La radicalité

Il en est beaucoup question aujourd’hui, en particulier pour le discours que tient Sandrine Rousseau, une représentante du mouvement écologique dont la candidature sera opposée à celle de Yannick Jadot pour le second tour des primaires.

Le recours à la radicalité signifie le dépassement d’un seuil de tolérance (= capacité à supporter un fardeau).

Par exemple, cette injonction de l’Internationale : « Du passé faisons table rase ! », à proprement parler un non-sens : le passé n’est pas un couvert sur une table qu’il suffit de renverser : il est. La radicalité du mot d’ordre, émotionnel, se comprend par l’accumulation des souffrances sociales massives que produit le développement du capitalisme à partir de la fin du 18ème siècle. Et il s’agit d’un chant. Mais combien, parmi ceux qui l’ont chanté en levant le poing, sont restés pris dans l’émotion première qu’ils ont théorisée pour le pire ?  

La radicalité revendiquée par S. Rousseau pour « transformer », peut s’expliquer à la fois par la carence et l’urgence.  

La carence est inhérente au capitalisme qui vise le court et le moyen termes : l’environnement lui est une abstraction et la « nature », comme la main-d’œuvre, une réserve infinie de ressources. Quant à l’urgence, elle est amplement soulignée dans les rapports des climatologues.

Quant à « transformer » (elle n’a pas précisé l’objet ni cité Marx)…

Si l’écologie est devenue un paramètre important de la gestion et des moyens d’action, elle n’est pas une philosophie politique (tous les candidats de tous les partis font et feront de l’écologie un thème majeur de leur campagne), ce dont témoignent les discours des deux candidats.

Yannick Jadot veut être «  le premier président qui mettra le climat au cœur de nos politiques publiques, au cœur de l’Etat, au cœur de la République » et Sandrine Rousseau répond : « Nous ne pourrons pas faire une transformation écologique à la hauteur des défis qui sont les nôtres si nous ne disons pas les choses, si nous ne les posons pas sur la table, nous ne pourrons pas le faire pour les citoyens et citoyennes ».

Faut-il rappeler que « mettre au cœur de » (l’homme dans le travail et l’entreprise, l’enfant dans l’école… entre autres) n’a jamais été suivi d’effets à la hauteur des annonces,  que « dire les choses », je comprends « dire la vérité », et « poser sur la table » n’ont souvent été que les expressions d’une réalité partielle et partisane ?

L’une et l’autre ont annoncé des mesures/promesses concernant la voiture, le télétravail, le nucléaire, l’élevage industriel, l’ISF, le revenu minimum, la police, la PMA, les violences contre les femmes… sans que la spécificité écologique n’apparaisse de manière claire (et pour cause), la seule différence notable entre l’une et l’autre étant, donc, la radicalité qui conduit S. Rousseau à dire ceci : «  Est-on prêts, nous qui sommes aux responsabilités, à diminuer notre confort, à diminuer nos revenus pour permettre à nos enfants de vivre dignement ? Moi je le dis, oui. »

Est-ce que ceux qui ont écouté ont compris que la proposition ainsi formulée concernait ceux qui sont  aux responsabilités  et leurs propres enfants ? Quant aux autres… Et puis, dignement, pour le futur et relativement au réel présent, c’est quoi, exactement ? Hum… Oui, bon, d’accord, mais l’enthousiasme de la radicalité émotionnelle n’excuse pas toutes les approximations.

Plus sérieusement : dans le discours capitaliste et communiste, la « nature » et l’homme sont deux entités distinctes, et si les objectifs sont opposés, la « nature » est pour l’un et l’autre au service de l’homme. On connaît les résultats.

Ni l’un ni l’autre, et ni l’écologie, ne pose la question philosophique, essentielle, du rapport à l’objet (ce qui n’est pas le sujet) qui détermine le rapport production/consommation, et notre « commun ». D’où, le fiasco de l’expérience communiste/soviétique et celui, constant, du capitalisme. Un troisième n’est pas absolument nécessaire.

Radicalité vient du latin radix : la racine (mais oui, le radis a la même origine, via l’italien).

La question est de savoir de quelle racine on parle ?

Pour celle du radis, de l’arbre ou du pissenlit, le spécialiste nous donnera une réponse indiscutable… encore que pour le pissenlit…

Même remarque pour celle, carrée, des mathématiques.

Et aussi pour celle de la dent.

En revanche, en politique, (cf. les « radicaux » et « radicaux socialistes », les solutions dites « radicales »), en littérature, (cf. Le roman Les Déracinés, de Maurice Barrès, s’il est encore lisible aujourd’hui ( ?) et, dans une certaine mesure pour un point de vue autre, Flaubert et Maupassant) la racine n’a de définition qu’idéologique.

Pour nous ? Chacun, dit-on, a ses racines familiales, régionales, nationales, culturelles… que sais-je encore ?

Alors, les deux paradis de contournement étant devenus des enfers,  le temps n’est-il pas venu de parler de notre racine commune, celle qui nous constitue en tant qu’être humain ?

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