Bally Bagayoko et l’allégeance

Quinze jours après son élection, le nouveau maire de Saint-Denis (cf. article du 17/03/2026) est l’objet de mépris raciste.

Le prétexte : son emploi du mot allégeance pour indiquer ce que doit être le comportement politique de ceux qui ont perdu l’élection et celui du personnel administratif, dans le cadre de la loi, a-t-il précisé.

Le nom allégeance, qu’il a utilisé en référence au contexte sportif qu’il connaît (il a été entraîneur de basket) n’est pas adéquat – pas même dans le sport – en ce sens qu’il évoque une soumission, d’un autre genre et d’un autre temps, au souverain ou au dictateur.

Si le discours qui contient l’inadéquate allégeance ne dit rien de tel, reste le mot qui a servi de coin pour des commentaires dont l’énormité a finalement contraint le président de la République et le ministre de l’Intérieur à les condamner.

Ces propos ont été tenus sur la chaine CNews (propriété de V. Bolloré) par un spécialiste en alimentation – Jean Doridot – et un professeur de philosophie – Michel Onfray. L’un et l’autre ont construit de belles phrases savantes dans lesquelles il ont intégré les mots et expressions singes, bandes, mâle dominant, tribu primitive.

L’un et l’autre se défendent de toute intention maligne. Le premier dit qu’il n’a peut-être pas été assez clair – sa spécialité l’autorise sans doute à croire qu’il dispose d’un savoir qu’il n’a pas, suggèrerait quelqu’un – le second – qui ne connaît pas bien le sens des mots ou alors qui le connaît trop bien – s’est référé dans sa réponse aux accusations de racisme à l’éthologie, qui concerne l’étude…  des animaux.

Je ne sache pas qu’il y ait un zoo à Saint-Denis.

Ce type de discours confirme la rupture des verrous d’interdits, l’activation des strates les plus sombres du comportement humain, et rappelle que la culture académique – dont la philosophie de même qualificatif – n’est pas antinomique du racisme : Michel Onfray*, cofondateur d’une revue dont le titre Front Populaire est une bonne illustration de ce qu’est la malignité intellectuelle (cf. article du 27/05/2020) aime beaucoup Montaigne dont il a dirigé une édition récente des Essais.  

* En 2010, j’ai publié un essai (La note fondamentale et les harmoniques – Edilivre) dont chapitre était une critique de son Traité d’athéologie (2006). J’avais notamment épinglé cette affirmation : « Tant que les hommes auront à mourir, une partie d’entre eux ne pourra soutenir cette idée et inventera des subterfuges [la croyance en un dieu]. » (p.39) : quelle pourrait être cette « partie » des hommes, alors que « ces machines [la crainte, la peur, l’angoisse] à créer des divinités » (id.) sont présentes chez tous. Si cette discrimination simplement affirmée comme une évidence me paraissait bien peu philosophique, je n’imaginais pas alors qu’elle en cachait une autre.

J’écrivais : « Michel Onfray qui semble régler des comptes, avance parfois au lance-flamme dans la forêt idéologique. »

Je ne sais pas quel est le discours intégré dans lequel il se débat sans réussir à résoudre ses contradictions.

La haine et le ressentiment peuvent être les enfants d’une dialectique avortée.

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