La phrase par laquelle Socrate commence son explication [« Je ne suis jamais devenu le maître (enseignant) de quiconque » – 33 b ] évacue le prosélytisme que contient plus ou moins explicitement l’acte d’accusation.
S’il n’a jamais empêché quelqu’un de l’écouter ou de dialoguer avec lui, explique-t-il, il n’est pas pour autant responsable de son devenir, puisque son activité, qu’il ne fait pas payer, ne consiste pas à donner des leçons.
Il rappelle une nouvelle fois qu’elle consiste à révéler un savoir qui n’en est pas un, et pour expliquer ce qui retient près de lui nombre d’auditeurs quand il procède à ses examens, il glisse, sans doute avec un sourire, « ce n’est pas déplaisant », tout en se hâtant de préciser « Mais pour moi, faire cela, comme je le dis, m’a été prescrit par le dieu, à partir d’oracles, de songes et par tout moyen par lequel une autre destinée de nature divine a un jour prescrit à un homme d’accomplir quelque chose. » (31 c)
Qu’il ne se contente pas de rappeler le dieu (Apollon) mais qu’il multiplie ainsi les modes d’injonction revient à accorder à la force d’empêchement (daïmôn) la même importance qu’à celle de l’incitation.
Il présente alors l’argument de l’absence du témoignage à charge : sont présents un certain nombre d’hommes connus qui l’ont suivi dans ses enquêtes, il cite les noms d’une dizaine d’entre eux, et se demande pourquoi Mélètos ne les a pas fait témoigner contre lui puisqu’il est censé les avoir corrompus, ou alors leurs parents qui sont là, eux aussi.
Cette absence de témoins à charge est significative et de la nature de l’accusation pour qui le mode de vie d’un individu doit être considéré comme un danger mortel pour la cité, et de la dimension forcément passionnelle du procès qu’il refuse d’alimenter.
Ce sera la conclusion de sa plaidoirie.
Il annonce donc aux jurés qu’il ne fera pas venir ses enfants – il précise qu’il en a trois dont deux tout petits – pour tenter de les apitoyer, comme c’était alors une pratique courante.
Son explication : « Ce n’est, Athéniens, ni arrogance ni mépris à votre égard ; que je sois très résolu en face de la mort, oui, mais c’est une autre question ; en réalité c’est à l’égard de la réputation, la mienne, la vôtre, celle de la cité tout entière, qu’il ne me semble pas convenable de faire cela, compte tenu de mon âge et de cette renommée que j’ai, qu’elle soit vraie ou fausse, à savoir que Socrate est en quelque chose différent de la plupart des hommes. »(35 a)
Il termine en insistant sur ce que doit être le rôle des juges, juger selon les lois sans se laisser détourner de cette mission par ce qui aurait été un comportement inapproprié, contraire au respect des dieux.
« Je m’en remets à vous et au dieu pour le soin de décider ce qui sera le mieux pour moi et pour vous. » (35 d)
Ainsi se termine sa plaidoirie, du moins provisoirement : s’il est jugé coupable par une majorité, il devra proposer une peine alternative à celle de l’accusation.