La mort du discours… suite ?

[Suite ? parce qu’il me semble que j’ai déjà écrit un article avec le même intitulé]

Elle est une composante majeure de l’irresponsabilité de D. Trump – celle, bien connue,  du « Oui mais moi je suis le plus fort ! » de la cour de récréation – et de celle du « peuple » américain qui, en tant qu’électorat majoritaire, a validé, sans doute parce qu’il en avait besoin,  la rupture entre le signifiant (les signes émis, les mots, les gestes, les mimiques du candidat et président) et le signifié (le sens du repli sur soi, de fermeture auxquels ils renvoient).

Trump a été élu sur les signifiants « America first ! » et « Make America Great Again ! » (dont le corollaire « Pas d’intervention à l’étranger), deux slogans déconnectés du réel des relations internationales pour les électeurs qui oublient le rapport de force (d’abord économique et financier) qu’elles impliquent nécessairement, ou, plutôt, pour qui la « domination sur l’autre » (= celui qui n’est pas états-unien) va de soi et donc est incluse dans ces cris répétés de repli identitaire.

Le processus que Trump a mis en route d’abord par des mots (Groenland, Canada), puis par des actes militaires (Venezuela, Iran… Cuba ?) est donc à la fois en complète contradiction avec les signifiants tels qu’ils ont été électoralement proclamés et adoptés, et en parfaite adéquation avec les signifiés (conquête de nouveaux marchés – notamment via la destruction) de la logique capitaliste qui est d’abord et aussi celle de celui qui les a construits pour se faire élire… et s’enrichir par l’élection.

La mort du discours ne se manifeste pas seulement dans la politique « grande ou petite », et pas seulement aux USA. C’est aussi le cas en Russie, en Israël, en Turquie…  et en Europe qui non seulement approuve D. Trump (validation de son invraisemblable « Conseil de la paix », absence de condamnation de l’attaque contre l’Iran) mais accompagne et accentue le développement de l’idéologie d’extrême-droite et son accommodation – cf. absence de condamnation de la destruction du peuple palestinien par  Israël, minute de silence à l’Assemblée nationale.

Il se manifeste aussi de manière plus insidieuse et à mon sens de plus en plus souvent, en particulier sur France Culture du moins dans les émissions que j’écoute régulièrement – Les Matins (petit déjeuner) et Questions du soir (apéritif) – le corps et l’esprit fonctionnent de conserve. J’ai cessé d’écouter Avec philosophie.

Le soir, il y a deux jours, c’était la guerre  (cf. article du 10/03/2026), et, ce matin c’était …  la littérature et la religion ( ?). G. Erner déclara avant de présenter les deux invités censés débattre de ce rapprochement dont tous les gens cultivés savent qu’il est absolument adéquat sinon essentiel « la littérature est-elle la meilleure des religions ? »  (7 h 40) – ce qui suppose qu’elle en est une, comme le savent aussi tous le gens cultivés : « Il n’y a pas que des temps troublés il y a aussi des modes de consolation, par exemple la littérature (… ) La religion littéraire, je crois que c’est une idée très française dans laquelle on ne met pas quelque chose au-dessus de la littérature ». Second rapprochement entre littérature et consolation… Vous voyez pourquoi je parle de la mort du discours ?

L’invité écrivain Pierre Assouline approuva cette analyse de grande subtilité et la sociologue Nathalie Heinich qui vient de publier un essai intitulé La religion n’existe pas ( ?), assura avec le même ton de même certitude scientifique : « On ne sait pas ce qu’est la religion (…) La religion c’est une notion asse vague qui recouvre des choses qui sont extrêmement précises et existantes et que l’on peut observer et décrire que sont les religions, mais la religion c’est abstrait. »

Si je ne sais pas ce qu’est une « idée très française » – je vais me renseigner et je vous tiens au courant – en revanche, je sais qu’on sait très bien ce qu’est la religion : l’organisation sociale d’une croyance, et que la littérature n’a rien à voir avec la croyance.

Est-ce que vous voyez pourquoi je parle de la mort du discours ?

J’écoute en boucle la Passion selon St. Matthieu de Bach – interprétation de Philippe Herreweghe.

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