La course au vaccin et l’indignation

Paul Hudson, PDG du laboratoire français SANOFI a expliqué que les Etats-Unis seraient servis les premiers (pour le vaccin du coronavirus) parce qu’ « ils ont investi pour essayer de protéger leur population. »

Décision jugée scandaleuse par le Parti socialise :

«  Sanofi est une entreprise française dont l’activité de recherche est financée au titre du Crédit d’impôt recherche (CIR) – un crédit d’impôt annuel de 150 millions d‘euros – et du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) -13 millions en 2013, passé à 24 millions en 2018. Le gouvernement doit agir avec la plus grande fermeté pour empêcher cette décision. L’engagement des Français pour développer un champion dans la filière de la santé ne peut pas aboutir à le voir préférer d’autres marchés pour lancer ses vaccins. Il ne peut pas y avoir des gains systématiquement privatisés et des pertes ou des investissements systématiquement reportés sur l’effort collectif des français. Nous ne pouvons pas dépendre de la Chine pour les masques et voir notre propre production de vaccins partir aux États-Unis » (Information trouvée sur le site Huffpost).

Ces deux déclarations – du PDG et d’Olivier Faure, secrétaire du PS –  indiquent assez bien comment « le monde d’après » risque de ressembler fort au « monde d’avant ».

1 – La stratégie de Sanofi est parfaitement cohérente : elle est une entreprise dont l’objectif  est, comme toutes les entreprises,  de produire le maximum de profit possible. Elle a choisi le créneau des médicaments comme d’autres les épluche-légumes ou les toilettes encastrées.

Où est le problème ?

Mais, s’écrient les socialistes indignés, cette entreprise bénéficie d’avantages fiscaux et de crédits qui se chiffrent en millions d’euros !

2- Alors, ajoutent-ils toujours indignés, il ne faut pas que notre production parte pour les Etats-Unis !

En d’autres termes, France First !

Ah, ce sens socialiste aigu du bien commun ! Hum… Chercheraient-ils à récupérer un mécontentement (teinté… coloré… parfois… souvent… de nationalisme) suscité par les délocalisations et qui demande le rapatriement des productions en France ?

Certains leur feront remarquer que le président qui a précédé celui-ci, et qui lui a mis le pied à l’étrier, était socialiste, et ils demanderont quelle est la différence essentielle entre celui-là et celui-ci pour ce qui concerne la conception et la gestion politiques. Ils lui rappelleront peut-être aussi qu’on reconnaissait celui-là à sa boîte à outils qui contenait notamment le CIR et le CICR dont profite, entre autres, Sanofi.

L’indignation… Hum

 « Indignez-vous ! » avait-on entendu il y a quelques années. Avec un grand succès d’édition et médiatique.

L’indignation, comme la honte, est un mode de protestation très confortable et très commode. Ça soulage et ça ne fait du mal à personne, ou alors très à la marge.

En 1841, une loi française interdit le travail de nuit pour les enfants de moins de 13 ans.

Est-ce que les députés de 1841 étaient un peu plus indignés que ceux de 1840 qui n’avaient pas estimé nécessaire de légiférer sur cette question ? Et l’étaient-ils un peu moins que ceux qui, plus tard, bien plus tard, estimeront que la place d’un enfant est à l’école ?

Les raisons essentielles qui conduisirent à légiférer sur le travail des enfants n’étaient pas d’ordre moral, mais déterminées par le rapport bénéfice-dommage économique.  

Ce n’est pas nouveau : « Le sucre serait trop cher si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves. » (Montesquieu, pratiquant ici l’humour noir ( !), dans De l’esprit des lois – 1748).

Aujourd’hui, plus de 150 millions d’enfants travaillent à plein temps dans le monde, sans compter ceux qui travaillent à temps partiel.

La capacité d’indignation de ceux qui les exploitent est la même que celle du PDG de Sanofi.

Et c’est la même logique et la même cohérence qui déterminent les choix des uns et des autres.

Dernière minute : sensible à l’indignation exprimée par la secrétaire d’Etat à l’économie, Sanofi, très émue, indique que les US ne seront pas prioritaires, à condition que l’Europe contribue. Autrement dit : combien ? Ce n’est pas tout à fait de la vente aux enchères, mais ça y ressemble.

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