Journal – 41 – Le repère de l’insidieux – (02/05/2025)

Une des caractéristiques du développement du mouvement planétaire populiste fasciste, est l’insidieux. Ce n’est pas de l’ordre de la rupture brutale, repérable par un événement ou un discours, mais un insensible, un non-repérable.
Enfin, presque.
Mercredi (30/04/2025), dans Questions du soir (France culture – 18 h 20), Quentin Lafay recevait Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, spécialiste du Maghreb, co-auteur de « Face à l’obscurantisme woke »(cf. .Journal du 25/03/2025) et Alin Policar sociologue, chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po.
Le journaliste et le sociologue ont nettement exprimé leur désaccord avec les affirmations de submersion idéologique de P. Vermeren (A. Policar a notamment contesté celui des prétendus choix « woke » de financements de programmes universitaires) et ont fait observer que la politique explicitement anti-woke de D. Trump était l’illustration, par l’arrêt des financements, la censure et l’intimidation dans le monde universitaire, des médias, entre autres, de ce qui est reproché au wokisme.
Peu importe : P ; Vermeren a rétorqué que c’était en réaction contre le wokisme que D. Trump avait été élu. En d’autres termes, avant son élection, il y avait une telle restriction des libertés ou une si force menace contre elles que la majorité des Américains a voté pour celui qui serait donc la sauvegarde de ces libertés fondamentales en danger.
P. Vermeren n’est pas un idéologue primaire. Il a acquis une formation universitaire reconnue, il enseigne l’histoire… il sait donc ce qu’est un processus historique. Mais là, non, il ne sait plus. Il ne veut pas savoir.
Il met en avant des démesures wokistes (interdiction de conférences, censures, « cancel-culture » etc.) que ses interlocuteurs ne contestent pas, qu’ils condamnent, mais qu’il refuse d’intégrer dans un discours historique, de sorte que ces excès, ces démesures (tous évidemment inacceptables) sont présentés comme s’ils constituaient un corpus théorique constitué, en quelque sorte un programme de submersion planétaire. Comme s’il existait une organisation, un parti, un leader politique « woke ».
Autrement dit, son discours est en amont de sa spécialité universitaire qui lui a pourtant donné les outils pour comprendre comment un moment de l’histoire humaine peut contester de manière violente la violence qui pendant des siècles a constitué un discours dominant, en particulier le discours de la société occidentale (patriarcat, racisme, esclavage, colonisation…) présenté voire imposé comme référence absolue.
Son discours anti-woke (il faut entendre ses circonlocutions, ses difficultés à retomber sur ses pattes, son recours à l’apitoiement pour ses étudiants défavorisés…) n’a pas à voir avec le réel « réel » – il n’y a pas de projet woke à quelque échelle que ce soit – mais avec l’angoisse que peut réactiver la peur de la déstabilisation que crée, non le wokisme, mais le capitalisme, désormais dans une phase de plus en plus mortifère à l’échelle de la planète.
Ce monsieur, avec d’autres, notamment des « intellectuels » – j’ai déjà expliqué en quoi ce terme est contestable – est l’expression de la strate humaine de l’angoisse liée à ce qui nous est commun.
Ce qui conduit aussi un autre intellectuel, l’historien Marc Lazar (spécialiste du fascisme italien), à ne pas être tout à fait convaincu que D. Trump soit fasciste au motif que la violence de ceux qui ont envahi le Capitole n’a rien de comparable avec celle des bandes fascistes mussoliniennes et qu’il n’y a pas d’encadrement de la société américaine comme a pu l’être la société italienne.
Ce type d’argument pose cette question : est-ce un seuil de violence ou d’encadrement qui définit le fascisme ? Ou bien est-ce une idéologie instrumentalisant un moment de désarroi collectif avec le slogan « Moi (Américain blanc, chrétien, machiste) d’abord ! », comme d’autres l’ont dit avec « Allemand » et « Italien » ?

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