Expertise psychiatrique

Un article du Monde (A la Une du 07/01/2023) fait part d’une contre-expertise psychiatrique concluant à l’irresponsabilité pénale d’un présumé terroriste, un homme qui avait frappé à l’arme blanche, au hasard, des passants dans une rue de Romans-sur-Isère, le 4 avril 2020. Une expertise précédente avait conclut à une altération du discernement qui ne le dispensait pas d’une sanction pénale.

Quelques réactions :

« La « folie » c’est aussi parfois lié à une norme. Tuer des mécréant, ce n’est pas acte de folie, c’est écrit dans le livre sacré de 1 ou 2 milliards de personnes. »

« Pouvoirs démesurés des experts psychiatres, ici deux psy dont l’un de Ste Anne à Paris et tout le récit tragique, criminel est évacué. Point de discernement, pas de responsabilité pénale. L’avis, les conclusions auraient pu être tout à fait différentes, la psychiatrie tâtonne, use d’empirisme et pourtant c’est elle qui à la fin, décide. Tant pis pour toutes les victimes. On se croirait dans une tragédie antique, ça fait froid dans le dos. Et eux, ces experts, quel effet ça leur fait leur voix qui tranche , si j’ose dire? »

« La psychiatrie, cette science exacte où 2 experts aboutissent à 2 conclusions différentes, un peu comme si un scientifique pensait que la Terre est ronde, et l’autre que la Terre est plate. »

Ma contribution :

Si l’on pousse au bout les critiques visant l’expertise psychiatrique, le présupposé est la rationalité pure de l’être humain, même dans ce qui paraît le moins rationnel, comme tuer des inconnus dans la rue. Au fond, ces critiques érigent en loi une subjectivité d’évidence à partir d’un syllogisme bancal : je suis conscient et responsable de ce que je fais et tout le monde est comme moi, or cet homme a commis des crimes, donc il est conscient et responsable. Question à ces critiques : pourquoi, vous qui êtes responsables et conscients de l’être, ne tuez-vous pas, comme ça, au hasard ? La psychiatrie qui tente de comprendre ce qui est de l’ordre de l’irrationnel, de l’irresponsable (au sens littéral d’une réponse inadéquate) ne peut pas être une science exacte comme peut l’être celle de l’horloger qui démonte un mécanisme ; ses hésitations, ses contradictions sont l’expression de celles de l’être humain. Que proposez-vous d’autre ?

Une réponse :

« @Jean-Pierre: merci pour votre post et pour votre dernière question. C’est bien de cela dont il s’agit: la psychiatrie en tant que discipline disposant d’un discours médical sur le fonctionnement de l’esprit humain a prospéré institutionnellement dès les premières décades du XIXème siècle et l’instauration du nouvel ordre idéologique post-révolutionnaire. Ce n’est pas la psychiatrie qui a instauré l’abolition du discernement, c’est l’article 64 du Code pénal (« il n’y ni crime ni délit etc… »). La psychiatrie s’est installée dans cette niche idéologique et y a pris le pouvoir qu’on sait malgré sa fragilité épistémologique fondamentale: l’absence de corrélation entre une maladie psychiatrique et une inscription repérable dans une réalité organique. D’où cette double question: par quoi remplacer l’expertise psychiatrique si on estime qu’elle est sujette à caution et comment modifier notre droit si on ne se fonde pas sur le pré-requis de la liberté de conscience et de jugement ? »

Ma réponse :

Merci pour ces précisions. Je mettrai seulement une nuance sur la « prise du pouvoir » par la psychiatrie dans le sens où je pense qu’une institution quelle qu’elle soit et quelles que soient les intentions de ses membres, se voit, par choix ou par défaut, assigner une fonction/mission par la société confrontée au dysfonctionnement individuel ou collectif. L’appel à la psychiatre, pour incertaines que soient les réponses apportées, marque un progrès (= rapport d’adéquation entre les dérives des comportements humaines et la complexité expérimentée de leurs causes) qui se heurte encore à la croyance archaïque au libre-arbitre et à la toute-puissance de la volonté : autrement dit, manque, notamment à l’école, un apprentissage, philosophique, sur ce qu’est la liberté. Seule une infime minorité d’une classe d’âge est initiée à ce qu’est la démarche philosophique. Ce n’est sans doute pas un hasard.

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