Le rythme de Geoffroy de Lagasnerie

Le philosophe était l’invité des Matins (France Culture – 23/02/2026) pour présenter son dernier livre – un manifeste, dit-il – L’âme noire de la démocratie.

Ce qui caractérise son expression est le flux rapide de sa parole,  un débit plutôt monocorde de phrases qui paraissent sans fin, un ininterrompu qui parfois peut donner le tournis.

L’idée centrale est que la démocratie n’est pas, comme on le dit, mise en danger par la violence, les injustices – notamment les pouvoirs autoritaires dont celui de D. Trump est l’exemple le plus remarquable – etc., mais que c’est elle, la démocratie, qui les produit.

C’est une question que j’ai souvent abordée dans le blog (en particulier la série d’articles intitulée Le commun aujourd’hui (23/11/2025).

Il explique donc en quoi la règle de la majorité n’est pas acceptable en ce sens qu’elle est une violence. Il rappelle l’exemple intéressant de l’invalidation par un juge californien du résultat d’un referendum qui, par une majorité de 52%, interdisait le mariage homosexuel, au motif qu’il « blessait » une minorité.

Blesser est un terme qu’il utilise comme un critère de limite du pouvoir politique dont il pense qu’il doit être calé sur trois principes : le droit, la connaissance scientifique, et le respect de la vie, pour ce qu’il appelle une morale « vitaliste » : « le fait que nous sommes tous des corps souffrants exposés à la mort et à la maladie à la souffrance et que le rôle de la politique ce n’est pas d’exposer les gens à la souffrance mais de diminuer les forces de la prédation et de la mort. »

Ceux qui lisent le blog auront noté la référence à la mort. Elle n’est pas fréquente dans le discours philosophico-politique habituel.

Seulement, la mort qui est ensuite décrite est celle qui est infligée par la démocratie qui se prétend hostile à la violence mais qui vote des lois qui l’autorisent – il prend notamment l’exemple des lois contre l’immigration.

Autrement dit, la mort n’est pas abordée en tant que fait ontologique (ontologie = l’étude du fait d’exister), ce qui le conduit à proposer une solution de vie utopique, qu’il nomme sédition/décohabitation : « Si l’altérité menace votre existence, oui, il est plus intéressant des fonder des communautés politiques sur l’affiliation partagée à un projet politique commun plutôt que sur une forme de sadisme social et de cannibalisme moral.  Un « chacun chez soi » (il accepte la formulation de la journaliste qui l’interroge) dont il ne semble pas avoir conscience qu’il est un mode d’expression du « moi d’abord » qui fonde les pouvoirs autoritaires qu’il dénonce.

Le rythme de sa parole est à mon sens le signe d’une fuite de la question ontologique qui contient « la mort telle qu’elle » qu’il esquive dans la dissociation des impératifs : il n’y a pas la connaissance, puis la mort, mais « la connaissance de la mort. » Donc son intégration dans le savoir et l’enseignement.

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