les insultes visant des joueurs noirs sont lancées depuis les gradins du stade, l’objet contingent (match) laisse  la place à un ersatz d’essence (racisme).

                                                                Apprentissage

La citoyenneté est, en politique, l’idée qu’on se fait, en philosophie ordinaire, de l’individu ; c’est dire qu’elle évolue au fil du temps : aujourd’hui, elle est celle de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948).

L’idée de citoyenneté n’est donc pas de l’ordre de la connaissance immédiate mais de l’apprentissage. On tente de l’enseigner à l’école, mais en « oubliant » d’expliquer le « commun » qui lui permet d’exister, si bien que le discours du professeur d’instruction civique  est aussi peu audible et efficace que la Déclaration.

Rédigée et adoptée (avec des votes contre et des abstentions) au lendemain de la seconde guerre mondiale par les membres des Nations Unies « Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité » (extrait du préambule), elle  veut être un enseignement dont l’objectif est précisément de prévenir les dérives du populisme qu’a commencé à produire le capitalisme industriel/commercial au début du 20ème siècle.

Si la guerre mondiale a disparu depuis 1945, la multiplicité des conflits meurtriers suffit à montrer les limites de la Déclaration que la représentante démocrate des USA comparait à la lettre au père Noël.

                                                                    Evolution          

Dans l’antiquité grecque, l’idée de citoyen était propre à une cité (Athènes, Sparte, Thèbes, Corinthe…), elle n’avait aucun rapport avec une quelconque universalité – s’il existait, plus ou moins, une « hellénité », il n’existait ni Nation ni Etat grecs.  Et chez nous, jusqu’à la révolution de 1789, l’idée de « citoyen » n’existait que dans les esprits révolutionnaires. Il n’y avait aucun espace disponible pour ce qu’on appelle populisme, terme contemporain recouvrant une réalité contemporaine.

L’idée de citoyenneté a donc évolué jusqu’à prendre une dimension planétaire, universelle.

Le préambule de la Déclaration dit encore « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde », mais il ne précise pas la spécificité de  cette « famille humaine », simple concept idéaliste qui vole en éclats au gré des cours de la bourse et des crises.

                                                                   Régression

C’est précisément dans les moments de crise qu’intervient le discours populiste : puisque l’universel n’est qu’un leurre qui fait courir le risque d’une dilution, replions-nous sur nous-mêmes ! C’est ce que vient de décider une majorité d’Anglais.

Quand, de l’autre côté de l’Atantique, D. Trump s’écrie « America first ! » il change la référence nationale en préférence nationaliste (thème du FN/RN) qu’il adosse aux fantasmes d’une America originelle idéalisée (cf. le western et ses mythologies). Cette America est blanche, fermée à tous ceux qui ne sont pas dans les clous de l’ « American way of life » dont l’homme d’affaires élu président se proclame le modèle.

C’est alors que le peuple peut devenir la foule. Et, pour se persuader qu’il vit ce qu’il croit être un absolu (supériorité de la « race », du pays etc.) alors qu’il vit une contingence (moment de crise), il sacrifie ses boucs-émissaires. (Cf. le lynchage, qui le plus souvent s’est produit à l’échelle d’une  petite ville devenue  « cité autonome ».)

Tendant à substituer l’idée de citoyenneté antique (circonscrite à la cité) à celle de citoyenneté moderne (ouverte au monde), le populisme (qui utilise l’outil de la démagogie) est une régression de type retour in utero.

Une pathologie mortifère.

*A l’intérieur du populus,  plebs (la plèbe) désigne les citoyens qui ne sont pas nobles. Senatus (le sénat) désigne l’assemblée des anciens (< senex = le vieillard, censé disposer de la sagesse). SPQR  [Senatus Populus Que (= et) Romanus (= le sénat et le peuple romain)] était l’emblème, la signature de la république romaine.

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