Une minute de silence.

Le 17 février, les présidents des groupes de l’Assemblée nationale ont accepté la demande d’Éric Ciotti (extrême-droite) d’observer une minute de silence (… )  Comment finir la phrase ? Tel est le problème.

« Personne ne devrait mourir à 23 ans. Personne ne devrait mourir pour ses idées. En notre nom à tous, j’adresse nos pensées à sa famille et à ses proches endeuillés » a déclaré Yaël Braun-Pivet, (parti Renaissance d’E. Macron), présidente de la Chambre des députés.

Trois phrases d’un discours au degré zéro et de la pensée et de la pensée en politique.

En regard de la vie réelle, la première est une absurdité (la mort ne connaît pas d’âge), et son idéalisme de café du commerce, et à ce niveau de l’État, est un indicateur et de la misère de l’enseignement de la philosophie et du vide actuel de la pensée en politique. Question : à partir de quel âge « devrait-on mourir ? »

La seconde est plus préoccupante, d’abord parce qu’il s’agit, en l’occurrence, non de « mourir pour ses idées », mais d’une agression au cours d’un affrontement au coin d’une rue dans un contexte de violence. Et puis, « personne ne devrait mourir pour ses idées » suppose une analyse de ce qu’est une idée en politique. Je ne suis pas sûr que ceux qui, engagés dans la Résistance, ont combattu le nazisme pour défendre une certaine idée de la liberté, auraient apprécié.

Là est bien le problème de cette minute de silence : le jeune homme (cf. les deux articles « la mort d’un homme ») avait choisi le militantisme identitaire, clivant, d’exclusion, violent*, représenté à l’Assemblée par les groupes d’extrême-droite, dont celui d’Éric Ciotti allié du RN.

Que l’Assemblée ait accepté ce rituel qui doit être l’expression d’un indicible partagé par une communauté unie, est une aberration : la revendication identitaire qui constitue l’essence du fascisme sous toutes ses formes n’est pas l’expression d’une idée, mais d’une pathologie collective aiguë aux effets délétères, signe du désarroi planétaire actuel.

*Xavier Crettiez (Science-Po) invité de Questions du soir (France Culture – 19 h 00 – 24/02/2026) révèle que sur les 64 agressions politiques létales commises entre 1986 et 2026 par l’ultra-droite et l’ultra-gauche,  58 l’ont été par l’ultra-droite, 6 par l’ultra-gauche (dont 4 en 1986, par le groupe Action directe, 1 en 2010 et 1 en 2026 – celle de Lyon).

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