Tel était le titre de « Questions du soir » – France culture – 18 h 00 – 10/03/2026.
Invités : le général Benoît Durieux, également docteur en histoire, et Stéphan Audouin-Rouzeau, historien spécialiste de la Grande Guerre.
L’intitulé de l’émission posait la question du fatalement… qui n’a pas été abordée. Fatalement, du latin fatum : oracle, destin. Donc, est-ce que la guerre est inscrite dans un type de processus qui nous échappe, fatale comme la marée ou le cycle des saisons ?
Comme presque toujours, le débat est resté enfermé dans la phénoménologie du problème, autrement dit, le comment ça fonctionne, mais jamais, pourquoi et pour quoi ?
Le pacifisme, par exemple : l’historien qui distingue des pacifismes dont il dit qu’il faut les différencier selon les périodes concernées – ce qui contribue à évacuer l’analyse du concept de pacifisme – explique qu’ils s’effacent lorsque la guerre disparaît de notre horizon d’attente, comme l’antimilitarisme a disparu après la fin de la conscription obligatoire – est-ce l’antimilitarisme qui a disparu ou un mode de son expression ? Lorsque la guerre apparaît, ajoute-t-il, il est logique que le pacifisme revienne : donc, il accompagne la guerre et l’avant-guerre, il en est un parasite inévitable.
Le général commence par se référer à St Augustin (« Sois pacifique même dans la guerre afin de conduire vers la paix celui que tu assailles »), une manière de prévenir de la profondeur de sa pensée. Le pacifisme, dit-il, suit et prépare la guerre, une affirmation qu’il illustre ainsi : « Je vais peut-être surprendre. Les Américains n’aiment pas la guerre Quand vous n’aimez pas la guerre, vous allez la faire de manière extrêmement violente à ceux que vous accusez de la provoquer. C’est ce exactement qui est en train de se passer aujourd’hui. » D. Trump ferait donc la guerre malgré lui, parce qu’il est pacifiste.
Une référence de l’historien vient valider ce propos : la réplique de Julien Freund, philosophe, résistant de la seconde guerre mondiale, adressée à Raymond Aron : « Comme tous les pacifistes, vous croyez que vous désignez l’ennemi alors que c’est l’ennemi qui vous désigne. » Et, ajoute l’historien « Il y a une forme d’inconséquence du pacifisme ».
La manière dont le général explique celle qu’ont déclenchée D. Trump et B. Netanyahou contre l’Iran est significative du refus de sortir de la sphère du descriptif, même au prix de la bêtise : affirmer « Les Américains n’aiment pas la guerre » ressortit à la sagesse prudhommesque (Monsieur Prudhomme, personnage créé par Henry Monnier, toujours absolument d’accord avec lui-même, assure la main sur le cœur « c’est mon avis et je le partage ») qui n’aime rien tant que les simplismes parce qu’ils donnent l’impression qu’on a trouvé la réponse.
Poser la question du « fatalement » aurait permis la construction d’une problématique : ce qu’on appelle pacifisme n’est pas le désir de la paix (= qui, à froid, désire la guerre ?) mais le refus, stérile, d’un processus déjà engagé. Autrement dit, quand le pacifisme se structure, par exemple en mouvements de protestation, il est trop tard.
Après l’examen – qui n’a pas eu lieu – du «fatalement » – la sphère du descriptif a toujours besoin d’un ersatz de philosophie pour faire croire qu’il pense – , se serait posée la question de la mise en route du processus.
L’historien se demande si nous serions dans l’équivalent de 1933, 34, 35, ou 38, comme si le processus de la deuxième guerre mondiale avait commencé dans les années 1930.
La décision américaine et israélienne non de déclencher mais de poursuivre la guerre s’inscrit dans la problématique de la politique déterminée par l’équation capitaliste. Mais du rapport entre système politique et guerre, il n’aura pas non plus été question.
Non plus encore du rapport entre l’absence de condamnation politique par les gouvernements, en Europe et ailleurs, de cette nouvelle violation du droit international et la mise en route du processus de guerre.
Quelle que soit la détestation du régime théocratique iranien, il n’est pas possible de faire comme si la politique israélienne de déni du peuple palestinien ne comptait pas dans les rapports de haine entre Iran et Israël, et de ne pas faire le constat que l’Iran est agressé et qu’il se défend.
* La belle déclaration pleine de certitude du général sur les Américains me rappelle celle du général Lachès sur la nature du courage (cf. les articles sur Socrate). Elle me fait me demander s’il n’y aurait pas un rapport entre le grade de général et les généralités dont on sait qu’elles sont une des expressions de la bêtise.