L’élection du 15 mars 2026

Ce qui me semble essentiel, c’est, dans le cadre d’une forte abstention, la rupture, inattendue à ce niveau, des repères que constituaient les partis dits « de gouvernement » (Socialiste, Républicains, Centristes) quels que soient leurs succès locaux.

En témoignent le développement électoral du RN et, dans les villes où l’enjeu était politique, les résultats de La France Insoumise, deux formations concernées par un  « cordon sanitaire » d’importance et de significations différentes. 

L’exemple le plus emblématique de ce premier tour est la ville de Saint-Denis où la majorité des 43% des électeurs qui ont voté (57% d’abstention) a élu une équipe de LFI (avec la participation du Parti communiste) conduite par Bally Bagayoko, un homme de 53 ans, né à Levallois-Perret et dont la famille est d’origine malienne. Longtemps dirigée par le Parti communiste, la municipalité avait été conquise par le parti socialiste qui vient donc de la perdre.

La ville va devenir un épicentre d’ambivalence :  la concentration de la diversité de sa population et la figure de son nouveau maire sont à la fois une des composantes de l’identité réelle de la France et l’antithèse radicale de l’identité nationale mythique gavée dans le marbre qui constitue le cœur de l’idéologie d’extrême-droite.  La nouvelle équipe municipale – une « première » à cette échelle – va être observée à la loupe, comme dans un laboratoire.

Les réactions des élus et de leurs partisans qui ne s’attendaient pas du tout à un tel résultat sont celles que suscite l’utopie devenu réalité et dont le nom politique est la révolution.

Le mot n’est pas prononcé parce qu’il n’est pas en adéquation avec l’objet de l’élection et que J-L Mélenchon qui l’incarne au niveau national ne propose pas un discours politique.

Que les polémiques qu’il a créées n’aient non seulement pas nui à l’élection mais aient pu même servir de catalyseur, participe de ce que j’appelle la mort du discours : pour des raisons liées au désarroi actuel (alimenté par la politique israélienne de colonisation et de destruction – les partisans de la liste élue chantaient à la mairie le soir de l’élection « Nous sommes tous des enfants de Gaza »), son jeu nauséabond avec les patronymes juifs a été perçu par ses partisans comme le signe de la rupture des codes du langage politique – il avait traité le maire socialiste sortant de « petit bourgeois visqueux » – , dont le RN incarne un autre mode.

Il n’y a pas eu dans ce qui ressemble à une « élection passion » et il manque au niveau national le discours philosophique et politique qui construise la problématique de l’identité réelle – illustrée, mais, pour le moment, de manière bancale à Saint-Denis à cause de la forte abstention – la seule capable de combattre la pathologie collective exprimée par le vote RN dont l’élection confirme qu’il s’étend à la façon d’un cancer.

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